‹ Le Canada et les Zouaves PontificauxChapitre 34 sur 68 · BIE>-3 TEMPORELS DE L'ÉGLISE USURPÉS AU PROFIT DU LIBÉRALISME · texte numérisé non relu

BIE>-3 TEMPORELS DE L'ÉGLISE USURPÉS AU PROFIT DU LIBÉRALISME

Le libéralisme n'est pas satisfait d'arracher à répouse de Jésus- Christ les générations présentes et futures, il voit encore quelque chose

ZOUAVES PUNTlFICxVUX. 93

à faire. L'Eglise a des biens temporels que la piélé des lidèles lui a consacrés. Ces biens sont un moyen d'existence et d'action. C'est une raison de les lui ravir. De là ces iniques lois d'appropriation, de sécularisation, ces spoliations, ces confiscations dont la nouvelle alllige à chaque instant le cœur des chrétiens. On voudrait à peine laissera Dieu un pied sur là terre qu'il a tiré du néant et quelques parcelles des biens qu'il nous donne. Voilà la vérité.

Or, quand on aurait arraché à l'Eglise catholique le cœur des générations présentes, quand on aurait banni de la terre l'obéissance à ses célestes doctrines, et qu'on lui aurait enlevé ses moyens matériels d'e.xistence, que lui resterait-il, je vous le demande'? Si Dieu, par impossible, accordait au.v libéraux le succès d'une pareille entreprise, ils pourraient, eux, se glorilier d'avoir été plus heureux que leurs devanciers dans le combat, et fouler avec bonheur à leurs pieds dans leur orgueil, le corps meurtri et inanimé de l'épouse du Christ.

Tel est, mes frères, le caractère de celle guerre fourbe, impie, sacrilège et mortelle que le libéralisme, de si bienveillant aspect, fait de nos jours et partout à notre Mère, la Sainte Eglise. Je dis partout ; car il n'est presque pas de coin dans l'univers oii elle ne se fasse à quelque degré, — et en général avec tant de persévérance, de hardiesse et de succès, qu'on en vient parfois à douter si les nations, rois et peuples, sont encore chrétiennes.

Mais il est un lieu, surtout, oîi la lutte devient furieuse et présente tous les traits d'un assaut désespéré. Ce lieu, tous nos regards s'y portent, c'est l'Italie, c'est Rome.

Et pourquoi '(

Le libéralisme est un être progressiste. Une guerre de détail dans l'univers a ses avantages, mais elle n'est pas assez expéditive à ses désirs. Il a reconnu que le Souverain Pontife est la tète, Rome le cœur de la chrétienté et que c'est là qu'il faut frapper. Il n'attaquera pas cependant l'ordre purement spirituel, on se récrierait, on prendrait l'alarme; d'ailleurs le protestantisme elle philosophisme y ont déjà succombé. Fidèle à sa mission d'hypocrisie, c'est l'ordre temporel qu'il choisira, cet ordre qui semble étranger au caractère de l'Eglise, et qui éveille si peu de soupçons. C'est donc sur le principal civil qu'il portera ses coups. La guerre au pouvoir temporel du Saint-Siège aura le double avantage, d'un côté, de surprendre les simples qui n'y verront rien qui entame leurs croyances, de l'autre, d'amener plus sûrement le triomphe tant désiré des. doctrines modernes. N'est-ce point là, en effet, le point capital, se dit Satan. « Le monde égaré par rnes

• erreurs n'a jamais été depuis le'paganisme, dans un plus grand péril. 1 L'atmosphère est si chargé d'obscurités que le commun des mortels I n'y voit rien ; lesprinces si entêtés de leur sagesse, qu'ils ne suivent «que leurs propres conseils. Voilà bientôt que je vais dominer. Mais

• d'où vient donc la lumière importune qui chasse les ténèbres que je I répands ; d'oîi viennent donc les avertissements, les ordres qui contre- « carrent mes desseins et;qui retardent mon heure ? Du Pontife Romain « qui crie sans cesse, de ce vieillard caduc qui ne finit jamais. Et lui, «où prend-il celte étrange faculté de tout^dire, de parler en tout temps « et en tout lieu ? Evidemment de sa souveraineté ; sans elle sa taille « ne dépasserait pas celle d'un préfetjou d'un chef nominal. Honnie soit « donc celte souveraineté que m'a ravie le pêcheur galiléen ! Honni ce « trône où je siégeais jadis, à côté des Césars ; honnie et brisée soit cette « tiare qui rappelle constamment au monde ma honteuse défaite, et

