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OUI, CERTAINEMENT LES BASQUES

Québec, 9 avril 1879.

Mou ohor comte,

A propos de la conversation que nous avons eue hier i*uv nuolques points de l'histoire du Canada, et entr'autr^»* sur les découvertes des Basques dans le pays, il mo Meuble de toute évidence que les Basques ont été \\>ià pvemu^rs, ou a peu près, qui aient visité le golfe Mwiut-Laureut, Terreneuve, le Labrador et d'autres liiiux Uuaord do TAmérique. Je me vois obligé de mettvo V4ue sourdine au sentiment national, pour rendre juHlii^o A qui juntice est due. Canadien ou non, m'est avis quo l'on uo peut s'empêcher de convenir que les Basques» eouuuihiîiaieut le pays bien avant la venue du marin kW >i»i4U-Mâlo. Je ne veux pas, certes, amoindrir la ifluivo du hardi navigateur, qui a nom Jacques Carti\>r ; oot homme intrépide a une place d'honneur dans riù^itoire oaiàt^dieuue, et portera éternellement à son ftvAiii Vï^ur^^Al^ d\l plu» brillant exploit. Mais, il faut con-

venir que les Basques ont laissé derrière eux des traces si marquantes et si authentiques de leurs voyages au Canada, qu'il est impossible d'arriver à d'autre conclusion, qu'à l'époque où Jacques Cartier a baptisé la Baie-des-Chaleurs, et est allé jeter l'ancre dans la rivière Saint-Charles avec ses trois navires, les Basques avaient déjà depuis longtemps parcouru la côte du Labrador et les côtes de Terreneuve. On en trouve des preuves certaines dans les noms de plusieurs endroits à Terreneuve et au Labrador, dans le langage des habitants, dans les noms donnés aux différents poissons dont les Basques faisaient la pèche. Ces noms là, en général du basque le plus pur, ne se sont certainement pas introduits à Terreneuve et ailleurs, comme des animalcules, des atolnes, transportés sur les ailes du vent ; on peut donc en attribuer la paternité aux Basques qui venaient dans le golfe Saint-Laurent donner la chasse à la baleine, au marsouin, aux phoques, qui se faisaient rares sur les côtes d'Espagne. Tous les documents relatifs à l'histoire du Canada, mentionnent les. excursions des Basques dans le golfe ; ou retrouve le fait consigné officiellement dans la préface du recensement do 1871, volume IV *.

Force est donc à l'historien de tenir compte de ces faits, s'il veut être narrateur fidèle ; il ne peut pas passer indifféremment sur les noms des divers endroits de la côte et du golfe. De l'étymologie exacte d'un mot surgit comme par enchantement l'explication d'un fait historique qui n'avait été jusque là qu'un rébus ; sous un nom, parfois, se retrouve une histoire, une anecdote, ou encore une légende qui dissimule dans sa forme fantastique un point vrai d'histoire.

{*) I II n'y a pas lieu de mentionner, en parlant de colonisation, les voyages annuels et le séjour momentané, pendant l'été, des pêcheurs basques, bretons et autres, à Tlsle de Terreneuve et dans le bas du fleuve Saint-Laurent, plusieurs années avant les expédition^ de Jacques Cartier ; on ne fait pas, dans cette introduction, l'histoire générale du pays, mais l'histoire abrégée de la statistique de la population canadienne. »

Les quelques études que Ton a faites sur Terreneuve, sur le Labrador et sur le golfe Saint-Laurent, ont eu ce résultat: on a fini invariablement par assigner aux Basques un rôle prédominant dans les découvertes faites au Canada.

C'est un point de rapprochement entre le Canada et l'Espagne, mon cher comte; je m'empresse de le dire,' surtout lorsqu en ce moment même la sympathie naturelle qui raisonïiablement devrait toujours exister entre la race canadienne-française et la nation espagnole, comme entre toutes les races latines, a l'occasion de prendre un grand développement et un caractère plus vif. Vous n'êtes pas étranger, mon cher comte, à l'heureux développement de cette sympathie, non-seulement entre les deux races, mais aussi entre les deux pays. Vous avez travaillé à remplir votre mission par son côté le plus élevé, le plus noble. Si, aujourd'hui, le Canada s'occupe particulièrement de relations avec l'Espagne, n'en accusez que vos quatorze ou quinze heures de travail par jour, vos autres labeurs et l'estime dont vous jouissez. En même temps que vous avez travaillé au développement des relations commerciales entre les deux pays, vous avez dû vous dire, et avec raison, qu'il fallait que ces relations eussent pour bases une sympathie et une estime réciproques ; les relations d'affaires peuvent être le jouet des circonstances ; mais quant aux relations de cœur, mon cher comte, elles existent, et vous avez droit de réclamer d'y avoir plus que tout autre contribué. Ce fait est de toute évidence, et a même inspiré au premier de nos poètes canadiens, Louis-Honoré Fréchette, le sonnet suivant, de fraîche éclosion, et que l'auteur vous a dédié :

