L. J. Dozois, prêtre, directeur du collège de Varennes
P. Beaudry, prêtre, curé du B. Alphonse de Rodriguez.
E. Cazaubon, prêtre. St. Timothée, Montréal.
Alphonse Séguin, prêtre, St. Jean Dorchester, Montréal.
J. Lauzon, prêtre, curé de St. Philip[)e, Laprairie.
J. B. Bourget, prêtre, vicaire d'Hochelaga, Montréal.
J. Octave Lassalle, prêtre, Ghamplain, E.-U.
Cette magnifique adresse de notre clergé agissant au nom du pays, disait le Nouveau Monde, restera assurément dans notre histoire ecclésiastique comme un témoignage de notre dévouement au St. Siège. C'est aussi une page marquante dans les saintes inspirations de Mgr. de Montréal. Et comme le juste comprend le juste et peut lire aisément dans son cœur, le St. Père sera certainement touché des sentiments dévoués de notre bon Evoque
parlant pour lui et pour tous les fidèles confiés à sa garde pastorale. Mgr. d'Anlhédon, si digne lui aussi d'estime et de vénération, a bien voulu s'unir dans cette démonstration au nombreux clergé de Montréal, et la rehausser de l'éclat singulier qui s'attache à son nom.
Revenons à nos Zouaves qui se sont tous réunis à 2 h., en costume complet, avec sacs et havresacs, dans la grande salle du Collège Ste. Marie, prêts à partir pour la Ville Sainte, et quelques-uns peut-être pour l'éternité. Longtemps avant l'heure du départ, une foule considérable s'était massée dans la rue Bleury, anxieuse de voir encore une fois ces valeureux jeunes gens. La foule s'étendait jusqu'à la rue Dorchester, tout le long de cette rue; en arrivant à la rue du Cimetière et surtout dans cette dernière rue, elle remplissait complètement tout l'espace. Les environs de l'Evêché et la Cathédrale étaient remplis de monde, et ce n'est pas sans quelque difficulté que les Zouaves parvinrent jusqu'au grand escalier du palais épiscopal, par où ils passèrent pour se rendre dans la Cathédrale. L'Evêque de Montréal avait voulu les réunir encore une fois avant leur départ, pour leur donner ses dernières recommandations et faire avec eux les prières de l'Itinéraire. Les Zouaves se massèrent da.is le choeur de l'église, le président du Comité, M. OUvier Berthelet, entouré des membres du Comité, occupant dans le sanctuaire la place d'honneur. Un clergé considérable remplissait tout le reste de l'espace disponible. .
Aussitôt que l'ordre eut été établi, Mgr. d'Anthédon adressa la parole aux généreux soldats de la foi. L'éloquent évêque leur parla fortement de l'esprit qui doit avant tout les animer dans les grands combats du Seigneur. La cause de Dieu, la cause de l'EgUse est aussi celle de la société civilisée, et elle demande qu'on la défende avec un autre esprit que celui qu'inspirent les simples intérêts matériels.
D'ailleurs, ils allaient aussi combattre contre la barbarie, comme les Canadiens d'autrefois qui nous ont laissé tant de traits héroïques, où ils opposèrent le courage au nombre de leurs ennemis. Mais en allant combattre pour la Religion, on va aussi combattre pour la société et pour la patrie dont elle est le rempart. Une défaite de la Religion à Rome se ferait sentir par tout l'univers. « Le Canada, dit-il aux Zouaves, vous confie un drapeau, rapportez-le glorieux. Portez l'honneur du pays dans la vieille Europe. Les vœux de vos concitoyens
VOUS suivront au Trône du Très-Haut, et vos mères qui vous ont sacrifiés, prieront pour que vous soyez fidèles à votre mission, "Vous serez forts dans ces combats, et la patrie, pour qui vous aurez combattu, s'enorgueillira de vous. »
Mgr. d'Anthédon, dont la parole est si bien faite pour traiter ces grandes questions de l'ordre religieux en rapport avec l'ordre social et national, a eu des mouvements admirables. Plus d'un assistant a senti tomber quelques larmes.
