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Marie au Gesù. Le R. P. Beaudry, qui conduisait ces pieux offices, s'inspira de leur présence, pour leur adresser des paroles pleines de chaleur et d'éloquence. Puis il y eut salut du Très-Saint Sacrement en musique.
Le jeudi matin, Monseigneur Grandin, vicaire apostolique du Nord-Ouest, dit la messe à Notre-Dame de Bonsecours pour ces Zouaves. M. l'abbé Routhier, qui a accompagné le détachement jusqu'à Rome, dit sa messe en même temps, à l'autel latéral de St. Joseph.
Monseigneur avait pour assistant le R. P. Charpeney. Ceux des Zouaves qui n'avaient pas fait leurs dévotions dans leur paroisse ont communié, ainsi que toute l'Ecole Normale, professeurs et élèves. Ces derniers ont voulu donner ce nouveau et touchant témoignage de leurs ardentes sympathies pour les Zouaves Pontificaux.
La pieuse église de Bonsecours était magnifiquement décorée et illuminée, et la foule remplissait la nef.
Les membres du Comité Canadien des Zouaves Pontificaux assistaient à la messe avec leurs Zouaves.
Après l'office, Monseigneur Grandin s'avança vers les balustres et prononça une allocution de circonstance. Sa Grandeur, prenant pour texte les paroles que Dieu adressait à Abraham, lui enseignant de tout quitter pour obéir à sa voix, a fait un touchant rapprochement entre le mis sionnaire et le zouave pontifical, tous deux missionnaires de la cause de Dieu. L'un va dans les pays inconnus porter aux barbares la bonne nouvelle ; l'autre part pour aller défendre ce même Evangile attaqué par des barbares d'une autre espèce en plein pays civilisé.
Monseigneur Grandin, son grand-vicaire, le R. P. Charpeney, M. le chanoine Hicks, Messire Aubry, M. Guillemet, M. C. A. Leblanc, M. F. X. A. Trudel, les deux secrétaires et les Zouaves, ont été ensuite les hôtes de M. l'abbé Verreau, dont les adieux ont été fort beaux. Sa Grandeur a également pris la parole et l'a fait avec son bonheur ordinaire.
A deux heures, les Zouaves se réunirent dans le grand salon de l'Evêché, où Monseigneur de Montréal, Monseigneur Grandin et un clergé très-nombreux de la ville et de la campagne les accueillirent à leur arrivée. Bientôt après, la cérémonie religieuse commença ; on remarquait dans le chœur la présence de Monseigneur Lynch, évoque de Toronto; la foule des fidèles remplissait la cathédrale, et les autels étaient magnifiquement illuminés. Les Zouaves occupaient les premières rangées des bancs de la nef. Le
chant et la récitation de l'Itinéraire eurent d'abord lieu ; Monseigneur de Montréal et les Zouaves alternant dans ces prières si magnifiques et si touchantes.
Puis, Sa Grandeur monta en chaire et parla pendant une demi-heure à nos généreux volontaires sur la signification symbolique de l'épée, cette arme redoutable du soldat courageux, les devoirs que leur imposait leur dévouement et la solidarité de leurs actes ici, en voyage, à Rome, dans leur vie de caserne ou de combat, qui en fait les représentants de leur nationalité, des catholiques du Canada et des fidèles du monde entier. « Partez, disait « Sa Grandeur avec émotion, partez, jeunes gens, l'élite de « nos enfants, allez droit votre chemin à Rome, ne regar- « dez ni à droite, ni à gauche, ni en arrière de vous; ne « craignez jamais rien que Dieu. C'est sa cause que vous (( allez défendre ; craignez de n'en être jamais assez « dignes ; pour le reste, soyez sans crainte, c'est le moyen « d'être sans reproche. Allez votre chemin et craignez « Dieu ! » *
Les Zouaves s'avancèrent ensuite aux balustres, et, chacun ayant un cierge ardent à la main, ils récitèrent avec leur digne aumônier, M. l'abbé Routhier, l'acte de consécration au saint cœur de Marie. Ils reçurent, en môme temps, divers objets de piété, brochure, prières, . chapelet, médaille, etc., à titre de souvenirs du départ.
