SS
| Epoque non fixée.
A ces différents montants, il faut ajouter ^£16,915 de Bons non-rachetés en 1854, et <£14,416 de nouveaux Bons émis en vertu d'un acte relatif à la dette publique.
Un rapport tout récent d'une Commission permanente do l'Assemblée Législative de 1854 porte cette dette à c£4,371,315, ce qui s'accorde assez avec l'état qui précède.
En outre de cette dette directe, la Province a accordé sa garantie à différentes institutions, qui la protègent contre toute perte par d'amples moyens déterminés par la loi. Cette garantie ou ce cautionnement s'élève à <£5,279,191 courant; ce qui porte à <£9,650 506 courant la dette directe et indirecte du Canada. Dans le montant de la dette indirecte se trouvent compris : 1° les d£2,203,991 de Bons émis en faveur de la Compagnie du Grand Tronc de Chemin de Fer, qui, en retour de la garantie de c£3,0Û0 par mille que la Province lui accorde, a donné à celle-ci la première hypothèque sur cet important ouvrage; 2° <£1,035,G1G de Bons municipaux par le moyen desquels le gouvernement n'est en danger de rien perdre, vu la garantie que lui assurent les municipalités ; 3° c£'2,040,184 de Bons destinés à certains fonds spéciaux qui eux aussi n'exposent la Province à aucune perte.
REVENUS, DEPENSES ET DETTE PUBLIQUE
La dette du Canada a été contractée à un intérêt qui varie de 4, 4£ et 5 à 6 par cent, la plus grande partie étant à 5 et 6 par cent. Le montant de cet intérêt a été comme suit de 1840 à 1855 :
Années.
Années.
Total de 1840 à 1855
Les différentes sources du revenu public de la Province sont : les Douanes, l'Accise, le Domaine Public, l'Impôt sur les Banques, les Travaux Publics, les Amendes, les Honoraires de Justice, et le Eevenu Casuel.
Le revenu des Douanes a été comme suit de 1841 à 1855 :
Année 1841
Année 1848
1854 Evalué à 1150000 0
Cette évaluation pour 1854 ne paraît pas avoir été exagérée, puisqu'aux quatre ports de Québec, Montréal, Toronto et Hamilton, où près des neuf-dixièmes du revenu des Douanes se collectent, le montant reçu en 1854 a été comme suit :
Québec .... ....
£195202 Donnant une
augmentation de ....
Montréal .... ....
Toronto .... ....
Hamilton.... ....
L'augmentation totale à ces quatre ports est donc de
Nous ne parlerons pas ici particulièrement du revenu provenant de l'impôt sur les Banques et de celui des Travaux Publics, parce que ces sujets sont traités respectivement au ebapitre des " Institutions Financières " et à celui de " La voie du St. Laurent." Nous nous contenterons de donner ici les détails du revenu de 1853, ceux du revenu de 1854 ne devant pas être connus en temps utile pour ce travail :
REVENUS, DÉPENSES ET DETTE PUBLIQUE. 127
Douanes «£1,029,782 15 4
Accise 27,405 19 5
Revenu territorial 93,770 4 2
Impôt sur les Banques 23,053 19 4
Eevenu des Travaux Publics 123,002 6 7
Amendes de milice, etc 9 6 3
Amendes et confiscations, y compris les
saisies 4,458 10 5
Eevenu casuel 15,006 15 4
Fonds d'honoraires de justice 4,169 11 11
Total <£1,320,659 8 9.
Les dépenses de 1853 ne s'étant montées qu'à c£869,681 12s. 8d., l'excédant du revenu sur les dépenses se trouve avoir été de £450,977 16s. ld., qui, ajoutés à l'excédant du revenu sur les dépenses en 1852, forment une somme de £834,668 10s. 5d. Si à ce dernier montant nous joignons l'excédant pour l'année 1854, qui est d'environ <£4S0, 000, nous aurons une somme totale de plus de .£1,300,000 que nous aurons pu, en trois années, distraire du revenu annuel pour diminuer la dette de la Province ou faire des améliorations publiques.
Si nous eussions formé partie de l'Union Américaine, nous aurions perdu, en 1853, notre revenu de <£1,029,782 provenant de nos douanes, ainsi que notre revenu territorial, sans compter qu'on nous eût imposé des contributions pour le soutien de l'armée et de la marine des Etats-Unis. Tels que nous sommes, nous n'avons eu jusqu'ici ni armée, ni marine militaire à maintenir, et tous les revenus de la Province vont dans le trésor et sont la propriété de la colonie, et ce qui pourrait, sous le régime actuel, nous arriver de moins favorable, ce serait d'avoir à lever, équipper et entretenir deux ou trois régiments de milice.
Mais laissons ces considérations, et passant du revenu aux dépenses, voyons les détails de celles que la Province a faites en 1853 :
Intérêt de la dette publique <£227,3S3 15 1
Gouvernement Civil 36,103 17 5
Administration de la Justice 89,134 12 1
Pénitencier provincial 7,000 0 0
Législature 66,237 6 0
Education 101,335 19 2
Agriculture 13,811 15 4
Hôpitaux et autres institutions 27,309 9 3
Etude géologique de la province 1,486 12 10
Milice 2,0S3 10 2
128 REVENUS, DÉPENSES ET DETTE PUBLIQUE
Détails des dépenses de la Province. — (Continué.)
Entretien des phares £11,211 12 0
Immigration 752 4 2
Pensions 11,643 0 2
Annuité des Sauvages 7,755 0 0
Recensement 2,826 15 4
Fonds d'amortissement 73,000 0 0
Divers items 58,954 8 0
Frais de perception des Douanes, de l'Accise, du revenu territorial, du revenu des Travaux Publies (y compris ,£26,- 138 7s. lOd. pour réparations), des amen-des, confiscations et saisies, et du casuel 125,485 15 8
Total c£869,681 12 8.
On voit par cet état que la Province a consacré, en 1853, c£73,000 à l'amortissement de sa dette, ce cpi'elle fait du reste chaque année. Elle a consacré en outre c€101,335 à l'encouragement de l'instruction publique.
Ajoutons que, de 1849 à 1853, la Province a racheté de ses Bons pour un montant de cf'534,761, et en la seule année 1853 pour ,-£326,631. C'est un signe bien remarquable de prospérité.
L'état général des affaires de la Province depuis l'union des Canadas jusqu'au 31 Janvier 1854, trop long pour trouver place ici, nous montre que nos travaux publics ont coûté jusqu'à cette dernière date la somme de c£5,085,244, que les prêts à des compagnies incorporées se sont montés à ,£35,538, que les pertes sur les travaux publics ont été de c£127,802, que les garanties accordées à des compagnies de chemins de fer ou autres se sont élevées à ,t2, 847,938, qu'il y a eu pour c£696,201 de placements de fonds spéciaux effectués, et que les montants déposés aux banques, entre les mains des banquiers ou des officiers publics, étaient alors de .£1,622,846, formant un total de <£10,415,562 courant.
Les Parlements du Haut et du Bas-Canada, avant la réunion des Provinces, firent de grands efforts et sacrifices pour l'encouragement des écoles élémentaires. La Législature du Bas-Canada tout spécialement votait annuellement des sommes considérables pour l'instruction publique, les populations ne contribuant que volontairement au soutien des écoles.
Depuis l'union des Canadas, le Parlement a marché sur les traces de ses devanciers, et il consacre au même but une somme annuelle de c£ôO,000 que le Haut et le Bas-Canada se partagent selon le chiffre de leurs populations respectives. Il a été plus loin ; il a fait des dispositions pour la perception de taxes directes sur le peuple en faveur de l'instruction publique, en sorte qu'une localité du Haut ou du Bas-Canada n'a droit à sa part de la somme allouée par la Province qu'en autant qu'elle prélève par taxe sur ses habitants une somme égale à cette part qui est déterminée par le nombre d'enfants en âge d'aller à l'école.
Pendant plusieurs aimées, quelques mauvais citoyens, avides de popularité, ont essayé d'exploiter les préjugés du peuple en l'engageant à ne pas consentir à cette taxe directe faite au profit de l'intelligence de ses enfants. Mais le patriotisme et l'énergie du Parlement ont vaincu ces odieuses oppositions, qui ont disparu pour ne laisser qu'une trace indélébile au front de ces mauvais citoyens, auxquels le peuple a donné le nom pittoresque d' Eteigncirs.