« l'éclatante puissance de mon ennemi. Oui ! que cette souveraineté qui I renverse incessamment mes projets et m'empêche de régner, périsse, 4 dût le monde en être ébranlé jusque dans ses confins ! Je verrai si le

I Pontife jouira de la même liberté de me nuire, quand il sera l'humble ( vassal d'un roi d'Italie, i Tel a dû être le langage infernal à l'heure de 1 attaque. Il est bien propre à nous révéler l'importance du combat. En réalité, toute la lutte du libéralisme contre l'Eglise se résume dans cette question du pouvoir temporel du Pape. Le Pape étant un autre Jésus-Christ sur la terre, hérile de tous les droits de son maître, il est, par conséquent, le chef de l'Eglise, le docteur des nation, \e pasteur des rois et des peuples. Comme chef de l'Eglise, il doit subsister d'une manière conforme à son rang et avec les moyens de remplir ses devoirs, rien de plus juste ; et comme il ne vit pas en dehors des lois de la nature, il a droit dans sa position sublime à une noble part des biens temporels. Comme docteur, il doit pouvoir enseigner et avoir la liberté de parler ; comme pasteur universel, il doit gouverner et avoir la faculté de donner des ordres aux grands et aux petits. Or toutes ces choses nécessaires à l'e.xercice légitime de sa charge redoutable, il les trouve dans les ressources de son petit état temporel. Mais si le libéralisme arrache au Pape sa souveraineté, ne voyez-vous pas qu'il lui enlève du même coup le moyen de subsister, le moyen d'enseigner, le moyen de gouverner, c'est-à-dire les moyens matériels et moraux d'exister dans les conditions ordinaires des choses naturelles. Or, comme le Pape est la tôle de l'Eglise, et que le cori)s ne peut vivre sans elle, l'atteindre ainsi, c'est frapper l'Eglise d'un coup mortel. Et le libéralisme serait une chose innocente ! Nous savons bien que l'Eglise ne périra pas, parce que son divin Fondateur l'a faite indestructible ; mais il n'en est pas moins vrai de dire que celui qui lui porte un coup naturellement mortel, l'assassine autant qu'il le peut. Ov l'Eglise est une société essentiellement enseignante, Euntes docele, a allez enseignezujessentiellenient gouvernante. Qui vos audit, me audit, s qui vous écoute, m'écoute» ; et terrestre, puistju'elle est sur la terre. L'empêcher d'enseigner, de gouverner, d'avoir la nourriture et le vêtement, c'est l'atteindre dans ses conditions essentielles d'existence, c'est la frapper à mort, si elle pouvait mourir. Voilà votre ouvrage, ô libéraux, vous fidèles et dévoués enfants de l'Eglise catholique !

Non, elle ne périra pas, puisque Dieu l'a dit, mais elle souffrira de votre fait. On ne lui a volé qu'une partie de ses domaines, et déjà il a fallu à nous, membres de l'Eglise, nous imposer des sacrilices pécuniaires considérables. Aujourd'hui il faut lui donner le plus pur de notre sang. Nous ne souil'rons pas à regret, nous soulfrons généreusement, amourcusemenl même, parce que c'est pour une mère ; mais réellement nous soulfrons ; et c'est vous, libéraux, qui en êtes la cause, par vos innocentes doctrines. Ah ! combien plus soull'ririons-nous s'il fallait i[uelle tombât dans un état complet de mendicité et d'esclavage, qu'elle ne put ni nous instruire, ni nous gouverner.

Oui, s'il a été un temps où le i)Ouvoir temporel a été nécessaire, c'est assurément de nos jours. Le libéralisme a envahi les nations catholiques, c'est un fait. Il a fait leur éducation par des écoles libérales cl les cent voix de la presse. Les peuples sont imbus de ses doctrines.

