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Schéma de la prodictiûx du blé et des surfaces ensemencées dans le xord-ouest canadien.
Cinquante boisseaux à l'acre font cent vingtcinq boisseaux à l'hectare, c'est-à-dire quarantecinq hectolitres, alors que les bonnes terres de la
Beauce donnent difficilement vingt-cinq hectolitres. Ces chiffres, télégraphiés aussitôt après la coupe, sont certainement des résultats extraordinaires obtenus sur certains jioints favorisés, car ils e.xcèdent de beaucoup les mo)ennes
La qualité du blé canadien varie moins que le rendement en quantité. C'est elle qui constitue la grande richesse agricole du Dominion, richesse que l'on découvre tous les jours davantage, car c'est par les deux dernières récoltes seulement qu'il a été officiellement établi que la qualité du blé dur n" I s'améliore au fur et à mesure (jue, dans le Corn Belt, on monte plus haut vers le nord. De sorte que les blés récoltés dans le bassin de la rivière de la Paix, au-dessus du soixantième parallèle, sont encore supérieurs à ceux que l'on récolte en Alberta et en Saskatchewan.
Xous avons déjà nommé le Corn Belt, ou ceinture du blé ; c'est le moment d'en parler avec quelques détails :
Prenez une carte du Canada, imaginez une ligne partant de W'innipeg et s'élevant vers le nordouest, à peu près parallèlement aux Rocheuses, le long des lacs Manitoba, Winnipegosis, Doré, Buffalo, Clair, jusqu'aux rivages du grand lac des Esclaves, pour aboutir sur le Mackenzie vers le fort Providence. Cette ligne tracera la limite orientale de la ceinture du blé. Sa base méridionale sera le quarante-neuvième j^arallèle sur presque toute la largeur du Manitoba et de la Saskatchewan : sa limite occidentale sera aussi parallèle aux Rocheuses, dont elle s'approchera tout autant que la prairie elle-même. Quant à sa limite septentrionale, on l'avait placée jusqu'à présent aux monts Cariboo, mais il est difficile de la déterminer aujourd'hui, puisque le meilleur blé dur pousse au delà du soixantième parallèle, c'està-dire dans les territoires du Xord-Ouest.
Ij'i Canada Illustri':
I .il ((Mnlnr(> du l)lr est doiK riiniiiriisc pr;nnr qui se déroule au rentre du 1 )uiiiiiii()i) sur une lonj^ueur encore indéternuiiée, .i\e( une larj^cur moyenne de i ,( h k > kilomètres. Dans ces vastes esp.uc^s, d'iniu iinl)r,il)les bisons ]iaissaient encore il y A \nij;l c\\]{\ .ins ; les derniers représentants de leur race se sont retirés plus loin vers le nord, ou vivent dans les réserves du ^gouvernement, protégés par les lois.
L'herbe de la, prairie est peu à peu remplacée par le blé au lur et à mesure que la colonisation porte jilus loin la charrue. Et comme les bras manquent à ces vastes solitudes, l'homme appelle à son aide toutes les forces qu'il a su s'asservir. Déjà, deux sociétés de machines électriques envoient dans l'Ontario et le Alanitoba des machines d'essai pour montrer aux fermiers qu'ils ont avantage à se servir de l'énergie électrique pour labourer, faucher, moissonner et battre le blé. Si ces essais réussissent, avec quelle rapidité toute la couronne du blé, toute la prairie jusqu'au grand lac des Esclaves ne sera-t-elle pas mise en valeur!
Dans cette prairie, la charrue n'a pas besoin de pénétrer profondément. Sa fertilité ne tient pas seulement au sol, mais aussi à la somme de lumière et de chaleur qu'il reçoit. Plus on avance vers le nord et plus les jours sont longs pendant les mois qui précèdent la récolte. La lumière y arrive plusieurs heures avant d'arri\er au Far- West américain et la chaleur solaire y reste plus longtemps. C'est sans doute à cela qu'il faut attribuer la supériorité de qualité qui se manifeste dans le blé, poussé plus avant dans le nord. La neige aussi y contribue; non seulement elle laisse en fondant une humidité qui persiste grâce au soussol d'argile, mais elle est peu conductible et protège parfaitement le sol de son manteau glacé. Puis, elle contient de l'acide carbonique et presque toujours des nitrates et de l'ammoniaque. Au dégel, ces substances fertilisantes pénètrent lentement la terre et l'améliorent chaque année d'autant plus que l'épaisseur de la neige est plus grande. La neige tue enfin tous les insectes nuisibles aux récoltes, de sorte que, tout compte fait, cette neige canadienne qui a tant effrayé nos ancêtres se trouve être un des plus puissants facteurs de la prospérité du pays. Jusqu'à présent, on n'a guère aidé cette superbe fertilité qu'en laissant les champs en jachère se reposer une année sur trois.
II existe en Manitoba des endroits du Corn Belt qui sont cultivés sans fumure depuis plus de vingtcinq ans et ne donnent encore aucun signe d'épui-
sement. Cette prairie semble être une source inéjjuisable de froment; cent jours suffisent pour qu'il y nn'irisse; l'orge et l'avoine exigent moins encore. Aussi, pour mettre à |)rorii cet espace sans limite et cette fécondité de la terre, l'homme appelle à son aide toutes les ressources de la science. Les grands attelages américains de trente chevaux sont démodés; aujourd'hui, c'est la vajjcur, c'est l'essence qui labourent.
La vieille méthode.
M. d'Estournelles de Constant, dans son livre Les Etats-Unis d' Amérique, fait une peinture saisissante des progrès du labourage; le passage est trop joli pour que nous ne le citions oas textuellement :
(( On compte dans les trois provinces centrales 5,ooo charrues à essence; on les comptera dans quelques années par centaines de mille. Qui les arrête dans la plaine sans fin ? Chaque machine tire derrière elle dix, douze, jusqu'à vingt socs et laboure à la vitesse de 5 kilomètres à l'heure. Admettons que ces chiffres soient exagérés ; réduisons la marche à 2 kilomètres. Une machine tirant vingt socs aura donc creusé 40 kilomètres de sillons en une heure, 400 kilomètres en dix heures, 4,000 kilomètres en six ou sept jours... Je suis rentré en France poursuivi par le souvenir de ces chiffres. Me voici chez moi, dans un riche pays agricole (la Sarthe) ; je parle à mon fermier, bon travailleur qui cultive 30 hectares de terre où il use ses bras, ses chevaux, ses charrues ; je m'arrête au bord du chemin ; quelque chose d'étrange
[,!•: Canada Illustri?:
c>l là ilcvanl moi, dans un petit champ derrière le ruisseau : deux bras étrei<j;nenl le ni.mchc d'un croc qui s'abaisse, fouille la terre, l'arrache, la retourne, puis se relc\e, s'abaisse encore et ainsi pendant des heures et des heures, des années, des générations, depuis des siècles... ; et ces deux bras sont attachés à deux épaules penchées jusqu'à terre; qu'est-ce donc ? Un vieux paysan français, courbé en deux, qui creuse son sillon comme on faisait de son temps, comme font encore les anciens.
n — C'est vous père Monnier, lui dis-je ?
— (( Eh ! oui, c'est moi, répond-il gaiement sans se relever, car il ne peut plus se relever.
(( Et ils sont beaucoup ainsi qui ne j^euvent pas se relever; beaucoup de vieux cultivateurs cassés en deux et qui, sans se plaindre, la tête tout près des genoux, continuent de creuser leurs quelques mètres de sillons, tandis que la machine canadienne défonce ses .\.o kilomètres à l'heure... »
Cependant, il ne faut pas s'imaginer que toute la prairie est terre à blé. A proprement parler, elle a deux étages; la prairie haute est terre à blé, les parties basses donnent des foins très grands et sont plus propres à l'élevage. Mais nous parlerons ailleurs du foin.
