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Le Canada et les Basques [microforme]

Un éminent homme de science, presque mon compatriote, puisqu'il est français, M. Bouillet, nous dit que pour persuader on doit prouver, plaire et toucher. 1] ajoute aussi qu’on prouve au moyen d'arguments ; si par arguments il entend ce que j'entends moi-même, alors il est prouvé que les Basques ont été les premiers Européens connus de l’époque moderne qui aient fait des découvertes au Canada; on le verra par les pages qui suivent. Plaire est toujours un rôle très-difficile à remplir; et dans le cas présent, ce rôle devient presqu'impossible, eûüt-on toute l'éloquence du monde ; et, comme les Anglais disent, té needs not the wilch of Endor to forelell, pas n’est besoin d’être aussi sorcier qu'Endor pour prédire, qu’on ne pourra jamais réussir à faire accepter la vérité, ou tout au moins la probabilité des faits, par ceux que les sentiments de raceset autres passions do-

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minent outre mesure. * Quant à toucher, comme l'on touche par les passions, on peut espérer faire une impression favorable sur quelques-uns, mais aussi on est certain de froisser les autres.

“ La parole est le bonnet de coton de la pensée; ” cependant, c'est un bonnet souvent très difficile à coiffer.

A propos de la parole, je la reprends pour expliq er un mot, ou en constater la signification. Il s’agit du mot ‘“ basque.” BASQUE, (en espagnol vasco ou vasgongado, basque euscaldunac) EST LE NOM D'UNE POPULATION, QUI HABITE LE SUD DE LA FRANCE ET LE NORD DE L'ESPAGNE, et qui parle une langue spéciale. Les Basques ne sont probablement pas autres que les anciens vascones ; leur nom s'applique aux habitants d’un petit pays de la Gascogrie française, qui comprend le Labourd et la Soule,et dont les principales villes sont Bayonne, Saint-Jeande-Luz, et à ceux des provinces basques espagnoles, c'est-à-dire Alava, Guipuzcoa et Biscaye #*.

Dans le vieil ouvrage de Postlethwayt que je consulte souvent et que j'aime beaucoup, je trouve les lignes suivantes :

“ On dit que les habitants de la Biscaye, province basque, en faisant la pêche à la baleine, ont, les premiers, découvert les Grands et les Petits Bancs de morue, un siècle avant l'expédition de Christophe Colomb, aussi bien que le Canada et la nouvelle terre de Bacalao ou morue (Terreneuve) ; c’est ce qu’un biscayen, habitant de Terreneurve, a rapporté le premier à Colomb, d’après plusieurs cosmographes. ”

* Convince a man against his will He’s of the same opinion still.

C'est-à-dire no hay peor sordo que el que no quiere oùr (il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre).

#* Ceci est extrait du Dictionnaire de géographie ancienne et moderne de Campano.

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Que ces Basques soient espagnols ou français, c’est là pour moi une question secondaire, Pythagore disait : “ [1 ne faut faire la guerre qu’à cinq choses : aux maladies du corps, à la pauvreté de l'esprit, aux passions du cœur, aux séditions des pays et à la discorde des familles. Voilà les cinq choses,” ajoutait-il, “ qu’il faut combattre de toutes ses forces, méme par le fer et le feu.” Par conséquent, disons que les Basques, espagnols ou français, mais toujours les Basques, sont les auteurs connus des premières découvertes faites au Canada, ce pays auquel nous portons tant d'intérêt.

Reste à trouver au Canada, en Espagne ou en France, des documents qui corroborent complètement les faits déjà acquis à l’histoire, Au Canada, comme on pourra le voir dans la note ci-dessous *, on commence à s’intéresser profondément à toutes ces questions historiques,

* QUESTIONS D'HISTOIRE DU CANADA.—1, Les propriétaires du Canadian Spectator avertissent leurs lecteurs et le public en général, que dans leur premier numéro du mois de mars, ils commenceront à poser sur l’histoire du Canada une série de questions, dont le nombre sera de cent au plus, el qui se continueront à peu près pendant dix semaines ; 2. Des prix seront accordés aux deux personnes qui auront répondu d'une manière satisfaisante au plus grand nombre de questions, le premier prix étant de $30 et le second de $15,—(Canadian Speclalor, Montréal, 12 avril 1879.)