Mgr. de Montréal, qui avait prévu que le temps ne lui permettrait pas de dire aux Zouaves tout ce que son cœur lui inspirait, avait fait imprimer, en brochure, l'allocution qu'il avait préparée pour cette circonstance. Aussi Sa Grandeur ne leuradressa-t-elle que quelques paroles, et elle procéda immédiatement à la distribution de cette allocution et de chapelets bénits par Sa Sainteté elle-même, et que nos Zouaves ont reçus comme un gage des secours du Ciel dans les dangers auxquels ils seront exposés. Jadis aux croisades, remarquait un journal à ce propos, on distribuait des croix pour mettre sur la poitrine des soldats chrétiens. Aujourd'hui, dans ce siècle de Marie Immaculée, les nouveaux croisés reçoivent des chapelets, au nom de la Mère de Dieu, qui est la protectrice de l'Eglise et la Mère des chrétiens. C'est ainsi qu'ont agi, dans leurs dernières guerres, les soldats pieux de la France. Et l'on ajoute même que ceux de l'Angleterre n'y sont pas tout à-fait restés étrangers. Ces exemples nous élèvent au-dessus de la conscience ordinaire du siècle, et nous montrent que l'arbre social n'est pas encore sec dans toutes, ses racines ni dans toutes ses branches.
C'était un beau spectacle que de voir le vénérable Evêque de Montréal passer par les rangs pressés des Zouaves, qui se jetaient à genoux aussitôt que Sa Grandeur arrivait à eux, baisaient humblement sa main bénie, et en recevaient respectueusement les chapelets et la brochure contenant son allocution. Cette brochure sera pour eux un souvenir de la patrie, un guide et un conseil dans les périls de la vie des camps. Les Zouaves purent la lire et la méditer pendant le voyage ; ils en ont peut-être ainsi retiré plus de profit que si le discours qu'elle renferme eut été simplement prononcé verbalement, malgré toute la vénération et le prestige religieux attachés à la parole de Sa Grandeur.
Voici, du reste, le texte de celte belle allocution qui est ■digne de passer à la postérité. Nos arrières-neveux la liront avec le même respect que nous l'avons lue nousmêmes, et ils y puiseront la connaissance du sentiment qui animait les Zouaves Pontificaux du Canada, en 1868.
ALLOCUTIO.V DE MGR. l'ÉVÈQUE DE MONTRÉAL AUX ZOUAVES CANADIENS A LEUR DÉPART POUR ROME (19 FÉVRIER 1868.)
Braves et dévoués enfants de la Religion et de la Patrie,
C'est avec un sujet d'émotion indicible que je vous vois, dans ce moment solennel, réunis au pied de cet autel, tout prêts à partir pour Rome, et bien déterminés à surmonter toutes les difficultés, à endurer toutes sortes de maux, à faire les plus pénibles sacrifices, à affronter les plus grands dangers, et à souffrir même la mort, s'il le faut, pour la défense de l'Eglise et de son immortel Pontife.
Pour arriver ici aujourd'hui, il vous a fallu vous mettre au-dessus de tout respect humain, fouler aux pieds les railleries de ceux qui sont incapables d'apprécier votre dévouemeut à sa juste valeur, risquer votre avenir d'après certains calculs humains, renoncer à des espérances plus ou moins flatteuses, vous séparer de vos pères qui vous aiment et que vous aimez, vous arracher à la tendresse de vos bonnes mères dont les larmes ont vivement touché vos cœurs, sans pouvoir ébranler votre constance, faire vos adieux à des parents, amis et concitoyens chéris, avec la pensée que peut-être vous ne les reverrez plus au sein de la patrie.
