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Le Canada et les canadiens-français [microforme]

Ce n’est pas sans crainte que j'entreprends d'esquisser, dans cette Courte conféreue, un aperçu de l'histoire du Canada et de la race à laquelle je suis fier d'appartenir. Ma crainte est encore augmentée quand je songe à l’idée que se forment de noës un Certain nombre de parisiens et non des moins sympathiques. Voyez plutôt ce que l'abbé Drioux, bien connu chez nous, écrit dans une . premières pages de la dernière édition d'une tres belle Bible illustrée publiée chez Hachatte : “ La Bible seule ne ressemble à rier.. Expliquez-la à un Tarture, à un Caffre, à va “Oanadien,” ii: seront égilement étonnés.” C'est pourquoi mesdames et messieurs, malgré toutes les craintes que je puis avoir, je sens qu’il est de mon devoir de m'eftorcer de détruire cette légende avant qu’elle ne prenne racine, Je sais, que nous qui avons été sépa rés brusquement de la mère-patrie, nous qui sommes restés si longtemps sais relations avec la France, que nous ne parlons pas le langage fin. de-siècle ü: boulevard, mais de là, à être des barbares, il ÿ a tout un monde et je tiens à le cuumer hautement : le sang ‘ui coule dans nos veines est, sans mélange, le plus pur sang de la France,

La Puissance du Canada s'étend de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique, de la 45ième ligne au pôle nord, E'le cor ‘prenait en outre, sous le régime Français, toute la vallée des grands l:s:8 et du Mississipi, c'est-à dire un territoire : “esqu'aussi : aste que celui du Canada actuel, Découvert en 1534 par Jacques Cartier, de Saint Malo, le pays ne commença À se véupler que sous San el de Champlain, à qui l’histoire a donné le titre justement mérité d ; fondateur de la Nouvelle-France. La colonie fut considérée d’abord comme un pays où l’on ne pouvait faire que la traite des fourrures avec les sauvages. Ce n’est qu’en 1665 que l'on commença à envoyer sérieusement des colons dans le Nouveau- Monde et, pour peupler cette vaste possession plus grande que l'Europe,

la France envoya de 1665 à 1753, en différent” petits paquets, entre huit à dix milles âmes. Aussi, après avoir lutté contre les Indiens, la forêt vierge, le climat froid de l'hiver, s'être usés dans des guerres continuelles, les Canadiens devaient-ils être infailliblement écrasés pur le nombre des ennemis vingt fois supérieur, et pourtant, le dernier combat livré aux troupes anglaises fut une dernière victoire pour les armées du roi de France. Pendant que les Canadiens découvraient des lacs, des rivières, des fleuves, des pays, plantaient ça et là sur le continent américain des croix fleurdelisées pour en décréter la possession au nom du roi de France, perdant que les missionnaires évargelisaient les peuplades sauvages, nos Voisins les Anglais recevaient des colons : pour soutenir ces paysans, des régiments partaient sans interruption d'Angleterre pour l'Amérique et ces soldats mercenaires devenaient à leur tour des colons, tant et si bien que, une fois de plus quand la guerre éclata entre la France et la Grande-Bretagne, il y avait dans la colonie anglaise plus d'un million d'habitants prêts à fondre sur la Nouvelle-France,

Ils revinrent tous, ces coureurs des bois, ces hardis explorateurs, méme ceux perdus dans les pays éloignés, vainquirent des dangers sans nombre pour se réunir autour du drapeau. L'enfant quitte ses jeux, le paysan sa charrue, le vieillard son repos et sans défaillance, sans murmure, depuis l'adolescent jusqu'à l'aïeul, ils forment la première armée canadienne. Confiants dans leur Dieu et dars leur droit, simplement, ils jurent de défendre leur patrie jusqu’à la mort, La fortune sourit à ieur vaillance mais, dans chaque victoire, ils s’épuisent sur un ennemi dont le nombre grossit après chaque défaite. Ils sont forcés de se renfermer dans les villes, Québec est bloqué, Montréal assiégé, Le moment est solennel, l'Anglais dix fois supérieur en nornbre, n'ose pas attaquer ces obstinés vainqueurs, Les Canadiens sont trop -ffaiblis pour chasser l'envahisseur, Des deux côtés, on envo’, des emandes pressantes de secours. Les Canadiens veulent conserver un monde à la France, l'Anglais veut des renforts pour s’empart > de toute l’Amérique du Nord. Mais le sort de la Nouvelle-France ne devait pas se décider par les armes. Ceux qui n'avaient voulu envoyer que quelques colons au Canada, ceux qui avaient néglisé d'envoyer des soldats pour les défendre, ceux qui laissérent écraser les Canadiens, cédérent de gaité de cœur le Canada qui n'était pas Conquis, ces ‘“ quelques arpents de neiges ” pour le sourire d’une femme à jamais maudite (1).