Le salut du Très-Saint Sacrement fut chanté par le chœur de la Cathédrale, après quoi le détachement revint au salon de FEvêché, où Monseigneur Lynch s'adressa aux Zouaves dans les termes suivants :
On Ut sur les armes des souverains d'Angleterre ces mots admirables, dignes des siècles de foi : 4 Dieu et mon Droit. » Braves jeunes gens, l'élite de la nation canadienne, vous choisis entre mille pour voler au secours du Souverain Pontife, cette devise, il me semble, est la conséquence de celle que porte votre magnifique drapeau qui a traversé triomphalement l'Euroiie jusqu'à la Ville Eternelle, et que je viens de lire avec tant de bonheur sur la riche médaille commémorative du passage de vos braves compatriotes dans la ville si catholique de Lyon: Aime Dieu cl va Ion chemin! L'œuvre que vous allez accomplir a Rome, n'est pas l'œuvre d'une nation isolée, c'est l'œuvre de toutes les nations du monde, c'est l'œuvre de Dieu, parce que c'est celle de son Vicaire sur la terre, le Père commun de tous les lidèles. t Dieu et mon Droit. » Oui, c'est votre droit que vous allez défendre, c'est celui des vénérables évoques qui vous envoient, c'est celui de tous les évoques du monde, puisque c'est celui du Pape, celui même de Dieu. Partez donc, braves jeunes gens, parlez ; que les bénédictions du ciel vous accompagnent dans vos courses lointaines. Ne vous arrêtez que dans la ViileElernellc,pour y défendre d'abord son Pontife,
puis ses magnifiques monuments, monuments qui sont le droit de tontes les nations du monde catholique, puisqu'ils ont été érigés et qu'ils sont maintenus par les largesses de la chrétienté, puisqu'ils contribuent à l'embellissement de la capitale du monde chrétien, monuments qui, sans vous, seraient souillés par des mains barbares.
Salut, bonheur, succès et victoire à vous, dignes descendants de ces preux colons, qui sont venus ici, non pour un gain sordide, mais pour y implanter et pour y consolider l'arbre royal de la croix !
Le voilà donc ce beau pays du Canada, lequel était naguère dédaigné comme ne contenant que quelques arpents de neige, le voilà maintenant qui, émule de ceux des plus beaux siècles de l'Eglise, enfante des croisés ; et ces croisés, comme leurs devanciers, tournant le dos à ce qu'ils ont de plus cher, vont affronter les dangers de la mer et les hasards des combats pour alTermir sur son trùne le Ponlife-Roi.
Honneur et gloire à vos bien chers parents pour avoir donné le jour à des enfants qui, en toutes occasions, se sont montrés dociles à leurs avis et à leurs commandements ; fidèles à leur Souveraine ; plus fidèles encore à leur Dieu ; et qui, aujourd'hui, pleins d'un zèle que leur envieraient les Godefroy de Bouillon et les St. Louis, roi de France, veulent à leur tour montrer leur dévouement aux Saint-Siège.
Mais, surtout, honneur et gloire à vos bien tendres mères qui, avec la vie, vous ont donné la vraie et solide piété. Oh ! que dans ce moment, elles doivent être fières de vous ! Pour moi, je les félicite du bonheur qu'elles doivent éprouver, bonheur mêlé, il est vrai, de quelqu'inquiétude; mais qu'elles se rappellent que ce que Dieu garde est bien gardé, et qu'il est imposible que Dieu ne protège pas des enfants si chrétiens, si dévoués et si généreux.
Cet élan de générosité s'est aussi manifesté dans mon diocèse de •Toronto.
Plusieurs de mes jeunes gens sont venus me supplier avec larmes de les laisser partir pour Rome. Des raisons tout à fait particulières et exceptionnelles m'ont empêché d'encourager leur générosité. Vous allez être les porteurs do leur adresse au Souverain Pontife. Plus lard, ils lui feront parvenir leur contribution en argent. Soyez bien persuadés qu'ils envient votre sort, et qu'ils vous accompagneront de leurs vœux et de leurs prières. Puissiez-vous, bien chers jeunes gens, revenir tous sains et saufs dans votre pays. Puissiez-vous, comme autrefois les croisés, qui apportaient de la Palestine de la terre bénite des Lieux Saints, nous apporter de Rome de la terre hénite du Vatican et du tombeau des Apôtres, afin de Itiiie dans la grande ville catholique de Montréal ce qu'on fait à Pise, une terre sainte, campo sanlo, pour la sé])ullure des chevaliers de la croix !
