‹ Le Canada et les zouaves pontificaux [microforme]Chapitre 59 sur 82 · C. Martin, prêtre, chapelain des rs de la Miséricorde · texte numérisé non relu

C. Martin, prêtre, chapelain des rs de la Miséricorde

C. A. Beaubien, prêtre, vicaire de St. Vincent-de-Paul, Montréal. J. O. Routhier, prêtre, préfet de discipline de l’Ecole Normale Jac-

Le : C. A. Desnoyers, curé de St. Pie, diocèse de St, Hyäcinthe.

Azarie Desnoyers, missionnaire de Bolton, St. Hyacinthe. L. C. Blanchard, curé de St. Ephrem d'Upton, St. Hyacinthe. P. Bélanger, prêtre, curé de.S'- ‘ Agios. de Rigaud, Montréal. L. À. Charlebois, prêtre, curé de te. Thérèse, Montréal. A. L. Charbonneau, prêtre, vicaire de Longucuil, Montréal. J. C. Pr eg ge vicaire de Verchères, Montréal. Louis Girard, prêtre, séminaire de St. Hyacinthe, F. Woods, prêtre, curé de St, Patrick de Hinchinbrook. F. Caisse, prêtre, procureur du Collége de L'Assomption. A. Thibault, prêtre, curé de St. Joseph de Chambly, Montréal. T. Quinn, prêtre, vi:aire de St. David.

J.E. Dumontier, prêtre, curé de St. Aimé, diocèse de St. Hyacinthe. T.S. de Carufel, prêtre, vicaire de Ste. Anne d'Yamachiche. G. Jeannotte, prêtre, curé d'Ogdensburg de Montréal. F. X. Laberge, pres vicaire de St. Roch de l’Achigan. F. VandenBerghe, O. M. L., Montréal.

J. E. Antoine, Supérieur des Pères Oblats de Montréal. - O. Blanchard, prêtre, curé de Ste. Béatrix, Montréal. é Ge Peanècts prêtre, C. St. V., curé du St. Enfant Jésus du Côteau t. Louis, É L. Pothier, prêtre, curé de St. Médard de Warwick, Trois-Rivières. H. Beaudry, prêtre, curé de St. Constant de Montréal. F. Chevrefils, prêtre, curé de Ste. Anne du Bout-de l'Isle, Montal.

G. Lamarche, prêtre, Evèché de Montréal.

M. McAuley, prêtre, curé de Granby, diocèse de St. Hyacinthe. P. Ménard, prêtre, ancien curé du diocèse de Montréal. P. E. Lussier, prêtre, vicaire de Boucherville. J. M. Mathieu, prêtre.

. Atary, acolythe.

. N. Beauregard, prêtre, curé de la Présentation, St, Hyacinthe. À pe cn prêtre, ancien curé, Montréal.

. C. Lebel, prêtre, assistant, Lachenaie.

. G. Brunel, eccl., professeur au Collége des Trois-Rivières. L. Trahan, prêtre, curé de St. Zéphirin, Trois-Rivières. M. Beaudry, prêtre, St. Hyacinthe, L. J. Dozois, prêtre, directeur du collége de Varennes. P. Beaudry, prêtre, curé du B. Alphonse de Rodriguez. E. Cazaubon, prêtre, St, Timothée, Montréal.

Alphonse Séguin, prêtre, St. Jean Dorchester, Montréal. J. Lauzon, prêtre, curé de St, Philippe, Laprairie. J. B. Bourget, prêtre, vicaire d'Hochélaga, Montréal. J. Octave Lassalle, prêtre, Champlain, E.-U.

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Cette magnifique adresse de notre clergé agissant au nom du pays, disait le Nouveau Monde, restera assurément dans notre histoire ecclésiastique comme un témoignage de notre dévouement au St. Siége. C'est aussi une page - marquante dans les saintes inspirations de Mgr. de Mont. réal. Et comme le juste re le juste et pe lire aisément dans son cœur, le St. Père sera certainement touché des sentiments dévoués de notre bon Evêque

parlant pour lui et pour tous les fidèles confiés à sa garde pastorale. Mgr. d’Anthédon, si digne lui aussi d’estime et de vénération, a bien voulu s’unir dans cette démonstration au nombreux clergé de Montréal, et la rehausser de l’éclat singulier qui s'attache à son nom.