II fait des lois aux parlements, il règne même sur les trônes, presque tous les souverains, ainsi ([ue les gouvernements.sont atteints de ce mal. Avec les formes constitutionnelles modernes, rois et ministres étant les créatures ou les protégés des peuples, ils croient faire un acte de bonne

politique en marchant aveuglément dans le sens des idées libérales. On peut le dire, à la honte de la raison et de la foi, la force publitjue est déjà au service du libéralisme chez les nations catholiques. S'il n'en était ainsi, verrait-on depuis huit ans l'auguste chef de l'Eglise, au milieu d'elles, (spectacle à faire frémir), seul aux prises avec une horde de brigands ? Le souflle d'une de ces nations suffirait pour les exterminer. Le catholique fidèle reste ébahi de cet état de choses. Qu'il n'en cherche pas la raison ailleurs que dans l'action du libéralisme, qui maintenant gronde dans les bas fonds et se pavane au milieu des sociétés. Et, c'est quand rois et peuples se donnent mutuellement la main pour se précipiter dans l'abime, qu'il faut ôter à l'Eglise sa souveraineté, c'est-à-dire, la possibilité de les arrêter; c'est alors qu'il faut étouffer la seule voix capable d'annoncer le danger et rçpousser le seul bras capable de l'éloigner. C'est quand le libéralisme, son ennemi mortel, triomphe, qu'il faut que l'Eglise abdique et se livre pieds et mains liés à ses bonnes grâces? Car n'est-il pas vrai que si aujourd'hui le pouvoir temporel tombait, si le Pape cessait d'être souverain, il deviendrait immédiatement le vassal ou l'esclave d'un pouvoir libéral.

C'est aussi ce que comprend fort bien l'astucieux Serpent. Non, jamais la principauté civile du Saint-Siège n'a été plus nécessaire, et c'est là, en réalité, que se résume toute la lutte, comme nous le disions il n'y a qu'un instant. Le Pape croit à l'immortalité de l'àme et il veut une souveraineté pour être libre de chanter son Credo jusqu'à la fin, et d'annoncer aux générations la résurrection et la vie éternelle, afm de les sauver, suivant sa mission divine. Le libéralisme, lui, ne croit pas politiquement à la vie éternelle, il veut empêcher, par l'esclavage, le Saint-Père de l'apprendre aux nations, afin de conduire temporellement les hommes, comme s'ils n'avaient pas d'àme, et de leur laisser toute la facilité possible de se damner, suivant sa mission diabolique. Voilà le combat d'aujourd'hui dans toute sa nudité. Estil possible au vrai chrétien de l'envisager sans sentir son sang régénéré par le baptême bouillonner dans ses veines '?

A ce sujet, une chose nous a toujours frappé et nous étonne encore singulièrement. C'est la naïve et flagrante contradiction des princes et des législateurs libéraux chrétiens, qui se conduisent politiquement comme s'il n'y avait pas de Dieu, et qui confessent croire encore à l'éternité des peines, d'après leur foi.

Ils font à graad soin des lois pour empêcher et réprimer des maux temporels dont les conséquences sont bornées et finies, et ils ne sauraient empêcher des maux infinis dans leur malice et dont les conséquences certaines sont éternelles. En vérité, est-ce là aimer ses frères et les conduire avec sagesse'? De deux choses l'une: ou ces hommes ne croient plus réellement, ils ont perdu la foi; ou ils agissent, dans les choses les plus graves, avec la légèreté et l'imbécillité des enfants. Tel est la nature de leur progrès. Ne doivent-ils pas regarder au-delà de la tombe, pour eux et pour leurs frères, et songer au compte terrible qu'il faudra rendre à Dieu, eux de leur autorité, et ces derniers de leurs actes. Dieu, dit Saint Paul, n'a donné l'autorité sur la terre que pour la protection du bien et de la vérité, et la repression, le châtiment du mal, du vrai mal, qui est le péché.

