‹ Le Canada et les Zouaves PontificauxChapitre 22 sur 68 · GENTIBUS. M · texte numérisé non relu

GENTIBUS. M

Au centre de la nef, à l'endroit où se croisent les deux allées, on avait élevé un majestueux trophée, en forme pyramidale, tout chargé de verdures, de drapeaux, d'oriflammes, et du sommet duquel tombaient deux banderolles, sur lesquelles étaient écrits ces mots : «Amour, FmÉLiTÉ, Dévouement. GÉNÉROsrrÉ.»

Au haut du trophée, à la place d'honneur, et dans l'endroit le plus proéminent, était fixé le drapeau des Zouaves, dont les vives couleurs brillaient sous l'éclat des milliers de lumières qui l'entouraient. A ses pieds, on lisait encore cette sentence : «Vive Pie IX ! » Ce drapeau était peut-être le plus petit de tous ceux aui ornaient la pyramide, cependant il attirait tous les regards, et semblait de beaucoup le plus important. Au-dessus du trophée, était suspendue à la voûte une couronne royale de laquelle pendaient quatre immenses banderolles de couleurs blanche, rouge et bleu entremêlées. Dans la moitié de leur longueur, elles se relevaient élégamment, et allaient finir à quatre des gros piliers du temple, à la hauteur des secondes galeries, l^es bannières et les drapeaux des Sociétés rehgieuses et industrielles, suspendus à chaque colonne tout autour de l'église, les fleurs, les ori-

flammes, les verdures, gracieusement disposées sur l'autel au milieu des flots de lumière, complétaient l'ornementation, et donnaient vraiment à l'immense basilique un aspect de fête.

Un triple rang de chaises avait été placé devant les balustres ; les Zouaves devaient s'y asseoir, ayant au milieu d'eux le Président et le Vice Président du Comité Canadien des Zouaves Pontificaux, MM. Olivier Berthelet et Louis Beaudry, et le Président de l'Association St. Jean- Baptiste, M. C. A. Leblanc, qui comptait, dans les rangs de ces nouveaux défenseurs de la papauté, un fils et un neveu. (1)

D'un bout à l'autre de la grande allée était disposé un double rang de bancs pour l'usage des membres de l'Association St. Jean-Baptiste, et des Présidents et Vice- Présidents des Sociétés religieuses, industrielles, littéraires et autres,qui avaient été invités à assister à la démonstration. Ces bancs étaient placés de manière à laisser entre eux un passage libre par lequel le clergé devait défiler.

Pendant toute la journée du mercredi, on travailla à placer les dernières décorations. C'est le lieu de dire que les diverses Sociétés de Montréal et les Frères des Ecoles Chrétiennes, ont mis généreusement à la disposition du Comité les drapeaux et les bannières qu'ils possèdent, et ils ont ainsi contribué efficacement à la beauté et à la richesse des décors. Une foule considérat)le ne cessa pendant tout le jour de visiter l'église. A 4^ h., les agents des difl"érentes compagnies d'assurance, intéressées dans l'église de Notre-Dame, vinrent la visiter, et on fit devant eux l'essai des lumières qui devaient être allumées dans la soirée, afin de constater qu'aucun danger d'incendie ne pourrait venir changer une si belle fête en une catastrophe terrible. Ces messieurs furent satisfaits des dispositions et des mesures de prudence prises par le Comité.

A 5 h., on fit vider l'église et les portes en furent fermées. Une foule considérable stationnait déjà au dehors, impatiente de s'emparer de places pour la soirée. A 6 h., l'église fut ouverte au public, et depuis ce moment les douze portes de l'immense basilique ne cessèrent, jusqu'après huit heures, de laisser couler un torrent de peuple

(1) Ce jeune liommp, .loseph Leblanc, n eu le malheur de se noyer dans le Tibre le 7 juin, en ko baignant avec huit de ses compagnons. Il avait communl(- le matin m*"me. I^e Tjulllet, un service solennel a été chanté pour le rejww de son Ame, dans la chapelle de Notre-Dame de Pitié, A Montréal. .Mgr. Vinet officia en présence d'une foule sympathique et recueillie.

qui semblait ne devoir jamais tarir. Bientôt tous les bancs furent remplis, toutes les places furent prises, les allées elles-mêmes furent encombrées, et en peu de temps la circulation, exceptée dans la grande allée qui avait été conservée libre, devint complètement impossible. C'est avec la plus grande difficulté même que le clergé, lorsqu'il sortit de la porte du Séminaire, put se frayer un passage jusqu'au chœur. Nous ne pensons pas exagérer les chiffres en disant qu'au moins 15,000 personnes se pressaient dans l'église de Notre Dame. (1)

Avant l'ouverture des portes de l'église, à 6 h., seize Zouaves avaient été placés, deux par deux, aux différentes issues du temple, pour recueillir l'offrande que chaque personne était appelée à faire en entrant : $703 furent le résultat de la générosité spontanée des citoyens.

Le rendez-vous des Zouaves pour la démonstration avait été fixé à rinstitut-Ganadien-Français. Comme nous l'avons déjà dit, quatre-vingt-huit Zouaves étaient arrivés à la ville le samedi, 15 février; d'autres arrivèrent le dimanche et le lundi, et quelques-uns enfin le mardi. A part un petit nombre, tous avaient eu le temps de se présenter devant le Comité et de recevoir leurs costumes ; aussi, bien peu manquaient au rendez-vous à l'Institut Canadien-Français le mardi soir. Le corps de musique des Chasseurs Canadiens s'était aussi rendu au môme endroit, ainsi que les officiers de l'Association St. Jean-Baptiste, les Présidents et les Vice-Présidents des Sociétés de bienfaisance et littéraires. A 7 h., tous st'. formèrent en procession pour se rendre solennellement à l'église, la musique ouvrant la marche, suivis immédiatement des Zouaves, en tête desquels marchait le capitaine Taillefer.

Aux premiers accents de la musique, lorsque la procession arriva au péristyle du temple, la grande porte de l'église fut ouverte à deux battants, et toute l'assistance se leva respectueusement. Les Zouaves, précédés de la musique, qui jouait les Befvains cVItalie^ entrèrent par quatre, se rendirent au pas militaire jusqu'aux marches du chœur, et se séparèrent en deux rangs, de manière à former une double haie, entre laquelle le clergé, arrivant par la porte latérale du côté de l'Epitre, passa pour se rendre au chœur. C'est à ce moment que commença l'exécution du pro-

(1) Il peut Ctre utile de remarquer ici, pour que nos lecteurs européens puissent comprendre comment il semble possible A, l'église Notre-Dame de contenir 15,000 persomies, qu'un double rang de galeries, de chaque ctité de l'immense basilique, augmentent de beaucoup l'espace livré au peuple.

gramme, par la Grande Marche du Sacre^ tirée du Prophète. L'orchestre et le chœur, organisés pour cette circonstance, se composaient d'un grand nombre d'amateurs et de la plupart des professeurs de musique de la ville, (t)

(1) Liste alphabéUque des amateurs, instrumentistes et chantres ;qui ont pris part A la grande Démonstration.

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