Sous le régime français, nos grandes villes furent fondées : Montréal, et Quék2c (2), la première par Maisonneuve, la seconde par

(1) Quatre ans auparavant on avait officieusement ouvert des négociations pour vendre le Canada à l'Angleterre. Ces négociations n'aboutirent pas, malgré le zèle déployé par Voltaire, le mauvais génie du Canada.

(2) Montréal avec ses populeux faubourgs compte aujourd’hui près de quatre

cent mille habitants, dont trois cent mille aux moins sont Français. Québec atteint le chiffre de cent mille, avec plus de soixante-quinze mille Français

Champlain, et un peu partout soit sur les bords des grands lacs, soit sur les rives du Mississipi, les Canadiens jetérent les bases de ville mainte Pant riches et prospéres : Détroit, Saint Louis, La Nouvelle Orléans, Chicago, pour ne citer que les princir les, qui rappeileront toujours le nom glorieux de la race Francaise, pionnière lustre de In civilisation en Amérique,

Par le traité d'Utrecht :1) ln Nouvelle-France a changé d'allé geance, de drapeau, et de nom. L'Angleterre maitresse de toute l'Amérique du Nord avec son sens pratique d'envisager la colonisation, voulut exploiter, dans toute l'acception du mot, cette mer veilleuse contrée et ln nouvelle colonie anglaise prit un esse inconnu. Les soldats anglais s'établirent à Québec et Montréal, des colons virent grossir leur nombre, des aventuriers s'emparer de toutes les situations lucratives. Lors de la proclamation de l'indépendance américaine, quarante mille loyalistes anglais émigrérent au Car :4n et peuplérent lu partie connue sous le nom d'Onturio, Et depuis, u. ourant continu est venu d' \ngleterre exclusivement sans relñche augmenter l'élément anglo-saxon, de tel sorte que le Cinvda,don® la population française s'élevait en 16 à soixante-trois mille habitants, y compris les femmes et les enfants, dépasse aujourd'hui le chiffre de sept milions d'habitants

On rence. *e au Canada les différents climats de l'Europe, celui du midi de la France sur les cotes du Pacifique, où les roses poussent toute l'année en plein champs, celui du nord de ln France dans la vallée du Niagara, celui de la Russie à Montréal ec dans la vallée du Saint-Laurent, + celui de la Sibirie occidentale dans 1e ste du pays. Il est facile de se rendre compte qu'avec ces différ climats le Canada puisse produire tous les fruits et céréales de l'Eur :: pommes, poires, pêches, raisin, viennent très bien au Canada. L'exportation du blé atteindra cette année au moins soixante millions de boisseaux, provenant principalement des plaines de l'ouest, ce qui est suflisant, je crois, Pour prouver que le sol du Canada est cultivable : d'ailleurs, d'après les statistiques le sol canadien produit cent cinquante boisseaux de blé à l'hectare. Outre le blé, les plaines de l'ouest fournissent à l'exportation, chaque année des milliers et des milliers de chevaux, de bœufs et de moutons.

Les mines sont très riches, nous y trouvons l'or, l'argent, le platine, le plomb, le fer, le charbon, le pétrole, etc., etc,

Les forêts qui sont les plus grandes du monde renferment centvingt-trois espèces d'arbres différents et sur le versant du Pacifique le Canada possède des forêts d'arbres géants.

(1) Après la signature du traité, le ministre français dit tout joyeux en se frot. tant les mains, ‘‘ nous les tenons enfin ”’.

Les pêcheries canadiennes sont les plus riches du globe et on y pêche presque toutes les variétés de poissons d’eau douce et d’eau salée en quantités phénoménales.