Chez nous, un sentiment qui ne saurait périr, G*est l'amour du vieux sol qu*à bénir on s'obstine. Du vieux sol poétique où chanta Lamartine, Sol maternel pour qui nous voudrions mourir !

Bon sang ne ment jamais ; bon sang ne peut tar r... La France ! nous l'aimons d'une ardeur enfantine ; Mais, après eiio, ami, vive sa sœur latine !

Nous l'ad.nirions déjà : vous l'avez fait chérir.

vous, le noble enfant de la verte Hispanie,

Nature chaleureuse, artiste de génie.

Vers vos frères, un jour, si vous portez vos pas,

Dites-leur qu'un grand vide esl fait à votre place, Que nos âmes n'ont rien de nos plaines de glace. Et que les cœura ici sont chauds comme là-bas. >

Les mots études de noms, étymologie, etc , m'amènent à parler d'une question qui, dans mon humble opinion, est d'une importance extraordinaire : l'organisation d'un bureau d'archives et de statistiques. Je le dis avec regret, il n y a pas dans tout le Canada de bureau de ce genre, même à l'état rudimentaire Pourtant, Dieu sait combien c'est nécessaire, je ne dirai pas exclusivement au point de vue de l'histoire, mais à tous les autres points de vue. Les gouvernements qui, malheureusement, se trouvent entraînés à donner souvent leur attention à des questions stériles, devraient trouver moyen de s'occuper d'un sujet aussi intéressant. J'ai vu avec grand plaisir, l'autre jour, dans quelques journaux de Québec, que la Société Littéraire et Historique de cette ville s'occupe de l'organisation d'un bureau d'archives ; l'un de ces journaux contenait une correspondance de M, J. M. Le Moine, président de la société =^.

♦ « Archives CANADIENNES — C'est avec plaisir que nous livrons à la f publicité la requête que la Société Lillèraire et Historique de Québec a « décidé de présenter aux trois branches de la législature^ <l'Ottawa. Si I toutes les sociétés historiques du Canada se réunissaient dans un • but aussi louable, nul doute que leurs représentations n'eussent pour I effet de faire progresser cette question si importante des archives du I Canada. Voici le texte de cette requête. = (Traduction.) La Société Litté- I raire et Historique représente humblement : = Qu'en l'année 1824, Son I Excellence le comte de Dalhousie, alors gouverneur-général du Canada, , aidé des citoyens les plus distingués de Québec par la position sociale et I l'éducation, fonda une association, pour promouvoir les intérêts de ia

M. LeMoine est un chercheur infatigable, un ianalyste, un statisticien, un découvreur de vieux manuscrits poudreux, un déchiffreur d'hyéroglyphes ; il a toutes les qualités du véritable archiviste ; l'organisation d'un bureau d'archives au Canada, ne pourrait être mise en meilleure main. Quién sabe, mon cher comte, si dans les archives espagnoles, quon me dit être si considérables, si riches, l'on ne trouverait pas quelque jour des documents, un contrat, un papier notarié quelconque, un acte