Le département de l'instruction publique n'est malheureusement pas encore présidé par un membre du Cabinet. Dans chacune des deux sections de la Province, il y a uu fonctionnaire public nommé " Surintendant de l'Education," qui y dirige l'instruction publique et relève du gouvernement central, auquel il doit faire un rapport annuel tant sur l'état de l'instruction publique que sur l'emploi de l'allocation provinciale faite pour les écoles élémentaires. Sous ces surintendants, d'autres fonctionnaires appelés " Inspecteurs des Ecoles" sont char-
gés de l'examen des écoles et instituteurs de leurs arrondissements respectifs, et doivent faire des rapports annuels.
Dans la partie supérieure de la Province, l'organisation de l'instruction publique est liée à celle du pouvoir municipal ; dans le Bas-Canada, elle n'a que peu de liaisons avec elle. Et comme, sur plusieurs autres points, l'organisation n'est pas la même dans les deux sections de la Province, il convient de donner séparément et aussi laconiquement que possible les traits principaux des deux systèmes.
Dans le Bas-Canada, les habitants de chaque localité élisent des Commissaires, et s'ils ne le font pas dans le temps fixé par la loi, le gouvernement en nomme à leur place. Ces Commissaires ont sous leur contrôle les écoles élémentaires établies en vertu de la loi, et sont les possesseurs et ont la garde de tous les livres appartenant à ces écoles. Ils ne peuvent acquérir de meubles ou d'immeubles que pour un certain montant. Ils engagent les instituteurs et règlent le cours d'études des écoles qui sont sous leur contrôle, ainsi que toutes les contestations relatives à ces écoles ; il y a néanmoins faculté d'appeler de leur décision au Surintendant. Ce sont eux aussi oui font prélever sur les habitants la taxe imposée par la loi pour l'instruction publique ; ils peuvent en outre établir une école-modèle, et déterminent quelle contribution mensuelle chaque habitant doit payer, en sus de la taxe sur les immeubles, pour chaque enfant en âge d'aller à l'école, et aussi le nombre et les bornes de chaque arrondissement scolaire.
Les personnes qui se destinent à l'instruction publique comparaissent devant un des deux Bureaux d'Examinateurs établis à Québec et Montréal, pour faire examiner leurs qualifications et recevoir leurs diplômes. Chacun de ces Bureaux est composé de quatorze personnes.
Les Catholiques et les Protestants ont des écoles séparées, lorsque la minorité catholique ou protestante le demande.
Dans le Haut-Canada, il y a aussi des Commissaires élus pour la régie et l'administration des écoles, et les instituteurs sont tenus de subir un examen. Les écoles-modèles sont établies par les conseils municipaux des comtés, et ces conseils sont autorisés à prélever une taxe dans ce but et pour la fondation de bibliothèques de comtés ; cette taxe est en outre de celle qui est destinée au soutien des écoles élémentaires. La division des totonships en arrondissements scolaires et la nomination de surintendants locaux sont aussi laissées aux conseils municipaux. Ces surintendants doivent visiter chaque école de leur arrondissement 4 fois dans l'année, et décider les contestations relatives aux écoles ; leurs décisions sont sujettes à appel au Surintendanten-Chef.
Il y a de plus, dans chaque comté, un bureau d'instruction publique, qui examine les instituteurs et leur donne des diplômes ; il choisit les livres scolaires, et pourvoit à l'établissement des bibliothèques des écoles.
Enfin, il existe un bureau général de l'instruction publique du Haut-Canada, chargé de l'établissement et de la régie de l'école normale, qui est aussi sous la surveillance du Surintendant-en-Cbef.
En vertu de la loi, les Catboliques du Haut-Canada ont droit à des écoles séparées de celles des Protestants, mais (comme nous le remarquons au chapitre des "Cultes") la pratique est bien différente de la théorie.
Le système haut-canadien d'ailleurs est bien propre à encourager et développer l'instruction publique, comme on vient de le voir. Il pourvoit en outre à ce que l'on prenne, sur la part de l'allocation provinciale destinée au Haut-Canada, une somme de £1,500 pour le soutien d'une école normale, puis c£l,000 pour aider les instituteurs qui fréquentent l'école normale ; enfin, le Gouverneur est autorisé à prendre sur la même allocation une somme de c£3,000 pour le soutien de bibliothèques locales.
Le Bas-Canada n'a pas encore l'avantage de posséder une école normale, mais la législature a voté les fonds nécessaires, et il est bien probable qu'avant deux ans il n'aura rien à envier sous ce rapport à la partie supérieure de la Province.
L'instruction publique élémentaire s'est peut-être développée plus lentement dans le Bas-Canada que dans l'autre section de la Province. Mais il n'est pas douteux que depuis plusieurs années les progrès sont ici très sensibles, et que, si cette section de la Province n'a pas été sous ce rapport au pas de course du Haut-Canada, elle n'en a pas moins avancé sûrement et fermement dans la voie de l'instruction publique. Il peut se faire que le nombre des écoles et celui des enfants qui les fréquentent n'aient pas toujours été dans une progression aussi rapide qu'on l'eût désiré, mais il est de fait que les écoles actuelles donnent aux enfants du peuple un enseignement plus solide et plus durable que celui qu'ils y puisaient précédemment.
Au reste, les tableaux suivants font connaître les progrès de l'instruction publique dans les deux sections de la Province :
BAS-CANADA
Nombre d'écoles élémentaires
et autres.
Nombre d'élèves.
Nombre total d'institutions d'éducation.
Nombre total d'élèvesdanB toutes les institutions d'éducation.
Nombre de maisons d'écoles construites.
Nombre de maisons d'écoles en construction.
1845 (1er semestre)
1845 (2d " ) 1846 (1er " )
1847 (1er " )
184S (1er " )
1849 (1er " )
1850 (1er " )
1851 (1er " )
HAUT-CANADA
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En outre des écoles élémentaires, il y avait dans le Haut-Canada:
Collèges et Universités ....
Ecoles de grammaire et Académies de comtés ....
Ecoles privées (connues). . . .
Ecoles Normale et Modèles .
Elèves des Académies et des
Elèves des écoles privées. . . .
Elevés des écoles Normale et Modèles .... ....
Ce qui porte le nombre des élèves de toutes les maisons d'éducation et écoles du H.- Canada à . ....
Les rapports officiels font voir aussi que le montant consacré à l'instruction publique dans le Haut-Canada s'est élevé à d£154,:218 en 1851, a 66196,074 en 1S52, à 66199,674 en 1853; et que, du mois de Novembre 1853 à la fin d'Août 18-54, le département de l'éducation a doté les bibliothèques publiques de la même partie de la Province de 62,S6G volumes sur l'histoire, la zoologie, la botanique, les sciences physiques, la géologie, la philosophie naturelle, la chimie, la chimie agricole, l'agriculture pratique, les manufactures, la littérature moderne, la littérature ancienne, les voyages, les romans, etc.
Sous le nom de "Collèges et Universités," dans le dernier tableau, se trouvent compris :
1°. L'Université de Toronto, qui est une université protestante mixte sous le contrôle du gouvernement et est richement dotée des deniers de la Province ; elle a des Facultés de Droit, de Médecine, des Arts. de Théologie, etc. ; un collège en dépend ;
2°. L'Université du Collège Victoria, dans la Ville de Cobourg ; elle possède plusieurs Facultés, entre autres une de Médecine et une des Arts ;
3°. L'Université du Collège de la Trinité, dans la Cité de Toronto; elle ne date que de 1852, et est une université anglicane, fondée par l'Evêque anglican de Toronto au moyen des contributions généreuses de ses ouailles ; elle possède des chaires de Théologie, de Littérature, de Mathématiques, de Droit, de Médecine, etc. ;
4". Le Collège de Eégiopolis, à Kingston, collège catholique confié aux soins de membres du clergé ; il est fondé depuis plusieurs années ;
ô°. Le Collège de la Eeine (Queen's Collège), aussi à Kingston; une institution presbytérienne ;
6°. Le Collège de St. Michel, à Toronto, institution toute nouvelle, mais qui parait devoir prospérer sous la direction supérieure de l'E- Vêque catholique de Toronto et les soins des Pères de l'Ordre de St. Bazile ;
7°. Le Collège de St. Joseph, à Bytown ou Cité d'Ottawa, fondé par l'Evêque catholique actuel de Bytown, et dirigé par des membres du clergé.
Le Haut-Canada a aussi l'avantage de posséder un journal de l'instruction publique, que rédige le Surintendant du Haut- Canada. Il serait à souhaiter que le Bas-Canada eût aussi le sien ; l'instruction publique y gagnerait, et l'on connaîtrait mieux les progrès que font nies élémentaires.