Les immenses forêts de cette ancienne Nouvelle-France sont peuplées de gibier qui font le bonheur du chasseur et les délices du gourmet et comme il n’y a pas de droits de chasse chez nous, chasse qui veut. Le bison, très rare maintenant, l’ours blanc, l'ours noir, l'énorme Caribou, l’orignal, l'élan, le cerf, le chevreuil, le loup, le renard, le castor, la martre, le vison, la loutre, le linx, etc., etc., se trouvent dans nos forêts en abondance. Comme gibiers à plumes, le chasseur peut choisir entre l’outarde, le canard, la bécassine, le pluvier, l’alouette, le perdreau, etc., etc. Le Canada, et principalement la Province de Québec, est appelée à bon droit, le “ Paradis des Nemrods.”

Je ne parlerai pas de la beauté grandiose des Montagnes Rocheuses, de nos grands lacs, ces mers intérieures, de notre beau et mer. veilleux fleuve Saint-Laurent, navigable pour les grands transatlanti. ques juqsu’à Montréal, à huit cent milles de la mer, où il a encore quatre kilomètres de largeur: je ne parlerai pas non plus du mystérieux Saguenay, je m’arrête, il me faudrait des volumes pour décrire toutes les beautés de ce pays six fois grand comme la France,

L'histoire des Canadiens, à mon sens, ne commence qu’en 1763. Ce n’est, en effet, qu’à partir de cette année qu'ils eurent à lutter pour rester Français, Après l'abandon de la France, le départ de l’armée, des fonctionnaires et des plus riches d’entr'eux ils ne restérent guère que soixante.trois mille, groupés en cent-quarante paroisses, en butte à la vengeance de ceux qui n'avaient pu les vaincre. L'Anglais s’empara de toutes les situations officielles et établit le gouvernement militaire, Ceux qui suivent dans une autre partie du monde, les progrès d’une conquête difficile pour ne pas dire impossible, peuvent se rendre compte de ce que les Canadiens eurent à souffrir sous Ce gouvernement qui dura jusqu’en 1774, époque à laquelle succéda le gouvernement civil qui n'était qu’un changement de tyrannie.

En 1776, la crainte rendit l'Angleterre presqu'humaine envers nous. Durant la lutte des Etats-Unis Pour conquérir la liberté le gouvernement anglais ne comit presque pas d’exactions, La leçon américaine et le caucremar de perdre sa dernière colonie décida la Grande Bretagne à nous donner, en 1791, un semblant de constitution, et pour satisfaire autant les Anglais que les Canadiens, elle divisa le Canada en deux provinces « ppelées le Haut-Canada (maintenant province d'Ontario) peuplé presqu'exclusivement d’Anglais loyalistes et le Bas-Canada où les Canadiens-Français ont toujours possédé la ma jorité absolue. C’est cette division du Canada en deux provinces qui à permis à la race Cana. dienne-Française de se former et de devenir forte. Le gouvernement,en 1791, était composé premièrement d’une chambre élective nommée par

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le peuple, deuxièmement d’un conseil exécutif nommé par le gouverneur, troisèmement du gouverneur lui-même nommé par le gouvernement anglais, et représentant le roi. Il manqua à la nouvelle constitution une partie essentielle dont l'absence avait causé des révolutions à l'Angleterre et que le Canada ne devait obtenir qu'à la suite de troubles sangla, ts. Il y avait bien un parlement, mais pas de ministère, et sans ministre, dit Macaulay, un gouvernement parlementaire tel qu'il existe chez nous ne peut jamais fonctionner sûrement. Il est indispensable pour nos libertés que la Chambre des Communes (qui était représentée au Canada par l'assemblée) ait le moyen d'exercer sur le pouvoir exécutif un contrôle réel et une influence souveraine.