Tracteur mécanique.
En 1900, la surface ensemencée en blé dans les trois provinces centrales : jManitoba, Saskatchewan et Alberta, était de 756,794 hectares; en 191 1, elle a été de 3,882,246 hectares. Après dix ans, les surfaces ensemencées sont donc plus que quintuplées. Dans le Canada tout entier, le blé occupe, en 191 1, 4,250,725 hectares. Il n'y a donc, en dehors des trois provinces centrales, que 368,479 hectares ensemencés en blé, c'est-à-dire moins d'un onzième. Cette proportion nous justifie d'avoir tout d'abord parlé du Corn Belt et de la grande prairie centrale, en abordant la question du blé.
Il faut cependant noter que l'Ontario vient au troisième rang et avant ry\ll)erla dans le chiffre de production du blé. Il est possible même que le recul des frontières de l'Ontario jusqu'au nord de h'ort Severn, décidé en J91 1 par une loi, apporte à cette province de nouvelles terres à blé, mais on jjeut admettre que la jjroduction en blé des trois provinces centrales sera toujours en disproportion avec celle de tout le reste du Dominion, l'extension du Manitoba par la loi de 191 1 étant beaucoup plus importante que celle de l'Ontario et l'avenir du l)lé ouvrant dans le Corn Belt des horizons beaucoup plus vastes que partout ailleurs.
Charrues a pétrole (fermes de la Southern Alberta Landj.
Les provinces centrales assurent au Canada le rôle de grenier de l'Europe qu'il devra bientôt prendre et qui plus tard deviendra un monopole, parce que le Dominion sera le seul pays grand producteur de blé qui pourra toujours en exporter.
Nous avons vu le Canada ensemencer en blé 4,250,725 hectares en 191 1; c'est à peu près la onzième partie de ce qu'il pourrait faire, car les statistiques officielles portent à près de 50 millions d'hectares la surface totale des terres cultivables en blé dans le Dominion, et nous croyons que ces statistiques ne tiennent pas compte des expériences faites dernièrement établissant qu'au nord du Corn Belt la culture du blé sera avantageuse beaucoup plus loin qu'on ne l'a cru jusqu'à présent Quoi qu'il en soit, la culture du blé augmentera avec la colonisation et arrivera un jour à couvrir une surface douze fois plus grande que celle qu'elle couvre aujourd'hui. Si nous prenons pour surface totale ensemencée en blé, dans l'avenir, les 50 millions d'hectares des statistiques officielles,
nous nnivons à une rrcnltc de près d'uii iiiilli;ir<l <rhai(>litros. scnsihlcincnt r^alc à la rôollc iiioii-
(li.i \c ,1(1 lie I le (lu l)lt''.
LllVRKU. V VAl'Ll R 1J\.N> LA l'RAlKlL PRÈS DE LETHBRIDGE.
L évaluation finale de la récolte canadienne de 1912 dépasse la somme de $ 509 millions, provenant de la culture de 12,989,600 hectares. Cette somme ne comprend pas la valeur des bestiaux, ni la valeur des produits agricoles ou des laiteries, elle ne comprend que la valeur des grains.
Pendant une période plus ou moins longue qui mènera le Canada à sa pleine production de blé, qu'arrivera-t-il des autres pays aujourd'hui grands producteurs ?
Ne parlons pas de la France, qui est au quatrième rang, mais qui consomme ordinairement toute sa récolte et la plus grande partie de celle de l'Algérie et de la Tunisie.
Ne considérons que les pays qui peuvent exporter pour fournir aux besoins de l'Europe, c'està-dire les Etats-Unis, les Indes anglaises, la Russie, l'Argentine et l'Australie.
Les Etats-Unis ont exporté en 1902 154 millions de boisseaux (le boisseau égale 36 litres 36), soit environ 50 millions d'hectolitres; en 191 1, son exportation n'a pas atteint 8 millions d'hectolitres. Depuis dix ans, elle tend à diminuer progressivement par suite de l'augmentation constante de la population. On peut prévoir que dans peu d'années la population américaine consommera tout le blé que pourra produire l'Union, d'autant
plus sûrement (|uc la plupart des Etats de l'Union lie produisent pas actuellement tout le blé dont ils ont besoin. Les iicul iJ.its de la Nouvelle-Angleterre, qui comptent 22 uni lions d'habitants, achètent chaque année 2O millions d'he( tolitres de blé. Le Minnesota et les dcu.x Dacota ont seuls une production suffisante pour exporter, et l'on y remarque une certaine tendance à remplacer la culture du blé i)ar d'autres ))lus avantageuses. L'Europe ne peut donc plus compter sur les Etats- Unis et il snlInMil rhc/ eu.\ (runc iiiaïuaisc récolte pour qu'ils en soient réduits à imi)orter.
La Russie n'est restée grand exportateur de blé (|ue j)arce ciue ses 130 millions de sujets mangent du seigle. Peu à peu les progrès de la civilisation et du bien-être gagneront les paysans russes; ils mangeront du pain et la faculté d'exporter diminuera en proportion.
On peut en dire autant des Indes anglaises qui, actuellement, se nourrissent de riz.
Restent l'Argentine et l'Australie.
La production de l'Australie n'augmente guère et, d'une année à l'autre, elle varie tellement que l'Europe ne peut ])as compter sur elle; d'ailleurs, elle n'exporte que des quantités minimes et semble vouloir consacrer à l'élevage du bétail, mieux approprié à la nature du sol, la plupart de ses terres à blé.
Charrues anglaises Marshall.
En fait, la République Argentine restera, dans l'avenir, le seul concurrent sérieux du Canada, comme fournisseur de blé pour l'Europe. Mais quelle différence entre les deux pays et combien l'avenir du Canada comme producteur et exportateur de blé l'emporte sur l'Argentine !
Dans la liste des pays classés par rendement de
Lk Canada Illustré
blé à riicctare, ie Canacla \ ieiit sixicinc avec un loiuleinciit (le u (]uintau.\ 4 à l'heclare. tandis (jue r.\r<jentine vient quatorzième avec un rende nient de 7 quintaux i. lin outre, aucun pays n'est plus irré^ulier dans sa production en blé. D'après le Coni Tradc Y car Book, les deux tiers des récoltes arj^^entines donnent des décejilions parce que rinsalul)rité de la température d"cté affecte les plantes qui n'ont jias été suffisamment endurcies par les froids et les vents d'hiver. Ici la douceur de l'hiver nuit au blé et laisse \ ivre ses ennemis les insectes; c'est la contre-partie des neiges canadiennes.
Tout ce que nous venons de dire prouve que, si les Etats-Unis ont nourri l'Europe au dix-neuvième siècle, le Canada va prendre leur place et nourrira le Vieux Monde j^endant le vingtième. Il ne nous appartient pas de mesurer jusqu'à quelle époque dans l'avenir il conservera ce rôle. Lui aussi verra sa population grandir et se décupler comme l'a fait celle des Etats-Unis, mais on peut esjiérer que les conditions particulièrement favorables du Corn Belt et des terres à blé canadiennes lui permettront toujours d'exporter le tiers de sa production, ce qui semble devoir suffire aux 'oesoins européens.
C'est pourquoi le blé, pour longtemps encore, représentera la première et la plus précieuse des richesses du Dominion.
La .Hoisson.
