Le Canada et l'Illinois comparés
“ Le bien se fait non par des attaques sur le faux, mais par la démonstration calme du vrai, ” a dit Goëthe, Prenant ceci comme une excellente règle d'action, j'ai parcouru attentivement le pamphlet de M. Caird sur ‘“ l'exploitation des terres des pros d'Amérique, ” et je suis d'avis que la manière candide et franche dont il traite l’avenir des colons anglais dans l’Ilhnois sous certains points d'importance vitale, lui fait beaucoup d'honneur. Cependant les conclusions qu'il est permis de tirer des faits et des chiffres qu’il donne, sont en plusieurs cas enluelée) À produire des résultats bien différents de ceux qu’il parait anticiper, et que sans doute il atten/1 de ses lecteurs. Sans m’appuyersur la rumeur, que M. Caird possède personnellement des intérêts considérables dans le chemin de fer central de l'Illinois et dans ses terres, je procède à l'examen des mérites de son pamphlet.
L'existence des fièvres intermittentes auxquelles il fait allusion aux pages 11, 12, 28, 29, 40, 59, 64, 75, 95 et 96 de l'édition de New-York, et particulièrement aux pages 95 et 96, où il cite l'expérience d’un médecin de vingt ans de pratique, ne peut manquer de décourager l’émigré qui lit son ouvrage, et ce, d'autant plus que le médecin donne clairemont comme son opinion que “ les gens âgés ne devraient pas aller aux Illinois, parce que ces fièvres leur sont fatales, ” ét il ajoute en manière de consolation que “ Chicago étant un établissement ancien est à présent presqu’entièrement exempt des fièvres intermittentes, que le typhus les y a remplacées mais d’une manière bien moins violente, et que la pneumonie et le rhumatisme sont les seules maladies qui y soient sévères” Tout candides et explicites que soient ces avis, on peut diré cependant qu ne s’appesantit pas suffisamment sur l’existence prédominante des fièvres intermittentes et la prostration totale qui, durant des semaines et même des mois consécutifs, en sont la suite dans les prairies, Il arrive assez souvent que des familles deviennent si abattues et si affaiblies, qu’à peine il se trouve un seul de leurs membres capable d’administrer aux besoins de ceux qui souffrent; et dans des lieux reculés il est souvent très-difficile de se procurer les soins d’autres familles. Les effets de cette faiblesse sont souvent sérieux, et 8e résument en délais, dans l’inexéation même des travaux d'exploitation nécessaires, dans le manque de soins des animaux ét la
erte partielle de la récolte de la saison. Si donc les cultivateurs sont disposés à s'établir sur es terres des prairies, ils devraient pour cette raison se grouper trois ou quatre familles ensemble, et en charité M. Caird aurait dû le leur suggérer; mais je me suis proposé de démontrer que la perspective des colons établis dans les forêts du Canada est non seulement meilleure que celle de ceux qui choisissent les prairies de l'Illinois, par l'absence comparative des fièvres intermittentes, mais aussi daus le but d'acquérir rapidement l'indépendance et la prospérité. Pour cette fin je prendrai pour base les représentations de M. Caird lui-même, quoiqu'il se soit glissé dans son travail de nombreuses erreurs affectant sérieusement le caractère des terres du Canada et leur exploitation. La citation de quelques passages fera voir avec quelle rapidité il a parcouru le pays, et comme les opinions qu’il s'est formées sont incorrectes.
