‹ Le Canada chanté (volume 4)Chapitre 4 sur 16 · A UX CA XA DIE \XES · texte numérisé non relu

A UX CA XA DIE \XES

Si vous saviez comme elle est belle et grande ma patrie!

Madeleine Premier Péché.

Canada! Canada! terre immense et féconde,

Xoiivelle Gaule assise au nord du Xcjuveau Monde,

Héroïque pa\'S d'espérance et d'honneur,

Sol vierge, caps géants, Mille-Iles, flots limpides,

Généreuse nature, altières Laurentides,

On réral)le sans fin déroule sa splendeur !

Canada! Canada! toi que le ciel protège.

Toi qui, sous ton manteau de verdure ou de neige.

Dans l'ombre de tes bois verdoyants ou jaunis,

Sur les bords de ton fleuve aux grandes eaux sereines,

Du sommet de tes monts et du sein de tes plaines,

Es pour le Canadien le plus beau des pays !

16 LES HORIZONS

Gloire à Toi! nous t'aimons et l'étranger t'admire ! Gloire à toi, Saint-Laurent dont je ne saurais dire La beauté sans amour, ni le nom sans fierté 1 Qu'à jamais, fleuve aimé, tes rives nous soient chères. Et rappellent toujours que le sang de nos pères S'épancha pour ta gloire et pour ta liberté !

Mmf-k

Retour des Corneilles

Corbeaux et corneilles sont des astronomes intellig^ibles. Quand on les voit envahir les campagnes, surgissant on ne sait d'où, les sucriers se disent: Aux cabanes!

Voici les sucres ! Et de partout on gagne la forêt. (3)

Entends-tu, paysan, la chanson des corneilles, Du sein du gouffre bleu saluant ton pays ? Leur retour fait chanter la mémoire des vieilles. Évoquant les soleils des printemps de jadis.

Sais-tu ce qu'il promet le cri de la corneille

Inclinant son vol noir vers la cime des pins ?

Les vieillards sur le seuil iront prêter l'oreille,

Et diront à leurs fils: Les beaux jours sont prochains

I^ES HORIZONS

Il est rude, dis-tu, le chant que la corneille Vient aux matins d'avril vanner au fond des bois Mais chez toi, î)aysan, combien d'espoir s'éveille Quand l'âme des semeurs est pleine de sa voix !

Écoute, paysan, la chanson des corneilles, Du sein du gouffre bleu saluant ton pays ; Leur retour fait chanter la mémoire des vieilles. Évoquant les splendeurs des printemps de jadis.

Mers 190i.

Terre nouvelle

Le sol s'étend grisâtre où l'on fera des gerbes.

Hector Dexters.

Lorsque le blanc Hiver, aux jours tièdes mêlé, Recule vers le Nord de montagne en montagne, La gaité du semeur envahit la campagne, Et du sein des greniers renaît l'âme du blé.

Ennui de mars, espoir d'avril, attente et rêve ! C'est avant les bourgeons et les proches labours L'inquiétude exquise et sourde des amours, C'est dans l'arbre vivant la marche de la sève.

20 LES HORIZONS

C'est ton œuvre, soleil, créateur des matins, Semeur de jours, passant du souverain abîme. Toi qui, majestueux, vas ton chemin sublime. Jetant un printemps neuf sur nos printemps éteints.

C'est pour t'aimer, soleil, et vivre ta lumière, Que le semeur ainsi t'accueille à l'horizon, Que le blé, prisonnier dans sa blanche maison. Dès les aubes d'avril redemande la terre !

Mars 1906.

O vous, mes arbres blancs, issus de la colline, Si vous savez lointain l'Hiver plus blanc que vous, Le long de mars enfuit, languide dans l'air doux. Pourquoi nul bourgeon neuf encor ne se dessine A vos branches, bouleaux jaillis de la colline ?

Frêles, sans nombre, et tous penchés, mes chers bouleaux, Vous qu'avril a pourtant baignés de clartés franches, Pensifs, qu'attendez-vous i^our reverdir vos branches. Et, chantant, recevoir vos amis les oiseaux ? C'est paresse et langueur de la part des bouleaux !

LES HORIZONS

Beaux arbres, pressez-vous d'avoir la beauté verte Que l'on sait familière à vos troncs éclatants, Connaissez la colline, et, sans trêve, à ses flancs Puisez large la vie. autant qu'elle est oflerte A vous, bois dévêtus de votre robe verte.

Bouleaux, le savez-vous qu'au jour trentième, avril,

\'ers le soir, agonise entre vos formes blanches ?

Pour lui chanter l'adieu, sans feuilles sont vos branches î

Rien du ciel, ni du sol ne vous l'annonce-t-il,

Comme à nous, chers bouleaux, qu'il agonise, avril !

Ses matins levés prompts au versant de la terre N'ont-ils pas, trente fois, d'un geste lumineux, Aux airs enténébrés commandé d'être bleus ? Bouleaux, n'ont-ils pas dit: Voici de la lumière, Verdissez, verdissez, tous les bois de la terre !

Bouleaux sans nombre et tous penchés, mes chers bouleaux. Vous avez négligé d'avoir vos branches vertes. Et les oiseaux entre eux diront : Sont-ils inertes, Ces arbres sans souci du plaisir des oiseaux !... Pour les faiseurs de nids soyez verts, les bouleaux !

Sur le Mont-Royal 30 avril 1905.

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Soir de Juin à Longueui

A GERMAIX BBAULIEU

Viens dans le ni\-stère ému des longs soirs,

Edmond Haraucourt.

Ivongueuil, au chant menu des grenouilles, s'endort. La gloire des prés verts s'éteint dans l'ombre grise. Iv'azur meurt. S'effilant, le clocher de l'église, Au trouble crépuscule a perdu son coq d'or.

Ives toits sont bruns. Déjà, vers l'ouest, se devine Une étroite lueur, au delà des pignons. Et l'on songe qu'au loin, touchant les flots profonds, Montréal dans la nuit montante s'illumine.

LES HORIZONS

C'est l'heure où l'air venu des jardins assombris Essaime des parfums sur le passant qui rêve, La brise fête ceux qui marchent vers la grève, Laissant leur âme errer sur les pruniers fleuris.

Veilleur, c'est l'instant cher!... Que le chemin te mène Où la nuit brusquement s'étoile de fanaux, Où, par delà les quais, la danse des canots. S'aperçoit le profil de la cité prochaine.

Là, dans le décor féerique des soirs d'été, La ville, que jadis rêva De Maisonneuve, Lumineuse, rayant de longs reflets le fleuve, Au lointain re2:ardeur révèle sa beauté.

Ses feux tissent dans l'ombre une dentelle claire, Dont chaque point d'argent sur l'eau vacille et luit D'éclatants nénuphars semblent peupler la nuit. Berçant au sein des flots leurs tiges de lumière.

JLongueuil, Juin 1907.

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Poésie des Feuilles

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