Les récoltes des provinces du centre qui grandissent chaque année, parce que chaque année la surface des terres ensemencées est plus considérable i^, proviennent en grande partie de vastes
(il Xous donnons ici, exprimées en milliers d'hectolitre?, les plus grandes récoltes de blé faites dans le monde pendant les années 1910 à 1913, d'après le DornbuscJi's iloating cargoes Even'mg list de Londres :
l'.ilO l'.ill l'.i|-i 19i:i
Etat>-L'nis 230.231 225.234 264.732 263.900
Russie 182.054 204.528 290.725 356.410
Indes 127.707 136.485 132. 811 129.876
France 104.170 121.776 137.279 130.272
(y compris Algérie etTunisie>.
Canada 48.369 78.244 72.224 78.300
Argentine 53.000 60.336 72.210 72.500
Les surfaces ensemencées au Canada ont été de 4,3985680 hectares en 1912 et 4,406,000 hectares environ en 1913.
L'avoine a couvert 3,986,400 hectares en 19 12 et 4,173.600 hectares en 1913.
Lorge a couvert 632,400 hectares en 19 12 et 645,200
hectares en 19 13. Le rendement moyen du blé a été de
exploitations agricoles constituées souvent en .Sociétés. Tandis que la petite ferme a, au minimum, 64 hectares, et au Manitoba le plus souvent 13CJ hectares, les grandes exploitations ont plusieurs milliers d'hectares où tous les travaux se font au moyen de machines.
Le spectacle de la moisson dans les parties ensemencées de la prairie est vraiment extraordinaire; le chiffre des gerbes est tellement considérable qu'une grosse ])réorcupation des fermiers du centre est de posséder assez de cordes à gerbes pour les lier. On ne voit que des moissonneuses marchant en une longue file oblique et déposant en ordre les gerbes liées. Les hautes fumées des machines, le tapage des batteuses, l'animation et la hâte des travaux qui ne peuvent être arrêtés un seul moment et se poursuivent jusqu'aux dernières lueurs du jour, font une impression profonde par l'ampleur de la scène. En 191 2, les trois provinces du centre ont demandé plus de 50,000 moissonneurs. Le transport rapide de quantités de blé aussi considérables est très difficile.
Pour l'effectuer, on le divise. L'ne partie est mise
18.69 hectolitres en 191 1, de 18.97 hectolitres en 1912 et de 19.22 hectolitres on 1913 par hectare.
Exportations de blé et de farine de blé de 1906 à 191 1.
(B<>i.-<si-au\i
Farine di- blû iBaril.st
Le boisseau est de 36 litres 36. Le baril est de 163 litres.
Voici une information officielle transmise à Lord Strathcona, commissaire général du Canada à Londres, à la fin d'octobre 191 2
« Le gagnant du prix du concours, au Congrès de V International Dry Farming, à Lethbridge (Alberta), le 20 octobre, pour le meilleur blé récolté sous des conditions de culture sèche, fut ]\L H. Holmes, de Raymond (Alberta). Le prix consistait en une machine agricole de f 2,500 (12,500 francs). Les juges étaient au nombre de huit, dont quatre des Etats-Unis et quatre du Canada. Parmi les 46 gagnants de prix pour le blé. l'orge et l'avoine, 40 étaient des fermiers canadiens.
Le blé primé de M. Holmes est de la même espèce que celui qui gagna le prix du Monde à New-York et qui est connu sous le nom de Blé Marquis ; il produit environ 74 hectolitres par hectare.
Le rendement moyen du blé en 1913 a été de 21.15 boisseaux à l'acre. M. O.-S. Noble, à Noble (Alberta), a obtenu 35 boisseaux à l'acre sur sa propriété et a fait 10,720 boisseaux.
\A-: Can.um Im.us'irk
en imnilos pour attendre le I)iitla}^e, une autre partie est en\t)}'éc aux entrepôts ou élé\ateurs ; ce (|ui ne sera pas enle\é |),ir les chemins de 1er ou les bateaux sera coiuerti en fariiu^ par les j^^rands (établissements de minoterie.
Les liiitrcpôts.
Ces élévateurs, que construisent tous les intéressés : .Sociétés d'exi)Ioitation, de chemins de fer, de navif^ration, de minoterie, sont la marque distinctive du ("anada aj^ricole. Leurs énormes silhouettes dominent la prairie; on en compte plus de mille à l'ouest du lac Supérieur, mais les plus grands et les plus nombreux sont ceux de Fort-William et de Port-Arthur, cjui sont les deux centres d'expédition à l'extrémité ouest du lac Supérieur. Le plus grand élévateur de Fort-William contient 3,200,000 boisseaux et il appartient au Canadian Pacific.
Les nulle à (jn/e cents élévateurs qui existent à l'ouest du lac Supérieur ont une capacité totale de 40 à 45 millions de boisseaux. Dans l'Ontario et dans les ])rovinces de l'Lst, il y a aussi beaucou]) d'élévateurs, nolanniiciil sur les points de concentration des transports. Le drand Trunk en a construit dans les ports de la baie Géorgienne et sur la rivière Saint-Clair qui sert de déversoir au lac riuron ; depuis que Montréal est devenu un grand port de mer doté de tous les perfectionnements modernes, les Compagnies de chemins de fer, les Sociétés commerciales y ont construit de grands élévateurs qui ])e(ivent rivaliser avec ceux de Port-Saint-John et d'Halifax. Le Canadian Norihern, qui possède ])lus de quatre cents élévateurs, a construit à Port-Arthur le plus grand qui existe, il contient 7,250,000 boisseaux. On estime que la capacité des élévateurs de l'Est atteint 13 à 15 millions de boisseaux, de sorte qu'en portant la
ELL\AlhlkS A 1-()R1-\\"IJ 1 IWl.
Emmagasinement du blé dans un élévateur.
\J élévateur est une grande construction en bois et en ciment surmontée ordinairement, au centre, d'une haute tour carrée d'où le grain descend grâce à son propre poids par des tuyaux qui le distribuent dans les divers magasins que renferme l'élévateur. La plupart de ces énormes entrepôts bordent la voie ferrée où les wagons viennent s'arrêter à portée de leurs machines. Le grain est aspiré par des tuyaux jusqu'à l'étage où il doit s'entreposer. Des dispositions spéciales et très perfectionnées permettent de remuer les grains de façon à éviter tout déchet.
capacité de tous les élévateurs-entrepôts du Dominion à 60 millions de boisseaux il semble qu'on doit dépasser le chiffre réel. Que sont ces 60 millions de boisseaux en face d'une moisson de 150 millions de boisseaux uniquement dans les trois provinces du centre?
Faisons toute la part qu'on voudra aux exagérations, il n'en est pas moins vrai qu'en 191 2 les trois provinces centrales ont ensemencé en blé 2 millions d'hectares de plus qu'en 191 1 et tout semble indiquer que la même progression va continvier dans les années suivantes. Les quantités de grains
Lk Canada li.i.rsiRi':
Elkvatpurs a Wevhi rx.
à transporter vont donc suivre une progression constante incomparablement plus rapide que la construction des nouveaux moyens de transport.
11 faudra dix ans pour faire le canal de la baie Géorgienne, presque autant pour construire le chemin de fer de la baie d'Hudson et les aménagements des ports de Nelson, Severn ou Nottaway. Quant à utiliser le canal de Panama pour exporter les grains du Nord-Ouest, cela ne sera possible dans de grandes proportions qu'après la construction du réseau de chemins de fer que le Parlement de la Colombie Britannique a déjà voté.
On voit donc qu'aujourd'hui encore et plus que jamais le mot de sir Wilfrid Laurier est vrai lorsqu'en réclamant des chemins de fer pour l'Ouest il s'écriait : (( Le Canada ne peut plus attendre! »
Les Transports.
