‹ Le Canada chanté (volume 5)Chapitre 2 sur 4 · PRIÈRE DES BOIS DU NORD · texte numérisé non relu

PRIÈRE DES BOIS DU NORD

Sois loué, Toi qui fais le cèdre aux branches fines, Les cèdres pleins d'odeur, amis des fonds bourbeux, Les cèdres effilés, penchés sur les lacs bleus, Et les hêtres fourchus, amoureux des collines, Sois loué, Toi qui fais le cèdre aux branches fines !

Sois loué. Toi qui fais le pin sombre et géant, Le pin vêtu de nuit, conquérant des falaises, Les saules tourmentés, les ifs et les mélèzes. Le tremble au vert léger, le frêne au bois pliant, Sois loué, Toi qui fais le pin sombre et géant !

Sois loué. Toi qui fais la noblesse des ormes, Les chênes coutumiers de régner sur les monts, Les premiers honorés du feu des jours féconds. Les derniers dont le soir désembellit les formes, Sois loué, Toi qui fais la noblesse des ormes !

Gloire à Toi ! les grands bois ont conquis l'horizon. De soleil altérés, de terre vierge avides. Sans fin leur multitude emplit les Laurentides, Propice au rêve obscur de l'ours et du bison. Gloire à Toi ! les grands bois ont conquis l'horizon !

Montréal

Oseraké ^

AUX IROQVOIS DE KAHXAWAKE

...Les sauvages la nomment (l'île de Montréal) minitik Sten entagSgiban. l'île où il j- avait une ville ou une bourgade ; les guerres en ont banny les abitans.

Le p. Vimoxt. Relations.

^lontréal, où, le soir, l'ombre du mont se porte, Où dorment les coteaux qu'un faubourg a masqués, Jadis, les .\ljjonquins chasseurs ont bivaqué Et, plus lointaine encore, une patrie est morte.

Là, disaient les vieux, ronde et n'ayant qu'une porte. Près du Ladauaxna2 régnait Oseraké, Ville célèbre, au peuple fier, aux toits arqués. Qu'une enceinte de pieux d'érable faisait forte.

LES HORIZONS

Sur ces foyers éteints, toi, tu chantes. Ta voix, Pourtant je l'entends moins que les bruits d'autrefois, Ouand les agouhanxas se lèvent dans mon rêve.

Alors fuit ton image, et du sein des maïs. Sur les côtes, parmi les chênes, vers la grève. L'âme iroquoise pleure et me dit son pays.

Montréal 28 février 1907.

Patrie

AUX CAXADIEXXES

Si vous saviez conitrie elle est belle et grande ma patrie !

Madeleine Premier Péché.

Canada ! Canada 1 terre immense et féconde,

Nouvelle Gaule assise au nord du Nouveau Monde,

Héroïque pavs d'espérance et d'honneur,

Sol vierge, caps géants, Mille-Iles, flots limpides.

Généreuse nature, altières Laurentides,

Oii l'érable sans fin déroule sa splendeur !

Canada ! Canada 1 toi que le ciel protège.

Toi qui, sous ton manteau de verdure ou de neige,

Dans l'ombre de tes bois verdoyants ou jaunis.

Sur les bords de ton fleuve aux grandes eaux sereines,

Du sommet de tes monts et du sein de tes plaines.

Es pour le Canadien le plus beau des pays I

Li:S H()KIZ(iNS

Gloire à Toi! nous t'aimons et l'étranjj^er t'admire! Gloire à toi, Saint-Laurent liont je ne saurais dire La beauté sans amour, ni le nom sans fierté ! Qu'à jamais, fleuve aimé, tes rives nous soient chères, Et rappellent toujours (jue le sanjr de nos pères S'épancha pour ta gloire et pour ta liberté !

Retour des Corneilles

Corbeanx et corneilles sont des astronomes intelligibles. Quand on les voit envahir les campagnes, surgissant on ne sait d'oii, les sucriers se disent: Aux cabanes!

Voici les sucres ! Et de partout on gagne la forêt. (3)

Entends-tu, paA-san, la chanson des corneilles, Du sein du gouffre bleu saluant ton pa^^s ? Leur retour fait chanter la mémoire des vieilles, Évoquant les soleils des printemps de jadis.