Revenons à nos Zouaves qui se sont tous réunis à 2 h., en costume complet, avec sacs et havresacs, dans la grande salle du Cellége Ste. Marie, pee à partir pour la Ville Sainte, et quelques-uns peut-être pour l'éternité. Longtemps avant l'heure du départ, une foule considérable s'était massée dans la rue Bleury, anxieuse de voir encore une fois ces valeureux jeunes gens. La foule s’étendait jusqu’à la rue Dorchester, tout le long de cette rue; en arrivant à la rue du Cimetière et surtout dans cette dernière rue, elle remplissait complètement tout l’espace. Les environs de l’Evèché et la Cathédrale étaient remplis de monde, et ce n’est pas sans quelque difficulté que les Zouaves parvinrent jusqu’au grand escalier du palais épiscopal, par où ils passèrent y se rendre dans la

athédrale. L’Evêque de Montréal avait voulu les réunir encore une fois avant leur départ, pour leur donner ses dernières recommandations et faire avec eux les prières de l’Itinéraire. Les Zouaves se massèrent das le chœur de l’église, le président du Comité, M. Olivier Berthelet, entouré des membres du Comité, occupant dans le sanctuaire la place d'honneur. Un clergé considérable remplissait tout le reste de l’espace disponible.

Aussitôt que l’ordre eut été établi, Mgr. d'Anthédon adressa la parole aux généreux soldats de la foi. L’éloquent évêque leur parla fortement de l'esprit qui doit avant tout les animer dans les grands combats du Seiï-. gneur. La cause de Dieu, la cause de l’Eglise est aussi celle de la société civilisée, et elle demande qu'on la défende avec un autre esprit que celui qu’inspirent les simples intérêts matériels.

D'ailleurs, ils allaient aussi combattre contre la barbarie, comme les Canadiens d’autrefois qui nous ont laissé tant de traits héroïques, où ils opposèrent le courage au nombre de leurs ennemis. Mais en allant combattre pour la Religion, on va aussi combattre pour la société et pour la patrie dont elle est le rempart. Une défaite de la Religion à Rome se ferait sentir par tout l'univers. « Le Canada, dit-il aux Zouaves, vous confie un drapeau, rapportez-le glorieux. Portez l'honneur du pays dans la vieille Europe. Les vœux de vos concitoyens

vous suivront au Trôns du Très-Haut, et vos mères qui vous ont sacrifiés, prieront pour que vous soyez fidèles à votre mission. Vous serez forts dans ces combats, et la patrie, pour qui vous aurez combattu, s'énorgueillira de VOUS. »

Mgr. d’Anthédon, dont la parole est si bien faite pour traiter ces grandes questions de l’ordre religieux en rapport avec l’ordre social et national, a eu des mouvements admirables. Plus d’un assistant a senti tomber quelques larmes.

Mgr. de Montréal, qui avait prévu que le temps ne lui

mettrait pas de dire aux Zouaves tout ce que son cœur

ui inspiraït, avait faitimprimer, en brochure, l’allocution à es avait préparée pour cette circonstance. Aussi Sa Graneur ne leur adressa-t-elle que quelques paroles, et elle procéda immédiatement à la distribution u cette allocution et de chapelets bénits par Sa Sainteté elle-même, et que nos Zouaves ont reçus comme un gage des secours du Ciel dans les dangers auxquels ils seront exposés. Jadis aux croisades, remarquait un journal à ce propos, on distribuait des croix pour mettre sur la poitrine des soldats chrétiens. Aujourd’hui, dans ce siècle de Marie Immaculée, les nouveaux croisés reçoivent des chapelets, au nom de la Mère de Dieu, qui est la protectrice de l’Eglise et la Mère des chrétiens. C’est ainsi qu'ont agi, dans leurs dernières guerres, les soldats pieux de la France. Et l’on ne même que ceux de l'Angleterre n’y sont pas tout à-fait restés étrangers. Ces exemples nous élèvent au-dessus de la conscience ordinaire du siècle, et nous montrent que l’arbre social n’est pas encore sec dans toutes, ses racines ni dans toutes ses branches.