Dès igo2, M. Davis, député de Saskatchewan, exposait au Parlement que le fermier de l'Ouest supporte d'énormes frais causés par la lenteur des
transports et l'entreposage des blés, forcés d'attendre l'ouverture de la navigation sur les lacs. Il réclamait un chemin de fer conduisant directement les loo millions de boisseaux de blé, qui, dans une dizaine d'années, seront 400 millions de boisseaux, aux ports de mer. M. Davis était bon prophète, mais la situation à laquelle il cherchait un remède en 1902 est plus difficile encore en 19 12 à cause de l'énormité des chiffres
Le problème du transport de la récolte reste donc la plus grande préoccupation économique du Canada. La question de l'immigration se résout de plus en plus facilement chaque année ; la question monétaire est résolue par la participation de plus en plus large non seulement des capitaux anglais, mais aussi des capitaux américains et français aux besoins industriels et commerciaux du Dominion. Celle des transports devient au contraire chaque année plus difficile. Ce n'est cependant pas faute d'y travailler.
Nous verrons en étudiant les chemins de fer
\.E Canada Illustrk
quelle activité luervcilicusc a été celle du Caiiadiun Pacific Raihuay, quelle vaste et audacieuse concciitioii fut celle du Grand Irunk Systcui et nous étudierons les pioj^rès rapides du troisième transcontinental, le ianadian Norf/ieni Railway.
Mais les chemins de fer n'ont pas absorbé toute l'tittention des ministres canadiens. Ils ont fait étudier le tr.icé du canal de la baie Géorgienne qui unira le lac I luron directement au Saint-Laurent, à Montréal, par la rivière Ottawa; ils ont tracé le plan du chemin de fer de la baie d'IIudson, qui, partant d'un jioint du réseau du Cana- (lian Northern, aboutira à Port-Nelson. Ce serait, pendant l'été, l'écoulement des blés du Nord- Ouest par l'Atlantique, tandis que les chemins de fer de la Colombie Britannique pourraient évacuer pendant toute l'année par les ports du Pacifique, toujours libres, une grande partie de ces mêmes blés.
Ces grands travaux demandent du temps, mais chaque jour les Compagnies de chemins de fer rivalisent d'efforts pour lutter de vitesse. Le Grand Trimk Pacific sera à Prince-Rupert en 1914; on a calculé que, pendant les douze dernière années, la construction du Canadian 'Northern Railway a avancé d'un kilomètre et demi par jour, et quant au Canadian Pacific il n'est pas exagéré de dire qu'il a été le plus grand colonisateur du Canada.
Grâce aux élévateurs et aux magnifiques travaux des chemins de fer canadiens, on peut espérer que les blés de l'Ouest continueront à gagner l'Angleterre et les ports européens avec plus ou moins de frais jusqu'au jour où les voies maritimes seront régulièrement desservies par les canaux, dont l'intervention décisive mettra fin aux difficultés actuelles.
La campagne de 191 2 a causé sur ce point une surprise rassurante. Au commencement de novembre, M. William J. Roche, ministre de l'intérieur à Ottawa, télégraphiait à ses agents à l'étranger :
« Le transport de la récolte a été fait avec une rapidité sans pareille et a dépassé les espérances
des personnes les plus optimistes. Si le mois de novembre, en moyenne, est aussi iivantageux que le mois d'octobre, au point de vue des transjwrts, une grande partie de la récolte de grains de rOuest-Canadien aura été apportée sur le marché avant la fermeture de la navigation. Environ 1,300 wagons chargés de grains quittent Winnipeg tous les jours. »
Dans sf)n discours du 3 décembre 1912 au diner du Comité France-Amérique, M. Philippe Roy, commissaire général du Canada à Paris, a donné les chiffres de la récolte, à dix ans de distance, des céréales canadiennes. L'accroissement de cette production donne, mieux que toute autre chose, une idée des progrès du pays. On trouvera ces chiffres dans le prochain chapitre, aux Céréales et divers.
M. Philippe Roy, commissaire général a Paris.
En dix ans, l'augmentation a été de cent pour cent. Il y a au Canada 370 millions d'acres de terres propres à la culture, dont 22 1/2 0/0 seulement sont cultivés. Plus de 286 millions d'acres restent à mettre en valeur. Le Canada peut être, pendant tout le vingtième siècle, le pourvoyeur de l'Europe.
CHAPITKI: \ 11
Autres cultures : la Betterave, le Lin, le Tabac, Céréales et divers. Le Foin. — L'Elevage. — Les produits de la ferme.
La Betterave.
L'importance du blé est telle au Canada qu'elle rejette au deuxième plan toutes les autres cultures. Il y aurait cependant avantage à développer certaines d'entre elles, surtout celles de la betterave et du lin.
La betterave a occupé, en 191 1, 8,350 hectares et, «n 191 2. 7,200 hectares.
Le Canada et les Etats-Unis sont les deux nations chez qui la consommation du sucre est le plus élevée. Elle dépasse vme moyenne de 60 livres par an et par tête, alors qu'en France elle ne s'élève qu'à 25 livres (i^. Pour 191 1, le Canada a importé 547,534,028 livres de sucre, 361,951 livres de matières sucrées, sucre candi et bonbons, et 6,399,529 gallons '[2) de mélasse. Le Canada peut cependant produire du sucre, et les expériences de la ferme expérimentale d'Ottawa prouvent que la culture de la betterave y serait aussi lucrative qu'aux Etats- Unis et en Allemagne. Le gouvernement s'est décidé à encourager la production du sucre de betterave par des primes.
Les expériences faites à la ferme expérimentale d'Ottawa comparées aux cultures américaines et aux résultats obtenus en Allemagne permettent de fixer à 25 francs par tonne le prix de la betterave; les 100,000 tonnes qu'on produirait dans le pays rapporteraient donc aux cultivateurs 25 millions par an. Quant aux bénéfices des raffineries, ils sont, d'après les moyennes de 113 fabriques allemandes, de 16 fr. 30 par tonne, ce qui donne 4,200,000
(i) La livre équivaut à 454 grammes.
(2) Le gallon équivaut à 4 1/2 litres.
francs à répartir entre les 20 raffineries qui seraient nécessaires actuellement au Canada s'il devait pourvoir à sa consommation, sans compter les résidus qui servent à l'alimentation du bétail.
La production mondiale du sucre de betteraves en 191 3 a été de 8,915,000 tonnes, celle du sucre de canne a été de 9,902,014 tonnes.
Il est encore trop tôt pour se prononcer sur ce que deviendra la culture de la betterave au Canada. On poursuit des expériences. La dernière et la plus importante a été tentée en 191 2 à Raymond Alberta) sur 800 hectares; on a recueilli 14,000 tonnes qui ont été payées $ 5 la tonne, ce qui confirme les chiffres que nous venons de dire, mais on n'est pas d'accord sur la possibilité de réussir toujours aussi bien. Le sol très riche de la prairie aidé du beau soleil canadien semble devoir produire, dans le sud des provinces centrales, des betteraves très riches en sucre, mais on se demande si, en l'absence d'irrigation, la plante trouvera dans le sol suffisamment d'humidité.
L'avenir seul décidera de la question; en attendant, le Canada se contentera du sucre d'érable là où l'habitant peut en récolter, et des sucres de cannes bruts importés des x\ntilles et raffinés au Canada.
Le Lin.
Le lin croît à l'état sauvage dans presque tout le Canada, mais cette richesse est encore à peu près inexploitée C'est d'Europe que sont importées la plupart des toiles fines et des batistes dont on use au Canada, et l'on exporte chaque année pour $ 138,529 de lin brut. L'importation des produits de lin manufacturés se monte à $ 5.423,963. Des industriels belges ont vu l'avantage qu'il y aurait
Le Canada Illusiri':
Chan\'re en flecrs dans l'Oiest-Canadien.