Dans le Bas-Canada, en sus des écoles élémentaires, mais au nombre desquelles nous les avons mises, il existe 67 Ecoles-Modèles qui sont tenues sur un excellent pied, et dix-neuf Académies qui ne le cèdent en rien aux autres institutions du même genre de la Province supérieure.
Le Bas-Canada est en outre doté d'un très grand nombre d'institutions de haute éducation, et n'a sous ce rapport rien à envier aux pays les plus favorisés, comme on en peut juger par ce qui suit.
Depuis longues années, Montréal possède une université protestante " l'Université du Collège McGrill," qui est convenablement dotée et dans un état florissant. On y a établi des chaires de Droit, de Médecine, des Arts, d'Histoire, etc.
Montréal a de plus deux collèges catholiques, celui de Montréal la direction des Messieurs de St. Sulpice, et celui de Ste. Marie des Révérends Çères Jésuites. Ces collèges sont clans Un état prospère, et sont fréquentés par un très-grand nombre d'élèves qui, outre le français, l'anglais, le latin et le grec, y apprennent la versification, les belles-lettres, la rhétorique, la géographie, l'histoire, les mathématiques, la physique, la chimie, la botanique et la géologie ; ils y suivent aussi un cours de philosophie, et y apprennent leur religion.
Le Grand-Séminaire de Montréal est destiné aux élèves des col- ■'. \ aient étudier la théologie catholique pour entrer dans les ordres sacrés.
Le District de Montréal, qui est densement peuplé, n'a pas voulu demeurer en arrière de la grande cité dont il est si justement fier. H a fondé les Séminaires ou Collèges de Ste. Thérèse, Chambly, L'Assomption, Terrebonne et l'Industrie, où la jeunesse canadienne reçoit
une haute éducation, qui la prépave aux professions libérales, à l'état ecclésiastique, etc.
Si du Diocèse de Montréal nous passons à celui de St. Hyacinthe, nous y trouvons une institution d'éducation très florissante, qui est en même temps grand-séminaire et collège ; c'est le " Séminaire de St. Hyacinthe." Le Grand-Séminaire prépare les lévites pour le sanctuaire, et dans le collège les jeunes gens étudient les lettres et les sciences profaues.
Dans le Diocèse des Trois-Rivières, se trouve, le " Séminaire de Nicolet " qui est une pieuse fondation d'un prêtre catholique et doit sa prospérité actuelle à la munificence des Archevêques de Québec, sous la jurisdiction desquels se trouvait naguère le Diocèse des Trois- Eivières. Cette institution est, comme celle de St. Hyacinthe, tant grand-séminaire que collège. Toutes deux donnent une instruction solide à un grand nombre d'élèves.
Enfin, à Québec, siège du Métropolitain catholique, l'instruction publique n'a pas été négligée. L'an dernier, on jetait les bases de la grande Université-Laval, à laquelle Sa Majesté la Reine de la Grande-Bretagne avait accordé des Lettres-Patentes, et que Sa Sainteté le Pape Pie IX venait d'approuver et bénir. Cette université, comme la plupart des séminaires et collèges du Bas-Canada, doit sa fondation au clergé catholique. Ce sont les Messieurs du Séminaire de Québec cpii ont voulu se charger de pourvoir à tous les besoins pécuniaires de cette université, et ils s'acquittent de la tâche généreuse qu'ils se sont imposée volontairement, avec la même libéralité et le même dévouement dont ils ont fait preuve chaque fois qu'il s'est agi de contribuer à- l'iustruction du peuple ou au soûl ment des grandes infortunes. Cette université, quoique de date toute récente, possède des facultés de droit et de médecine qui promettent déjà de donner de l'éclat et de la renommée à l'enseignement de cette université. Grâce aux sifius des Messieurs du Séminaire, elle pourvoit depuis deux ans à l'entretien à Paris de trois jeunes Ecclésiastiques canadiens. Ces jeunes messieurs se préparent au professorat par de fortes études dans la belle institution des Carmes. En des membres du Séminaire fait à Borne, depuis un an, de nouvelles études théologiijnes pour professer plus tard dans la faculté de théologie de la nouvelle université, qui sera pour le Canada catholique ce que doit être pour l'Irlande l'Université catholique de Dublin.
Le Séminaire de Québec, dont il vient d'être fait mention, est la plus ancienne maison d'éducation du Canada, puisqu'elle a été fondée en 1663 par le premier Evêque de Québec, Mgr. François de Laval-Montmorency, qui lui légua tous ses biens. Lors de
la suppression des Jésuites en Canada, le Séminaire de Québec, qui était destiné principalement à l'instruction des jeunes gens se préparant au sacerdoce, fut divisé en grand et petit séminaire, le premier consacré à l'instruction théologique, et le second remplaçant le Collège des Jésuites. Le Séminaire de Québec, depuis sa fondation, n'a pas failli à sa mission. Son enseignement n'a fait que croître en importance, et aujourd'hui dans aucune maison d'éducation de l'Amérique on ne procure à la jeunesse studieuse une instruction plus solide et plus durable. On y enseigne les langues française, anglaise, latine et grecque, la versification, les belles-lettres et la rhétorique ; on y fait suivre des cours de géographie, d'histoire, de géologie, de botanique, d'histoire naturelle, d'architecture, d'astronomie, de musique, de dessin, de mathématiques, de physique, de chimie et de philosophie, sans compter des cours réguliers d'instruction religieuse, dont sont exempts les élèves qui ne professent point la religion catholique, la même exemption existant dans toutes les maisons d'éducation du Bas-Canada. Le Petit-Séminaire de Québec est fréquenté par environ 350 élèves, dont 180 pensionnaires.
Dans le Diocèse de Québec se trouve encore le Collège de Ste. Anne de la Pocatière, fondé par un Prêtre catholique. Le cours des études s'y divise en deux parties distinctes. Dans le 1er cours ou cours préparatoire, on enseigne les langues anglaise et française, la géographie, l'histoire, la géométrie pratique, le dessin linéaire, la tenue des livres, l'horticulture et la musique ; ce cours est de quatre années. Dans le second cours ou cours classique, on enseigne le latin, le grec, les belles-lettres, la rhétorique, la philosophie, les mathématiques, la chimie, la botanique, le dessin, la musique ; ce cours est de six ans. Ce collège, comme tous les autres collèges catholiques du Bas-Canada, est sous la direction du clergé.
La Paroisse de Ste. Marie de la Beauce possédera aussi sous peu un collège, grâce aux efforts généreux et intelligents de son curé et à la libéralité du Parlement. Il en est de même de la Paroisse de St. Germain de Pumouski, qui devra en grande partie au Député du Comté et au Curé de la Paroisse d'avoir bientôt un collège dont cette section du pays devra beaucoup profiter.
En parlant des institutions scolaires du Bas-Canada, il ne faut pas passer sous silence les nombreuses écoles des "Frères des Ecoles Chrétiennes." On les trouve dans plusieurs de nos campagnes, dans toutes nos grandes villes et dans plusieurs de celles de la Province supérieure; et elles sont fréquentées avec autant d'empressement et de bonheur que celles que ces bons Frères possèdent en France, en Angleterre, aux Etats-Unis et ailleurs. A la fin de l'an dernier, ils
avaient eu Canada 14 maisons, habitées par 130 frères, et fréquentées par 6,474 élèves. Ces chiffres sont presque ceux des Etats-Unis pour la même année, le nombre de maisons que les Frères y possédaient étant aussi de 14, le nombre des Frères de 150 et celui des élèves de G,7S4.
Il est bon aussi de mentionner qu'en outre de l'Université McGill, les Protestants ont le Collège de Leunoxville appelé Bishop's Collège, dans lequel on enseigne la théologie protestante, les langues, la littérature, les mathématiques, etc., et qui vient, dit-on, d'être érigé en Université ; ils possèdent à Québec, à Montréal et dans quelques autres endroits du Bas-Canada, des académies et écoles supérieures que fréquentent un grand nombre de jeunes gens qui se destinent au commerce et môme aux professions libérales.