C'était un beau spectacle que de voir le vénérable Evêque de Montréal passer par les rangs pressés des Zouaves, qui se jetaient à genoux aussitôt que Sa Grandeur arrivait à eux, baisaient humblement sa main bénie, et en recevaient respectueusement les chapelets et la brochure contenant son ailocution. Cette brochure sera pour eux un souvenir de la patrie, un guide et un conseil dans les périls de la vie des camps. Les Zouaves purent la lire et la méditer pendant le voyage ; ils en ont peut-être ainsi retiré pes de profit que si le discours qu’elle renferme eut été simplement prononcé verbalement, nc ae toute la vénération et le prestige religieux attachés à la parole de Sa Grandeur. |

Voici, du reste, le texte de celte belle allocution qui est digne de passer à la postérité. Nos arrières-neveux la liront avec le même respect que nous l’avons lue nousmêmes, et ils y puiseront la connaissance du sentiment qui animait les Zouaves Pontificaux du Canada, en 1868.

ALLOCUTION DE MGR. L'ÉVÊÈQUE DE MONTRÉAL AUX ZOUAVES CANADIENS A LEUR DÉPART POUR ROME (19 FÉVRIER 1868.)

Braves et dévoués enfants de la Religion et de la Patrie,

C'est avec un sujet d'émotion indicible que je vous vois, dans ce moment solennel, réunis au ge de cet autel, tout prêts à partir pour Rome, et bien déterminés à surmonter toutes les difficultés, à endurer toutes sortes de maux, à faire les plus pénibles sacrifices, à affronter les plus grands dangers, et à souffrir même la mort, s’il le faut, pour la défense de l’Eglise et de son immortel Pontife.

Pour arriver ici aujourd’hui, il vous a fallu vous mettre au-dessus de tout respect humain, fouler aux pieds les railleries de ceux qui sont incapables CS votre dévouemeut à sa juste valeur, risquer votre avenir d'après certains calculs humains, renoncer à des espérances plus ou moins flatteuses, vous séparer de vos pères qui vous aiment et que vous aimez, vous arracher à la tendresse de vos bonnes mères dont les larmes ont vivement touché vos cœurs, sans pouvoir ébranler votre constance, faire vos adieux à des parents, amis et concitoyens chéris, avec la pensée que peut-être vous ne les reverrez plus au sein de la patrie.

Or, pour rompre tous ces liens si sensibies pour des enfants bien nés et pour des cœurs nobles et généreux, il.vous a fallu du dévouement, de l’hérvïsme et du patriotisme religieux. Que Dieu soit béni de vous avoir inspiré ce généreux sentiment dont la Religion et la Patrie ont bien droit d'être fiers! Qu'il daigne, dans son infinie bonté, achever ce qu'il a si heureusement commencé, en vous inspirant un tel dessein.

C’est pour obtenir une si grande faveur que rous nous sommes réunis ici, pasteurs et brebis, afin d'adresser à Dieu tous ensemble la belle prière que l'Eglise a faite pour ses enfants en voyage: tout à l'heure donc nous nous prosternerons au pied du saint autel de Marie, la brillante étoile de la mer, en face de la vénérable image de son très-saint et immaculé Cœur, source intérissable de grâces, dans ce temple dédié à l'Apôtre St. Jacques qui, le bourdon à la main, passa par les lieux que vous allez bientôt parcourir, pour supplier humblement le Seigneur de diriger vos pas, dans le grand voyage que vous entreprenez, et de vous donner ses bons Anges pour vous éclairer, vous garder, vous conduire et vous gouverner, sur terre et sur mer, dans les villes et les campagnes, dans les camps et dans les combats. Et pour que nos prières soient plus sûrement exaucées, nous les ferons passer par le Cœur de son Immaculée Mère, en lui consacrant les vôtres, pu qu'ils lui soient toujours fidèles. :

Mais le dévouement, qui a ses sacrifices, a aussi ses consolations. Vous les éprouverez, sans doute, ces consolations, en pensant à la splendide démonstration qui eut lie hier dans l'église de Notre-Dame, et dont vous étiez l’objet, précisément parce que vous vous êtes dévoués

