GALERIES SUPÉRIEURES
Nous en sommes maintenant à l’examen des galeries supérieures du palais de Pexposition ; nous y pénéirerons par le grand escalier du centre qui est voisin du passage du panorama au côté sud de l'édifice. En montant les gradins de pierre polie nous avons sur les jambris du pavillon et tout autour de l’immense palier les objets suivants, savoir: les grands tapis pour parquets, de M. Braquanié, de Paris; une belle cheminée en marbre blanc d'Italie, de M. Rossi, de Milan, un médaillon porte le buste de l'Impératrice Eugénie au-dessus de la tête duquel un amour tient la couronne impériale, denx statues d’anges ornent encore les deux extrémités de la console; de jolis petits vitraux peints venant d'Autriche, surtout une scène d'hiver; de grandes peintures sur verre pour églises venant de Belgique ; et enfin, à lentrée de la galerie la vaste horloge astronomique de la cathédrale de Besançon, qui marque avec le temps les principaux phénomènes astronomiques, phases de la lune, éclipses, ete., au nombre dé 112 indications; elle a été construite par M. Bernardin, sur les calculs et d’après les ordres de son éminence le cardinal Mathieu, archevèque de Besancon.
En appuyant sur la droite de l’allée qui traverse la galerie jusqu’à la balustrade d’où la vue embrasse la nef, on a dans lespace destiné aux Etats-Unis une collection de pianos, orgues pour églises, harmonium, accordéons et autres instruments de musique de divers genres fournis par des exposanis français, et accolée à la balustrade, la belle et grande horloge de M. Colin, de Paris. Ce bel instrument indique par des
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sonneries et des cadrans divers, l’heure des différentes grandes capitales du monde, les phases lunaires et le quantième du mois; l'heure est transmise à d’autres cadrans placés en différents endroits de l’édifice au moyen de l'électricité.
Toute cette partie de la galerie du sud qui de Pendroit où nous sommes se dirige à notre droite vers l’extrémité Est du Palais est consacrée aux articles de l'Exposition Britannique, ce sont: les instruments et cartes exposés par le département des explorations de l'Angleterre et de lIrlande (Survey of Great Britain) consistant surtout en théodolites et niveaux excellents ; les instruments acoustiques exposés en grand nombre et en grande variété par M. Kein; de beaux échantillons d’horlagerie ; une nombreuse collection d’instruments d'optique, d’astronomie et de précision, parmi lesquels on remarque les délicates balances de M. Ortling, sensibles au poids d'un millième de grain, elles sont montées sur agates et rubis ; un appareil électrique pour mesurer la direction et l’intensité du venten mer, de M. le professeur Smyth ; les préparations capillaires injectées de M. le docteur Hett, de Londres pour l'étude de lPanatomie humaine et comparée ; une vaste exposition de cartes, livres, gravures de divers genres, modèles de dessin en plâtre, planches d’anatomie, d’histoire naturelle et autres objets analogues pour écoles et Ctudes : entre tous ces 2rusles, il faut citer particu lièrement la magnifique carte géologique d’Angieterre ; une collection de différents fruits de l1 famille des amygdalées; une collection de petits câbles conducteurs en cuivre pour télégraphes; de jolis reliefs en bois sculpté, parmi lesquels on remarque un cortège de Neptune, par M. Hall, et un groupe da gibiers morts composé d’une bécassine, une bécasse et une perdrix d’un autre artiste; des statuettes en bronze, en marbre et autres matières, au milieu desquelles on distingue un groupe de Cuin et Abel par M. Carrier : Abelest mort, et Caïn, une main appuyée sur l’autel où gît l'agneau que son frère immolait au seigneur, commence à mesurer toute l’étendue de son crime, le premier meurtre qui ait jeté la désolation dans les habitations des hommes.
En continuant, on voit encore des échantillons de photographie et de daguerréotypie, et un bel appareil de photographie stéréoscopique, montrant suivant qu’on regarde par une lunette seule ou avec les deux yeux à la fois dans deux lunettes l’image en plat ou l’image en relief ; des décorations pour ameublement et appartements en passementerie dont plusieurs en or sur velour sont d’une richesse et d’une beauté remarquables ; une riche collection de broderies, de dentelles, de mousselines et de points, venant surtout de Nottingham; des châles, dont une païtie et la plus belle est fournie par la maison Israëlite Salomons, à laquelle appartient le lord-maire de Londres nouvellement élu
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puis viennent des étofles de soie, de laine, de lin, tapis de luxe, des satins, des velours, des articles divers d’habillement, ganterie, bonneterie, chaussures, etc., ete. ; des fleurs artificielles ; des bimbeloteries ; des articles de tabletterie ; des trousses contenant des instruments, des objets de brosserie; des échantillons de reliüre et d’impression ; une machine à fabriquer des enveloppes.