Les institutions créées pour l'instruction des jeunes filles ne sont guère moins nombreuses dans le Bas-Canada que celles destinées à l'instruction des jeunes gens. On les trouve partout où les besoins des populations les requièrent. Québec, par exemple, a le couvent des Ursulines, celui de FHôpital-Général et celui de la Congrégation. Ces trois institutions sont pour les jeunes filles ce que sont les petitsséminaires et les collèges pour les jeunes gens. On y enseigne tout ce qu'une jeune personne apprend ailleurs dans les meilleures institutions de ce genre. Le Couvent des Ursulines est la plus ancienne institution que nous ayons en Canada pour l'instruction des jeunes filles. Elle fut fondée par Madame de la Peltrie en 1G39 ; la première bâtisse fut complète en 1641, et en 1650 la maison fut détruite par incendie. L'établissement n'eu continua pas moins à prospérer, et aujourd'hui la communauté qui est composée de 56 religieuses professes, cinq novices et une postulante, donne l'instruction à 120 pensionnaires, 87 demi-pensionnaires et 14(3 élèves externes; en tout 353 élèves. Depuis l'auuée 1G50 jusqu'à Décembre 1854, il y a eu dans cette institution 6,011 jeunes filles pensionnaires, dont 250 Huronues, Àlgonquines, Iroquoises et Abénaquises. Les Ursulines ne commencèrent à avoir des demi-pensionnaires qu'en 1800, et depuis cette époque jusqu'à Décembre 1854 elles en ont eu 1,256. Les classes externes furent ouvertes dès 1658, et ont été fréquentées jusqu'à Décembre 1854 par 8,364 élèves. En sorte que, de 1650 à 1854 inclusivement, cet établissement a donné l'instruction à 15,631 jeunes filles.
Les Sœurs de la Congrégation ont à Québec un magnifique établissement, qui est dans un état très prospère. Elles ne bornent cependant pas leur enseignement aux jeunes filles de la ville. Elles ont des succursales en huit ou neuf endroits différents du District de Québec, et
prennent actuellement des mesures pour en établir d'autres dans six différentes paroisses du District.
Les Sœurs de la Charité ont aussi à Québec des écoles gratuites, où les jeunes filles pauvres reçoivent une instruction proportionnée à leur état.
De nombreux établissements du même genre se remarquent dans les autres parties du Bas-Canada, et tout spécialement aux Trois- Bivières où se trouve un Couvent d'Ursulines, dans le Diocèse de St. Hyacinthe où il existe aussi une communauté religieuse, et dans le Diocèse de Montréal qui, en outre du Couvent des Sœurs de la Congrégation et des nombreuses succursales qu'elles ont établies, possède deux maisons sous les soins des Dames du Sacré-Cœur, une maison sous ceux des Sœurs des Saints Noms de Jésus et Marie, un autre établissement sous la direction des Sœurs de Ste. Anne, et une dernière confiée à la sollicitude des Sœurs des Sept Douleurs.
Le Haut-Canada est moins favorisé sous le rapport des institutions pour l'instruction des jeunes filles. Il en possède néanmoins quelques-unes, entre autres à Toronto, à Kingston et à By lovai ou Cité d'Ottawa.
Les détails qui précèdent doivent convaincre quiconque ne le sait déjà que l'enseignement scolaire reçoit en Canada l'attention toute spéciale de la Législature, du clergé et en général des hommes instruits; qu'il a été fait depuis longtemps de puissants efforts et des sacrifices considérables pour procurer au peuple une instruction solide et appropriée à ses besoins ; que la Province est heureusement dotée de nombreux établissements de haute éducation, d'institutions scolaires supérieures, et d'écoles primaires qui promettent les plus heureux résultats.
Qui pourrait après cela douter du succès, surtout quand on voit les Universités, Séminaires, Collèges et Académies donner annuellement l'instruction à des mil1.; unes gens, qui se trouvent ensuite en
état d'occuper des positions distinguées au Barreau, dans la mi trature, les autres professions libérales, le commerce, etc.? Qui oserait le nier, quand on voit des milliers de jeunes filles fréquenter nos couvents et autres institutions d'éducation, puis en sortir tous les ans et emporter avec elles le goût de l'instruction qu'elles encouragent au sein des nouvelles familles qu'elles ; lées à former? Qui en-
fin ne le croirait pas, quand on sait par des chiffres certains que 247,4-13 enfants fréquentaient les éeoles en 1S51, et que, notre population totale étant alors de 1,842,265 habitants, plus d'un huitième do notre population fréquentait nos écoles et collèges 1
En fait de journalisme, le Canada a suivi l'exemple des Etats- Unis. On sait en effet que, pour le citoyen de l'Union Américaine, le papier-nouvelles est un besoin, et que presque chaque petite ville possède au moins un journal, dans lequel la fraction du peuple américain qui habite cette petite ville exprime ses opinions sur les actes de son Gouvernement local, sur ceux du Gouvernement de la République toute entière et quelquefois des pays étrangers.
Le Canada a pris la même voie, en sorte qu'aujourd'hui on prétend que le Haut-Canada ne compte guère moins de SO journaux. Le Bas-Canada n'a pas été à ce pas de course ; il possède cependant de 30 à 35 journaux et revues, dont 12 à 13 sont publiés en langue française. Ces journaux français sont :
A Québec: Le Journal de Quéhcc, le Canadien et les Délais ;
A Trois-Eivières : L'Ere Nouvelle et le Cultivateur Indépendant;
A Berthier (d'en haut) : L'Echo des Campagnes :
A St. Hyacinthe: Le Courrier de St. Hyacinthe;
A Montréal : La Minerve, le Pays, la Patrie, le Moniteur Canadien, le Semeur, et la Ruche Littéraire et Politique.
Le Journal de Québec, le Canadien, la Minerve et le Pays sont publiés trois fois par semaine ; les autres sont publiés semi-hebdomadairement ou une fois par semaine, à l'exception de la Ruche Littéraire qui parait une fois par mois.
Le Journal de Québec, le Canadien, la Jlinerve et la Patrie sont ministériels ; les autres journaux français sont dans l'opposition.
Xous ne nommons pas les journaux anglais du Haut et du Bas- Canada, parce que la liste en serait trop longue. Xous indiquerions bien aussi les journaux anglais que nous croyons être les plus influents ou les plus importants ; mais nous préférons nous en a' nir, de crainte de blesser les susceptibilités des autres qui se croiraient et seraient peut-être aussi importants que ceux que nous aurions mentionnés.
Nous nous contenterons donc de dire que, comme la liberté de La presse est très-étendue, messieurs les journalistes se donnent bien garde
de n'en pas user, et lorsque quelquefois ils dépassent les bornes, les personnes qui se trouvent lésées peuvent s'adresser aux tribunaux soit criminels soit civils, pour faire condamner à la prison ou à l'amende les écrivains qui ont abusé de la liberté de la presse. Dans tous les cas, les gouvernants sentent le besoin d'avoir la presse avec eux, et ils essaient souvent par des faveurs, non pas de détruire la liberté du journalisme, mais de se rendre favorable ce " quatrième pouvoir de l'Etat." La tentation a quelquefois été si forte que le mot "indépendance de la presse " a perdu clans certains quartiers sa signification propre. Néanmoins il faut avouer que l'or et les honneurs ont souvent rencontré parmi les journalistes canadiens plus d'un écrivain qui a rejeté bien loin ce qui semblait être le prix de sa conscience.
On n'a pas trouvé d'inconvénients graves à la liberté laissée au journalisme, parce que, si les opinions les plus avancées ou mêmes les opinions les plus subversives peuvent s'exprimer au grand jour, l'antidote se trouve dans les journaux modérés ou conservateurs, qui rétablissent ainsi l'équilibre. Ce n'est pas à dire pour cela que les autorités canadiennes désirent encourager les opinions les plus extravagantes de même que les opinions les plus raisonnables ; mais elles paraissent croire qu'il vaut mieux qu'un parti, quelque peu considérable qu'il soit, ait ses organes, que de lui imposer silence et l'engager pour ainsi dire à tramer des complots dans l'ombre, persuadés que sont nos gouvernants que le bon public ferait bientôt justice des idées désordonnées qui pourraient se produire ouvertement. C'est ici matière d'opinion; et pour nous, nous nous bornons à enregistrer les faits tels qu'ils existent.
Quant aux matières religieuses, la loi n'empêche personne de faire valoir publiquement, par la voie de la presse, ses opinions et ses croyances. En sorte que le Catholicisme a ses organes haut et bascanadiens, nous voulons dire ses défenseurs. Le Protestantisme de son côté possède de nombreux journaux au moyen desquels il es* de battre en brèche l'Eglise catholique.