Pour changer cette constitution, avoir le droit de disposer librement des finances de la province, obtenir un ministère responsable, les Canadiens luttèrent pendant quaranie ans et, finalement, durent se révolter, révolte dont les gouverneurs anglais sont responsables en grande partie. Car toujours ils reçurent de Londres des instructions formelles de noyer la race Canadienne dans l'élément anglo-saxon et d’anéantir la religion catholique par tous les moyens avouables et inavouables. Le pouvoir de ces derniers était si étendu que l’un d’eux, l’ignoble Craig, put faire arrêter des Canadiens, les garder en prison, s'emparer de leurs biens sans avoir besoin jamais de se justifier de ses actes. Donc, pour avoir des libertés plus grandes, un gouvernement responsable, s’afranchir de la tyrannie des gouverneurs anglais, les Canadiens, après plusieurs appels à Londres, que l’on ne voulut pas écouter en haut lieu (car on l’a constaté bien des fois, l'Anglais est incapable de rendre justice à qui n’est pas lui, 1) les Canadiens firent la révolution connue dans l’histoire du Canada sous le nom de troubles de 1837.38. Sous la conduite de l’un des leurs, le grand canadien Papineau président de la chambre élective, tribun puissant, patriote ardent, législateur éclairé, ils tentèrent par les armes d'améliorer leur sort, après avoir épuisé tous les moyens constitutionnels. Il y eut bien une autre cause à la révolution, ce fut l’insolence, l'injustice, la malhonnêteté, les concussions de plusieurs fonctionnaires anglais. La révolution fut étouffée dans le sang, et voici ce que le + Herald ” journal anglais très fanatique alors, conseillait aux autorités: “ Pour avoir la tranquillité, il faut que nous fassions la sollitude, balayons les Canadiens de la face de la terre. Il est triste, ajoutait hypocritement ce journal, d'envisager les suites de la rebellion, et la ruine irréparable de tant d'êtres humains innocents ou coupables. Néanmoins, il faut maintenir l'autorité des lois, il faut que l'intégrité de l'empire soit respectée ot que la paix et la prospérité soient assurées ....., aux Anglais, même au prix de l'existence de la nation Canadienne toute entière”. Plusieurs des nôtres moururent sur l’échaf-

(1) de Nevers ‘‘ l'Ame Américaine ”’.

faud pendant cette période troublée, Le ‘ Herald ” était radieux, ‘ nous aVons vu, disait son rédacteur, la nouvelle potence faite par Monsieur Browson et nous croyons qu'elle sera dressée aujourd’hui en face de la prison. De sorte que les rebelles sous les verrous jouiront d'une perspective qui sans doute aura l'effet de leur procurer un sommeil profond avec d’agréables songes ”,

Voici comment s’exprimait le principal organe de cette race qui se pique de semer la liberté et la civilisation de par le monde.

La métropole accorda ce qu'on lui demandait inutilement depuis quarante ans et cette nation, dont la générosité est connue de tous, se rendit à la politique de sir James McIntosh qui disait: “ Les maximes en matières de politique coloniale sont simples et peu nombreuses. Protection pleine et efficace contre l'influence étrangère, liberté complète aux colons de conduire leurs propres affaires et de régler leur industrie.” Tout en accordant justice aux Canadiens, par un calcul machiavélique, on voulut en méme temps les faire périr et le gouvernement britannique fit ce que les ennemis de la race canadienne-française demandaient, il unit les deux Canadas. Ils crurent, dans leur orgueil incommensurable, pouvoir faire périr notre race oubliant qu'un peuple fut-il jeune, fut-il très faible, ne meurt pas quand il veut vivre. En 1840, lors de la promulgation de la nouvelle constitution, par laquelle l’Angleterre accordait les libertés que les patriotes réclamaient depuis plus de quarante ans et l’Union des deux Canadas, nous n’étions guère que huit cent mille pour lutter contre la puissante race anglo-saxonne, mais nous étions unis et nous ne nous décourageñmes pas. Dans le premier parlement Canadien, on entendit tonner la langue française, langue à jamais officielle dans mon Pays, qui réclamait au Canada, comme partout où elle se fait entendre, justice pour les opprimés,

Bientôt, malgré la malveillance non dissimulée, nous avions la prépondérance dans cette nouvelle chambre des communes, qui dans l'idée de nos persécuteurs devait être le tombeau de la race française à peine naissante, En 1867, effrayés des progrès de notre influence, la métropole, pour anéantir à tout jamais cet élément qui toujours renaissait plus vivace après chaque tentative d'étouffement, songea qu'il lui restait encore un moyen, les habitants anglais du Canada le réclamaient à grands cris et le gouvernement de Londres pro.lama la Confédération de toutes les colonies britannique de l'Amérique du Nord. Ce dernier coup devait tuer notre influence et faire disparaitre les Canadiens-fran- Gais en tant que race. Mais comme dans un cauchemar, aussitôt la Confédération proclamée, l'Angleterre fut forcée de reconnaître comme premier "inistre conjoint de la Puissance du Canada Georges.Etienne Cartier, un courageux homme d'Etat Canadien-français. C'était le coup de grâce que nous venions de donner au fanatisme anglais. Nos ennemis

n'ont pas désarmé, mais notre vie nationale est maintenant assurée et nous voyons notre influence grandir de jouren jour, notre patrie marche à pas de géant vers un avenir merveilleux. Nous formons maintenant une race forte et patriote, parce qu'elle est religieuse, resté foncièrement française parce qu'elle est restée foncièrement catholique.