Sais-tu ce qu'il promet le cri de la corneille

Inclinant son vol noir vers la cime des pins ?

Les vieillards sur le seuil iront prêter l'oreille.

Et diront à leurs fils : Les beaux jours sont prochains !

LES HORIZONS

Il est rude, dis-tu, le chant que la corneille Vient aux matins d'avril vanner au fond des bois Mais chez toi, paysan, combien d'espoir s'éveille Quand l'âme des semeurs est pleine de sa voix !

Ecoute, paysan, la chanson des corneilles, Du sein du gouffre bleu saluant ton pa^-s ; Leur retour fait chanter la mémoire des vieilles, Évoquant les splendeurs des printemps de jadis.

Mars 1904-.

Terre nouvelle

Le sol s'étend grisâtre où l'on fera des gerbes.

Hector Demers.

Lorsque le blanc Hiver, aux jours tièdes mêlé, Recule vers le Nord de montagne en montagne, La gaité du semeur envahit la campagne. Et du sein des greniers renaît l'âme du blé.

Ennui de mars, espoir d'avril, attente et rêve ! C'est avant les bourgeons et les proches labours L'inquiétude exquise et sourde des amours, C'est dans l'arbre vivant la marche de la sève.

LES HORIZONS

C'est ton œuvre, soleil, créateur des matins, Semeur de jours, passant du souverain abîme. Toi qui, majestueux, vas ton chemin sublime, Jetant un printemps neuf sur nos printemps éteints.

C'est pour t'aimer, soleil, et vivre ta lumière. Que le semeur ainsi t'accueille à l'horizon. Que le blé, prisonnier dans sa blanche maison. Dès les aubes d'avril redemande la terre !

Mars 1906.

■jj^

O vous, mes arbres blancs, issus de la colline. Si vous savez lointain l'Hiver plus blanc que vous, Le long de mars enfuit, languide dans l'air doux, Pourquoi nul bourgeon neuf encor ne se dessine A vos branches, bouleaux jaillis de la colline ?

Frêles, sans nombre, et tous penchés, mes chers bouleaux, Vous qu'avril a pourtant baignés de clartés franches. Pensifs, qu'attendez-vous pour reverdir vos branches. Et, chantant, recevoir vos amis les oiseaux ? C'est paresse et langueur de la part des bouleaux !

22 LES HORIZONS

Beaux arbres, pressez-vous d'avoir la l)eauté verte Que l'on sait familière à vos troncs éclatants, Connaissez la colline, et, sans trêve, à ses flancs Puisez large la vie, autant qu'elle est offerte A vtjus, bois dévêtus de votre robe verte.

Bouleaux, le savez-vous qu'au jour trentième, avril.

Vers le soir, agonise entre vos formes blanches ?

Pour lui chanter l'adieu, sans feuilles sont vos branches !

Rien du ciel, ni du sol ne vous l'annonce-t-il.

Comme à nous, chers bouleaux, qu'il agonise, avril !

Ses matins levés prompts au versant de la terre N'ont-ils pas, trente fois, d'un geste lumineux, Aux airs enténébrés commandé d'être bleus ? Bouleaux, n'ont-ils pas dit: Voici de la lumière. Verdissez, verdissez, tous les bois de la terre !

Bouleaux sans nombre et tous penchés, mes chers bouleaux. Vous avez négligé d'avoir vos branches vertes. Et les oiseaux entre eux diront: Sont-ils inertes. Ces arlires sans souci du plaisir des oiseaux !... Pour les faiseurs de nids soyez verts, les bouleaux 1

Sur le yiont-Royal 30 avril 1005.

Soir de Juin à Longueuil

.•1 GBR M A IX BEAULIBU

Viens dans le mystère ému des longs soirs.

Edmond Harai-court.

Longueuil, au chant menu des grenouilles, s'endort. La gloire des prés verts s'éteint dans l'ombre grise. L'azur meurt. S'effilant, le clocher de l'église, Au trouble crépuscule a perdu son coq d'or.

Les toits sont bruns. Déjà, vers l'ouest, se devine Une étroite lueur, au delà des pignons. Et l'on songe qu'au loin, touchant les flots profonds, ^Montréal dans la nuit montante s'illumine.

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