Puis on renouvela lesadieu.x ; Monseigneur de Montréal donna au.\ Zouaves une dernière bénédiction, et le départ s'elFectua au milieu des serrements de main et de l'émotion générale. Les Zouaves furent accompagnés jusqu'au chemin de fer par Messire Paré, secrétaire de Sa Grandeur, plusieurs chanoines, et par un grand nombre de prêtres, ainsi que par la foule des parents et des amis. Les membre.i du Comité marchaient avec les Zouaves. Un peu après trois lieures et demie, le convoi partit, et les vivats et les
acclamations d'adieu retentissaient encore dans la gare que nos Zouaves étaient déjà loin. On pouvait néanmoins entendre leurs voix réunies chantant avec force VAve Maris Stella. Les gens les acclamaient et les saluaient sur leur passage.
Ce troisième détachement se composait de l'aumônier, M. l'abbé Joseph Onésime Routhier, professeur de l'Ecole Normale Jacques-Cartier, et de vingt-huit hommes, dont voici les noms :
Théodore Fauleux, Monln^al.
Jean François Henry Faucher, >Ionli'éal.
Zéphirin Comtois, Si Hughes.
Louis Isaïe Oscar Melanr-on, JoHelle.
Zacharie Bruneau, Si. Hughes.
P'ulgence Préfonlaine, Belœil.
Paul Du mais, Kamouraska.
Thomas Michaud, Kamouraska.
Sidney Thomas, Berlhier.
Honoré Giasson, L'Islel.
Louis Dusseaull, Trois-Rivières.
Louis Tliomas Garceau, Trois-Rivières.
Alfred Domplail Chaurelte, Nicolel.
Auguste Marion, Jolielte.
George Lioiiais, Montréal.
George Décarie, Notre-Dame de Grâce.
Alexandre Brousseau, Belœil.
Maurice Bélanger, (Rigaud,) Montréal.
Charles Alexandre Bigonnesse, Chanibly.
Louis Bazinet, St. Vincpnt-d-3-Paul.
Eusèbe Branchaud, Hunlingdon.
André Vandandaigne Gadbois,St. Hilaire.
Denys (iérin-Lajoie, Nicolel.
Germain Germain, St. Vincenl-de-Paul.
Fernand Violelli, Montréal.
François J. Damase Ricard, avocat, Montréal.
Sifroy Desjardins, Grande Cèle, Terrebonne.
Eucher Jodoin, Bouchcrville.
M. de Bellefeuillc, l'un des membres du Comité, accompagna le détachement jusqu'à New- York. En arrivant dans cette ville, vendredi, le 29 mai, les Zouaves s'embarquèrent immédiatement à bord du navire VEurope, dans lequel Monseigneur Pinsonnault, vint les visiter le lendemain. Sa Grandeur voulut bien leur adresser quelques paroles religieuses autant que patriotiques, au.Kquelles les Zouaves répondirent par trois acclamations chaleureuses pour le bienveillant évoque, et trois autres pour le Comité Canadien. Puis, Sa Grandeur leur donna la bénédiction avec toute l'effusion de son cœur, devant l'équipage et la
foule des passagers réunis pour voir ce spectacle inattendu, et, un instant après, trois coups de canon annoncèrent le départ, qui s'opéra au milieu des cris et des vivats des Zouaves.
La traversée fut heureuse quoiqu'un peu longue, puisqu'ils n'arrivèrent au Havre que le 12 juin. Le jour de la Fête-Dieu, Il juin, M. l'aumonier avait célébré la Sainte Messe à bord, et la plupart des Zouaves s'étaient approchés de la Sainte-Table avec une piété et une ferveur qui édifièrent beaucoup les trois prêtres français qui accompagnaient M. Routhier.
Le 15, avant de laisser Paris, ils assistèrent à la messe que dit pour eux M. l'abbé Hamon, curé de St. Sulpice. Ce vénérable prêtre, qui avait déjà reçu le premier détachement, leur adressa, à la fin de la messe, quelques chaleureuses paroles d'encouragement qu'un auditeur a rapportées comme suit :
Nous avons déjà vu passer plusieurs de vos frères, nous sommes également heureux de vous recevoir. Sainl-Sulpice de Montréal vous a bénis à votre départ, Saint-Sulpice de Paris vous bénit ù votre passage : c'est l'esprit de M. Olier qui anime l'une et l'autre église, et tout ce qui intéresse Rome est sûr d'y trouver accueil empressé, amour et bénédiction.
Nobles enfants du Canada, nous saluons en vous de nouveau.^ défenseurs de la même cause. Vous êtes dignes de la France qui peupla votre pays. Français par la langue et par la race, vous l'êtes aussi par un même attachement à l'Eglise catholique et à Rome.
