CHAPITRE V
Une paroisse canadienne urbaine.
Nous nous sommes proposé, en présentant au lecteur une monographie de paroisse canadienne, un double but : d’abord, de renseigner ceux qui prennent intérêt aux questions religieuses et sociales ; ensuite, de fournir au clergé français, si notre travail parvient jusqu’à lui, des documents qui pourront lui être de quelque secours, pour l’époque, vraisemblablement assez rapprochée, où la dénonciation du Concordat l’obligera à entreprendre, sur des bases modernes, la reconstruction de la vieille Eglise de France.
Ce double but justifie le choix que nous avons fait, comme sujet de notre étude, d’une paroisse urbaine, pauvre, située en dehor-s de la province de Québec. Quand on entreprend une monographie, on cherche de préférence, non un type exceptionnel, plus curieux qu’instructif, mais un type ordinaire, bien dans la moyenne du genre, qui puisse aisément s’adapter aux circonstances et aux conditions des divers pays.
Or, dans la province de Québec, l’Eglise, avec son régime privilégié, ses répartitions légales pour la construction des édifices du culte, son impôt de la dîme pour l’entretien du clergé, toutes choses abolies ailleurs par les révolutions, se trouve vivre aujourd’hui dans un état d heureuse exception. Il nous fallait donc chercher notre modèle hors de ses frontières.
Ce modèle, nous ne l’avons pas trouvé davantage dans les paroisses rurales des autres provinces canadiennes. Car, s’il est vrai que, dans ces provinces, les répartitions légales pour le service du cuite catholique ne sont point reconnues par l’Etat, on suppiée communément à cette lacune au moyen de diverses répartitions volontaires qui sont ensuite rendues obligatoires sous forme de souscriptions. 11 n’est guère de contrées, nous le craignons, en dehors du Canada, où les catholiques consentent jamais à souscrire de tels engagements.
Nous chercherons donc notre modèle dans une paroisse de ville. Là, en effet, plus d’engagements, plus de ressources fixes. L’église, dans les villes, ne se soutient que par les contributions libres et quotidiennes des fidèles ; elle ne subsiste que par leur générosité. Hâtons-nous d’ajouter que, grâce à Dieu, cette générosité ne lui fait jamais défaut. Toutefois, même dans les villes, il faut distinguer entre les paroisses riches et les paroisses pauvres. On trouve toujours dans les premières des citoyens dont les libéralités gonflent démesurément les recettes de la fabrique. Les paroisses pauvres, au contraire, avec leurs minces revenus et leurs dépenses réduites au strict nécessaire, où rien n’est abandonné aux chances de l’inconnu, se trouvent dans les conditions les plus parfaites pour l’établissement d’un budget normal.
Telles sont les raisons qui nous ont déterminé à prendre pour type de notre monographie une pauvre petite paroisse de faubourg, peuplée exclusivement de familles ouvrières, nouvellement fondée, et non encore parvenue au degré de prospérité matérielle et morale qu’elle est appelée à atteindre. Nous l’appellerons Saint-Franço-is.
Pour plus de clarté, nous diviserons notre étude en trois parties qui correspondent aux principaux chefs d’idées : la fabrique, les familles, les âmes.
La paroise Saint-François d’Assise fut fondée le 1er mars 1891, date de 1 ouverture de l’église et de l’installation du premier curé. Inutile de dire qu il n existait pour la nouvelle fondation aucune sorte de capital, et que toutes les dépenses d’achat du terrain et de construction des édifices durent être couvertes par des emprunts. 11 n’entre point, non plus, dans notre plan de raconter en détail les progrès de la paroisse, lesquels, d’ailleurs, n’offrent rien de remarquable. Qu’il suffise d’observer que les travaux