Or, pour rompre tous ces liens si sensibles pour des enfants bien nés et pour des cœurs nobles et généreux, il vous a fallu du dévouement, de l'héroïsme et du patriotisme religieux. Que Dieu soit béni de vous avoir inspiré ce généreux sentiment dont la Religion et la Patrie ont bien droit d'être fiers! Qu'il daigne, dans son infinie bonté, achever ce qu'il a si heureusement commencé, en vous inspirant un tel dessein.
C'est pour obtenir une si grande faveur que nous nous sommes réunis ici, pasteurs et brebis, afin d'adresser à Dieu tous ensemble la belle prière que l'Eglise a faite pour ses enfants en voyage : tout à l'heure donc nous nous prosternerons au pied du saint autel de Marie, la brillante étoile de la mer, en face de la vénérable image de son très-saint et immaculé Cœur, source intérissable de grâces, dans ce temple dédié à l'Apôtre St. Jacques qui, le bourdon à la main, passa par les lieux que tous allez bientôt parcourir, pour supplier humblement le Seigneur de diriger vos pas, dans le grand voyage que vous entreprenez, et de vous donner ses bons Anges pour vous éclairer, vous garder, vous conduire et vous gouverner, sur terre et sur mer, dans les-villes et les campagnes, dans les camps et dans les combats. Et pour que nos prières soient plus sûrement exaucées, nous les ferons passer par le Cœur de son Immaculée Mère, en lui consacrant les vôtres, pour qu'ils lui soient toujours fidèles.
Mais le dévouement, qui a ses sacrifices, a aussi ses consolations. Vous les éprouverez, sans doute, ces consolations, en pensant à la splendide démonstration qui eut lieu hier dans l'église de Notre-Dame, et dont vous étiez l'objet, précisément parce que vous vous êtes dévoués
à la défense d'une cause qui est celle de lout le catholicisme. Mais inutile de vous en dire ici quelque chose, puisque vos cœurs en sont tout imprégnés. Qu'il me suffise donc de vous faire observer que c'est ainsi que la divine Providence entremêle ici-bas les mau.\ et les biens, faisant succéder la joie à la douleur, le repos au travail, l'honneur à l'opprobre, le centuple enlin au dévouement qui porte à tout sacriDer.
Il vous a donc fallu du dévouement, pour nous préparer au départ.. Eh ! bien, il vous en faut encore et beaucoup pour partir et faire levoyage, que vous êtes sur le point de commencer. Oui, l'heure dece départ est arrivé; le bruit de la vapeur vous l'annonce; et vos vœux ardents vont enfin être accomplis. Mais de nouveaux sacrifices s'otlrent à votre dévouoment.
Et, en effet, vous partez, non pour chercher des honneurs, des places, des dignités, car vous n'avez pas d'autre ambition que d'être soldats. Ce n'est pas non plus pour chercher à faire fortune par de grandes spéculations; car vous allez vous engager au service d'un Roi. qui a été sacrilégement dépouillé de la plus riche partie de ses états,, et pour lequel l'univers catholique se met à contribution pour lui envoyer des secours dont il a un pressant besoin.
Que prétendez-vous donc faire en allant voous enrôler sous l'étendard pontifical ? Vous prétondez, d'abord, vous exposer aux fatigues, aux ennuis, aux dangers du voyage, sur terre et sur mer, et traverser des pays qui vous sont inconnus, ce qui entraîne nécessairement des misères et des souffrances qui révoltent la nature. Vous n'ignorez pas de plus ce qui vous attend, au terme de votre voyage, savoir : tout ce qu'il y a de dur dans une vie de caserne et de camp, dans les longs exercices de l'art militaire, dans les privations des douceurs de la famille, dans le régime de vie auquel vous n'êtes pas accoutumés, dans le changement de climat qui va vous obliger à vous faire des habitudes toutes nouvelles, dans la nécessité de vous plier à toutes sortes de caractères plus ou moins bizarres, pour le bien de la paix. Ce que vous ambitionnez, c'est de verser votre sang dans cette terre sainte qui a été arrosée de celui de plusieurs martyrs. Ce que peut-être vous rêvez dans vos préoccupations de Zouaves Pontificaux, c'est de mourir poyir Dieu, pour l'Eglise, pour le Pape, dans le champ de la victoire. Ce que du moins vous voudriez, ce serait de revenir dans votre patrie,, couverts de glorieuses blessures.