Vous allez dans la Ville-Eternelle, où se trouve déjà rassemblée l'élite des nations. Pour Rome, tout s'est ébranlé : la France et la Belgique, la Hollande et le Danemark, l'Angleterre avej l'Irlande et l'Ecosse ; le Canada lui apporte à travers les mers ses meilleurs enfants, et voici que l'Amérique se prépare à lui envoyer un bataillon tout entier.
Votre démarche, messieurs, est un grand enseignement: elle prouve à ceux qui ne l'auraient pas encore compris, que la cause de Rome est celle du monde et de la religion. Ce magnifique concert de la famille des nations est un hommage rendu à la vérité de l'Eglise catholique et de son Chef. A Rome, nous voyons un corps dont la tète est menacée et que tous les membres s'empressent à couvrir; un père attaqué, dont la famille accourt pour le défendre.
Toutes les nations civilisées y sont venues, parce que Rome représente la cause de l'ordre et de la société. Le monde a vu jn-osque sans émotion Venise et Naples devenir la proie de la conquête ; elle verrait de même Vienne Ct Berlin passer à d'autres maîtres : ces villes appartiennent à leurs peuples, c'est à eux de les défendre. Mais que l'ennemi menace Rome, l'univers s'émeut ct s'alarme, parceque Rome est à lui.
Rome est une ville à part, une ville uni<pie. Comme il n'y a qu'un soleil pour éclairer l'univers, il n'y a qu'une Rome au monde, d'où viennent, avec la lumière d'en Iiaul, la règle cl l'aulorilé. Prendre
Rome à oUe-môme et au inonde, c'est arracher le soleil au firmament.
Insensés ceux qui voulaient s'emparer de la Ville-Eternelle, comme si elle était à eux ! Non, Rome n'appartient pas à l'Italie, parce que la Ville maîtresse du monde ne peut appartenir qu'à son Pontife-Roi ; Rome n'appartient pas à l'Italie, parce qu'elle est la reine des nations par l'antiquité et la majesté !
Elle doit demeurer à jamais ce qu'elle est, pour le bien de l'Eglise et du monde.
Continuez donc votre marche, vous, ses défenseurs accourus de si loin. Jamais plus noble cause n'arma un bras d'homme, et ne mérita mieux un si noble dévouement. Partez, que les anges vous accompagnent, et que les flots de la mer s'abaissent sur votre passage.
Arrivés au terme de votre voyage, restez toujours dignes de la cause que vous êtes venu servir, et soyez fidèles à votre mission.
Nous venons d'ofTrir à votre intention le saint sacrifice de la messe ; nous continuerons de prier pour vous, unis à votre œuvre, avec cette attachement que tout catholique doit avoir pour Rome, dans son cœur et dans sa foi.
Les Zouaves ne voulurent pas laisser Paris sans remercier M. Hamon de ses bonnes paroles, et ils lui firent parvenir l'adresse suivante :
Au RÉVÉREND Messu^e II.\mo.\.
Monsieur,
C'est un beau jour pour les vingt-huit Zouaves du Canada que le 15 juin. Comment pouvons-nous vous remercier de tant de douces paroles qui jettent la paix dans Tàme ? Oui, Révérend Monsieur, nous avons laissé nos familles, notre patrie, nous foulons maintenant le sol de la noble France ; dans quelques jours, nous serons dans la capitale du monde entier. Nous avons fait un sacrifice bien naturel. Pourquoi donc tant de louanges ? A peine étions-nous dans ce monde que le signe de la croix nous fit enfants de l'Eglise. Plus tard, le beau jour de notre confirmation, nous fûmes soldats du Christ. Eh bien ! le général des armées du Christ nous appelle sous son drapeau. Comme le Français, le Canadien a senti que là- était le devoir et l'honneur, nous y allons. Les bénédictions de nos évêques mirent notre cœur en paix ; nous étions calmes, la tempête ne nous efiTrayait pas, l'Etoile était là. Vos bénédictions et vos prières, Révérend Monsieur, nous font dédaigner le fer de l'ennemi. Faibles arbrisseaux au pied du chêne séculaire de la Papauté, nous braverons les vents révolutionnaires; nous tomberons peut-être, mais avec honneur. Le Canadien est brave parce qu'il est Français. Quelle récompense alors, pour un sacrifice tout humain ! Ne nous louangez pas, ces louanges appartiennent à ceux qui sont tombés ; priez pour que nous soyions leurs fidèles imitateurs.
Après un heureux voyage à travers la France, le Iroi sième détachement parvint à Rome le 19de juin, quelques jours avant la fête St. Jean-Baplistc, dont la célébration