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COMMENT L'ÉGLISE FAIT LA GUERRE ET QUEL EST LE CHAMP DE BATAILLE DU CHRÉTIEN,
Le chrétien, ce soldat de Jésus-Christ, doit,comme tout bon et fidèle soldat, combattre pour les intérêts de son roi ; et il y a surtout trois champs de bataille, où il doit s’avancer et combattre vaillamment.
Le premier est en lui-même, en son âme. C’est là d’abord qu'il aura à soutenir la guerre, pour y établir le règne de Dieu, son Souverain Maitre; guerre pénible, guerre sans trève, mais guerre nécessaire, En vain aurait-il la prétention d'étendre le royaume de Dieu à l'extérieur, et de le défendre contre les ennemis qui l’y attaquent, si son âme était captive, ou en la puissance de ses ennemis ; cela va de soi.
es deux autres champs de bataille sont à l'extérieur. Dans le second, le solaat doit combattre pour établir et étendre le royaume de Dieu, c'est-à-dire l’église catholique, à laquelle toutes les nations ont été données en héritage. C’est ce combat que livrèrent les Apôtres et que soutiennent encore les pasteurs régulièrement constitués chez les nations chrétiennes, et les missionnaires légitimement envoyés chez les peuples infidèles, combat bien douloureux quelquefois, dans lequel le sang chrétien a coulé en abondance ; mais aussi combat bien glorieux pour l'Eglise, par les éclatants triomphes qui l’ont couronné, et les millions de ses enfants qu'il a fait monter au ciel, la palme à la main et la tête ceinte de la couronne de l'immortalité.
Enfin le dernier champ de bataille est celui où le royaume de Dieu, attaqué par un injuste agresseur, doit être défendu les armes à la main. C'est celui où viennent de s’immortaliser les glorieux vainqueurs de Mentana et de Monte-Rotondo; c'est celui où les victimes du guet-apens de Castelfidardo ont cueilli la gloire des héros et le mérite des martyrs.
C'est celui où les valeureux croisés, nos ancêtres, allaient défendre ;a civilisation chrétienne de l’Europe, en refoulant vers l’Asie et l’Afrique la barbarie musulmane; c’est celui enfin, Monseigneur et mes chers frères, vers lequel l'élite de la jeunesse du Canada catholique ici présente, est poussée en ce moment, pe une ardeur digne de tout éloge, par un dévouement admirable, à voler, les armes à la main, à la défense de la cause de Dieu personnifiée dans le chef vénérable de la catholicité, Notre Saint Père le Pape, le glorieux Pie IX. Etablir dans son âme le règne de Dieu, l’étendre ei le propager avec zèle au dehors et dans le monde entier, le défendre avec un courage indomptable lorsqu'il est attaqué, voilà en trois mots et la tâche du soldat chrétien, et les champs où doit se faire la lutte.
La circonstance à jamais mémorable de ce jour me semble bien propre à vous parler de cette remarquable vérité, à vous l’exposer sous ce dernier point de vue, surtout, sous lequel nous avons assez rarement l’occasion de l’envisager. Car ce n’est pas seulement dans l'ordre purement spirituel et invisible que le chrétien est soldat de Jésus- Christ; que l'Eglise est comme une armée rangée en bataille : non, ceux qui l’entendraient ainsi, n’auraient de la vérité qu'une idée incomplète et seraient certainement dans une bien grande erreur.
L'Eglise catholique, qui est le royaume de Dieu ici-bas, est nécessairement une société visible; Non polest abscondi civilas supra mondiem posila, et les chrétiens, membres de cette société, doivent aussi, même dans l’ordre visible et temporel, soutenir ses intérêts au prix des plus grands sacrifices et de la vie même, et défendre son existence et son intégrité contre tut injuste agresseur. C'est ainsi que l’ont toujours compris nos pères dans la foi, depuis les temps apostoliques jusqu’à nos jours.
Etudiée à ce point de vue, cette vérité jettera une grande lumière sur l’époque où nous sommes, et nous aidera à apprécier, à leur juste valeur, les événements du jour. Mais avant de commencer à développer ce sujet, j'aime à vous faire remarquer que l'Eglise n’attaque jamais; mais qu'elle peut se défendre quand elle est attaquée, qu’elle peut réclamer en effet ses droits, quand on les a üsurpés. Dans ia défense que l'Eglise est obligée de faire de ses droits, elle ne sait guère opposer en général qu’une résistance passive, si l'agression ou l’usurpation vient d'un pouvoir légitiment constitué ; mais elle ne craint pas d’opposer une résistance active, elle repousse la violence et l’usurpation par la force, si l’agression vient d’un pouvoir usurpateur et illégitimement constitué; à plus forte raison, si l’agression vient d'un pouvoir révolutionnaire el qui n’a aucune apparence de légitimité, comme dans le cas présent, en Italie. C’est ce qui sera démontré clairement dans la suite de ce discours.