J'ai donc raison de dire que, pour partir, sous de telles circonstances, il faut un grand dévouement. Or, grâces à Dieu, vous en donnez des preuves éclatantes.
Mais si, d'un côté, le dévouement vous présente, dans un avenir prochain, tant et de si grands sacrifices, il vous fait apercevoir en même temps les chjirmes qui en adoucissent toute l'amertume. Voyezvous, braves jeunes gens, comme toute cette ville, ou plutôt tout ce pays, est sous l'empire d'un enthousiasme inouï ? Notre histoire nous offre-t-elle un départ qui se soit jamais accompli avec des circonstances si émouvantes ? A-t-on jamais vu une population toute entière se porter si spontanément à des démonstrations si éclatantes ? S'il vous était permis de voir tout ce qui se passe à l'heure qu'il est, vous vous convaincriez que vous êtes entourés des plus vires sympathies ; que les cœurs se livrent à des impressions inexplicables ; que sur les visages rayonnent des émotions inconnues jusqu'ici ; qu'il s'échappe de tous les yeux des larmes qui ne sont pas ordinaires, des larmes d'attendrissement, d'admiration, de joie et d'espérance.
Tous les prêtres et laïques, vieillards et enfants, compatriotes et étrangers, vous comblent de bénédictions. Il n'y a pas, jusqu'à nos frères séparés, qui ne donnent de justes éloges à votre dévouement, et qui n* disent tout haut que vous faites très-bien d'aller au service du Pape.
Ces vives émotions se font sentir dans nos séminaires et nos collèges, dans nos hôpitaux et nos hospices, dans nos pensionnats et nos académies, dans nos asiles et nos institutions charitables, et jusque dans nos maisons religieuses, ces paisibles retraites où les nouvelles du monde ne sauraient pénétrer. Là aussi, au bruit qui s'y est répandu que vous partiez pour aller défendre le Père de la grande famille chrétienne et religieuse, on s'en est fortement préoccupé, pour s'imposer de gênéreu.x sacriûces, afin de contribuer à l'œuvre de dévouement que vous avez entreprise. C'est même au fond de ces solitudes qu'ont été travaillés, par des mains vierges, vos habits de zouaves. Vous dire les transports de ces anges de la terre en travaillant pour leurs frères, chargés par leur pays d'aller à la défense de Rome, la patrie du monde chrétien, c'est chose impossible. Car la pensée que ces habits seraient un jour arrosés de vos sueurs et peut-être teints de votre sang, s'est bien des fois présentée à leur esprit et les a vivement pénétrées d'un respect religieux. Il en sera de même de vous, en vous en revêtant ; car, n'en douiez pas, ils sont tout imprégnés du parfum des prières qu'elles ont commencé à adresser au ciel pour vous, et qu'elles vont continuer à faire pour obtenir que vous reveniez victorieux au sein d*» la patrie.
Vous allez rencontrer partout sur votre roule ces mêmes sympathies, si propres à vous fortifier de plus en plus dans le dévouement qui vous anime. Car il sera facile de s'apercevoir que vous allez voyager en pieux pèlerins qui vont au tombeau des Saints Apôtres, en vaillants croisés qui vont se dévouer à la délivrance de la terre sainte, en braves soldats qui vont combattre pour le Seigneur et pour son Christ, en hommes de foi qui ne cherchent que la gloire de Dieu, en héros chrétiens qui vont s'associer à ces milliers de jeunes guerriers qui accourent ■à Rome de toutes les parties du monde, pour s'enrôler sous l'étendard pontifical, enfin, en bons Canadiens qui vont faire connaître au monde «ntier, que le Canada, malgré ses longs et rigoureux hivers, ne 'reste pas engourdi, pendant que l'univers entier s'embrase de zèle et d'ardeur pour la défense du Père de la grande famille chrétienne.