En supposant que le nombre des journaux du Canada soit de 110 (nous croyons qu'il n'est pas moindre), nous nous trouvons à avoir un journal pour chaque 10,750 habitants. La proportion est plus avantageuse encore pour le Haut-Canada seul, puisqu'il possède un journal pour chaque 12,000 habitants. Le Bas-Canada n'en a qu'un par chaque 29,000 habitants : néanmoins, le journalisme fait de rapides progrès dans cette dernière section de la Province et le journal est
devenu presqu'une nécessité pour la plupart des hommes qui possèdent de l'instruction. Nous pouvons citer comme preuve de progrès le Journal de Québec qui, durant l'année 1854, a reçu en outre de toute pertes 400 nouveaux abonnements. Un progrès semblable a dû se faire sentir dans les autres établissements tant de Québec que de Montréal.
En général, le prix d'abonnement aux journaux français et anglais, qui paraissent trois fois par semaine, est de quatre piastres par année, celui des journaux quotidiens est de 6 piastres, celui des journaux qui paraissent deux fois par semaine de 3 piastres, et celui des journaux hebdomadaires 2 piastres.
Le tarif des annonces est aussi, en général, de 4 deniers par ligne pour la première insertion, et d'un denier par ligne pour chaque insertion subséquente.
Le papier, sur lequel les journaux sont imprimés, se fabrique en grande partie dans la Province, ainsi qu'une portion des caractères d'imprimerie, dont on fait venir le reste de New- York ou de Paris (France). Il est question depuis quelque temps d'un nouveau papier que l'ou fabriquerait avec de l'immortelle, afin de remplacer le papier fait au moyen de chiffons. Aucun journal que nous sachions n'en a encore fait un usage permanent.
Avant de terminer ce chapitre, nous croyons devoir à la presse canadienne-française de dire pourquoi elle n'a pas suivi la même progression que la presse anglaise. Il est bon en effet que l'on sache que, si la population française de cette Province n'a pas donné au journalisme un encouragement aussi grand que l'autre population, il ne faut pas s'en prendre à elle, mais au mauvais Gouvernement qu'on lui a infligé si longtemps. Ne participant pas aux emplois publies, vivant tantôt sous le règne du sabre tantôt sous un régime qui n'était représentatif que de nom, le Canadien qui est naturellement attaché à son clocher demeurait privé des moyens d'instruction et d'activité dont les autres profitaient. Il ne sortait guère de sa paroisse, et ne prenait intérêt à la chose publique que quand ses chefs ayant besoin de son coucours allaient faire appel à ses sentiments patriotiques. On conçoit qu'avec ces dispositions naturelles et surtout avec le simulacre de représentation qu'ils avaient, les Canadiens ne dussent pas s'occuper beaucoup des affaires publiques.
Mais depuis la crise de 1837, le Canadien a changé un peu ses allures ; il a pris part au gouvernement de l'Etat, il a pu exprimer ses opinions sans crainte, il a pu dire ses besoins, et dès lors il a compris que pour faire valoir ses prétensions et ses volontés il devait
avoir des organes ; de là est sortie la presse française du Canada telle que nous la voyons aujourd'hui.
Nos journaux ne sont pas, tant s'en faut, parvenus à leur plus haut point de puissance et de perfection ; mais du moins ils ont surmonté le plus formidable obstacle à leur propérité, et avec de la persévérance et une rédaction habile, prudente, intelligente, nos journaux pourront atteindre à un degré bien plus élevé d'autorité et se maintenir toujours à la tête du journalisme canadien.
Dans un pays nouveau comme le Canada, il n'est pas étonnant que les institutions littéraires ou scientifiques ne soient pas aussi avancées que celles des vieilles contrées de l'Europe qui ont eu des siècles entiers pour consolider leurs institutions de littérature ou de sciences. D'ailleurs, en Amérique chacun gagnant son pain à la sueur de son front, il est presqu'impossible pour les hommes d'études de se faire exclusivement littérateurs ou de se livrer entièrement à l'étude approfondie des sciences. Il en résulte que nous avons en Canada un assez grand nomhre d'institutions littéraires ou scientifiques, mais aussi qu'aucune n'a encore obtenu cette supériorité qui ne s'acquiert que par des travaux longs et pénibles et par l'étude sérieuse et prolongée des œuvres des maîtres en littérature et dans les sciences.
Ce n'est pas à dire que le Canada ne renferme pas d'hommes réellement instruits. Au contraire, le nombre de ces hommes est assez considérable, mais l'obligation constante qui existe pour la plupart d'entre eux de pourvoir à leur subsistance et à celle de leurs familles, les empêche le plus souvent de mettre leur science à profit, et retarde ainsi le progrès de nos institutions littéraires et scientifiques. Il est néanmoins de fait qu'il y a depuis plusieurs années un progrès réel dans ces institutions, et il semble exister une détermination bien arrêtée de ne pas cesser de marcher dans cette voie progressive, avant d'avoir atteint une position plus stable et plus élevée.
L'institution littéraire la plus connue et la plus populaire est celle qui porte le nom d'Institut Canadien. L'Institut Canadien n'est pas comme celui de la France, un seul et même corps ; au contraire, il y a parmi nous presqu'autant d'Instituts Canadiens qu'il y a de villes un peu importantes, et chacun de ces instituts est indépendant des autres et n'a aucun rapport avec eux.
Tous ces instituts ont à peu près le même but, en sorte qu'il nous suffira de reproduire ici l'article second de la constitution de celui de Québec pour faire connaître les autres. Le voici : " Le but del'Ins- " titut Canadien de Québec est ; " 1°. d'avoir une salle de lecture qui
" devra contenir les meilleures publications politiques, littéraires et " scientifiques de la Province et de l'étranger ; 2°. de former une bibli- " othèque, d'en procurer l'usage à ses membres, et de recueillir tous " les documents qui ont rapport à l'histoire du pays, ainsi que tous " objets d'histoire naturelle qu'il lui sera possible de se procurer ; " 3°. d'offrir à ses membres l'avantage d'une discussion hebdomadaire " et au public une série de lectures ; 4°. d'opérer la réunion des " jeunes Canadiens, de les porter à l'amour et à la culture de la " science et de l'histoire, et de les préparer aux luttes plus sérieuses " de l'âge mûr; 5°. de promouvoir par toutes les voies honorables et " légitimes les intérêts du pays en général et de cette ville en parti- " culier ; 6°. enfin de pratiquer ce que la confraternité et l'honneur " national prescrivent aux enfants d'une même patrie."
Le nombre des membres de l'Institut Canadien de Québec est d'environ 350 et le nombre de volumes dans la bibliothèque s'élève à 3,000. Ces ouvrages sont en très grande partie importés directement de Paris, l'institut consacrant chaque année une somme aussi forte que lui permettent ses ressources pécuniaires à l'acquisition de nouveaux ouvrages. En 1853, il a employé à cette fin une somme de .£100.
Ti Institut Canadien de Montréal compte près de 650 membres et possède une bibliothèque d'environ 2,500 volumes.
Il existe aussi à Québec un " Institut Catholique" pour la population canadienne-française, et un autre pour les Catholiques qui parlent la langue anglaise. Ces institutions possèdent des bibliothèques assez considérables et comptent chacun un grand nombre de membres. Québec possède en outre la " Chambre de lecture de St. Roch, le Club Canadien, V Association de la Bibliothèque de Québec, et la Société Littéraire et Historique de Québec." Cette dernière association existe depuis longtemps et est une des institutions les plus renommées du pays. Elle publie de temps à autres des documents relatifs à l'histoire du Canada, et qui seront plus tard d'une grande utilité aux historiens du pays. Elle possède en outre une bibliothèque et un musée. Le Club Canadien n'a que deux années d'existence, mais compte un très grand nombre de membres ; il a été fondé dans le but d'exercer les jeunes gens à l'usage de la parole.
A Montréal, l'Institut National est une société de date assez récente ; il semble avoir le même but que l'autre institut de la même ville. Seulement les membres qui en font partie sont d'une opinion politique différente de celle de l'Institut Canadien de Montréal; néanmoins cette distinction tend, dit-on, à disparaître. Il existe en outre à Montréal une " Société d'Histoire Naturelle," qui compte beaucoup
de membres, possède une bibliothèque et un musée magnifiques, et donne durant l'hiver une série de lectures auxquelles le public est admis gratuitement.
Ce nom de " lectures " nous rappelle un fait que nous avons omis plus haut. Les différentes associations littéraires du Bas-Canada donuent au public, durant le cours de chaque hiver, plusieurs lectures sur des sujets plus ou moins pratiques, et les personnes qui ne sont pas membres de ces institutions sont admises à ces soirées littéraires moyennant une modique contribution et souvent gratuitement. Ces lectures sont populaires et ont déjà produit beaucoup de bien.