à traiter la plante sur place et à tirer profit de cette richesse naturelle (i). Mais l'industrie textile ne s'est pas encore emparée du lin et de vastes champs fleurissent sans être recueillis. C'est à tel point que le livre de la Chambre de commerce française de Montréal, en énumérant les récoltes des grandes cultures canadiennes, au nombre de douze, ne fait pas mention du lin. Cependant, cette culture a pris un certain développement pendant les dix dernières années. En 1900, on comptait 8,480 hectares cultivés en lin dont la récolte avait produit 58,880 hectolitres. En 191 1, 436,246 hectares produisirent 4,409,605 hectolitres, moyenne beaucoup plus forte. Les quatre cinquièmes de ces cultures se trouvaient en Saskatchewan. Dans une communication officielle faite le 4 juillet 191 1 par le ministère d'Ottawa à ses agents en Europe, il est dit que la valeur totale du lin récolté dans l'ouest du Canada a passé de $ 1,457,000 en 1900 à $ 19,467,000 en 19 10.
(1) La culture du lin et du chanvre fut encouragée en Nouvelle-France par Talon qui, en 1666, établit les premières filatures.
Cependant les surfaces ensemencées en lin sont tombées de 808,760 hectares en 1912 à 608,800 hectares en 191 3; d'autre part, aux toiles et aux batistes communes que produisaient jusqu'à présent les manufactures canadiennes succèdent des produits plus fins; on peut espérer que le Canada suffira plus tard lui-même à tous ses besoins.
Le Tabac.
Lorsque les premiers explorateurs découvrirent le Canada, ils reçurent des indigènes, parmi d'autres présents, du tabac récolté sur les rives du Saint-Laurent.
Les Indiens cultivaient déjà le tabac. Cette plante, originaire sans doute de l'Amérique centrale, s'était propagée jusqu'au Canada longtemps avant la découverte du Nouveau Monde, et le calumet de paix se fumait aux assemblées des anciennes tribus avant l'apparition des blancs. Mais la culture rationnelle du tabac n'existait pas, les habitants du Bas-Canada s'habituaient à consommer le produit indigène sous une forme rudimentaire —
Lk Canada Illi'stkk
feuilles l)rutos, mises on mamouni torcjucUesct iu>u fernientées — et les premiers manufacturiers \)rc(cr.iionl cmploN-cr des tabacs iniiior!cs d'Aniorique. Dos t.uits (1(111. micrs protestèrent cnsuile les tabacs canadiens en l'ouillos et l.i (lornior(^ loi protectrice stipulait vni droit de îj^ o.-'S par livre.
RÉCOLTE ui Tabac.
Vers la fin de 1005, le gouvernement canadien a créé un service des tabacs qui dépend du ministère de l'agriculture. La culture du tabac est absolument libre, sans monopole ni surveillance officielle. L'Etat se borne à aider les agriculteurs, à leur enseigner les cultures .les plus rationnelles et les espèces les plus appropriées au climat et au sol. Il fit appel, pour diriger ce service, à un Français, M. F. Charlan, qui a publié plusieurs notes auxquelles nous empruntons ce chapitre.
Dans une tournée d'inspection, M. Charlan reconnut les principaux centres de la culture du tabac au Canada et actuellement ces centres sont nettement déterminés.
OxiARlO-SUD. — Le comté d'Essex y tient la première place dans la culture des tabacs pour palettes, à grand rendement en poids, de l'espèce Bnrley, exigeant un été assez long pour mûrir et un automne favorable pour bien sécher. La proportion de chaux relativement considérable que contiennent les terres favorise la production d'un tabac poreux, recherché pour la fabrication des palettes ou tabacs à chiquer.
Québec. — Quelques comtés situés au nord du Saint-Laurent : Montcalm, Joliette, l'Assomption, Deux-Montagnes, se livrent surtout à cette culture,
|)uis, sur la rive droite, au sud de .Montréal, le comté de Rouxillc devient un (entre de plus en ])lus important.
L'(''lé de Québec est rolatnoment (ourt, (o (|in a conduit les ])lanteurs à ado])ter les variétés précoces connue les Candie, Pelil Ronge, Petit Havane qui constituent aujourd'hui les tabacs dits canadiens, mais leur rendement en poids est faible; sauf le Canelle, qui obtient encore des prix élevés, leur culture n'est pas très rémunératrice, l'ue nouvelle variété, le Couislock Spanish, s'y est acclimatée d'une façon remarquable et deviendra probablement la plus répandue dans Québec.
Colombie Britannique. — De nombreuses cultures de tabac se sont établies dejîuis quelques années dans la vallée de l'Okanagan, où réussit très bien le Cuban. Cette espèce de tabac y donne une filasse d'excellente qualité quoiqu'un peu forte.
Avant l'établissement du service des tabacs, le planteur canadien cultivait en vue d'obtenir le plus gros rendement en poids, ce qui n'avait pas grand inconvénient dans le Sud-Ontario, mais se trouvait tout à fait anormal dans Québec.
Après plusieurs années d'essais effectués par le service des tabacs à Harrow, à Saint-Jacquesl'Achigan et à Saint-Cézaire, sur diverses variétés et notamment sur le Coinstock Spanish, le Hazlewood et le Cubait, on est arrivé à des résultats à peu près définitifs.
Enfin, en 1908, on a obtenu à Saint-Cezaire VHybride C omstock-Suniatra qui donne un tabac remarquable dont la feuille ovale permet d'en tirer le nombre maximum d'enveloppes.
En général, les résultats obtenus dans les stations d'essais sont très encourageants. Le rendement en poids s'est élevé jusqu'à 2,500 livres par acre, chiffre très supérieur à la moyenne et qui justifie l'emploi des engrais. Le rendement en argent, calculé sur les prix du marché, atteindrait $ 323 par acre, soit un bénéfice net de $ 250.
Le service des tabacs préconise l'emploi du tabac Virginie en Essex pour remplacer un peu de .5?/r/^jj/ dont la production est exagérée. Il s'occupe surtout de la production des graines de choix qu'il distribue aux planteurs avec toutes les instructions nécessaires, de façon à remplacer bientôt les variétés médiocres par des semences sélectionnées.
En 1911, le Canada a importé pour $ 4,952,446 de tabacs, cigares ou cigarettes, tandis qu'il n'a exporté que pour $ 86,050, somme inférieure de $ 16,832 à l'exportation de 1910. Cette décrois-
sauce s'explique surtout par une consommation plus active à l'intérieur. Le service des tabacs, dont nous parlons dans le ministère de l'agriculture, s'occupe activement à amcliorcr et à auj^meiiter la production du tabac canadien.
Céréales et divers.
Les diUcrcnts genres de cultures qui i)rospèrent ■dans l'Europe centrale prospèrent également au Canada. Il serait trop long de donner ici des détails sur cette matière et nous sortirions de notre cadre. Pour permettre au lecteur de se faire une idée précise de l'ensemble de la production de la terre canadienne, nous indiquons, dans un tableau, les étendues ensemencées des différentes céréales dans l'Ouest et les produits des diverses cultures légumineuses et fourragères qui existent actuellement.
Une belle récolte d'avoine A LA Plonge mission (Saskatchewan).