Avec de tels sentiments, il est visible que votre voyage, sur terre et sur mer, sera sanctifié par la prière, par le Saint Sacrifice de la Messe, par la communion, par le chant des hymnes et des cantiques, qui j-etenliront sur les vaisseaux qui vous transporteront au-delà des mers, ■dans les ports où il vous faudra arriver et d'où il vous faudra partir. ■C'est ainsi que voyagent les zouaves pontilicaux, et qu'ils laissent après eux de profondes émotions. Ce voyage, écrivait un membre du Comité des Zouaves àGand,que j'ai fait avec 160 volontaires Hollando-Belges, 60 soldats de la Légion d'Antibes et plusieurs jeunes gens des premières familles de Franco, qui vont s'enrôler dans le régiment des Zouaves Pontificaux, restera parmi les meilleurs et les plus précieux souvenirs de ma vie. Voici le détail de celte traversée, de Marseille à Civita-Vecchia, la même que que vous aurez bientôt faire :
« On détache les ancres, un chant majestueux et grave s'élève. Ce sont les passagers qui, d'une voix unanime, entoanenl le Magnifical. On passe devant le môle, la foule y était accourue pour saluer le
départ des soldats de l'Eglise. Sur le rivage et sur le vaisseau retentissent les cris de rjue ?ie y.r.' Vive le Pape-Roi! C'est l'adieu des Catholiques Marseillais ; c'est le mot d'ordre des futurs défenseurs du Trône Pontifical. — Le lendemnin, en vue de Civita-Vecchia, le soir au milieu du calme des grandes eau.\, de nouveau.x cantiques se font entendre. C'est par VAve maris slella qu'on salue les côtes bénies du royaume du Vicaire de Jésus-Christ, i
Tout naturellement, on se demandera do quel pays viennent ces nouveaux Zouaves. Ce ne sera pas sans surprise que l'on apprendra qu'ils ont quitté la lointaine région du Canada et franchi le vaste océan, pour combattre, eux aussi, sous le drapeau pontilical, au nom de leur patrie, pour la défense de notre commune Mère, la sainte Eglise. Ce dévouement produira nécessairement son fruit sur ceux que l'exemple de leurs compatriotes n'aurait pas encore ébraiilés. Car aucun homme de cœur n'aime à se laisser vaincre en générosité. Oui, oui, le dévouement excite le dévouement, comme le feu embrase le feu. Quelle consolation donc pour vous, si votre exemple peut en quelque chose contribuer au recrutement de l'armée pontificale.
Mais ce sera surtout lorsque vous serez rendus à Rome qu'il vous faudra redoubler de dévouement pour remplir votre noble et importante mission. En voyant de loin s'élancer, dans les airs, le dôme de St. Pierre, qui abrite la Chaire Apostolique, en contemplant la ville des martyrs, qui se déroulera petit à petit à vos regards empressés de saisir ses antiquités et ses immenses ruines, en lixant tous les points culminants de la Ville Eternelle, que vous allez défendre, de profondes émotions ravivront en vous le dévouement qui vous fait faire tant de sacrifices. Chacun de vous, en entrant dans cette capitale du monde chrétien, s'écriera dans l'intérieur de son âme : C'esl ici que je vais me dévouer, m'immoler, me sacrifier pour Dieu, pour l'Eglise, pour le Pape. Votre propre cœur vous dira ce que devra être votre uévoucment.