À la page 20, il écrit :
“ De Prescott à Kingston, et de là à Cobourg, le paya n'est qu’en partie défriché ; et bien souvent le convoi traverse la forêt primitive pour des milles de distance à la fois, le sentier ayant êté frayé pour le chemin de fer à travers les bois, et les arbres abattus et leurs branches péuvent encore se voir à présent au même endroit où ils sont tombés, ”
Cette assertion peut être littéralement vraie, et cependant M. Caird et ses lecteurs seront étonnés d'apprendre que les sept-huitièmes de ce chemin traversent une contrée agricole remar-
uablement belle, coupent des terres possédées par les meilleurs cultivateurs, ayant des défrichements considérables avec des demeures et autres bâtisses très-confortables, ainsi que d’exceltents vergers. Les comtés situés entre Prescott et Cobourg à travers lesquels M. Caird a passé, contiennent une population de 240,000 habitants. Il s’y trouve depuis vingt ans des troupeaux d'animaux d’Ayrshire et de Durham très-peu inférieurs à ceux des meilleures races d'Angleterre, et à 40 milles même des rives du fleuve et du lac peuvent se voir des fermes de 200 à 400 acres, bien cultivées, donnant de belles récoltes, d’excêllents chevaux, des bêtes à cornes et des moutons superbes, La route frayée pour le chemin de fer a été construite sur les derrières des terres conservés à dessein en forêts pour bois de chauffage, les trois-quarts et perreus plus, étant cependant en culture. La Sorpaquie du chemin de fer a acquis les terreins en arrière, parce que les cultivateurs s’opposaient à ce que lenrs fermes füssent coupées par ces chemins, et parce que le prix en était moindre que pour toute autre partie des fermes en culture.
La citation ci-haut fait voir le danger de juger d’un pays par une simple | bte en chemin de fer; et le danger de publier des impressions ainsi acquises, particulièrement par une personne aussi bien connue que M. Caird, est encore plus paie |
Ceci peut encore se démontrer par des extraits des pages 26, 27, 28 et 29. Il est certainement très à regretter que M. Caird ait fait au Canada un aussi court séjour, et n'ait jeté sur la colonie qu'un coup d'œil aussi superficiel. Grand rombre de ses remarques sont précieuses et conformes à la vérité ; mais il n’est personne qui, voyageant comme il le fit, puisse former une opinion correcte de l’état agricole du Canada et de son avenir. Il dit à la page 26 : “ La contrée entre Hamilton et Paris est onduleuse, et parait un sol plus facile et plus fertile; elle n’est qu'en peu d’endroits entièrement défrichée; et bien certainement plus & la moitié est encore en forèts épaisses dont les arbres d’une hauteur immense font preuve de la rapidité de croissance que seul un s0l fertile peut offrir. Quoique ce district soit situé dans les limites dans lesquelles le Bléd'inde se cultive avec profit, il semble cependant qu’une petite proportion du terrein seulement soit employée à cette semence. Sa grande valeur est pourtant partout admise; maïs sur un sol de cette description les travaux qu’elle requiert sont trop lourds. La dernière récolte ne peut guère avoir été considérable, car on ne voit au dehors des granges que rarement des meules de grains, et ces granges ne sont pas assez vastes pour contenir de bien grosses récoltes.” ;
L'estimé que M. Caird se fait des terres en culture est beaucoup au-dessous de la réalité ; s'il eût parcouru le pays autrement qu'en chemin de fer, il s’en fût fait une toute autre idée. Les trois quarts au moins de tout ce district sont défrichés et cloturés, et une grande partie est en culture, Sil n’y avait en 1858 que peu de blé-d’inde, c’est que les autres grains promettaient mieux, et que de plus le gronnr de 1858 avait été très humide et singulièrement froid. Cette année il y en a une grande quantité, et quoique un peu tard la récolte en sera abondante. L’absence de meules de grains au-dehors, à laquelle M. Caird fait allusion est due à la quantité immense des bois de construction et à la facilité avec laquelle les Canadiens bâtissent les vastes
granges qui suffisent à contenir leurs récoltes, queloie abondantes qu’elles soient. Tout bon.