Revenant à la violente attaque contre le pouvoir temporel du Saint- Siège, je dis, de plus, qu'en elle se résume non-seulement la lutte entre le catholicisme et le libéralisme ; mais la lutte entre l'ordre et l'anar-

chie, l'autorité et la révolution, enfin le bien et le mal dans le monde, et qu'à ce titre le pouvoir temporel du Pape intéresse presqu'autant les non-catholiques que les catholiques eux-mêmes. Qu'est-ce, en effet,, que cette lutte, sinon la lutte entre la religion et l'homme émancipé de toute idée religieuse, se faisant sur le terrain de la politique ou du pouvoir civil'/ Il s'agit de savoir si l'homme se conduira socialement sans une religion quelle quelle soit, oui ou non. C'est à ce point de vue que le libéralisme, pour tout observateur judicieux, quand il n'aurait pas la foi, prend des proportions vraiment effrayantes. Car si le catholicisme, qui possède la vérité, qui est au yeux de tous ceux qui le connaissent la religion la plus rationnelle, la plus juste et la plus sainte, n'a pas le droit de se mêler de la société, quelle religion aura ce droit ? Or, comme nous l'avons dit, il est impossible qu'un état existe sans une religion quelconque. Il faut que le citoyen qui n'est pas toujours sous l'œil du magistrat, remplisse ses devoirs, souvent nombreux et difïiciles, par un autre sentiment que celui de l'intérêt et de la crainte ; par le sentiment d'une responsabilité morale envers l'Etre Suprême. Ce sentiment, qui l'inspire? C'est la religion. L'homme qui le possède, se laisse conduire comme le candide enfant et l'agneau. C'est ainsi que le Canada, pays religieux, n'a coûté depuis un siècle, à l'Angleterre, pour le maintien de l'ordre, que quelques soldats. Mais l'homme qui ne connaît pas ce sentiment, est aussi dangereux dans la société que le tigre et la panthère, a cause de la brutalité des passions. C'est pour lui qu'ont été inventés les prisons, la potence et les canons. Figurez-vous donc une société entière composée de ces hommss. L'idée vous épouvante. C'est pourtant le paradis que le libéralisme prépare à la terre. L'Europe, sur qui pèsent aujourd'hui huit millions de soldats, et qui augmente ses armées tous les jours, dans la proportion que le libéralisme s'étend et que le sentiment religieux diminue, devrait le comprendre. Les pouvoirs publics, cependant, semblent l'ignorer ; leur attention se porte spécialement sur la confection des instruments meurtriers. Ils veulent bien, à la vérité, jouir du bénéfice de la religion pour conduire les peuples, mais ils ne se soucient guère de sa libre action, encore moins de sa protection. L'arme au bras, ils la laisseraient chasser du vieux continent sans se douter des immenses périls qui suivraient son départ ; car c'est à peine si, cédant à la pression des populations catholiques, ils ont laissé quelques soldats à la garde d'une institution qui soutient, seule, en leur faveur, depuis nombre d'années, les assauts réitérés de la révolution.

Leur aveuglement et leur ingratitude n'empêche pas que l'ordre social tout entier résultant de l'obéissance au pouvoir, ne repose absolument sur la religion, que la religion elle-même ne repose sur la Papauté, et que la Papauté ne soit portée sur les épaules d'un faible vieillard qu'on appelle le Vicaire de Jésus-Christ, et qu'on regarde à bon droit comme la clef de voûte de l'édifice social, spectacle vraiment fait pour commander l'admiration de l'univers !

C'est donc au sujet de ce vénérable vieillard et de sa triple couronne que se livre en ce moment à Rome le plus terrible combat qui se soit vu depuis des siècles ; combat du libéralisme contre l'action de la religion sur la société, combat d'une nature si étrange que le paganisme lui-môme n'en a jamais connu de semblable. Le paganisme, il est vrai, a bien lait la guerre au vrai Dieu, mais c'était en faveur de la religion de l'Etat, jamais contre l'action politique de la religion elle-même. Cette infamie, celte monstruosité était réservée à

notre siècle do progrès. Quoiqu'il en soil, cette lutte gigantesfiue dans ses proportions et ses conséquences est bien digne de couronner toutes celles que l'Eglise a soutenues à travers les siècles pour le maintien de chacun des articles de son immortel symbole.

Maintenant qu'il est clairement établi que la lutte du libéralisme contre l'Eglise universelle se résume dans la guerre au pouvoir temporel du St. Siège, et que cette guerre comporte des conséquences terribles, il ne me reste plus qu'à vous dire, en quelques mots, comment Satan procède dans cette redoutable attaque dont les phases diverses se déroulent sous nos yeux, quelles sont les forces des deux camps en présence, enfin quel sera le résultat final de la bataille, et j'aurai terminé mes réflexions sur les combats de l'Eglise contre le Serpent, et spécialement sur la grande lutte contemporaine à laquelle, comme soldats du Christ, nous sommes appelés à prendre parj.