Dévouement, en vous faisant simples soldais, ce qui, il n'y a pas à en douter, répugne souverainement à la nature, pour des jeunes gens de famille qui peuvent par leur éducation et le rang qu'occupent leurs parents dans la société, aspirer à des emplois lucratifs et honorables.
Mais là-dessus votre sacrifice est déjà fait, et envisageant toutes choses des yeux de la foi, vous dirigez vos nobles ambitions vers un but bien plus sublime , et, en conséquence, vous n'aspirez à rien autre chose qu'à être soldats du Pape ; parce que ce dernier grade, dans l'armée Pontificale, vous parait plus honorable que le premier dans toute autre armée. Vos convictions seront encore plus intimes, quand une fois enrôlés, vous vous trouverez à côté de quelque noble et riche seigneur, ou de quelque officier supérieur devenu simple soldat, ou enfin, de quelque fils de famille se dévouant généreusement à la vie de soldat, au lieu d'entrer dans la vie publique à laquelle l'appellerait sa position dans le monde. Chacun de vous aura à se dire souvent dans l'intérieiT de son âme: Saint-Louis, Roi de France, s'appelait sergent de Jésus-Christ, et moi je suis soldat de son Vicaire. Et en efl'et, être soldat du Pape, et ce fut toujours un beau titre aux yeux des vrais chrétiens. Mais aujourd'hui, même pour ceux qui ne voient que le côté humain, c'est une gloire incontestable.
Dévouement en vous montrant des sotdçts braves et pleins decouragt. Or, cette bravoure, elle coule déjà dans vos veines ; c'est un héritage de famille, vos pères vous l'ont transmise par le canal de la réputa-
tion sans lâche ; ils l'ont acquise au prix de leur sang, lorsqu'ils sont morts en défendant la croix qu'ils avaient plantée, pour prendre possession de ce pays infidèle. Néanmoins, il en coûte singulièrement à être de braves soldais du Pape ; et c'est précisément ce qui vous fera pratiquer un noble dévouement, tout le temps que durera votre expédition. Mais que de moyens vous aurez à Rome de vous retremper dans ce généreux sentiment !
Bientôt, en effet, vous serez sur les lieux, et vous verrez de vos yeux Yalentano, Bagnorea, Subiaco, Farnese, Nerolo, Monte-Libretti, ■ Monte-Rotondo, Mentana, qui ont été les théâtres des sanglants combats qui ont signalé l'héroïque défense du territoire pontilical, menacé de vingt eûtes à la fois. Quelques-uns de ceux qui prirent part à ces glorieux engagements, vous montreront oîi et comment les Zouaves Orent ces charges brillantes et impétueuses qui firent l'admiration des vainqueurs de Sébaslopol et de Solferino ; comment, en face d'un ennemi bien supérieur en nombre, ils s'élançaient, traversaient les vignes, gravissaient les coteaux, escaladaient les rochers, gagnaient enfin la crête des montagnes d'où ils débusquaient l'ennemi, et le faisaient reculer, la baïonnette au dos.
C'est là où vous irez retremper votre courage, en explorant des lieux devenus si fameux et où le sang canadien a déjà coulé. Ce sera aussi en allant prier sur les tombes qui renferment les restes des jeunes héros qui succombèrent dans ces actions mémorables, que vous vous sentirez embrasés du désir de vous immoler comme eux.
Ces tombes sont glorieuses et ornées des palmes du martyre ; elles resplendissent d'espérances et d'immortalité. Elles ne sont pas encore fermées; aussi, font-elles entendre des voix bien louchantes, qui révèlent les brillantes qualités et le courage héroïque de ceux que vous aimerez à prendre pour modèles, afin de marcher avec une nouvelle ardeur dans la voie du dévouement. Car ces admirables jeunes gens sont aujourd'hui l'honneur de leurs familles, la gloire de leur patrie, les héros de la catholicité, la joie du paradis ; et ils sont, par conséquent, bien dignes do nos affectueux hommages.