cultivateur canadien se pourvoit d’abris substantiels pour ses récoltes au lieu de les exposer en meules sous des couvertures de paille. A l'exception des clous, ils ont chez eux tous les matériaux nécessaires, et ils peuvent pour la plupart aider à la construction. Une grange de 60 pieds sur 30, et de 18 pieds de poteaux, peut coûter à peu près £40 sterling, et la plupart des cultivateurs canadiens en ont deux et même trois, en sus de longs appentis pour y placer le foin, etc. ; de sorte que l’absence de meules en dehors ne peut être prise comme une marque de son manque de moyens ; mais tout au contraire leur présence est un signe que le cultivateur est nouveau et est encore incapable de se procurer des abris permanents pour ses récoltes, ce que font universellement tous les anciens colons. Quant à l’avancé de M. Caird “ que sur ce sol plus facile et plus fertile, la culture du blé-d’inde demande des travaux trop lourds,” on peut dire avec certitude que la main d'œuvre est moins chère, et que la récolte de blé-d’inde est bien près aussi productive dans le district auquel il fait allusion qe dans l'Illinois, et que le produit étant de meilleure qualité le prix en est de beaucoup plus élevé. :
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Le fait est que le blé a 6t6 d’une qualité si supérieure dans ce district, et que les prix qu’on en a obtenus ont été si considérables, que l’on a, pour le bien-être du cultivateur, benucoup trop négligé la culture du blé-d'inde. (Cette partie même du pays est renommée comme produisant les plus beaux échantillons de blé, pesant 62 et même 63 livres par minot de Winchester, Le prix de 8100 offert À av la compagnie du Canada a été durant des années remporté par ce blé, et c’est dans ce district que celui exposé au Palais de Cristal à Londres a été récolté. On voit souvent sur une même ferme de cinquante à cent cinquante acres ensemencés de blé ; et le grand appât qu'offre sa culture a été cause qu'un nombre considérable de cultivateurs ont empiété sur les propriétés du sol que cette récolte requiert, Si cependant cette année M. Caird visitait cette partie du pays, non plus toutefois assis à la fenêtre d’un char de chemin de fer, il pourrait voir des champs considérables de sa récolte favorite qui ra probablement plus par acre que les terres des prairies de l'Illinois, les prix au Canada étant presque doubles de ceux de l'Illinois, où le blé-d’inde est de qualité inférieure. Cette persévérance dans la culture du blé est un mal auquel le temps remédiera d’autant plus que le produit des autres grains ainsi que l'élève des moutons et l'exploitation des pâturages offrent un rapport plus certain. Un autre extrait de la page 28 donnera un nouvel exemple de jugement erroné et de faux exposé.
La À partie de cet extrait est toutefois conforme à la vérité.
# Une terre dont le sol est d’argile sablonneux et de bonne qualité est encore évaluée, dit M, Caird, à £7 ou £8 par acre (livres sterling, je suppose, car tous les calculs de son pamphlet sont eu ce cours.) C’est ce prix comparativement élevé en sus du cnût du défrichement qui force l'émigré vers l'Ouest où il peut acquérir des terres d’un 80] meilleur, avec des facilités de transport égales, pour moins que coûte le déblayage seul du bois qui couvre celles-ci.”
Prenant le mot “ vers l’Ouest ” comme voulant dire l'Illinois central qui parait être l’objet de ses prédilections américaines les plus chères, on peut avec certitude affirmer que le sol n'y est pas meilleur, que les facilités n’y sont pe pau et que, supposant que les terres de l'Illinois puissent s'acheter pour le simple coût du déblayage du bois de celles du Canada (£3. 15 stg. pr acre), M. Caird a omis de prendre compte de la valeur de ce bois. Il sera étonné d’appren:
re que ce nombre de pins sur ces terres valent de 68. à 158. chaque. Il n’est pas rare qu’un waide ces arbres produise cinq billots de sciage de douze pis de long valant de 4s, à 58. cha-
ue. Le bois seul des bonnes cédrières dans les parties habitées du Canada-Ouest vaut de £4 à
6 par acre sur les lieux ; et si l’on brûle le bois dur, les cendres de trois acres, sans aucun déboursé de capital ni de labeur, donnent un quart de potasse valant £6 sterling. La valeur des bois dans la forét, dans les endroits où l’on peut avoir accès facile aux moulins et aux rivières flottables, est très-considérable,