L'Institut Canadien n'existe pas uniquement dans le Bas- Canada. Il s'est implanté aussi au cœur du Haut-Canada, et celui de Toronto est bien propre à faire honneur à ces utiles institutions.
D'uu autre côté les artisans, témoins des efforts faits sur tous les points du pays par les professions libérales et le commerce, n'ont pas voulu rester inactifs, et ont fondé dans les principales villes de la Province des instituts appelés " Instituts des Artisans." C'est dans ces institutions qu'ils vont se perfectionner dans la connaissance des arts, et faire en leur particulier et à loisir des études que leurs moyens pécuniaires ou ceux de leurs parents ne leur ont pas permis de faire plus tôt. Ces instituts sont au nombre d'environ trente, et possèdent généralement une chambre de lecture et une bibliothèque.
Nous ne devons pas non plus omettre de mentionner l'Institut Catholique de Toronto, qui joue dans le Haut-Canada un grand rôle. Il s'occupe de tout ce qui intéresse les catholiques, et parait être dans un état très-prospère.
Ajoutons que la plupart de ces institutions littéraires ou scientifiques et de celles dont nous parlerons bientôt reçoivent des allocations de la Province, au moyen desquelles elles se soutiennent et progressent.
Le Canada possède outre ces institutions littéraires : 1°. des écoles de médecine ; 2°. des associations d'instituteurs ; 3°. des sociétés d'agriculture; 4°. des observatoires ; 5°. une école nautique.
Les écoles de médecine sont pour l'instruction des aspirants à la pratique de la médecine ; celle de Québec a été remplacée l'an dernier par la faculté de médecine de l'Université-Laval.
Les associations d'instituteurs ont été fondées par les instituteurs eux-mêmes, pour se protéger, améliorer leur sort et s'instruire.
Les sociétés d'agriculture veillent aux progrès que fait l'agriculture dans l'arrondissement pour lequel chacune d'elles est établie ; elles accordent des prix à des expositions annuelles qu'elles déterminent, les fonds étant fournis par les membres et par la Province.
Elles dépendent du département de l'agriculture qui est, comme l'on sait, présidé par un ministre.
L'observatoire, que Québec possède, a été placé dans la citadelle ; il y en a un second à Toronto. Tous deux sont maintenus aux frais de la Province.
Québec possède de plus une Ecole Nautique pour ceux qui se destinent à la marine. C'est une institution de fraîche date, fondée et maintenue par la Province.
Ce n'est que depuis le mois d'Avril 1851 que l'administration des Postes en Canada a été transférée des autorités impériales au Gouvernement provincial.
A cette époque là, il y avait dans toute la Province six cent un bureaux de postes, sept mille cinq cent quatre-vingt quinze milles de routes postales établies ; les malles parcouraient annuellement 2,487,000 milles, et le revenu brut du département des Postes avait été l'année précédente de <£93,802 courant, en y comprenant <£10,000 sterling, montant de la perception des frais de port des paquebots anglais.
Du moment que la Province fut chargée de cette administration, le Parlement réduisit d'environ les deux tiers les frais de port sur les lettres, les fixant au taux uniforme de trois deniers par chaque ^ once pour toute l'Amérique anglaise du nord. Il réduisit aussi de moitié les frais de port et autres sur les lettres déposées aux bureaux des Cités et Villes et livrées par les facteurs.
Les frais de port sur les journaux envoyés aux Provinces de l'Amérique britannique du nord ou en venant, sur les journaux envoyés aux Etats-Unis, et aussi sur les papiers d'échange des journalistes, ont été supprimés totalement pour ces derniers, et ont été remplacés pour les autres par la taxe ordinaire de 3 deniers par once. Enfin, les frais sur les lettres, circulaires, pamphlets, livres et autres papiers imprimés, ont été réduits.
On conviendra que c'était là une mesure hardie, puisque, la réduction étant égale à environ les deux tiers, le déficit pouvait se monter à é£50,000 ou 6660,000. Mais l'expérience des Etats-Unis avait convaincu nos législateurs que cette réduction dans les frais de poste ferait prendre de l'extension aux correspondances et engagerait à faire de la poste un usage au moins double de celui que l'on en avait fait jusque-là. On ne se trompait pas.
Le 5 d'Avril 1852, c'est-à-dire un an après la mise en opération du nouveau système, on constatait que les recettes brutes de l'année se
montaient à «=£71,788 18s. 5d., et que le déficit n'était que de «£12, 500. Ce résultat magnifique fait voir de lui-même que la correspondance a dû doubler dans l'année. Mais le soin que l'on a eu de tenir, dans chaque bureau de poste de la Province, un compte exact du nombre de lettres, journaux, etc., qui y ont été reçus durant la semaine finissant le 3 d'Avril 1852 (ce qui du reste avait été fait pour la semaine correspondante de 1851), a confirmé ce que l'on ne faisait que supposer, comme le prouvent les chiffres suivants : Nombre de lettres dans la semaine finissant le 3 d'Avril 1851 : 41,000
Augmentation en 1852 : 45,051
Nombre de journaux dans la semaine finiss. le 3 d'Avril 1851 : 90,000
Augmentation en 1852 : 11,000
L'augmentation est donc de plus de moitié pour les lettres et de plus d'un neuvième pour les journaux.
Pour amener ce résultat, le département postal n'est pas resté oisif; il a essayé de faciliter autant qu'il était en lui la correspondance et la circulation des journaux. Aux 601 bureaux de postes existant il en a ajouté 243 nouveaux, et aux 7,595 milles de routes postales établies il a joint 1,023 autres milles. Ce qui a porté à 2,931,373 le nombre de milles parcourus pour le transport des malles, donnant ainsi une augmentation de 414,360 milles.
Il est aisé de comprendre quel développement ces facilités postales sont propres à faire prendre à l'établissement du pays et à l'instruction publique, et il est satisfaisant d'apprendre que ces facilités additionnelles sont obtenues moyennant une dépense moins considérable que celle que nécessitait l'ancien système.
Le montant des salaires et rémunérations des maîtres de poste et autres officiers était en effet, le 5 d'Avril 1851, de «£23,S40, et l'année suivante de «£22,667 seulement.
Un fait qui mérite aussi d'être enregistré, c'est que les communications par la voie de la poste paraissent considérables entre le Canada et les Etats, le montant perçu sur les lettres qui viennent des Etats-Unis au Canada ou vont du Canada aux Etats-Unis ayant été comme suit durant l'année finissant le 5 d'Avril 1852 :
Perçu en Canada $43,031 77
" aux Etats-Unis 42,605 20
Formant un total de $85,636 97.
Ajoutons qu'au seul bureau de poste de Montréal il a été enregistré, du 5 d'Avril 1851 au 5 dAvril 1S52, 37,000 lettres contenant de
l'argent. Ce chiffre suffit pour montrer qu'en général ce département est effectif et possède la confiance publique.
Nous regrettons de n'avoir pas un tableau des lettres reçues durant l'année, dans chaque bureau de poste de la Province; nous nous trouvons ainsi privés de statistiques intéressantes. Nous devons donc nous contenter de constater ici le nombre des lettres-mortes à la fin de l'année commencée le 5 d'Avril 1851 :
Lettres provinciales 46,959
" venant de la Grande-Bretagne 7,604
" des Etats-Unis 12,229
Total 66,862.
Nous eussions fort désiré pouvoir profiter du rapport du Maître- Général des Postes, rapport dont le Parlement a ordonné l'impression et que les typographes ne paraissent devoir terminer qu'à la fin de Février courant. Nous eussions constaté un progrès constant depuis 1851, et nous nous serions convaincus que le temps est arrivé ou du moins n'est pas éloigné où une nouvelle réduction pourrait s'opérer avec avantage. (*)
Nous pouvous néanmoins ajouter que, du 1er d'Octobre 1853 au 1er de Juillet 1854, le département postal a établi en Canada 1 19 nouveaux bureaux de postes, et depuis le 1er de Février courant, nous avons entre un grand nombre de nos bureaux de postes l'institution des " Mandats de Postes." Au moyen de cette institution, on peut se procurer à un des principaux bureaux de postes, moyennant un quart de piastre, un mandat sur un autre bureau de postes pour toute somme au-dessous de d£10 ; il va sans dire que le montant du mandat doit être payé préalablement au bureau d'où émane le mandat. Ce taux d'un quart de piastre est probablement trop élevé, mais comme coup d'essai c'est certainement une amélioration.(t)
Le Maître-Général des Postes a aussi donné plus d'extension à l'enregistrement des lettres. Précédemment il n'était fait d'entrées dans les livres des bureaux de postes que pour les lettres contenant de l'argent. Mais aujourd'hui cet enregistrement peut s'effectuer pour toute espèce de lettres, moyennant le paiement d'un denier qui donne droit à un certificat d'enregistrement.