Surfaces en acres enseviencèes en blé, avoine et orge dans les provinces de V Ouest :
Blé 2.495.466 3.941.369 8.395.400 9.592.900
Avoine.... 833.390 1.697. 170 4.398.000 4.762.000
Orge 162.557 370.850 1. 015. 900 1. 000. 000
Récoltes des grandes cultures en boisseaux : 1891 1901 191 I
Blé 42.223.372 55.572.3G8 215.851.300
Orge 17.222.795 22.224.366 40.641.000
Avoine 83.428.202 151.497.607 348.187.600
Seigle 1.341.325 2.316.793 2.694.400
Maïs 10. 711. 380 25.875.919 18.772.700
Sarrazin 4.994.871 4.547.159 8.155.500
Pois 14.823.7G4 12.348.943 4.536.100
Fèves 800.015 861.327 1.155.600
Pommes d(; terre 53.490.857 55.362.635 66.023.000
Navets 49.679.636 76.075.642 84.933.000
Foin ....Tonnes 4.277.936 7.852.731 12.694.000
Ce tableau fait clairement ressortir les énormes progrès que fait d'année en année l'agriculture canadienne et l'orientation de ces jjrogrès.
Les cultures les plus rémunératrices avec le minimum de travail sont le blé et l'avoine. Pour ces deux céréales, la progression est extraordinaire; l'extrême fertilité du sol, l'heureuse disposition de la prairie permettent l'emploi des machines avec le moins de main-d'œuvre, aussi le blé et l'avoine sont-ils plus rémunérateurs que les autres cultures et leur progression dépasse, depuis dix ans, tout ce qu'on pouvait imaginer. Au contraire, le seigle, le maïs et les pois sont des produits moins payants et les fermiers les délaissent afin de gagner le plus d'argent possible.
Le Foin.
Pendant la campagne de 191 2, terminée le 31 octobre, il a été cultivé dans tout le Canada 7,633,600 acres ''3.053,440 hectares) de foin et de trèfle et 111,300 acres ^44,520 hectares) d'alfala. L'alfala est une sorte de luzerne qui, dans les terres favorables, donne jusqu'à trois coupes par an.
Additionnant ces deux chiffres, nous avons 7,744,900 acres, donnant 11,285,124 tonnes de fourrages, dont la valeur atteint $ 125,105,000 ou 625,525,000 francs.
Il est intéressant de constater comment se partagent les chiffres entre les différentes provinces du Dominion. Nous les prenons tous dans le fascicule publié par le ministère d'Ottawa en novembre igi2:
l'KOVINCKS Aci'.s T..1111.S Valrui-
Ile du Prince-Edouard 188.030 24.079 % 280.800
Nouvelle-Ecosse 478.030 755- 105 9.680.300
Nouveau-Brunswick. 558.140 826.280 8.361.800
Québec 2.760.000 3.382.500 31.651.000
Ontario 3.325.000 5.484.000 65.959.000
Manitoba 143.900 248.900 2.337.700
Saskatchewan 21.700 37400 298.000
Alberta 182.300 317.000 2.916.000
Colombie Britannique 87.800 207.900 3.620.300
Le Canada Ili.ustrk
«îç
Ces chiffres sont inférieurs à ceux de la caml>agne précédente, bien que le foin et le trèfle aient été cultivés sur 4^0,000 acres de iilus. Il faut aussi noter cjue dans une des fermes expérimentales le Irctle n'était pas parvenu à maturité.
Cette diminution est due à des causes diverses qu'il est assez difficile d'apjirécier. L'ex]K)rtation ne semble }" jouer aucun rôle, car le (\uiada n'a exporté en 19 10 que 191,130 tonnes de foin et en U)ii 3^6,142. Ces chiffres sont insif^nifiants sur l'ensemble de la production des fourrages.
Mais il y a d'autres causes plus générales et plus ]>rofondes qui influent sur la matière.
Il ressort du tableau de la production par province que l'Ontario et Québec marchent en tête pour la production du fourrage. Ainsi que nous l'expliquons ailleurs, quand arriva la baisse dci" jirix du blé, suivie de la mise en valeur des terres à blé de l'Ouest, Ontario et Québec renoncèrent à produire les céréales pour se livrer aux industries de la ferme, à l'élevage des races de bétail sélectionnées, à la fabrication des fromages, crèmes, beurre, etc., dont la conséquence était l'augmentation constante des prairies naturelles ou artificielles se substituant aux champs de blé. Cette évolution des cultures dans les deux provinces de l'Est continue toujours; de plus en plus, les fermes de l'Ontario et de Québec envoient leurs produits aux Etats-Unis et en Angleterre.
Dans les provinces du Centre, et surtout en Alberta , où l'on aperçoit encore les pistes des innombrables troupeaux de bisons d'autrefois, des espaces immenses ont été consacrés d'abord à l'élevage en grand ; c'est le pays oii les ranchers ont réussi pendant longtemps à éloigner les colons de leurs pâturages libres; mais, au fur et à mesure que la colonisation s'est avancée vers l'ouest, on a appris à mieux connaître la fertilité de la prairie et maintenant les grands ranchs de l'Alberta font place à la culture des céréales, surtout dans les parties très nombreuses où le sol peut être irrigué.
Des sociétés foncières achètent de grands domaines qu'elles mettent en valeur; nous pouvons citer la Southern Alberta Land C°, qui a acheté 154,000 hectares et détourne la Bow River pour former un lac de 35 kilomètres de long et de 14 mètres de profondeur qui lui permettra d'irriguer plus de 200,000 hectares.
Il résulte de ces entreprises multipliées que les pâturages libres diminuent et sont remplacés par des céréales et des fermes. Cependant les animaux à cc'rnes ne diminuent pas ; au contraire, le troupeau
canadien augmente toujours, mais i'cxpcjrtation du bétail canadien diminue à cause des besoins grandissants de ralimcntation en viande de la population. Si l'on se reporte à ce que nous avons dit de l'accroissement rapide de cette populaticjii. on comprendra comment, à une certaine distance des ranchs, l'ouvrier agricole doit se contenter de viande de conserve. Dans les ranchs, où le ])ersonnel est peu nombreux, on ne peut pas tuer un bœuf pour une demi-douzaine de personnes et l'on mange encore de la viande de conserve.
Quant aux foins et fourrages, ils subissent l'influence de ces diverses causes. Ils augmentent en Ontario et en Québec, où les fermiers ne cessent d'augmenter leurs pâturages, mais, dans les pays du blé, ils obéissent aux besoins locaux. Sans doute, la prairie libre ne figure pas dans les statistiques, l'herbe en touffes ou herbe à bisons n'est pas cataloguée, car elle n'est pas récoltée. Le bétail la broute hiver comme été sur place. Tout au plus quelques ranchers en font couper et mettre en meules certaines parties qui servent en hiver à augmenter l'alimentation de leurs troupeaux; ces meules-là sont aussi consommées sur place.
Mais, quand la colonisation, qui gagne chaque jour du terrain, trouve à proximité une agglomération, une ville où elle peut vendre avec bénéfice la viande et les produits de la ferme, elle crée des pâturages tout comme en Ontario et ces pâturages-là sont inscrits par les inspecteurs ministériels.
L'Elevage.
Au chapitre du blé, lorsque nous avons parlé de la prairie canadienne, nous avons dit qu'elle avait à proprement parler deux étages, la prairie basse où pousse un foin magnifique et qui est plus propre à l'élevage, la prairie un peu plus élevée où le blé règne sans conteste.