Parmi les documents publiés par la Sociélé Lilléraire et [islorique de Québec, j'extrais du document V, publié le 14 fevrier 1872, ce qui suit sur les archives du Canada. Le Dr. W.J. Anderson, auteur du docu ment, et alors président de la Société, ilisait: « Depuis quelque temps on a manifesté beeucoup d'int#rèt pour la question des archives. Comme la part que la Société Littéraire el Historique de Québec a prise à la collection des archives n'est pas généralement connue, j'en parlerai, autant que les annales de la Société, qui ont pu être conservées, me le permettent. Le Dr. Miles, du bureau de l'éducation, a lu une fois devant la Société, un écrit sur les archives. Dès que ce document fut publié, j'en adressai un exemplaire à l’hon. Joseph Howe, en le priant de nommer pour le Canada üne commission du même genre que celle qu'il avait créée dans la Nouvelle- Ecosse. Comme il s’agit d’un document qui contient l'énoncé des opinions d'un homme expert dans cette matière, j'en ferai l'extrait suivant :=cLa « Confédération n'existeque depuis quatre ans. Ses annales sont si peu con- « sidérables, que leur conservation ne peut donner que bien peu d’ouvrage à

Avec cela, je termine ma préface en insérant les écrits de mes amis, M. Faucher de Saint-Maurice, M. Marmette et M. LeVasseur, trois des écrivains canadiens les

«une commission. Les pièces officielles et justificatives des anciennes provinces de Québec et Ontario sont, je n'en doute pas, dans un assez mauvais état, Mais on en fait la remise à chaque province, et dorénavant elles seront sous la garde des gouvernements provinciaux. Nous avons envoyé dernièrement à Québec, dix ou douze boites contenant plusieurs tonneaux de vieux documents. Vous ne pourriez faire mieux que de vous adresser «à M. Chauveau, pour savoir ce que l'on se propose d'en faire.» = J'aurais cependant suivi la suggestion ; mais je dus ne rien faire, attendu qu'à cette date, 17 décembre 1870, M. Chauveau venait d'être frapp* dans ses affections les plus chères. Le Dr. Miles, de son côté, ne crut pas devoir se borner à la simple lecture de son document. Il fit rédiger une pétition adressée au Parlement, pour faire comprendre les avantages d’une commission des archives, se rendit à Ottawa, et entra en rapport avec Sir Alexander Galt, qui se mit avec ardeur à la besogne et soumit la question dans un discours très-éloquent à la Chambre des communes. Le comité de la Bibliothèque fit un rapport favorable. Comme il s'agissait d’une question d'argent, le comité suggéra de référer le projet à un membre du gouvernement, M. Dunkin. Malheureusement, M. Dunkin qui s'occupait alors du recensement, ne put donner à la question toute l'attention qu'elle méritait. = Pour montrer l'importance que les historiens étrangers attachent aux archives canadiennes, je mentionnerai qu’en janvier 1870, je recus une lettre de M Parkman, qui, quoiqu'étranger, a réellement le droit d'être regardé comme l’un des premiers historiens du Canada. J'en donne un extrait : = « Aujourd'hui, se trouvent dans nos collec- «tions les quatre volumes qui restent des manuscrits colligés par Y. « Papineau. Le premier de ces quatre volumes contient la felalion «de ce qui s'est passé au Can1da au sujet de la guerre tant des Anglais «que des lroquois, depuis l'année 1682. Ce document parait être très- «important, Y a-t-il lieu d'éspérer qu'il sera bientôt publié ? Sinon, «me permettra-t-on de le faire copier ? Ces quatre volumes forment partie «de la collection Papineau, en tout neuf ou dix volumes, qui, à part « les quatre, ont été détruits dans l'incendie de 1849, N'y a-til pas des «registres du contenu des cinq ou six volumes qui ont été détruits? Si «oui, les documents perdus peuvent être recopiés en France, si les bom- «bes prussiennes ont du respect pour les archives. Veuillez avoir la « bonté de m'informer si le” connait l'existence de ces registres quelque : part?» = Ne pouvant pas me procurer ces registres à Québec, à la suggestion d'une personne à laquelle je m'étais adressée, j'en écrivis à 4. Papineru lui-même, et je reçus la gracieuse réponse que voici : = « Mont- «réal, ?i février 1871, M. W. J. Anderson: — Cher monsieur, j'ai eu «le plaisir de recevoir hier votre lettre datée le 15 lu courant, avec