Le même département, depuis que ce qui précède est écrit, a été autorisé par une loi à faire de nouvelles réductions dans le tarif postal, et ces réductions devront commencer à avoir effet au 1er de Juillet prochain. Aux termes de cette loi, les journaux canadiens pourront
(*) Voir l'Appendice C qui donne de nouveaux détails. (f) Ce tarif a été amélioré depuis. (Note du 8 Juin 1855.)
circuler dans tout le Canada, et être expédiés aux Provinces anglaises de l'Amérique du nord et aux Etats-Unis, francs de port. Cette mesure aura nécessairement pour effet d'augmenter la circulation de nos journaux et spécialement des journaux quotidiens ou qui paraissent trois fois par semaine. Car un des obstacles à cette circulation était certainement l'impôt d'un demi-denier sur chaque feuille, parce qu'il était alors de l'intérêt pécuniaire des souscripteurs de souscrire à des journaux hebdomadaires ou semi-hebdomadaires dont les frais àe port étaient de 50 à 75 par 100 moindres que ceux des journaux quotidiens ou paraissant trois fois la semaine, D'un autre côté, les journaux hebdomadaires ne pourront souffrir de cette réduction, car elle est sentie également par eux, leurs frais de port étant précédemment proportionnés au prix de leur abonnement.
Quoique la construction des chemins de fer soit très-coûteuse, surtout pour un pays comparativement peu peuplé comme l'est le Canada, cette Province n'a pas néanmoins hésité un instant à s'imposer les plus grands sacrifices pour posséder des voies ferrées qui la missent en état de lutter avec les chemins de fer de l'Union Américaine, de la même manière qu'elle lutte avec les Etats-Unis pour leur arracher au moyen de la voie du St. Laurent le commerce de l'ouest qu'ils voudraient accaparer. La tâche était difficile et onéreuse, puisqu'il s'agissait de lutter avec un peuple dix à douze fois plus nombreux et possédant des ressources si considérables. Mais le patriotisme a fait que chacun s'est dissimulé l'immensité de la tâche, et s'est mis. à l'œuvre pour produire les résultats magnifiques que nous voyons aujourd'hui.
C'est de cette manière que nous avons obtenu le grand chemin de fer qui doit traverser la Province dans toute sa longueur, en nous donnant une communication non-interrompue par voie ferrée d'une extrémité à l'autre du territoire canadien. Cette grande voie s'appelle "Chemin de Fer du Grand Tronc;" elle aura 1,112 milles de longueur lorsqu'elle sera terminée. Il s'y trouve actuellement 392 milles qui sont en activité, en comprenant cette portion du Chemin de Fer du St. Laurent et de l'Atlantique située entre Portland et la frontière canadienne. Il devra être livré cette année (1855) 295 nouveaux milles, de manière qu'au 1er de Janvier 1856 plus de la moitié du Chemin de Fer du Grand Tronc sera terminée et en pleine opération. Les contracteurs sont en outre tenus de compléter toute la ligne avant le 1er de Janvier 1860, et ils auraient très probablement accompli leur marché longtemps avant cette date, sans la crise monétaire qui est si profondément ressentie en Canada, aux Etats-Unis et en Angleterre. Ils ont en même temps à construire le Pont Victoria sur le St. Laurent, vis-à-vis la Cité de Montréal. Ce pont est à lui seul un ouvrage gigantesque et qui coûtera au moins <£2,000,000. Il est néanmoins commencé, et ce que l'on en voit fait croire que ce
sera, comme l'a dit M. Bayard Taylor, " un ouvrage qui rivalisera avec les Pyramides d'Egypte."
Après le Chemin de Fer du Grand Tronc, nous pouvons citer le Grand Chemin de Fer Occidental (Great Western Raihvay), qui a 228 milles de long et est maintenant en activité. Il a fallu un grand nombre (Vannées pour construire ce chemin de fer, vu les difficultés financières que la compagnie a rencontrées ; mais aujourd'hui elles sont surmontées, et cette voie ferrée promet d'être une des plus lucratives de l'Amérique. Elle s'étend depuis Windsor jusqu'aux Chûtes de Niagara, où elle communique par le moyen d'un pont de suspension en fer avec plusieurs des principaux chemins de fer des Etats-Unis.
Il y a de plus : 1°. le Chemin de Fer d'Hamilton et Toronto, qui a 40 milles de long et que la Compagnie du Grand Chemin de Fer Occidental vient de prendre à bail ; il sera tout probablement livré à la circulation dans les six premiers mois de cette année ; 2°. le Cheinin de Fer de l'Ontario, Shncoe et Huron, dont G4 milles sont actuellement en activité, et les 32 autres le seront apparemment ce printemps.
Dans le Bas-Canada, le Chemin de Fer du Grand Tronc passant sur la rive sud et à une grande distance des établissements si nombreux et si florissants du nord, les citoyens de Québec se trouvent à peu près isolés et ne peuvent en hiver communiquer avec les chemins de fer du sud que par une navigation plus ou moins périlleuse au milieu des glaces du St. Laurent. Ils se sont donc décidés à entreprendre un chemin de fer sur la rive nord, et ce chemin, dans un parcours de 157 milles, desservira une population industrieuse d'au moins 250,000 habitants. Ce chemin est sous contrat, et la construction n'en est arrêtée momentanément que par la crise financière actuelle. Il aura pour embranchements : 1°. un chemin de fer de 19 milles de longueur destiné à approvisionner de bois de chauffage la Cité de Québec ; 2°. le Chemin de Fer de Rawdon, l'Industrie et Lanoraie qui a 23 milles de longueur et est en pleine activité. A Montréal, le Chemin de Fer de la Rive Nord se trouvera en communication avec le Chemin de Fer du Grand Tronc et avec ceux des Etats-Unis par le moyen d'une partie du Chemin du Grand Tronc, du Chemin de Fer du St. Laurent au Lac Champlain, et de ceux de Montréal à Lachine et de Montréal à New- York.
Ce dernier cheinin de fer a une longueur de 32 milles jusqu'à la frontière canadienne, celui de Montréal à Lachine a 9 milles, et celui du St. Laurent au lac Champlain en a 43.
Comme prolongement du Chemin de Fer de la Rive Nord, il y a le Chemin de Montréal àBytown dont la longueur sera de 120 milles. Ce
chemin traversera un pays à bois d'une grande valeur, et se trouvera à Bytown au centre même de cet immense commerce de bois de l'Outaouais qui est une des plus grandes sources de richesses de la Province. Il n'y a que 13 milles de ce chemin qui soient livrés à la circulation, et pour le reste la compagnie aura probablement à compter avec la crise financière actuelle, comme le fait la Compagnie du Chemin de Fer de la Rive Nord. Néanmoins, il est très probable qu'avec l'aide du gouvernement les deux lignes pourraient se construire dès à présent, et faire communiquer directement l'Outaouais avec le grand port de mer du Canada, en attendant que la ligne se prolongeât de Bytown à la baie Géorgienne sur le lac ïïuron.
Cette dernière entreprise s'exécutera avant longtemps, par l'action conjointe de cinq compagnies de chemins de fer, auxquels le Parlement provincial doit accorder dans sa présente session une charte pour cet objet. Ce sera un chemin de 250 à 280 milles de longueur.
Si du lac Huron nous retournons à Bytown ou Cité d'Outaouais, nous voyons un autre chemin de fer se diriger sur Prescott, situé sur le St. Laurent ; c'est un embranchement tant du Grand Tronc que de la grande ligne du lac Huron à Québec. Ce chemin qui est terminé a une longueur de 50 milles.
Treize milles au-delà de Prescott se trouve Brockville, d'où se dirige sur l'Outaouais un chemin de fer qui, lorsqu'il sera terminé, aura 160 milles de longueur. Dans le mois de Septembre prochain, il doit être livré 30 milles de ce chemin à la circulation publique.
En remontant encore le fleuve, nous arrivons à Cobourg situé à 140 milles de Brockville. C'est là qu'aboutit le Chemin de Fer de Cobourg et Peterborough qui a 28 milles de longueur et doit être terminé en ce moment.
Plus loin, sur le lac Ontario, se trouve Port Hope d'où le Chemin de Fer de Port Hope à Lindsay a son point de départ. Ce chemin est en construction ; il aura 36 milles de longueur.