à la défense d’une cause qui est celle de tout le catholicisme. Mais inutile de vous en dire ici quelque chose, puisque vos cœurs en sont tout imprégnés. Qu'il me suflise donc de vous faire observer que c’est ainsi que la divine Providence entremêle ici-bas les maux *1 les biens, faisant succéder la joie à la douleur, le repos au travail, honneur à + ren le Se 20 enfin au dévouement qui porte à tout sacrifier.

l vous a donc fallu du dévouement, pour nous préparer au départ. Eh! bien, il vous en faut encore et beaucoup pour partir et faire le voyage, que vous êtes sur le point de commencer. Qui, l'heure de ce départ est arrivé; le bruit de la vapeur vous l'annonce; et vos vœux ardents vont enfin être accomplis. Mais de nouveaux sacrifices s’oftrent à votre dévouoment.

Et, en effet, vous partez, non pour chercher des honneurs, des places, des dignités, car vous n'avez pas d’autre ambition que d’être soldats. Ce n’est pas non plus pe chercher à faire fortune par de grandes spéculations ; car vous allez vous engager au service d’un Roi qui a été sacrilégement dépouillé de la plus riche partie de ses états, et pour lequel l'univers catholique se met à contribution pour lui envoyer des secours dont il a un pressant besoin.

Que prétendez-vous donc faire en allant voous enrôler sous l'étendard pouiifical? Vous prétendez, d'abord, vous exposer aux fatigues, aux e:auis, aux dangers du voyage, sur terre et sur mer, et traverser des pays qui vous sont inconnus, ce qui entraine nécessairement des misère et des souffrances qui révoltent la nature. Vous n’ignorez pas de plus ce qui vous attend, au terme de votre voyage, savoir : tout ce qu’il y a de dur dans une vie de caserne et de camp, dans les longs exercices de l’art militaire, dans les privations des douceurs de la famille, dans le régime de vie auquel vous n'êtes pas accoutumés, dans le changement de climat qui va vous obliger à vous faire des habitudes toutes nouvelles, dans la nécessité de vous plier à toutes sortes de caractères plus ou moins bizarres, pour le bien de la paix. Ce que vous ambitionnez, c’est de verser votre sang dans cette terre sainte qui a été arrosée de celui de plusieurs martyrs. Ce que peut-être vous rêvez dans vos préoccupations de Zouaves Pontificaux, c'est de mourir pour Dieu, pour l'Eglise, pour le Pape, dans le champ de la victoire. Ce que du moins vous voudriez, ce serait de revenir dans votre patrie, couverts de glorieuses blessures. *

J'ai donc raison de dire que, pour partir, sous de telles circonstances, il faut un grand dévouement. Or, grâces à Dieu, vous en donnez des preuves éclatantes.

Mais si, d’un côté, le dévouement vous présente, dans un aveair prochain, tant et de si grands sacrifices, il vous fait apercevoir en même temps les charmes qui en adoucissent toute l’amertume. Voyezvous, braves ares gens, comme toute cette ville, ou plutôt tout ce pays, est sous l'empire d’un enthousiasme inoui? Notre histoire nous offre-t-elle un départ qui se soit jamais accompli avec des circonstances si émouvantes? A-t-on jamais vu une population toute entière se rod pi si spontanément à des démonstrations si éclatantes? S'il vous

tait permis de voir tout ce qui se passe à l’heure qu'il est, vous vous convaincriez que vous êtes entourés des plus vives sympathies; que les cœurs se livrent à des impressions DR ; quesur les visages rayonnent des émotions inconnues jusqu ci; qu'il s'écha de tous les yeux des larmes qui ne sont rad. inaires, des larmes d'attendrissement, d’admiration, de joie et d’espérance.

Tous les prêtres et laïques, vieillards et enfants, compatriotes et étrangers, vous comblent de bénédictions. Il n’y a pas, jusqu’à nos frères séparés, qui ne donnent de ee éloges à votre dévouement, et

i ne disent tout haut que vous faites très-bien d'aller au service du

ape.