Par l'acte de « l'Amérique britannique du Nord ” l'Angleterre aCcorda, en 1867, à la Confédération Canadienne, une semi-indépendance. Nousavons un sénat composé de quatre-vingt membres, une chambre des Communes dont les députés, au nombre de deux cent quinze, sont élus par le suffrage universel et nos ministres ne sont responsables qu’au peupie. Nous faisons nos lois, nos traités de commerce, nous imposons même les produits anglais aussi lourdement que nous le voulons, à l'heure présente le premier ministre du Canada est Wilfrid Laurier. Il naquit dans le village de Saint-Lin, près de Montréal, il y a cinquante neuf ans, reçut son éducation secondaire au collège de PAssomption et vint à Montréal faire son droit. Il étudia sous la direction d’un homme politique distingué, Monsieur Laflamme, qui était doublé d’un ardent patriote. Déjà, à cette époque, il commença à se mêler aux luttes politiques. Si tôtadmis au barreau, il alla diriger un journal d'avant-garde, “ Le Défricheur,” qui se publiait dans un petit centre près d’Arthabaska et depuis se livra complètement à la vie publique et n'a jamais cessé d'être dans l'arène. Porté à l'assemblée provinciale en 1871, trois ans après il siégeait à la chambre des communes du Canada, eten 1#77,ilétait nommé ministre du revenu de l’intérieur. Son parti, défait l’année suivante, Laurier perdit son portefeuille mais non sa réputation d'homme intègre et de politique habile, et il continua à siéger comme député dans cette chambre des communes jusqu’en 1891, année où il fut désigné par ses collègues comme chef de l'opposition libérale et finalement, depuis 1896, il est premier ministre de la Puissance du Canada. Au physique, grand, digne, imposant, affable toutefois, avec une figure sympatique, il reste toujours Calme, ne perd jamais son sang froid, même au milieu des luttes les plus ardent2s. Il possède parfaitement bien le français et l'anglais et parle ces deux langues avec une égale pureté. Ce n’est pas le tribun populaire empoignant la foule par sonéloquence vibrante, c'est l’orateur impeccable dont la phrase toujours chatié fascine un auditoire instruit aussi remporte-t-il ses plus beiux succés oratoires dans la chambre des communes du Canada. En 1897, il a représentéle Cinada aujubilé de la reine Victoria, et en Angleterre, on le considère depuis comme le plus grand orateur de l'empire Britannique. Sa politique est encore un peu indécise ; il faut avouer que chez nous les hommes publics sont forcés d’être plus ou moins Oopportunistes, mais toutefois il peut s’en dégager clairement qu'il veut faire un peuple uni mais parlant des langues différentes, éteindre les haînes de race qui séparent le Canada en deux populations distinctes et jusqu'ici étrangères l’une à l’autre.

