DÉPART DE MM. PRENDERGAST, DÉSILETS ET HAINAULT
MM. Alfred dre avocat, Gédéon Désilets, étudiant en notariat et H. Gaspard Hainault, étudiant en médecine, enflammés du désir de s’enrôler dans l’armée pontificale, ne voulurent pas attendre l’envoi du détachement que préparait le Comité, dans la crainte, disaient-ils, d'arriver trop pour rares part aux luttes qui semblaient alors se pen ’était au milieu de décembre. Tous trois possédaient peu de moyens pécuniaires ; mais en
uelques jours, ils recueillirent chez leurs amis et chez dès personnes qui voulurent bien favoriser leur excellent dessein, la somme d'argent nécessaire à leur frais de voyage. Pour y parvenir, ils vendirent même leurs livres, des hardes et d’autres objets, tant était vif leur désir de partir. Jeudi, le 12 décembre, M. l'abbé Chandonnet, principal de l'Ecole Normal-Laval, présenta M. Prendergast à Sa Grâce Mgr. l’Archevêque de Québec. Sa Grâce accueillit ce jeune brave avec amour et le félicita de sa généreuse détermination.
« Allez, mon enfant, dit-elle avec cet accent. de dignité paternelle qui la distingue ; je vous bénis, que.ma bénédiction vous accompagne jusqu'aux pieds du Saint-Pere. Là, vous recevrez la sienne. »
Avant de laisser le Canada, M. Prendergast et l’un de ses compagnons, M. Désilets, allèrent ensemble faire leurs adieux au collége de Nicolet, dans lequel ils avaient reçu leur instruction classique. Ils y furent l’objet d’une touchante démonstration, et le 19 décembre 1867, ces deux jeunes gens et leur compagnon M. Hainauit, laissèrent Montréal our se rendre à Portland où ils prirent le vaisseau qui out les transporter en Europe. Après un heureuxet prompt voyage, ils arrivèrent à Rome, où ils furent prenant accueillis par leur compatriotes, le sergent
urray, M. le chanoine Hicks et Mgr. Desautels. Le Saint- Père, sr 2 daigra leur accorder une audience, et voici en quels termes l’un d'eux, M Désilets, raconte cet événement dans une lettre adressée à son frère, et qui a été publiée dans le Journal des Trois-Rivières (1):
« Monseigneur de Montréal, dit-il, nous avait donné une lettre de recommandation pour le Cardinal Barnabo, que nous allâmes,mes deux amis et moi,lui présenter vendredi dernier. Nous fûmes reçus à bras ouverts par le Cardinal. Il nous assura que nous verrions le St. Père le plutôt pos-' sible. Dimanche après vêpres nous trouvions notre lettre d'admission à la caserne ; je te laisse à penser quelle joie elle nous causa. Nous devions voir le St. Père le lendemain. Lundi à 114 h. du matin, nous montions les degrés du Vatican d’un pied joliment leste, je t’'assure. Cent livres ne nous auraient pas pesé sur les épaules. Après une heure d'attente passée avec Monseigneur Pacca qui nous demanda mille choses de notre pays, nous nous jettions aux pieds du St. Père... Il nous fit relever et placer tous les trois en face de son bureau.
« Après nous avoir regardé quelques instants, il nous demanda depuis quand nous étions partis, si nous étions : l'avant-garde des Canadiens....[l nous dit qu’il avait été luimême en Amérique, mais qu’alors il fallait trois grands mois pour s’y rendre. Ensuite il étendit la main et prit trois petites boîtes qu’il nous donna, en disant qu’il nous faisait à chacun un petit cadeau, et il souriait. Ilen ouvrit une lui-même pour nous en montrer le contenu. C'était trois médaillons faits d’une espèce de coquille,
(1) 25 février 1868.
enchassée en or, et sur lequel est sculptée une figure de la Ste. Vierge. Nous étions hors de nous-mémes. Il bénit ensuite nos familles et les petits objets que nous lui présentions. « Tout est béni, dit-il, je bénis tout, vous, vos familles et vos objets.» Notre audience étant terminée, il ‘ fallait nous retirer. Alors pour te dire toute la vérité, je me précipitai à ses pieds au risque d’emporter son pupitre ue je heurtai un peu du coude. Il me donna sa main droite à baiser et m'enveloppa avec force les épaules, de son bras gauche. Il en fit autant à mes deux amis. Nous sortimes fous de joie, pleurant, riant, etc. T’exprimer les émotions que j'ai éprouvées est tout-à-fait impossible. Tout ce que je puis te dire, c’est qu'après l'avoir vu, on peut se faire tuer cinq cent fois pour lui. Tous les portraits ne tu vois ne donnent pas l'ombre de l’expression de sa gure : il faut le voir. Il y a quelque chose d’une mélancolie douce et calme dans son regard qui fait pleurer malgré soi.
« Je m'arrête, car je ne finirais plus sur ce sujet si je m'écoutais. »