Les vives émotions se font sentir dans nos séminaires et nos colléges, dans nos hôpitaux et nos hospices, dans nos pensionnats et nos académies, dans nos asiles et nos institutions charitables, et jusque dans nos maisons religieuses, ces paisibles retraites où les nouvelles du monde ne sauraient pénétrer. Là aussi, au bruit qui s’y est répandu que vous partiez pour aller défendre le Père de la grande famille chrétienne et religieuse, on s’en est fortement préoccupé, Fer s'imposer de généreux sacrifices, afin de contribuer à l’œuvre de dévouement que vous avez entreprise. C’est même au fond de ces solitudes qu'ont été travaillés, par des mains vierges, vos habits de zouaves. Vous dire les transports de ces anges de la terre en travaillant pour leurs frères, chargés par leur pays d'aller à la défense de Rome, la patrie du monde chrétien, c’est chose impossible. Car la pensée que ces habits seraient un jour arrosés de vos sueurs et peut-être teints de votre sang, s'est bien des fois présentée à leur esprit et les a vivement pénétrées d'un respect religieux. Il en sera de même de vous, en vous en revêtant ; car, n’en doutez pas, ils sont tout imprégnés du parfum des prières qu’elles ont commencé à adresser au ciel pour vous, et qu’elles vont continuer à faire pour obtenir que vous reveniez victorieux au sein de la patrie.

Vous allez rencontrer partout sur votre route ces mèmes sympathies, si propros à vous fortifier de plus en plus dans le dévouement qui vous anime. Car il sera facile de s'apercevoir que vous allez voyager en pieux pélerins qui vont au tombeau des Saints Apôtres, en vaillants croisés qui vont se dévouer à la délivrance de la terre sainte, en braves soldats qui vont combattre pour le Seigneur et pour son Christ, en hommes de foi qui ne cherchent que la gloire de Dieu, en héros chrétiens qui vont s'associer à ces milliers de jeunes guerriers qui accourent à Rome de toutes les parties du monde, pour s’enrôler sous l’étendard pontifical, enfin, en bons Canadiens qui vont faire connaitre au monde entier, que le Canada, malgré ses longs et rigoureux hivers, ne reste .pas engourdi, pendant que l'univers entier s’embrase da zèle et d'ar- «eur pour la défense du Père de la grande famille chrétienne.

Avec de tels sentiments, il est visible que votre voyage, sur terre et “ur mer, sera sanctifié par la prière, par le Saint Sacrifice de la Messe, par la communion, par le chant des hymnes et des cantiques, qui retentiront sur les vaisseaux 8 vous transporteront au-delà des mers, dans les ports où il vous faudra arriver et d’où il vous faudra partir. C'est ainsi que voyagent les zouaves pontificaux, et qu'ils laissent après eux de profondes émotions. Ce voyage. écrivait un membre du Comité des Zouaves à Gand, que fai fait avec 160 volontaires Hollando-Belges, :60 soldats de la Légion d’Antibes et plusieurs jeunes gens des premières familles de France, qui vont s'enrôler dans le régiment des Zouaves Pontificaux, resteru parmi les meilleurs et les plus précieux souvenirs de ma vie, Voici le détail de cette traversée, de Marseille à Civita-Vecchia, la même que que vous aurez bientôt faire :

« On détache les ancres, un chant majestueux et grave s'élève. Ce sont les passagers qui, d'une voix unanime, entonnent le Magnificat. On passe devant le môle, la foule y était accourue pour saluer le

départ des soldats de l'Eglise. Sur le rivage et sur le vaisseau retentissent les cris de Vive Pie IX! Vive le Pape-Roi! C'est l'adieu des Catholiques Marseillais ; c’est le mot d'ordre des futurs défenseurs du Trône Pontifical.—Le lendemain, en vue de Civita-Vecchia, le soir au milieu du calme des grandes eaux, de nouveaux cantiques se font entendre. C'est per l’Ave maris slella qu'on salue les côtes bénies du royaume du Vicaire de Jésus-Christ.»

Tout naturellement, on se demandera de quel pays viennent ces nouveaux Zouaves. (Ce ne sera pas sans surprise que l’on apprendra qu’ils ont quitté la lointaine région du Canada et franchi le vaste océan, pour combattre, eux aussi, sous le drapeau pontifical, au nom de leur patrie, pour la défense de notre commune Mère, la sainte Eglise. Ce dévouement produira nécessairement son fruit sur ceux que l’exemple de leurs compatriotes n'aurait pas encore ébraulés. Car aucun homme de cœur n'aime à se laisser vaincre en générosité. Oui, oui, le dévouement excite le dévouement, comme le feu embrase le feu. Quelle consolation donc pour vous, si votre exemple peut en quelque chose contribuer au recrutement de l’armée pontificale.