J'aime encore à vous faire remarquer en passant, ce que je considère comme un devoir, mes chers frères ; c'est que nous devons rendre au Seigneur les plus vives et les plus sincères actions de grâces pour la longue paix qu'il a daigné accorder à notre chère patrie, et pour la liberté dont il a plû à sa divine miséricorde de nous faire jouir dans l’exerrice de notre sainte religion. Laissez-moi vous le dire en quelques instants, puis nous continuerons notre étude.
Ill,
LES CANADIENS DOIVENT REMERCIER DIEU DE LA LONGUE PAIX DONT ILS ONT JOUI,
Depuis plus d'un demi-siècle nous avons été, sous le double rapport de la paix et de la liberté, le peuple le plus favorisé de la terre, je n'hésite pas un moment à le dire. Pendant que la guerre déchaïnait ses fureurs chez les grands peuples, aux mains desquels la divine Providence semble avoir confié les destinées du genre humain, le petit peuple du Canada, modestement assis sur les bords de son grand fleuve, 4 toujours pu écouter, avec un cœur tranquille, gronder dans le lointain ces épouvantables engins de destruction, que le génie moderne s’est évertué à inventer pour aider la mort à moissonner plus efficacement sur les champs de bataille, Pendant que dans {l'extrême orient, la Chine, le Tonking, la Corée et le Japon, le sang des martyrs coulait à flots; pendant que le feu de la guerre embrasait les deux Amériques, et tour-à-tour presque toutes les provinces de l’ancien continent ; toujours, nous avons joui de la liberté religieuse la plus parfaite, à un point qu'il nous semble, à nous, Canadiens, que l'état de paix soit l’état normal de l’homme et surtout de l’homme chrétien ici-bas. Mais ne nous y trorpons point, c’est le contraire qui est vrai, Le chrétien est avant tout solk:lat, et un soldat toujours prêt à l’action; l'Eglise est une armée rangée en bataille et son état normal n’est pas, ne saurait être le repos ; c'est positivement, au contraire, l'état de guerre, nous l'avons déjà dit, La longue période de paix dont nous jouissons depuis plus de deux générations, est certainement ici une exception que la divine Providence a voulu faire en faveur du peuple canadien, pour le récompenser, sans doute, des luttes héroïques que ses pères ont soutenues avec tant de dévouement, et peut-être pour lui donner le temps de prendre racine et de se développer sur le sol qu'ils ont arrosé de leur sang, et qu'ils lui ont légué avec l'héritage sacré de leur foi. C'est là, je le répète, une insigne faveur dont nous devons nous montrer, surtout en ce temps-ci, sincèrement reconnaissants.
LE CANADIEN DOIT PRENDRE PLACE DANS LE CAMP DE DIEU ESPÉRANCE POUR L'AVENIR.
Quoiqu'il en soit, ne nous faisons point illusion : le peuple canadien subira, comme tous les autres peuples, la grande loi de l'humanité déchue ; il lui faudra prendre part à la grande guerre que les nations, aussi bien que les individus, doivent soutenir contre l’ancien serpent. Je vais essayer de vous montrer dans ia suite de cet entretien, mes chers frères, quel est le poste que la divine Providence a visiblement assigné au peuple du Canada ,dans les combats qu’il doit soutenir pour la cause de Dieu. Nous verrons combien sont consolants pour les cœurs sincèrement catholiques et canadiens, et combien sont rassurants pour notre avenir religieux el nalional, sur ce continent, le
dévouement admirable de notre jeunesse, et l'élan spontané de toutes les populations de la province, en faveur de la cause religieuse par excellence à cette époque, celle du Pouvoir Temporel du st. Siége. Ce dévouement, cet élan, sont une preuve sans CE que le peuple canadien n'a pas encore failli à sa mission, malgré les quelques défections qui ont si sensiblement affligé et afligent encore l'Eglise du Canada. Or être fidèle à sa mission, pour un peuple aussi bien que pour un individu, c'est la plus sûre garantie de la protection divine dans sa marche vers l'accomplissement de ses destinées, C'est là une vérité de fait, que l'expérience a cent fois confirmée et qui n’a pas besoin d'autres preuves.
Puisque l'Eglise est une armée rangée en bataille, que chaque chrétien est un soldat, et que la solennité présente n’est qu'une préparation à un grand et prochain combat, examinons, dans la première partie de ce discours, les luttes passées de l'Eglise, en remontant jusqu’à leur origine même, pour nous faire mieux juger les temps que nous traversons; dans la seconde partie, les luttes actuelles, telles qu’elles se déroulent à nos regards. en leur extrême gravité ; enfin, dans la troisième partie, la part qu'y doit prendre la population catholique de notre heureuse patrie.