Nos forêts, au lieu d’être des épouvantails pour les émigrés, sont une grande source de richesse ; elles leurs permettent de liquider leurs terres, d'y ériger les bâtisses nécessaires et leur fournissent les clôtures, le bois de chauffage r isi que le sucre, etc. choses que le colon des pates est obligé d’acheter bien souvent à gran: }ix. Il est facile de prouver que le sol de
Illinois n’est pas meilleur que celui du Canada-Ouesi. Lequel des deux donne les récoltes de blé de qualité supérieure les plus considérables ? Le Canada-Ouest sans aucun doute. La moyenne probable de la récolte de l'Illinois est représentée par M. Caird, aux. pages 55 et 89, comme étant de 20 minots, puis à la page 54 il fixe le rendement probable à 18 ou 20 minots, tandis que le rendement réel n’est, dit-il, que de la balle racornie ; et encore à la page 52, comme ayant manqué presque complètement, 600 acres ayant été détruits par la gelée ; aux pages 76 et 76, il représente le rendement de 1857 comme étant d’un peu plus de six minots par acre, et d’après le recensement des Etats-Unis pour 1850-51, l'Illinois n’a pas donné 10 minots par acre, tandis que la moyenne dans le Canada-Ouest a été pour la même année de 16 14/60 minots, et que celle des comtés auxquels M. Caird fait allusion, füt de 21 minots. De plus la qualité du blé de l’Illinois Central est notoirement inférieure. N’étant pas propre à faire de la fleur, excepté celle que les Américains appellent ‘ Stumptail flour ” et qui n’est que de troisième et que me qualité, les marchands de Toronto en importe, pour la moitié du prix de celui du Canada, des quantités considérables pour les distilleries ; et c’est 1à le caractère ordinaire du blé de l’I linois Central, En ce qui regarde le prix, M. Caird le coteen plusieurs endroits à 38. stg. (ou 75 cents.) Le blé du Canada se vendait dans le même temps à Toronto, Hamilton et dans les marchés de nos frontières, exactement le double du prix du blé de l'Illinois ainsi mentionné par M. Caird, c'est-à-dire 68. stg. ou 81 50 le minot ; et aujourd'hui même dans le Haut-Canada le blé se vend le double du prix qu’obtient le blé de l'Illinois sur les marchés même de ce pays.
Que les oultivateurs des vieux pays se rappellent que, même en supposant que le rendement par acre soit le même, le prix au Canada est le double, et qu'en conséquence la valeur à 4 acre est aussi double, et prenant les moyennes données par M. Caird, 20 minots par acre, ainsi que 508 prix, 88, stg. par minot, le cultivateur canadien roçoit £3 stg. par acre en sus de ce que le cultivateur de l'Illinois reçoit; et il ne faut pas oublier que ces £3 représentent un intérêt raisonnable sur £50 pour chaque acre ensemencé de blé, ou un sixième de toute la terre cultivable, &8, 6s. 8d. pour chaque acre de terre capable de produire du blé,
En ce qui concerne la culture du blé, le colon, dans le Canada-Ouest, a de grands avantages sur celui des prairies de l'Illinois, le rendement, la qualité et le prix étant supérieurs, Le terrein de la péninsule du Haut-Canada consiste de sols semblables à ceux de la vallée du Genesee, dans l'Etat de New-York, renommée pour la bonne qualité de son blé que les fabricants américains achètent avec empressement pour mélanger avec les blés inférieurs des Etats de l'Ouest. Le blé du Canada donne la plus belle fleur, tandis que celui des Etats de l'Ouest ne rénd que des fleurs de seconde et troisième qualités. Les terres produisant de beau blé ne couvrent pas sur ce continent un espace bien considérable, et le Canada en occupe une grande pro-
rtion,
# Mais, dit M. Caird, le blé-d’inde est une des principales denrées de l'Illinois.” Prenons sa
propre démonstration, et voyons. Le produit qu'il mentionne est en deux places de 50 minots par acre et de 40 en une autre. Le prix à la ? e 51 est de 8d. par minot, à la page 74, de 10d,, et à une autre place à la page 51, d’un farthing par livre, ou 18. 3d. par minot, et aux pages 87 et 89 de 1s. 8d. par minot,
" Mettant le prix à ls. 3d. stg. par minot sur les lieux, et le produit à 50 minots par acre (moyenne bien trop élevée, 40 minots par acre étant beaucoup plus près de la vérité,) une bonne récolte ordinaire de blé-d’inde dans l'Illinois rapporte £3 2s. 6d. par acre. Les frais de labourer deux fois, de semer, de sarcler avec chevaux se montent au moins à £2 2s. 6d. par acre, laissant ainsi au cultivateur des prairies £1 par acre comme intérêt sur le prix de son achat, sur la confection de ses clôtures, ses bâtisses, etc.