Mais ce sera surtout lorsque vous serez rendus à Rome qu’il vous faudra redoubler de dévouement pour remplir votre noble et importante mission. En voyant de loin s’élancer, dans les airs, le dôme de St. Pierre, qui abrite la Chaire Apostolique, en contemplant la ville des martyrs, qui se déroulera petit à petit à vos regards empressés de saisir ses antiquités et ses immenses ruines, en fixant tous les points culminants de la Ville Eternelle, que vous allez défendre, de profondes émotions ravivront en vous le dévouement qui vous fait faire tant de sacrifices. Chacun de vous, en entrant dans cette capitale du monde chrétien, s'écriera dans l’intérieur de son âme: C'est ici que je vais me dévouer, m'immoler, me sacrifier pour Dieu, pour l'Eglise, pour le Pape. Votre propre cæur vous dira ce que devra être votre dévoucment.

Dévouement, en vous faisant simples soldats, ce qui, il n’y a pas à en douter, répugne scuverainement à la nature, pour des jeunes gens de famille qui peuvent par leur éducation et le rang qu'occupent leurs parents dans:la société, aspirer à des emplois lucratifs et honorables.

Mais là-dessus votre sacrifice est déjà fuit, et envisageant toutes choses des yeux de la foi, vous dirigez vos nobles ambitions vers un but bien plus sublime, et, en conséquence, vous n'aspirez à rien autre chose qu’à être soldats du Pape; parce que ce dernier grade, dans l’armée Pontilicale, vous parait plus honorable que le premier dans toute autre armée. Vos convictions seront encore plus intimes, quand

une fois enrôûlés, vous vous trouverez à côté de quelque noble et riche seigneur, ou de quelque officier supérieur devenu simple soldat, ou enfin, de quelque fils de famille se dévouant généreusement à la vie de soldat, au lieu d’entrer dans la vie publique à laquelle l’appellerait sa

sition dans le monde, Chacun de vous aura à se dire souvent dans ’intérievr de son âme: Saint-Louis, Roi de France, s'appelait sergent de Jésus-Christ, et moi je suis soldat de son Vicaire. Et en effet, être soldat du ?ape, et ce fut toujours un beau titre aux yeux des vrais chrétiens. Mais aujourd’hui, même pour ceux qui ne voient que le côté humain, c'est une gloire incontestable.

Dévouement en vous montrant des soldats braves el pleins de courage. Or, cette bravoure, elle coule déjà dans vos veines ; c’est un héritage de famille, vos pères vous l'ont transmise par le canal de la réputa-

tion sans tache ; ils l'ont acquise au prix de leur sang, lorsqu'ils sont morts en défendant la croix qu’ils avaient pau pour prendre possession de ce pays infidèle. Néanmoins, il en coûte singulièrement à être de braves soldats du Pape; et c’est précisément ce qui vous fera pratiquer un noble dévouement, tout le temps que durera votre expédition. Mais que de moyens vous aurez à Rome de vous retremper dans ce généreux sentiment !

ientôt, en effet, vous serez sur les lieux, et vous verrez de vos yeux Valentano, Bagnorea, Subiaco, Farnese, Nerolo, Monte-Libretti, Monte-Rotondo, Mentanr, qui ont été les théâtres des sanglants combats qui ont signalé l’héroïque défense du territoire pontilical, menacé de vingt côtés à la fois. Quelques-uns de ceux qui prirent part à ces glorieux engagements, vous montreront où et comment les Zouaves firent ces charges brillantes et impétueuses qui firent l’admiration des vainqueurs de Sébastopol et de Solferino : comment, en face d’an ennemi bien supérieur en nombre, ils s’élançaient, traversaient les vignes, gravissaient les côteaux, escaladaient les rochers, gagnaient enfin la crète des montagnes d’où ils débusquaient l’ennemi, et le faisaient reculer, la baïonnette au dos.

C'est là où vous irez retremper votre courage, en explorant des lieux devenus si fameux et où le sang canadien a déjà coûlé. Ce sera aussi en allant prier sur les tombes qui renferment les restes des jeunes héros qui succombèrent dans ces actions mémorables, que vous vous sentirez embrasés du désir de vous immoler comme eux.