Mes chers frères, notre St. Père lui-même a caractérisé les modes d'action de Satan contre le pouvoir temporel du St. Siège, en indiquant le caractère d'action du libéralisme contre l'Eglise universelle. C'est toujours, en premier lieu, Vimpcdialur, la phase de l'hypocrite trahison ; secondement, Vamoveatw\ ou l'époque de la violence ouverte.

Satan, qui a été tant de fois humilié dans ses luttes contre l'Eglise, préfère vaincre par ruse et sans combat ; c'est pourquoi il s'est d'abord efforcé de faire tomber le Pape dans ses filets, de le lier, de paralyser son action. Je n'entreprendrai pas, mes frères, de vous raconter tous les efforts perfides que l'on a fait depuis bien des années pour per?uader au monde chrétien et au Pape lui-môme, qu'il ne devait pas avoir de souveraineté temporelle, que cette souveraineté lui était un nuisible fardeau. Qui ne se souvient des calomnies, des invectives, des insinuations si dangereuses des écrivains et orateurs libéraux, des fameux conseils des diplomates ? A les en croire, la Papauté était une institution vieillie, usée, embarrassante dans le monde. L'unité catholique, qui a sauvé l'univers, devait être sacrifiée à l'unité italienne, grand modèle d'une nouvelle régénération sociale. On proclamait que le Pontife, ne connaissant point les principes vivifiants de la civilisation moderne, ne devait pas se mêler des affaires politiques des peuples, qu'il devait se retu-er dans les régions puremen'. spirituelles, que d'ailleurs, s'il trouvait dans les dogmes de sa foi quelque chose de contraire aux idées nouvelles, il devait garder le silence, ou mieux encore, usant d'une sainte tolérance, se réconcilier avec elles, et donner au libéralisme le baiser fraternel. Ce fut ainsi que Satan débuta, et ce fut là, disons-le, le moment le plus périlleux du combat. Il ne fallait peut-être rien moins que le privilège de l'infaillibilité pour ■ triompher de cette immense conspiration de l'erreur contre la vérité. Mais à toutes les séductions, le Vicaire de Jésus-Christ répondait par le nonpossumus, l'impossibilité qu'il y avait pour lui de transiger.

La fermeté inébranlable du non possumus mit l'enfer en fureur. C'est alors que le bizarre général de la révolution, qui attendait patiemment dans son île les succès de l'astuce, sortit en criant qu'il fallait arracher de l'Italie le chancre qui la dévorait, de la société le vampire sacerdotal ; qu'il fallait Rome ou la mort. De ce moment la lutte descendit du domaine des idées aux mains des soldats ; le sang coula sur les champs de bataille. Il y eut un moment de répit où chaque combattant répara ses forces. Puis la lutte est de nouveau recommencée sur le terrain sanglant ; elle en est aujourd'hui à cette phase terrible, mais glorieuse, oîi les coups se donnent par l'épée et à

la face de l'univers, et c'est pour porter à l'Eglise et à la vérité l'appui de vos bras que vous, ô soldats chrétiens, êtes en ce moment réunis sous ce noble drapeau.

Jetez avec moi un instant les yeux sur la mêlée, avant que d'engager la main. Voyez quels sont vos frères d'armes, quels sont vos adversaires et la force des deux camps, et vous entreverrez avec moi l'issue de la bataille.

Quels sont ceux qui combattent contre vous? Ce sont des fils ingrats, des hommes avides, des méchants, une plèbe immonde ; leurs armes soni le mensonge, la trahison, la haine, le blasphème et le crime ; à ces hideux bataillons se réunissent la diplomatie matérialiste, la presse impie, les noires et sinistres sociétés secrètes. Vous avez là les hordes infernales du mal organisé. Les soldats de ce camp croient obéir à tin général politique ou militaire qu'ils nomment Mazzini ou Garibaldi ; en réalité, c'est Satan lui-même qui les commande.