M. Caird a bien dit et avec vérité à la page 54 : “ Si un homme achète 600 acres de terre, et n’a les moyens d’en cultiver que 60, 540 sont pour lui une perte réelle, Il a à payerle prix ou l'intérêt sur le prix de ce vaste terrein demeuré inproductif. Il exige ainsi que le revenu de 60 acres fasse face, non seulement à leur proportion des charges de la terre, mais encore à celles des autres neuf dixièmes qui sont incultes: “ Les vaches maigres dévorent ainsi la vache grasse” Les quatre cinquièmes des gens probablement achètent un quart de section (160 acres) et pour deux ou trois ans ne sont pas en état d'en cultiver plus d’un quart, de sorte que 40 ou 80 acres en culture ont à rencontrer le paiement de l’intérêt du prix entier d'achat des 160 acres et du coût des bâtisses érigées dessus. La rente ou l'intérêt, comme de raison, varie ; maïs mettant que le prix d'achat soit de £3, les clôtures de 16s. par acre et que les bâtisses coûtent £100, la rente de 40 acres récoltés avec maison bâtie serait à peu près de £42 10s., comme suit:
Premier coût de la terre à £3 par acre......,,...... ses sessssee £480 O0 0 Coût des clôtures, 160 acres à 168. par acre, étant 640 roods à 48. stg........... 122 OQ O0 Bâtisses, puits, etc....................... ETENUe HORS es boiee LUE 100 O0 0
Ces £708 à six par cent donneraient £42 10s. ou 21s 8d. stg. par acre, laissant au cultivateur un déficit de 1s. 3d. par acre sur le coût actuel, sans autre rénumération pour l’usage des animaux, instruments, etc., que les gages d’un journalier. L’entourage de 160 acres demande 640 roods de clôture qui, à un calcul modéré, vaut 81 ou 4s. stg. par rood. M. Caird fixe le coût de la clôture à £60 stg. par mille (voyez page 55) ; ce prix me paraissant un peu trop élevé, je mets £40 par mille. En achetant une section entière, la clôture extérieure formerait quatre milles, et le coût paracre serait bien moindre que si l’on n’achetait qu’un quart de section seulement, mais comme Île cultivateur des prairies ainsi que tous les autres cultivateurs a besoin dé subdiviser sa terre, 168. stg. par acre pour la clôture est un estimé très-modéré. De sort que quand M. Caird aux pages 89 et 90 dit “ que le cultivateur des prairies se voit au commencement de la troisième année le propriétaire de sa terre acquittée toute cloturée et améliorée avec chevaux et instruments aratoires, et ayant de plus en caisse le montant entier de son capital,” il se fait une illusion monstrueuse, calculée Lévis un tort immense à ses lecteurs qui peuvent ainsi être tentés de s’aller établir dans ces lieux arides, sans abri et sujets aux fièvres.
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L'idée (à la page 00) que “ la récolte de blé-d'inde peut se continuer eur sa terre tout en lui mpportant de gros profits pour ses capitaux ” est pour le moins un peu trop brillante. À la page
, il donne comme l'opinion d’un M. Brown, un ancien cultivateur de la contrée, ‘ qu'il s’est fait et peut se faire plus d'argent en élevant du bétail qu'en semant du grain,” et il ajoute à la page 61, ‘ qu'il n'avait pas trouvé que le bétail (dit short horned stock) réussissait aussi bien sur les prairies naturelles, et que pour sa part il n’en avait plus sur ces terres.