Dévouement en vous comportant toujours comme de braves soldats, c'est-à-dire selon l'expression du Comte de Maistre, comme de fervents et admirables Catholiques. Car c'est la foi qui doit inspirer votre dévouement, et vous rendre fidèles à tous vos devoirs religieux. Vous allez servir Pie IX, mais ce sera sans doute, et avant tout, par amour pour Jésus-Christ dont Pie IX est le Vicaire.
Il vous faut pour cela un grand dévouement religieux, parce que partout, même à Rome, il en coûte à vaincre ses penchants et se mettre au-dessus de tout respect humain. Là comme ailleurs il y a des scandales à craindre; et il ne faut pas s'en étonner, puisqu'il y a eu, dans le ciel, de mauvais anges, et dans le Cénacle un Judas, un apostat. Il faut donc vous prémunir d'avance contre ces scandales toujours à craindre, à quelque degré de vertu que l'on soit parvenu.
Mais s'il y a des pierres d'échoppement qu'il vous faudra éviter, il y a des moyens innombrables oITerts à la vertu pour se conserver. Rome est comme le para lis de la terre, par le Souverain Pontife qui y exerce la divine autorité de Jésus-Christ dont il est le représentant, par la multitude de ses temples richement ornés, par ses fêtes pompeuses qui se succèdent sans interruption, par ses chants harmonieux qui sont comme les échos des cantiques du ciel, par ses institutions sans nombre, faites pour conserver la foi, propager la piété et exercer la
charité, par les admirables Quarante Heures qui font le tour des églises de la cité, dans le cours de l'année. Il y a donc abondamment tout ce qu'il faut pour vous fortifier dans la pratique du bien. Aussi, ne négligerez-vous aucun des moyens qui vous paraîtront nécessaires pour vous faire persévérer dans la pratique de la vertu.
Vous trouverez d'ailleurs dans les Zouaves Pontificaux d'admirables modèles des vertus que vous avez à pratiquer, des chrétiens fervents qui se confessent et qui communient souvent, qui fréquentent les saints offices et visitent les églises, qui sont de pieux con§;réganistes de la Vierge Immaculée, établie parmi eux, et à laquelle vous tiendrez à honneur d'appartenir ; qui, sur le champ de bataille, sont terribles comme des lions, et doux comme des agneaux auprès des malades quand il s'agit de leur prodiguer les soins de la charité. Aussi a-t-on vu vu se renouveler parmi eux cet admirable commandement qu'on n'avait plus entendu, dans les armées, depuis les croisades. « // s'agit mainlenanl d'aller mourir. Au nom du Père, et du Fils, el du Si. Esprit, en avant ! » ils s'élancent, et ils meurent. En tombant ils font le signe de la croix et crient Ave Maria. Tels sont les hommes avec lesquels vous aurez à pratiquer le dévouement religieux, c'est-à-dire, à vivre en soldats chrétiens et à mourir en héros intrépides.
Soyez donc dévoués, braves enfants de la religion et de la patrie ; dévoués à Dieu, en l'aimant de tout votre cœur ; dévoués à Marie, en l'honorant comme la meilleure de toutes les mères; dévoués à la religion, en pratiquant fidèlement ses commandements ; dévoués au Pape, en le défendant vaillamment. Soyez-lui « dévots,i comme le disait un célèbre ministre protestant converti; soyez-lui «dévots,» car Jésus- Christ se perpétue, vit, agit, parle, instruit, gouverne en lui et par lui.
Pour que ce dévouement se soutienne, el s'élève même jusqu'à l'héroïsme, vous avez besoin do force, et vous savez que la force produit le dévouement.