liliér.iture en général, et encourager les recherch-'S historiques en particulier = Que le 5 octobre 1831, Sa Majesté Guillaume IV octroya une charte royale à cette association laquelle prit lo nom de Société Litléraire el Hlsboiiqvede Québec = Que cette société, en conformité de l'objet de î^a charte, créa une bibliothèque et un musée, lesquels ont atteint de vastes dimensions — et qu'elle affecta de fortes sommps à la publication de travaux etlleminuscrits histonqiies sur l'iiistoire primitive de la colonie : que l'association comprend en ce moment près de 400 membres actifs. = Que, dosireuse de remplir la mission, que lui impose sa charte, cette Société, en octobre 1877, envoya à Outaouais des délégués pour prendre part aux délibérations d'une convention littéraire, organisée en cette ville, entre autre motifs, pour favoriser un mouvement tendant à la préservation et à la publication des archives ^canadiennes =Que les délégués envoyés à ce congrès, M. J. M. LeMoine, ex-jTésident et le lient- col. T. B. Strange, vice-président, présentèrent au bureau de direction de leur société, un rapport dont le président, M. Jas. Stevenson, fit la mention suivante, dans son rapport pour l'année expirante : « Inspirée par nos iradiiions, désirmse de remplir la tâche qui nous eit dévolue, notre association croit devoir prendre une attitude décisive sur les questions concernant la conservation el la publication de documents historiques. L'absence d'un bureau d'archives ou Canada a été cause de il perte d'un grand nombre de documents précieux pour Vhistnire du Canada. C'est l'opinion du bureau de direction que la Société Littéraire et Historique doit seconder les efforts que d'autres associations analogues feront auprès du gouvernement du Canada, en le priant de réunir dans un lieu central, sous un archiviste compétent, les arcnives publiques du Canada, t = Que la Société Litléraire et Historique, conformément aux sentiments ci-haut exprimés, et tout en se réjouissant de ce qui a été fait en 1870-71, pour réunir et conserver les documents historiques affectant le Canada et disséminés à l'étranger, tel qu'il appert par les trois rapports soumis au département de l'agriculture, en 1871-73, par M. Douglass, M. Brymner et M. l'abbé VerraulL, espère que cette œuvre ne sera pas aban*

judiciaire, qui jeterait de grands éclaircissements sur les premiers temps du Canada, et en particulier sur les courses des Basques à travers les eaux du majestueux fleuve canadien.

Il est malheureusement vrai que ces Basques sont restés dans rincofj^nito ou, — pour me servir d'une expression favorite d'un bon vieux professeur d'anglais au Séminaire de Québec, in obscuro anguh, — mais, mon cher comte, à ces hardis navigateurs il revient grande gloire,

donnée. = Que l'inventaire des documents historiques, fournie par MM. Brymner et Verrault, comprend ceux possédés par le Musée britannique, la Tour de Londres, le bureau de la Guerre, le secrétariat de l'Etat, le Public Record Office, les archives militaires à Halifax, la collection Seignier, dans la bibliothèque Harléienne, les manuscrits de George III, le Colonial Calendar, la collection Haldimand, la collection Dorch^ster, la Hoyal Instilulionf les archives françaises à Paris, la bibliothèque Nationale, le département de la marine, le département des affaires étrangères, la collection Dubrouski et la collection Zalouski, dans la bibliothèque impériale de Saint Pétersbourg, ainsi que les archives, d'autres contrées de l'Europe =Que les documents les plus importants pour le Canada, dans ces archives, sont désignés par leur titre dans c»^s trois rapports — qu'ils atteignent le chiffre de plusieurs milliers — que plusieurs ne sont ni connus, ni accessibles à ceux qui tenteraient d'écrire l'histoire du Ganada.=Que ces documents à moins d'être copiés et réunis en un endroit d'un accès facile, rendant impossible la compilation d'une manière véridique des annales du Ganada.=Que ces documents exposés à mille accidents.au feu, à l'humidité, non-seulement ont une valeur incontestable, au point de vue historique, mais que leur contenu, s'il était révélé, jeterait du jour sur des questions de bornes entre les Provinces, l'interprétation des traités, les droits des pêcheries et d'autres droits internationaux =Que la Société Littéraire et Historique, tout en félicitant le gouvernement de l'intérêt qu'il a manifesté à la question en 1870-71-72, en fournissant les moyens de faire des recherches dans les archives européennes, espère qu'il couronnera son œuvre par une législation convenable et par des octrois nécessaires pour restaurer cette partie de nos archives qui se trouve pu Europe — et pour, réunir les archives de tout le Canada dans un lieu central .=Et vos requérants, comme de droit, ne cesseront de prier.=:Par ordre du bureau de direction.=J. M. LeMoine, président de la Soct Lit. et Hisl.=Québeo, 31 mars 1879.»

[U Evénement, QwèhQO, 3 avril 1879.)

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