Pour donner une idée de l'élève des animaux, M. Caird nous dit (page 71) que des bœufs de trois ans, gros et en ce qui peut être consideré comme bonne condition pour être enfermés, ne sont évalués ici, c’est-à-dire dans l'Illinois Central, qu'à £4, Et encore à la page 69, il cote le prix du bœuf à 2d. la livre ; à la page 72, il dit qu'un cultivateur du Kentucky admet qu'il faut dans l'Illinois deux acres de la meilleure terre bleue en herbe pour engraisser un bœuf alort Aorned de trois ans, A ces prix l'élève du bétail ne peut être profitable, et si ellle est préférable à la culture du grain, quelle conclusion en doit-on tirer{ L'histoire du bœuf et des deux porcs, (à la page 74) mangeant cent minots de blé-d’inde et ne se vendant ensuite que 2d. la livre, n'est pas calculée à donner une idée bien favorable de l'exploitation des terres des prairies, Il est bon que M. Caird ait représenté ces choses aussi franchement afin de mettre les cultivateurs anglais en état de juger pour eux-mêmes. Il est juste de mentionner ici que les prix des bêtes à cornes, des moutons, du bœuf, du lard et du grain, de toutes sortes, sont au Canada le double de ceux mentionnés par M. Caird comme étant les prix de ces articles dans l'Illinois ; les cultivateurs des Iles Britanniques agiront sans nul doute en conséquence, d'autant plus que tous les grains, le blé-d’inde excepté, sont plus productifs au Canada, et que la main d'œuvre n’y est pas plus chère. On pourrait supposer que c’est au détriment des artisans et des fabricants que ces
rix sont si élevés; mais quand les produits agricoles sont chers, les artisans trouvent plus ’emploi et des gages meilleurs que quand ils se vendent à bas prix, les cultivateurs étant par là même plus à l'aise sont plus en état d'entreprendre des améliorations de toutes sortes, M. Caird, à la page 50, cote les gages d’un charpentier avec nourriture à 4s. par jour. Ces gages sont un peu plus bas qu’en Canada, mais la colonie a tellement souffert des derniers revers exceptionnels qu'il n’y a maintenant que peu d’ouvrage pour les ouvriers. Si la récolte est bonne, les temps s’amélioreront 1apidement ; on peut cependant dire avec assurance qu'il n’est pes probable que l'Illinois ni le Canada voient jamais de nouveau cet état de prospérité surandante dont la dépense récente de millions de piastres en achat et en constructions de voies ferrées a 6t6 cause. La colonie en retirera des bénéfices permanents et substantiels, mais les promoteurs en seront peut-être les victimes.
M. Caird a dit avec vérité, et ceci s’applique aussi au Canada, que “ le développement des communications au moyen de voies ferrées a été trop rapide, et que pour le présent les besoins de l'Illinois ont été outrepassés. ”
J'ai mentionné que le blé et les autres grains, le blé-d’Inde excepté, sont plus productifs dans le Canada Ouest que dans l'Illinois. Les circonstances du climat sont peut-être la cause première de la supériorité du Canada Ouest. Les contrées de l’Europe qui produisent du blé sont situées entre les 50e et 59e degrés de latitude nord, où la température de l’été varie de 55 à 65 degrés ; mais l’Illinois Central est situé au 380 de latitude, et la chaleur de l’été y est de 789 et s'élève souvent jusqu’à 900 et 100°, à l'ombre, durant les mois de juin, juillet et août. Ce climat est beaucoup trop chaud pour la culture profitable des grains et des graminées de l'Europe ; ils y croissent, il est vrai, mais ils y sont généralement de description inférieure, Le blé de cette année (1859) est heureusement un échantillon bien passable, et le rendement en est excellent; une grande partie en a été récoltée durant la première semaine de juillet. Un de mes amis, qu a été témoin de l'opération, m'a rapporté qu’on en avait abattu un vaste champ au moyen d’une machine qui coupe la tête du blé près de l’épi et la jette dans une boîte qui se décharge dans des voitures accompagnant la machine. La paille étant de peu de valeur est laissée debout.
Cette année est une amélioration sur plusieurs années passées en ce qui regarde la récolte de blé; mais quant aux autres grains, tels que l'orge, l’avoine, le seigle et les pois, il ne parait pas qu'il y ait eu aucun changement pour le mieux. A l’exception du blé-d’Inde, aucun de ces grains n’est cultivé en grande quantité ni avec beaucoup de succès.
La population du Canada, par le dernier recensement fait en 1851-52, est à peu près d’un treizième de celle de l’Union, le nombre d’acres de terre oocupée est d’un dix-septième, mais la récolte de blé est bien près d’un sixième de celle de toute l'Union; celle de l’orge est plus que d'un quart, et celle de l’avoine d’un septième. La récolte au Canada de tous les grains, le bléd’Inde excepté, égale un sirième de celle de toute l'Union, y compris les territoires.