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plus distingués, tont en protestant contre les éloges que ce dernier a bien voulu me décerner.

Je suis certain, parfaitement certain, que les Basques,

«l'envoi d’un exemplaire des Transactions de la Sociélé Lilléraire et Iis- «lorique de Québec de l'année dernière ; je vous en remercie très-sincère- « ment ? Je regrette beaucoup qu'il ne soit pas en mon pouvoir de vous aider « à retrouver les manuscrits que votre Société a perdus en 1849. L’original «ou plutôt les premières copies venues de Paris ont été reçus à la bibliothèe « que du Parlement. Ces documents avaient-ils été confiés à votre garde, ou « n'était-ce que des copies ? .….. Je suis ici durant les mois d'hiver sans ma « bibliothèque qui reste à ma résidence d'été à Montebello, où je retourne « d'ordinaire à l'ouverture de la navigation, à la fin d'avril Très-probable- « ment les titres et dates de ces différents ouvrages se trouvent imprimés « dans le catalogue général de la bibliothèque du Parlement, ainsi que les noms de ceux qui les ont copiés. Ces volumes sont sur les rayons de ma « bibliothèque comme de la vôtre, mais ne peuvent être serialim absorbés «par ma pauvre vieille mémoire. Si, une fois de retour à ma résidence, il «est en mon pouvoir de détacher de mes notes quelques renseignements qui « puissent vous aider de quelque façon à vous faire trouver les moyens « d'arriver aux archives coloniales françaises, je n’y manquerai pas, vu « que je regarderai comme un devoir et qu'il me fera plaisir de vous donner «ces informations. =Je suis très respectueusement, = J, PAPINEAU. = Comme je n'ai pes reçu d'autre lettre de ce grand homme, j'ai conclu qu'il n'a pas réussi à trouver ce qu'il nous fallait. La collection Papineau faisait partie du dépôt qui nous fut confié par Lord Avlmeret dont six volumes sur les dix furent détruits dans l'incendie de 1849. = M. Parkman, dont j'ai mentionné le nom tout à l'heure, a eu l’occasion de visiter Québec l'été dernier, M. LeMoine, alors président de notre Société, et moi, nous eñmes des entrevues avec M. Parkman. En retournant aux Etats-Unis, M. Parkman a eu la bonté d'adresser de Portland à M. LeMoine, une lettre à propos de laquelle, le 11 d'octobre dernier, la Société Littéraire et Historique a adopté la résolution suivante: = «Que la Soriélé Lilléraire el Historique de Québec à remarqué avec « beaucoup de satisfaction la démarche faite par le Parlement du Ganaila sur les instances de Sir A. T. Galt, commandeur de l'Ordre du Bain, sur une pétition présentée par la Société et demandant que des mesures soient prises pour la conservation desarchives historiques et publiques du Canada, par la création d'un bureau d'archives; et que cette Société espère ardemment que l'intérêt profond manifesté depuis quelque temps pour la cause de l’histoire canadienne par l'éminent historien Francis Parkman, tel que l'indique la lettre éloquente qu'il a adressée au président de cette institution, aura pour effet d'imprimer une impulsion au mouvement, « Que copie de cette résolution soit transmise à l'hon. Chr. Dunkin, à qui le «comité de la Chambre des communes a renvoyé toute la question.»

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