Quels sont ceux qui combattent avec vous ? Ce sont des enfants fidèles, des cœurs reconnaissants et dévoués, des hommes pleins de mérites, des héros. Leurs armes sont la vérité, la sincérité, la force, la prière et l'amour. A celte glorieuse phalange viennent se joindre les sympathies de toutes les âmes honnêtes, le concours de tous les bons chrétiens, l'assistance de tous les régiments de la milice sacrée, les religieux, l'ordre sacerdotal, les évêques, et au-dessus d'eux le Souverain Pontife. C'est là l'armée du bien, l'armée du ciel sur la terre, Acies ordinala. Vous croirez pendant le combat écouler la voix d'un général pontifical ; c'est la voix de Jésus-Christ que vous entendrez, de Jésus-Christ qui est le Seigneur des vertus, le Roi des Rois et le Dieu des véritables armées : Dominus virtulum, Rex région, Deus Sabaolh.

Maintenant, il n'est pas difficile de pressentir de quel côté sera la victoire. Si Deus est pro nobis, quis conlra nos. tSi Dieu est pour nous, qui réussira contre nous. »

Sans vouloir lever d'une main présomptueuse le voile qui nous dérobe l'avenir, à n'examiner que le passé, il est aisé de fortifier son espérance; et en étudiant les événements de nos jours, on croit déjà apercevoir la fin de l'orage et voir poindre à l'horizon la clarté de plus beaux jours.

En effet, que nous a enseigné la rapide esquisse que nous avons faite des luttes de l'Eglise, si ce n'est la puissance victorieuse de son divin Fondateur. A chaque combat le Serpent a été terrassé et écrasé. L'Eglise s'est relevée des coups qu'on lui portait, plus brillante et plus terrible : Et porta; inferi non prœvalebwil. < Les portes de l'enfer ne prévaudront jamais.» Croit-on qu'après avoir triomphé pendant dix huit siècles, en soutenant chaque article de son symbole, elle succombera avec les derniers ? Cet ordre chronologique des luttes de l'Eglise en rapport avec l'ordre numéral des articles du symbole, est quelque chose d'immensément significatif. Elle ne faillira pas sur la résurrection de la chair et la vie éternelle, ses plus belles espérances, dont les aveugles sociétés de nos jours semblent ne plus vouloir entendre parler. Jamais, d'ailleurs, au milieu de ses plus grandes tribulations, elle n'a présenté un spectacle plus grandiose. Il est vrai que ses ennemis, puissamment organisés et conjurés, lui font une guerre acharnée et terrible, mais aussi vit-on jamais dans l'univers catholique plus d'union, de force, de dévouement et de sacrifices. Le St. Père parle-t-il de Rome, sa voix pénètre jusqu'aux extrémités du monde,

et tous les vrais fidèles s'empressent de lui obéir ; fait-il un signe à ses frères disséminés sur la surface du globe, et les évoques da toute langue et de toute tribu accourent se ranger à ses côtés ; se plaint-il, tout ce qu'il y a de sensible et de bon souffre avec lui ; s'il pousse le cri de détresse, l'or et l'argent affluonl dans son trésor ; enfin, annoncèt-il le danger, une multitude de défenseurs accourent pour le défendre. Combien compte-t-il aujourd'hui à soa service de puissants écrivains, de brillants orateurs et de valeureux soldats? Il n'y eut peut-être jamais, dans aucun âge de l'Eglise, un mouvement de la foi catholique plus spontané et plus universel. Et tout cela pourrait-il être un symptôme de défaillance et de chute? Oh ! non, jamais.

Salut ! 0 Sainte Eglise Catholique, ma Mère ! Gloire et bénédiction te soient rendues dans ta marche bienfaisante du temps à l'éternité ! Dans cette course dix-huit fois séculaire, tu n'as jamais cessé de combattre tes nombreux ennemis. Les immortelles victoires que tu as remportées dans chacune des grandes batailles qu'ils t'ont livrées, sontden:eurées dans les champs de l'histoire comme des monuments gigantesques et impérissables de ta force et de ton amour divins. Ils redisent éloquemment à toutes les générations que tu es bien la glorieuse et légitime épouse du Christ, chargée de conduire le genre humain vers l'accomplissement de ses éternelles destinées. Voici encore arriver l'heure d'une bien cruelle épreuve, aujourd'hui tu dois souffrir, gémir et pleurer ; mais demain tu devras triompher ! !

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