Ce sont 1à des faite importants qui méritent l'attention des saige des Iles Britanniques
au lieu d'aller s'établir au milleu des prairies froides des Etats-Unis, préfèrent jouir d’un décidément salubre et à peu semblable à le leur, et qui désirent cultiver les mêmes grains qu'ils ont l'habitude de cultiver, ou s'adonner au pâturage et à l'élève du bétail aveo
favorable de succès.
perspective de n'avoir que peu de fruits dans l’Tllinois-Central est une autre considération très importante, La terre où les arbres ne poussent pas naturellement ne peut guère être con-
sidérée comme convenable à la culture des fruits, il n'est que trop vrai que dans plusieurs parties de l'Illinois les arbres fruitiers ne prospèrent pas.
Un autre extrait du pamphlet de M. Oaird (page 29), mérite une VE puce en ce qu'il fait preuve d’une grande ignorance au sujet de l'augmentation relative de Îa population du Canada et de l'Illinois, et peut induire ses lecteurs en erreur. “ Le Canada-Ouest, dit M. Oaird, est plus riche et plus populeux que le Canada-Est, main plus à l'Ouest encore se trouve un territoire beaucoup plus riche, où in travail est beaucoup plus productif, et qui, quoique dans l’état actuel du pays la santé y soit beaucoup plus exposée, est dix fois plus populeux, car l’homme se À toujours vers les lieux où il peut le plus promptement et le plus aisément obtenir l'indépen-
Que dira M. Oaird quand on lui fera voir que le Canada-Ouest a augmenté en population proportionnellement beaucoup plus que son Etat favori de l'Illinois ?
Il appert par le recensement des Etats-Unis de 1850, que les trois Etats de l'Ohio, du Michigan et de l'Illinois contenaient en 1880, 1,126,851, et en 1850 3,505,000, un peu | y ue 820 par cent en vingt aus. Le Canada-Ouest contenait en 1830, 210,437, et en 1850, 91,000, ce qui est plus Le 875 par cent dans le mème espace de vingt ans ; de sorte que l’augmentation dans ces Etats choisis fût de 55 par cent moindre que dans le Canada-Ouest durant la même période de temps. L'augmentation de la popuist on de quelques-uns des comtés du Haut-Canada tels que Huron, Perth et Bruce a été de 571 par cent en dix ans,
En comparant l'augmentation de la population du Haut-Canada avec celle des Etats-Unis, on trouve que duraut les dix années entre 1840 et 1850, l'augmentation de ces derniers a été de 85.27 par cent, tandis que celle du Canada-Ouest a été de 104,58 par cent.
ous n'avons eu aucun recensement au Canada depuis 1851-52, mais il } a tout lieu de
croire que la proportion de l'augmentation, exclusive de l'émigration, a continué la même, et il est certain que l’avancé de M. Caird relativement à l’augmentation comparative dans l'Illinois est tout à fait erronné. L’émigration aux Etat-Unis a diminué tout autant proportionnellement ue celle au Canada. Dire que l’on peut s’acquérir une indépendance plus vite et plus aisément
l'Illinois que dans le Canada Ouest est simplement une illusion, comme le prouve assez sou-, vent le retour des colons qui, comme M. Caird, y ont été attirés par l’apparence des prairies ai,
attrayante à l'œil de l'habitant des vieux pers.
Comme M. Caird a donné pour l'Illinois un état en parties doubles des déboursés et des revenus d’une terre, je vais en faire autant pourle Canada. Que ceux des vieux pays qui ont à leur disposition la somme requise (£750 stg.) comparent les deux, se rappelant la différence constante dans la qualité et les prix des pure ainsi que la salubrité du Canada, et le choix entre les deux ne sera pas difficile à faire, même pour ce qui regarde les dollars et cents, sans mettre en ligne de
compte notre constitution, nos sentiments, nos mœurs, notre atmosphère social qui tous sont essentiellement britanniques, et que le Breton voit toujours avec un plaisir plus grand après un
court séjour aux Etats-Unis.
M. Caird nous donne les déboursés et les revenus probables de cent acres de terre dans
l'Illinois pour deux ans.