Après avoir parcouru le dédale de toutes Îles vitrines et de tous les compartiments qui contiennent les objets que nous venons de voir, nous arrivons à la principale exposition de Porfèvrerie anglaise ; plusieurs exposants ont contribué à cette collection. MM. Hant et koskell offrent dans leurs articles de joaillerie des diamants et des pierreries pour une valeur de près de 50,000 livres sterling ; la société des orfèvres de Londres expose un nombre de vases et candélabres emblématiques, dont l'un représente la féte de Poctroi des priviléges de la compagnie des orfévres par le roi Richard
Cette exposition d'orfèvrerie est: très riche et très nombréuse : on remarque un bouclier en fer et argent représentant Shakespeare, Milton et Newton entourés chacun d’une foule d’attributs aussi dificiles à compreudre que des réhus ; le sujet de la composition est décrit comme suit: Shakespeare assis sur le vaisseau de Pünmortalité flottant sur Le fleur de la vie, entouré PA pollon et de Minerve qui lui montrent Les rices de humunité personnifiés pur des figures tourmentées pur des monstres, ete. ete. malgré cet encombrement, cette pièce est belle; mais le plns beau morceau de lPorfèvrerie anglaise est une pièce représentant Jupiler foudroyant les Titans, dessiné dans la grande maniere par M. Vechte, artiste français, employé à Londres par la inaison Hunt et Roskell, successeurs de Stor et Mortimer. Le bouclier dont je viens de parler a aussi été modelé par cet artiste. Comme richesse cette exposition est considérable, un grand nombre des groupes sont en argent massif.
Nous sommes maintenant arrivé à Pexposition de la compagnie des Indes, qui a eu Pheureuse idée non seulement d'exposer les produits si remarquables de l'Inde manufacturière, mais encore de représenter ce monde si exceptionnel, et transporter ainsi le spectateur au milieu des scènes de cette singulière civilisation qui nous rappelle les mille et une nuits et les rives et les palais enchantés des contes de fées.
D'abord des vitrines dont les cadres sont peints dans le goût oriental contiennent les étoffes de l'Inde, les superbes cachemires qu’on imite en France, mais qu'on n’est pas encore parvenu à égaler ; des velours et étoffes diverses aux riches couleurs; des mousselines pailletées d'or et d'argent, des écharpes en soie et en coton, de gazes, ornées d’arabesques en or, tout cela d’une transparence et d’une légèreté incroyables. Un
rayon de soleil peut aller se jouer et miroiter «ur les paillettes du S
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dixième tissu. Puis viennent des vêtements faits de tout cela ; des pantoufles brodées, et des babouches en cuir blanc doré, et des toques en or et en soie, des manteaux de princes indiens en velours, des armes, arcs et flèches, mousquets et pistolets, sabres et poiynards, des lances, des cottes de maille, des casques, des cuirasses des formes les plus fantastiques, et d’une richesse d’ornementation incroyable ; des instruments de musique ; des guitares à une seule corde et à plusieurs, des tambours, des tams-tams, des flûtes ; puis des chiboucs et narguillés ; des articles de tabletterie et de bimbeloterie, des voitures les plus singulières du monde ; des petites statues; des figurines représentant les animaux de lPlnde; l'éléphant, le crocodile, des serpents, des singes et la jolie petite vache indoue, qui est vénérée sur les bords du Gange.
Il ya dans tout cela quelque chose de si original, de si fabuleux, que vous vous sentez transporté dans un autre monde, surtout quand vous venez à examiner ces représentations de scènes de la vie des Indes. Voici d’abord un village indien ou plutôt une maitairie ou une foire à la campagne, ce que vous voudrez, mais enfin, c’est un carré long, entouré de cases de bambous couvertes en chaume; dans la cour grouillent ensemble des femmes, des enfants, des hommes, des chevaux, des bœufs et des éléphants ; sur le chaume des toits des troupes de singes se chauffent au soleil où gambadent en faisant des grimaces. C’est ensuite le pavillon d’un prince de l’Inde, des fauteuils en ivoire et en Cbène, s'élèvent sur des tapis magnifiques, un drap de velour vert, broché d’or, recouvre le principal fauteuil en avant duquel est une table avec un jeu d’échecs, des cannes en bois précieux, des narguillés où brillent le cristal, Por, Pivoire, les pierres précieuses et ambre élèvent leurs amphores aristocratiques ; enfin, il est évident que celui à qui sont destinées toutes ces choses est pris pour être formé et se croit fait d’une autre pâte que les autres, car chez nous le luxe se partage avec les amis dans lInde tout se fait en vue d'un seul homme, qui est fatalement condamné à Jouir, à ne rien faire et à s’ennuyer. Voyez plutôt, voici un autre prince : il est sorti de son palais, car il fait très chaud, IT a dressé sa tente dehors ; il est nonchalamment assis sur des coussins, fumant son chibouc, sa cour est debout, en cercle autour de lui, des esclaves tiennent de grands éveniails ; un mendiant de la tribu des bonzes, je suppose, s’avance vers lui: Il ne peut rien lui donner lui-même, il faut qu’il ordonne à son intendant et que lui reste là drapé dans sa dignité, enveloppé de soie, de velours et d’or, et promené du palais à la tente et de la tente au palais. Tout cela vous paraît-il fort amusant.. . Pour moi, merci ! Je ne veux pas être prince indien...