Le docteur P. -H. Bryce, secrétaire du bureau d'hygiène de la province d'Ontario, dit dans son livre Les Climats du Canada : k La plus basse superficie de ces plaines comprend le Manitoba, la rivière Rouge au sud, la rivière Sa.skatche\van dans l'ouest et leurs affluents qui se déversent dans le lac Winnipeg. Cette immense superficie s'étendant jusqu'à l'élévation des terres dans l'Etat de Dakota (Etats-Unis) prouve qu'elle fut autrefois le bassin d'une grande mer intérieure marquant, plus ou moins nettement, les niveaux successifs des eaux du grand lac post-glacial Agassiz, selon l'expression des géologues. »
Le Canada Ili^isiuk
Les parliez L)ivsscs do l.i {^r.iiidc |)r.iiric (ciitralc existent donc plus purticulicrenicnt dans le sud des trois lirovinces Manitoba, Sasl<at< hcwan cl Albciia, et dans le lOnd des \ al Ires oîi coulent les rixières cjui, des Monl.i^nes R(j( lieuses, vont au lac Witnnpey". 11 y a là d'nnnicnses pâturages où l'clevaj^e du bétail réussit .idnnrablenient et où les Icrniicrs ont ;\\aiil,i<4e à se livrer au système de culltur mixte en pii xlnisant en mcmc temps du bétail cl du blé.
Taureau de Hereford.
Car, suivant la situation de leurs fermes et les ondulations du terrain, ils peuvent avec un très simple dragage convertir la prairie basse ou presque basse en admirable terre à blé. C'est ce qu'ont fait notamment de nombreux propriétaires dans le Manitoba et ailleurs. Ils réalisent ainsi des bénéfices plus considérables, les bestiaux s'élèvent tout
seuls au milieu d'une abondance presque inépuisable de fdurrages, les débouchés sont économiques et avantageux et les céréales forment le fond du revenu de la ferme mixte. Lnfai, les industries agricoles (jui peu\enl se développer dans le système de culture mixte xicnncnt s';i|(jntcr au.v produits directs de la terre.
11 est \ r;u (\nc. la tullurc mixte exige plus de soins, plus de travail, et le gouxernement canadien s'efforce par ses enseignements et ses exemples de lutter contre la paresse des fermiers de l'Ouest, surtout des Américains immigrés, qui sont venus du Far-West uniquement ])our faire du blé et vivre en spéculateurs oisifs entre l'ensemencement et la récolte.
Le pays des ranclis commence à la pointe nordest du Montana, sur la frontière américaine, et s'étend vers l'ouest et le nord jusqu'aux Rocheuses; les pâturages se succèdent à jicrte de vue, on n'aperçoit que très peu de fermes et de grands troupeaux de bœufs errent en liberté. Ils vivent toute l'année de l herbe à bison, spécialité de la grande prairie, dont la tige courte et raide semble sèche vers le milieu de l'été, tandis qu'elle est encore verte près du sol et constitue une excellente nourriture, été comme hiver, pour tout le bétail. Les animaux venus de loin, fatigués ou en mauvais état, reprennent une bonne forme en très peu de temps dans ces pâturages nourrissants. Ils sont marqués, chevaux et bœufs, de la marque de leur propriétaire et paissent en liberté. Deux fois par an, au printemps et à l'automne, les cow-boys de chaque district procèdent au rassemblement de tous les bestiaux, on trie les bêtes, on vérifie les marques et les petits sont marqués de la marque de leur mère. Cette opération très importante, puisque la marque est la seule garantie de propriété des ranchers, est faite avec le plus grand
Un Ranch dans l'Alberta.
Le Canada Ilij strk
soin el les lois (lui punissent les vols de bétail sont très sévères.
Lors de cha(]ue rasseinlîlement, les bestiaux égarés dans un autre district cjue le leur sont réunis et parqués, leurs marques sont publiées dans les journaux, et chaque propriétaire peut ainsi réclamer et retrouver ses bêtes.
TkOrPEAl l'AKl^lt PRÈS IJK C AMKOsK.
L'élevage en grand rapporte des bénéfices importants avec des frais minimes. Le troupeau se suffit à lui-même et augmente chaque année dans ces pâturages où ne régnent ni maladies ni causes de pertes. On a calculé qu'un troupeau de 200 vaches coûte 40,000 francs et que ses produits sont, pour la première année, lOO veaux à 80 francs ; pour la seconde, 100 veaux à 80 francs et 50 à 1 10 francs ; pour la troisième, 100 veaux à 80 francs et 50 à 150 francs, etc. Les vieilles vaches sont vendues et remplacées par les génisses de deux et trois ans. Ces chiffres ne sont qu'un aperçu, car il faudrait faire entrer en ligne de compte, suivant les cas, les frais de construction, d'achat de terres, d'administration et de matériel, de même qu'il faudrait enregistrer d'autres recettes si le
rtiiiih est doublé d'une [crnic, de réle\age des porcs, des moutons, des poules et surtout des chevaux. On peut dire, d'une façon générale, cjue les conditions de l'élevage dans la prairie canadienne sont très avantageuses et que chaque cas particulier dépend des conditions de l'installation, des buts plus ou moins complexes poursuivis et surtout du talent de l'éleveur
Un taureau du ^hinitoba, né près de Brandon, a remporté le premier ]jrix à l'Exposition internationale de Chicago sur dix mille animaux exposés en 1913.
Le recensement des chevaux en 1901 a donné 1,577,493 têtes. En 191 1, on estime que leur nombre dépasse 2,400,000, réunissant surtout les races puissantes : percherons, clydesdales, chevaux belges et boulonnais.
Au contraire, le troupeau des moutons canadiens a beaucoup diminué depuis quarante ans. En 1871, il comptait 3,155,509 moutons et brebis; vingt ans plus tard il était réduit à 2,563,781 têtes et, en 1901, à 2,510,239. Depuis, le chiffre s'est un peu relevé ; on compte, en 1909, 2,705,390 moutons, et l'on peut espérer que les encouragements donnés par le ministère de l'agriculture et la propagande incessante qu'il fait pour propager les belles races continueront à relever la race ovine au Canada.
En fait, le climat et le sol du Canada en général et de la prairie en particulier conviennent parfaitement à l'élevage du mouton dont les fermiers j^euvent tirer de gros profits, mais il faut des soins et du travail, et c'est à la nonchalance des fermiers du Nord-Ouest qu'on doit, en partie, attribuer la diminution du troupeau. La concurrence faite sur le marché de Londres par les moutons de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande mérite aussi d'être notée, ainsi que la consommation intérieure de la viande qui augmente beaucoup dans le Dominion.
Il est i:)resque inutile d'ajouter que les ranchs et
Troupeau dans la prairie.
Lk Canada Ii.hstri':
l'élevage cmi j^r.iiul sont destines ;'i (lisp.ir.iitre au fur et à inesiirc (lue les |)rairics de l'Alberta se lieiipleroiit, pour faire iilace aux fermes mixtes et à l'élexa'je sélectioiiiié.
Moutons de la ferme de Guelph (Ontario).
Les Produits de la Ferme.
L'industrie laitière et les fromages constituent la branche la plus importante et la plus rémunératrice de l'agriculture dans les provinces d'Ontario, de Québec, de l'île du Prince-Edouard, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse. C'est-à-dire que pour tout l'Est-Canadien, y compris les provinces maritimes, les produits de la ferme donnent au fermier une notable partie de ses bénéfices, tandis que dans les provinces centrales, c'est le blé et l'élevage en grand qui l'enrichissent.
Le gouvernement canadien a consacré tous ses efforts à instruire les colons et les agriculteurs des meilleurs procédés à employer dans leurs multiples travaux. Nous verrons plus loin, dans l'étude que nous consacrons au ministère de l'agriculture, l'histoire des fermes expérimentales et des grands services qu'elles rendent au pays. Voici, pour préciser, les résultats de l'expérience poursuivie pendant dix ans à l'école d'agriculture de Guelph (Ontario), dite ferme centrale :
Deux cents acres de la ferme centrale d'Ottawa furent constitués, en 1892, en ferme modèle. Sur ces 200 acres prospèrent aujourd'hui 180 bêtes à cornes, 50 moutons, 20 chevaux et 200 porcs, qui
produisent en ni())'emie l,2(X) à I,5(X3 tonnes de lunner par an.