Le Chemin de Fer de l'Ontario, Simcoe et Huron, dont nous avons déjà parlé, se trouve à l'ouest de celui de Port Hope. Plus loin encore on rencontre le Chemin de Fer de Bufialo, Brantford etGoderich. C'est par cette voie ferrée de 160 milles de longueur que l'Etat de New- York communiquera avec le lac Huron ; ce qui lui exemptera une navigation de plus de 400 milles. Quatre-vingts milles de ce chemin sont livrés à la circulation publique et 40 autres milles le seront le printemps prochain.
La petite Ville de Niagara a aussi son chemin de fer qui la met en communication avec Chippawa. Ce chemin a 17 milles de long, et est la propriété de Samuel Zimmerman, Ecuyer, citoyen américain, résidant au Canada.
Après cela, comment la ville de London, qui progresse si rapidement et est si justement fière de sa prospérité, n'aurait-elle pas sa voie ferrée 1 II est vrai que son chemin de fer n'est pas encore terminé, mais il le sera probablement avant le printemps de 1856. Il aura 30 milles de longueur, et mettra London en communication avec Port Stanley.
Nous pouvons donc dire qu'actuellement il y a en Canada 1034 milles de chemins de fer livrés à la circulation, et il y en aura 1500 à la fin de cette année (1S55) si les contracteurs du Grand Tronc complètent leurs 295 milles.
Nous ne prétendons pas ici avoir fait mention de tous les chemins en construction. Nous n'avons fait qu'indiquer les principaux, afin de donner une idée des entreprises gigantesques que le Canada vient ou est en voie d'exécuter.
On évalue à £1 1,000,000 sterling le montant des sommes dépensées sur les lignes de chemins de fer du Canada. Que sera-ce lorsque tous les chemins de fer en construction ou projetés seront terminés ? Que sera-ce si le Chemin de Fer Septentrional du Pacifique se construit ?
Le Parlement provincial a en effet reçu au mois de Décembre dernier une requête de citoyens très respectables et très influents du Canada et des Etats-Unis, demandant une charte pour construire sous ce nom un chemin de fer qui remonterait la vallée de l'Outaouais jusqu'au lac Huron, d'où il se prolongerait jusqu'au Sault Ste. Marie pour de là se rendre à la côte du Pacifique. Le Gouvernement américain a fait faire une étude de la route la plus courte et la plus praticable pour cet objet, et il parait que c'est par l'Outaouais que la ligne devrait passer. Ce chemin (lorsqu'il sera construit) devra faire une véritable révolution dans les routes suivies par les bâtiments maintenant destinés aux Indes, à la Chine, à l'Australie, etc. En attendant que nous voyions ce grand ouvrage s'exécuter, faisons quelques rapprochements entre le nombre de milles de nos chemins de fer et celui des voies ferrées des Etats-Unis.
Au 1er de Janvier 1854, les Etats-Unis avaient 17,317 milles de chemins de fer terminés, le reste de l'Amérique en possédait seulement 1273 milles, et l'Europe toute entière 16,055. La part des Provinces anglaises de l'Amérique du nord était de 823 milles.
A la même époque, la population des Etats-Unis était d'environ 26,000,000, celle du Canada de 2,000,000 et celle du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse de 500,000 habitants.
Le nombre de milles de chemins de fer était donc alors par rapport aux habitants :
Aux Etats-Unis comme 1 est à 1501 habitants,
Dans les Provinces anglaises, " 1 " 3037 "
Les Etats-Unis se trouvaient donc avoir alors proportionnellement deux fois autant de milles de chemins de fer que le Canada. Mais il est juste de remarquer que c'est depuis 2 à 3 ans seulement que les entreprises de chemins de fer ont fait des progrès rapides en Canada, et il est probable que, dans les 2 années qui se seront écoulées depuis le 1er de Janvier 1S54, le Canada aura presque complété autant de milles de chemins de fer qu'il en possédait alors.
Au reste, voici comment se répartissent les milles de chemins de fer des Etats-Unis :
Nombre de mille»
de chemins de feï.
Maine 417
New-Hampshire 512
Vermont 422
Massachussetts 1283
Rhode-Island 50
Connecticut 669
New- York 2345
New- Jersey 408
Pensylvanie 1464
Delaware 16
Maryland 597
Virginie 673
Caroline du nord 249
Caroline du sud 575
Géorgie 8S4
Floride 54
Alabama 221
Mississipi 155
Louisiane 117
Tennessee 388
Kentucky 233
Ohio 2367
Michigan 601
Indiana 1127
Illinois 1262
Missouri 50
Wisconsin 178
Texas et Iowa 0
Ce tableau fait voir que, si les Etats de l'Union Américaine, au 1er de Janvier 1854, avaient proportionnellement le double de milles de
chemins de fer des Provinces anglaises de l'Amérique du nord, il n'en est pas ainsi pour chaque Etat pris individuellement. Au contraire, à cette époque là il n'y avait que sept Etats de l'Union qui eussent plus de milles de chemins de fer que ces Provinces, et 20 autres en possédaient moins qu'elles ; et sur ces 20 Etats, il s'en trouvait certainement 17 au-dessus desquels le Canada doit être placé pour son nombre de milles de chemins de fer. Il est très probable que la proportion sera beaucoup plus favorable au Canada en 1S60, alors que nos lignes principales seront terminées.
Il existe en effet en Cauada, comme nous l'avons déjà dit, une détermination bien arrêtée d'avoir aussitôt que possible un réseau complet de chemins de fer, afin de lutter avantageusement avec les Etats- Unis, et cette détermination s'est montrée au grand jour par les sacrifices personnels que se sont imposés les habitants de cette Province. Les sacrifices individuels ne peuvent guère être évalués, mais ceux que les corps publics ont faits, au nom des populations de qui ils relèvent, sont suffisants pour donner une idée de ce que pourrait faire la Province s'il en était besoin. Voici donc quel était, au 1er de Janvier 1854, le montant des souscriptions ou contributions des municipalités du Haut-Canada en faveur des compagnies de chemins de fer :
Ville de Niagara c£15,000
Port Hope 50,000
Cobourg 75,000
Brantford 25,000
Ste. Catherine 12,500
Bytown 50,000
. " Prescott 25,000
Woodstock 100
Township de Hope 15,000
Brantford 12,500
Bertie 10,000
" Canborough 2,000
Wainfleet 5,000
Middleton 1,250
" Moulton et Sherbrooke 5,000
Stanley 2,500
Village de Chippawa 5,000
Paris 10,000
Comté de Grey 4,000
Bruce et Huron 125,000
Lincolr. et Welland 12,000
Oxford 5,000
" Lambton 4,000
Perth 22,000
Et dans le Bas-Canada, les contributions des municipalités se montaient à la même époque aux sommes suivantes :
Cité de Montréal c£'100,000
Cité de Québec 100,000
Ville des Trois-Rivières 12,500
Village de L'Assomption 5,000
Comté de St. Maurice 50,000
TWnships de l'est 100,000
Municipalités au-dessus de Montréal 65,000
Voilà donc à peu près un million de louis que les municipalités du Haut et du Bas-Canada ont souscrits pour les chemins de fer. La Province, de son côté, a accordé sa garantie à deux ou trois lignes de chemins de fer, et en dernier lieu à la Compagnie du Chemin de Fer du Grand Tronc, qui est ainsi assuré de <£'3,000 par mille.
Depuis que ce qui précède est écrit, nous avons reçu un tableau du nombre de milles de chemins de fer dans les différentes contrées du globe, au 1er de Janvier dernier. Le voici :
Milles- Sur tout le globe 40,341
Dans l'hémisphère oriental 17,020
" " occidental 23,324
Aux Etats-Unis 21,528
Dans la Grande-Bretagne 7,774
En Allemagne 5,340
En France 2,4S0
Dans les Provinces anglaises de l'Amérique du
nord 1,327
.En Belgique 532
En Russie 422
A Cuba 359
En Italie 170
Aux Indes 100
En Suède 75
En Espagne 60
A Panama 60
Dans l'Amérique du sud 60
En Norvège 42
En Afrique 25.
Ce tableau place les Provinces anglaises de l'Amérique du nord immédiatement après la France, qui n'a pas le double de milles de chemins de fer que possèdent ces Provinces. D'un autre côté, il nous fait voir que, dans l'année 1854, l'augmentation de milles de
chemins de fer aux Etats-Unis a été d'un peu plus de 24 par 100, et en Canada et dans les autres Provinces anglaises de l'Amérique du nord de 63 par 100.