Ces tombes sont glorieuses et ornées des palmes du martyre; elles resplendissent d’espérances et d'immortalité. Elles ne sont pas encore fermées ; aussi, font-elles entendre des voix bien touchantes, qui révélent les brillantes qualités et le courage héroïque de ceux que vous aimerez à prendre pour modèles, afin de marcher avec une nouvelle ardeur dans la voie du dévouement. Car ces admirables jeunes gens sont aujourd’hui l'honneur de leurs familles, la gloire de leur patrie, les héros de la catholicité, la joie du paradis ; et 1ls sont, par conséquent, bien dignes de nos affectueux hommages.

Dévouement en vous comportant toujours comme de braves soldats, c'est-à-dire selon l'expression du Comte de Maistre, comme de fervents el admirables Catholiques. Car c'est la foi qui doit inspirer votre dévouement, et vous rendre fidèles à tous vos devoirs religieux. Vous ” allez servir Pie IX, mais ce sera sans doute, et avant tout, par amour pour Jésus-Christ dont Pie IX est le Vicaire. ,

Il vous faut pour cela un grand dévouement religieux, parce que partout, même à Rome, il en coûte à vaincre ses penchants et se mettre au-dessus de tout respect humain. Là comme ailleurs il y a des scandales à craindre; et il ne faut pas s’en étonner, puisqu'il y a eu, dans le ciel, de mauvais anges, et dans le Cénacle un Judas, un apostat. Il faut donc vous prémunir d'avance contre ces scandales toujours à craindre, à mg ce degré de vertu que l’on soit parvenu.

ais s’il y a des pierres d'échoppement qu’il vous faudra éviter, il y a des moyens innombrabies offerts à la vertu pour se conserver. Rome est comme le paraïäis de la terre, par le Souverain Pontife qui y exerce la divine autorité de Jésus-Christ dont il est le représentant, par ia multitude de ses temples richement ornés, par ses fêtes pompeuses qui se succèdent sans in! Î 5 rh ses chants harmonieux qui sont comme les échos des can u ciel, par ses institutions sans nombre, faites pour conserver la foi, propager la piété et exercer la

charité, par les admirables Quarante Heures qui font le tour des églises de la cité, dans le cours de l’année. Il y a donc abondamment tout ce qu'il faut pour vous fortifier dans la pratique du bien. Aussi, ne négligerez-vous aucun des moyens qui vous paraltront nécessaires pour vous faire persévérer dans la pratique de la vertu.

Vous trouverez d’ailleurs dans les Zouaves Pontificaux d'admirables modèles des vertus que vous avez à pratiquer, des chrétiens fervents qui se confessent et qui communient souvent, qui fréquentent les saints offices et visitent les églises, qui sont de pieux congréganistes de la Vierge Immaculée, établie parmi eux, et à laquelle vous tiendrez à honneur d'appartenir; qui, surle champ de bataille, sont terribles comme des lions, et doux comme des agneaux auprès des malades quand il s'agit de leur prodiguer les soins de la charité. Aussi a-t-on vu vu se renouveler parmi eux cet admirable commandement qu'on n'avait plus entendu, dans les armées, depuis les croisades, «{! s'agit main- . tenant d'aller mourir. Au nom du Père, el du Fils, el du Sl. Esprit, en avant ! 1 ils s'élancent, et ils meurent. En tombant ils font le signe de la croix et crient Ave Maria. Tels sont les hommes avec lesquels vous aurez à pratiquer le dévouement religieux, c'est-à-dire, à vivre en soldats chrétiens et à mourir en héros intrépides.

Soyez donc dévoués, braves enfants de la religion et de la patrie ; dévoués à Dieu, en l’aimant de tout votre cœur ; dévoués à Marie, en l’honorant comme la meilleure de toutes les-mères ; dévoués à la religion, en pratiquant fidèlement sescommandements ; dévoués au Pape, én lé défendant vaillamment. Soyez-lui «dévots» comme le disait un célèbre ministre protestant converti, soyez-lui « dévots» car Jésus- Christ se perpétue, vit, agit, parle, instruit, gouverne en-lui et par lui.