Soyez donc unis intimement, et ne faites tous qu'un cœur et qu'une âme, vivant comme de bons frères, qui n'ont qu'une seule chose à cœur, le bien commun de la famille. Portez-vous, au besoin, de mutuels secours; consolez-vous dans vos peines, visitez-vous dans vos maladies, assistez-vous les uns les autres par de prudents avis et de sages conseils. Qu'il y ait entre vous tous amitié, cordialité et fraternité religieuse. Pénétrez-vous bien, dans vos rapports mutuels, que vous êtes exclusivement « Canadiens,» c'est-à-dire, que vous n'appartenez pas plus à Montréal qu'à Québec, aux Trois-Rivières, à St. Hyacinthe, à Ottawa, à Himouski. Visitez ensemble et étudiez sous les habiles maîtres qui vous seront indiqués, toutes les antiquités et institutions de ia Ville .Eternelle. Rendez-en des comptes fidèles au Comité chargé de vous diriger et de faire vos affaires ici et à Rome, afin que votre pays tout entier profite de vos recherches scientifiques, comme de votre dévouement pour la défense du Saint-Siège. Que vos chapelains vous servent de traits d'union entre vous, par les rapports de respect, d'affection, de confiance que vous entretiendrez avec eux. Car ils vous tiendront lieu, pendant ce long voyage, de pères, de mères, de frères, d'amis et d'anges gardiens visibles. Enfin, nous tous, vos pasteurs, présents et absents, nous vous bénissons au nom de Dieu, le Père des miséricordes, le Dieu de toutes les consolations, l'auteur de tous les dons parfaits. C'est avec toute l'affection de nos cœurs, et dans toute l'effusion de nos dmes que nos levons nos mains suppliantes vers le ciel, pour demander à Notre-Seigneur, en qui réside la plé-
nitude de tous les trésors célestes, par son Immaculée Mère, et par tous les bons Anges et les Bienheureux, qu'il vous accorde un heureux voyage, de la santé, du courage, de la bonne volonté : qu'il vous conduise et vous protège en tous lieux ; qu'il vous ramène sains et saufs dans votre chère patrie, afin que tous, pasteurs, mères, parents, amis, concitoyens, aient la consolation de vous revoir, chargés de lauriers et comblés de mérites, de vous embrasser et arroser des douces larmes que fait couler la joie du retour, après les fatigues et les dangers d'un long voyage.
Encore une fois, vous partez : mais n'oubliez jamais et souvenezvous toujours que la Religion et la Patrie s'attendent que vous ferez votre devoir et que vous vous montrerez, en tous lieux et en toutes occasions, dignes du Canada qui a produit tant de bons chrétiens et de vaillants guerriers.
Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Après les allocutions des deux évêques, on récita les prières de Vltinéi^aire que l'Eglise a consacrées pour attirer la bénédiction de Dieu sur ceux qui voyagent pour la gloire de son nom.
En même temps que l'évêqne de Montréal distribuait cette touchante allocution, un autre ami de la jeunesse, un savant, admirateur enthousiaste du dévouement et du sacrifice partout où il se trouve, faisait donner aux Zouaves une petite adresse, qui a dû être, avec celle de Sa Grandeur, un précieux souvenir de la patrie pour tous les jeunes voyageurs. Cet opuscule, qui emprunte à l'histoire du Canada quelques uns de ses plus jolis traits, doit son existence à une pensée délicate de M. l'abbé Verreau, principal de l'Ecole Normale Jacques Cartier. Elle contient deux lettres, l'une de M. de Contrecœur à son fils, enrôlé sous les drapeaux de Montcalm et Lévis; l'autre de M. de Pambrun, adressée également à son fils, voltigeur sous M. de Salaberry, toutes deux remplies de conseils inspirés pa.^ la foi la plus vive et le patriotisme le plus pur. C'était bien la plus belle occasion d'exhumer du précieux recueil de notre archéologue canadien ces deux pièces aussi recommandables en elles-mêmes que convenables à la circonstance. A ce double titre, et à bien d'autres, cette brochure mérite d'être conservée; aussi nous faisons-nous un devoir de la reproduire ici.