Il voudrait de plus, comme il le disait à Londres devant le prince de Galles, aujourd'hui Edouard VIL, faire du Canada une nation. Etil répétait encorc dernièrement à Toronto, dans une grande manifestation officielle, ‘“ le Canada est une nation... Je ne sais pas si ies relations actuelles du Canada et de l'Angleterre dureront encore longtemps.” C’est entre les mains de cet illustre Canadien, de cet homme d'Etat distingué, un des plus respecté de toute l'Amérique, que mon pays a confié ses destinées, en 1896, et qu’il vient de les lui remettre en Novembre dernier pour une nouvelle période de cinq années. Mesdames et Messieurs on pourrait croire que l'Angleterre nous accorda, en 1791, un semblant de gouvernement responsable par magna. nimité, il n’en est rien. Si elle nous donna les quelques libertés que je mentionnais il y a un instant, si elle sépara le Canada en deux, faisant une province anglaise et une province française c’était, dans son intérêt et dans son ir*rêt seul qu’elle agissait, c’est qu’elle craignait de voir les Canadiens-français constatant qu'on voulait anéantir leur race se jeter en désespoir de cause dans les bras de la jeune nation voisine qui convoitait alors come elle convoite aujourd’hui la possession du Canada. Pitt peignait bien l’état d'esprit des hommes politique d’alors quand il disait : “ Le Canada doit rester attaché à l'Angleterre par sa propre volonté il est impossible de le garder autrement.” Etce qui était vrai alors l’est encore aujourd’hui. Vous devez vous demander aussi pourquoi les Canadiens n’ont pas répondu, en 1776, aux appels de Washington, de Lafayette, de Rochambeau. C'est parce qu'ils savaient très bien que ces voisins qui les priaient de se joindre à eux par haine de l'Angleterre étaient ceux-la même qui avaient demandé à la Grande Bretagne, dix ans auparavant, d’abolir la langue française et de proscrire la religion catholique du Canada etils croyaient à bondroit que si tôt l’Indépendance des Etats-Unis reconnue, le gouvernement américain ferait ce que l'Angleterre n'avait pas voulu faire, et puis Lafayette n'offrit jamais son appui aux Canadiens pour conquérir l'indépendance du Canada. (1) D'ailleurs quel intérêt la France avait-elle à se battre pour des Français. Il leur demandait de se joindre à leurs ennemis héréditaires pour les aider à fonder les Etats-Unis ; Lafayette les priait de donner des forces aux Américains pour leur permettre plus aisément d’étouf. fer la poisuée de Français habitant le Canada. Nos pères préférèrent à une liberté qui aurait anéanti fatalement leur nationalité, la fidélité à une monarchie, qui, tout en les persécutant, leur garantissait par intérêt cette nationailté qui leur était si chère. Entre deux maux ils choisireut le moindre. Et si toujours nous sommes restés fidèles à l’Angleterre, si nous avons combattu pour rester à l'ombre du drapeau

() La France avait signé un traité avec les Etats-Unis par lequel elle s’enga- &eait à ne pas essayer À s'emparer du Canada !!!

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britannique, c’est que nous eûmes un but unique celui de fonder, quand nous serions assez forts, la République Canadienne,

Monsieur Brunetière, dans l’analyse qu’il fait de l’ « âme améri. Caine,” l’œuvre magistrale de mon ami Edmond de Nevers, dit que Pour avoir une influence sur le sol américain nous devons d’abord devenir Américain, ce qui veut dire Anglais. Je regrette de différer d’opinion avec l’illustre conférencier, mais avec Burke, je crois qu'essayer d'amalgamer ensemble deux peuples ayant des langues, des aspirations, des mœurs différentes serait une pure folie. D'ailleurs, tout en restant Canadiens-français, nous ne sommes Pas sans influence dans la conduite des affaires du Canada : Le premier ministre de la puissance du Canada Wilfrid Laurier, le ministre des travaux publics, M. Tarte; le ministre de l'intérieur, M. Bernier ; le president de Ja chambre des communes, M. Brodeur ; le sous-ministre de la marine, ie colcnel Gourdeau ; le sons-ministre de la milice, le Lolonel Pineault ; le sous-ministre des travaux publics, M. Gobeil ; le dernier président du sénat, M. Peltier ; le juge senior de la cour suprême du Canada, M. Taschereau : le gouverneur de Ja province de Québec, M. Jetté ; le gouverneur des territoires du Nord-Ouest, M. Forget : le gouverneur de la Colombie Britannique, M. Joly de Lotbinière : le premier de la province de Québec, M. Parent, sont Canadiens-français. Je m'arrète, j'espère qu'en vous Citant les noms de c-; éminents Canadiens, je vous ai convaincu que nous avons une influence effective et que sans devenir Américains ou Anglais nous l’exerçons. Je pourrais dire encore que nous avons plus de deux cents journaux publiés en Français, dont un grand nombre sont quotidiens et que ces journaux, comme par hasard, donnent pour un sou, aux jours de fêtes, un numéro de trente, quarante et cinquante pages. Je Pourrais ajouter que nous avons des artistes dont les talents sont reconnus même en France. Le chef de notre école de sculpture, notre grand statuaire Hébert, après avoir été deux fois médaillé à Paris, ne vientil pas récemment d’être fait chevalier de la Légion d'Honneur. Quelques-uns de nos littérateurs sont connus à Paris, je ne nommerai que Garneau, notre historien le Michelet du Canada; l'abbé Casgrain, et le poète national du Canada, Louis Fréchette, président de la Société Royale du Canada tous deux lauréats de l’Académie Française ; Edmond de Nevers, dont le talent est si parisien et qui est sans contredit le plus fort littérateur que le Canada ait produit jusqu'à ce jour.