Pour que ce dévouement se soutienne, et s'élève même jusqu'à l’héroïsme, vous avez besoin de force, et vous savez que la force produit le dévouement.

Soyez donc unis intimement, et ne faites tous qu’un cœur et qu’une âme, vivant comme de bons frères, qui n’ont qu'une seule chose à cœur, le bien commun dé la famille. Portez-vous, au besoin, de mutuels secours; consoléz-vous dans vos peines, visitez-vous dans vos maladies, assistez-vous les uns les autres par de prudents avis et de sages conseils. gi y ait entre vous tous amitié, cordialité et fraternité religieuse. Pénétrez-vous bien, dans vos rapports mutuels, qué . vous êtes exclusivement «Canadiens» c’est-à-dire, que vous m'appar- ; tenez pas plus à Montréal qu’à Québec, aux Trois-Rivières, à St. Hyacinthe, à Ottawa, à Rimouski. Visitez.ensemble et étudiez sous les habiles maitres qui vous seront indiqués, toutes les antiquités et institutions de la Ville Eternelle, Rendez-en des comptes fidèles au Comité chargé de vous diriger ét de faire vos affaires ici et à Réme, - afin que votre pays tout entier profite de vos rechèrches scientifiques, comme de votre dévouement pour la défense du Saint-Siège. Que'vos chapelains vous servent de traits d'union entre vous, par les rapports de respect, d'affection, de confiance que vous entretiendrez avec eux. Car ils vous tiendront lieu, pendant ce long voyage, de pères, de mères, de frères, d'amis et d’anges gardiens visibles. Enfin, nous tous, vos

teurs, présents et absents, nous vous bénissons au nom de Dieu, le

ère des miséricordes, le Dieu de toutes les consolations, l'auteur de

tous les dons parfaits. C'ést avec toute l'affection de nos cœurs, et

dans toute l’elfusion de nos âmes que nos levons nos mains supplian-

tes vers le ciel, pour demander à : igneur, en qui réside la plé-

nitude de tous les trésors célestes, par son Immaculée Mère, et par tous les bons Anges et les Bienheureux, qu'il vous accordeun heureux voyage, de la santé, du courage, de la bonne volonté; qu'il vous conduise et vous protège en tous lieux ; qu'il vous ramène sains et saufs dans votre chère patrie, afin que tous, pasteurs, mères, parents, amis, concitoyens, aient la consolation de vous revoir, chargés de lauriers et comblés de mérites, de vrus embrasser et arroser des douces larmes que fait couler la joie di tour, après les fatigues et les dangers d'un

long voyege.

ncore une fois, vous partez : mais n'oubliez jamais et souvenezvous toujours que la Religion et la Patrie s'attendent que vous ferez votre devoir et que vous vous montrerez, en tous lieux et en toutes occasions, dignes du Cazada qui a produit tant de bons chrétiens et de vaillants guerriers.

Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Après les allocutions des deux évêques, on récita les rières de l’Jinéraire que l'Eglise a consacrées pour attirer a bénédiction de Dieu sur ceux qui voyagent pour la

gloire de son nom.

En même temps que l’évêque de Montréal distribuait

cette touchante allocution, un autre ami de la jeunesse, un savant, admirateur enthousiaste du dévouement et du sacrifice partout où il se trouve, faisait donner aux Zouaves une petite adresse, qui a dû être, avec celle de.Sa Grandeur, un précieux souvenir de la patrie pour tous les jeunes voyageurs. Cet opuscule, qui emprunte à l’histoire du Canada quelques uns de ses plus jolis traits, doit son existence à une pensée délicate de M. l’abbé Verreau, principal de l'Ecole Normale Jacques Cartier. Elle contient deux lettres, l’une de M. de Contrecæur à son fils, enrôlé sous les drapeaux de Montcalm et Lévis; ’autre de M. de Pambrun, adressée également à son fils, voltigeur sous M. de Salaberry, toutes deux remplies de conseils inspirés par la foi la plus vive et le patriotisme le plus pur. C'était bien la plus belle occasion d’exhumer du précieux recueil de nôtre archéologue canadien ces deux pièces aussi recommandables en elles-mêmes que convenables à la circonstance. A ce double titre, et à bien. d’autres, cette brochure mérite d’être conservée; aussi nous faiscas-nous un devoir de la reproduire ici.

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