A ceux qui comme M, Brunetière sont pessimistes sans raison et doutent de l'avenir de la race Canadienne-française, je citerai des chiffres dont l’éloquence se passe de commentaires,

La France envoya en Amérique de huit à dix mille colons, c’est d’eux que descendent tous les Canadiens,

En 1763 nous étions 63,000,

TBE... +... 140,000, ONE ce + 1,000.000, 1890 | 1,#00,000 au Canada,

Ÿ 1,000,000 aux Etats-Unis, 1 2,900,000 au Canada, °" ÿ 1,500,000 aux Etats-Unis.

Et la marée sans s'arrêter monte, toujours et submergera tout,

Ces chiffres sont des chiffres officiels non fantaisistes, C’est miraculeux, me direz-vous ? Mon Dieu, oui, Mais ce miracle, nous l’obtenons en nous mariant jeunes, en obéissant aux lois du Chiist qui a dit à ses disciples : “ Aimez-vous les uns les autres, croissez et multipliez.”

Chez nous les époux qui n’ont pas une nombreuse famille, sont plus ou moins ridiculisés, aussi les fainilles de douze ou quinze enfants sont très communes. Si vous nous faites jamais l’honneur et le plaisir de visiter l’autre France (n’en déplaise à mon ami Grisier, directeur de l’Ambigu, pour nous “ l'Autre France ” c’est le Canada) vous verrez des familles de vingt et vingt-cinq enfants, tous plus robustes les uns que les autres. Mon père, qui esi un vieux médecin, compte parmi ses clients une famille de trent-sept enfants nés du même père et de la même mère. (1)

Nos pères ne désespérèrent jamais. Même aux jours les plus sombres, ils eurent confian: :en eux. Ils eurent confiance en Dieu. Et Contre toutes les probabilités ils s’illusionnérent les malheureux que tous abandonnaient, ils se crurent prédestinés, ils se dirent qu'un jour il y aurait dans le nouveau monde une nation Canadienne. Et seuls, sans soutiens, par leur sublime énergie, ils accomplirent ce miracle. L'appel des Américains ne les troubla pas dans leur sérénité, ne les détourna pas de leu» but. En 1812, le Canada,envahi par l’armée américaine, fut sauvé par les Canadiens-français, et dans un combat à jamais mémorable, le colonel de Siluberry et trois cents Canadiens battirent, après quatre heures de lutte, huit mille Américains. (Garneau, Histoire du Canada). Les Canadiens n'avaient pas dégénéré. Plus tard, de faiatiques oubliant les traités ne voulurent pas nous rendre justice ; groupés de nouveau en un seul faisceau nous forçâmes nos orgueilleux mais peu scrupuleux adversaires à respecter ia race Canadienne-fran- Gaise. Les Canadiens de 1837-1838 combattirent pour établir définitivement sur cette terre libre du Nouveau-Monde un pays où l’on parlerait le français. Ils entrevirent que bientôt nous serions assez forts pour fonder une nation.

(1) Les Canadiens, possèdent la plus forte natalité du monde.

En 18%, l'assemblée législative de Québec vota une loi accordant une centaine d’acres de terre à tout chef de famille, père de douze enfants vivante. L'année suivante, plus de quinze cents demandes étaient déjà enregistrées.

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C'est à Wilfrid Laurier que revient l’h clamé pour la première fois À la face du monde. indépendante, le titre de colonie ne peut la sati liberté, C'est cette liberté que nous, les jeunes

nous révendiquons et ne cesserons de revendiquer. le Canadu ait sa place ax soleil des nations libres. | jourdhui, près de sept millions dont deu:

(1) Ea comptant nos frères des Etars-Unis nous sommes quatre mil

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onneur de l'avoir pro- Une nation doit être sfaire, il lui faut la , les hommes de demain, Nous voulons que Nous sommes uumillions cinq cent mille de nous serons quinze millions au moins dans vingt ans, et la République Canadienne existera avant un quart de si

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