Le troujjcau de vaches laitières se composait au dohnl d'une trentaine de xatiics qui ])roduisaient par lr1(^ et |)ar an 4,(XX) livres de lait. .\u lourd'Iun, a|)rès dix ans de sélection raisonnée et de contrôle d'alimentation.
la production des quatre-vingts vaches (lu troupeau est, par tête et par an, de S,(xx) livres de lait.
Quatre races y sont représentées :
Ayrshires, Durham, Guernesey et canadienne.
Les vaches canadiennes, qui descendent des premiers animaux importés au Canada par les colons français, forment un des plus beaux troupeaux du Dominion. La vacherie a été reconstruite il y a quelques années pour servir de modèle aux éleveurs, tant pour la ventilation et la propreté que pour l'économie de la construction.
L'élevage des porcs est poursuivi sur une grande échelle. On élève à la ferme 300 à 400 porcs par an, qu'on vend comme sujets reproducteurs à l'âge de quelques semaines ou comme sujets engraissés à sept ou huit mois.
La porcherie, par sa construction économique, par son éclairage et sa propreté, est un modèle parfait.
Ces exemples en action ont rendu dans toutes les provinces les plus grands services à l'agriculture. D'après un recensement effectué dans l'Ontario, la production du lait était en moyenne de 2,700 livres par vache et par an, mais dans certains troupeaux, qui suivent les exemples donnés par la ferme centrale, on obtient jusqu'à 8,000 livres par tête.
Les produits de la ferme, principalement le lait, le beurre, la crème et les fromages, sont préparés surtout dans le vieux Canada, dans les provinces de Québec et d'Ontario et aussi dans les provinces maritimes. Il y a eu dans l'Est-Canadien et particulièrement dans l'Ontario une évolution très remarquable pendant les dernières années du dix-neuvième siècle.
L'Ontario avait d'abord fait du blé ; les premiers pionniers et après eux les fermiers avaient^ par un travail incessant, défriché toute la presqu'île entre les lacs et, jusqu'en 1880, ils vendaient leur blé avantageusement grâce à des prix rémunérateurs. Mais à partir de cette époque, les prix
Lu Canada Ili istré
baissèrent, toutes les fermes de l'Ontario, résidences confortables de familles aisées vivant chacime sur 4(^ ou 50 hectares, subirent une crise qui dura jusqu'en 1900. Tandis que les ))rix du blé baissaient, les prairies de l'Ouest et du Nord-Ouest où aucun défrichement n'était nécessaire jiroduisaient des quantités de blé de plus en plus consi dérables.
Les fermiers de l'Ontario se rendirent comjite que la lutte était impossible et, guidés par les conseils et les exemples que le gouvernement leur donnait dans ses fermes-écoles, ils modifièrent leurs cultures, firent du foin et des prairies artificielles, surtout du trèfle, recherchèrent les animaux de race et, sans aborder l'élevage en grand que le peu d'étendue de leurs fermes ne permettait pas, ils semèrent le blé et l'orge surtout pour la paille et concentrèrent tous leurs efforts sur le bétail, la laiterie, la fromagerie et accessoirement sur la volaille.
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Elevage de volailles e.\ Ontario.
Jusqu'à présent, l'élevage des volailles n'a pas donné, au Canada, les résultats qu'on pouvait espérer. Les fermiers n'élèvent, en général, les poulets que pour une consommation étroitement locale, de sorte qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de se procurer en toute saison de bons poulets et des œufs frais. Il faut avoir recours aux marchés étrangers et les grandes villes ne s'approvisionnent que par l'importation.
Quant aux œufs, ils sont mal soignés, mal emballés, et l'on peut dire que jusqu'à présent le commerce des œufs au Canada a été tout à fait défectueux. Le gouvernement s'en est ému et il prête tout son appui à VEgg circle inovement, sorte de ligue commerciale des producteurs et des marchands d'œufs dont les membres doivent mar-
(jucr ies œufs de leur proxciiaiue et faciliter l'emballage et la r.ijjidité des transports, ce qui donne à toutes les marques de la ligue des garanties certaines. Non seulement les pertes sont évitées, mais les œufs de la ligue obtiennent des prix supérieurs et les fermiers s'efforcent de pousser la ponte en hiver.
Les fermes de l'Ontario et des provinces de l'Lst exportent aussi du bétail, non pas en masse, comme les centres de grand élevage, mais elles ont dans tous les Etats-l'nis la ré])utation de i^osséder les plus beaux spécimens des meilleures races et de remporter les ]irix dans les concours agricoles au Canada et en Amérique. On leur demande des sujets de choix en chevaux, bêtes à cornes, moutons et porcs, et il faut rendre justice aux fermiers de l'Est, ils n'épargnent rien pour conserver les belles races et font venir d'Angleterre, à prix d'or, les plus beaux reproducteurs.
En 1910, le Canada avait exporté $ 12,631,895 de bétail ; en 191 1, le chiffre tombe à $ 10,124,265, dont $ 8,015,977 pour l'Angleterre et $ 1,880,060 pour les Etats-L'nis. Il est indéniable que l'augmentation de la consommation en viande dans l'intérieur du Canada est pour beaucoup dans cette diminution de l'exportation.
Nous avons spécialement i)arlé du fermier de l'Ontario parce que la modification des cultures a été plus générale et plus frappante dans la presqu'île de Toronto que partout ailleurs, mais elle s'est produite aussi dans la province de Québec, notamment dans les cantons de l'Est, au sud du Saint-Laurent, oii de très belles fermes ont été créées par les Anglais fu)-ant l'Union au moment de la guerre de l'Indépendance, et plus tard par des Américains du Maine et du Vermont. En Nouvelle-Ecosse, dans l'île du Prince-Edouard et aussi dans quelques parties du Nouveau-Brunswick, les cultures se sont orientées vers les pâturages, les produits de la ferme, les fruits, qui sont, en Nouvelle-Ecosse, les plus beaux du monde. Les défrichements y ont détruit de grandes étendues de forêt pour faire place au blé et, plus tard, les blés ont cédé le pas aux pâturages et aux produits de la ferme.
Il faut cependant noter qu'en Nouveau-Brunswick la grande forêt a été peu touchée. Les pionniers ont traversé cette province sans s'y arrêter et sans qu'il soit possible d'en trouver une raison bien logique; c'est un des coins du Canada les plus près de l'Europe 011 la nature a le mieux conservé sa physionomie d'autrefois.
CHAIMTRH \'lll
Les Fruits. — La Vigne. — Le Sucre d'érable.
Les Fruits.
Les fruits sont une des richesses naturelles du Canada sur laquelle on peut fonder les plus ^rands espoirs. Personne ne songe à s'en étonner, car, pour ne parler que des pommes, on sait qu'elles sont l'objet d'exportations régulières.
La reinette du Canada est une des pommes les plus recherchées en Europe, mais il ne faudrait pas que son nom soit la cause d'une erreur. Cette variété n'existe peut-être pas au Canada. Considérée en France comme une des meilleures et des plus chères, elle provient d'Auvergne et surtout des environs d'Aurillac. D'ailleurs, le pommier n'est pas un arbre originaire du Dominion; il est riginaire d'Europe et surtout de l'est de la France et des Ardennes. Il fut importé il y a plus de deux cents ans au Canada par les Français, et il s'y acclimata parfaitement en produisant des variétés "rès goûtées, spécialement en Angleterre.
Le marché du Havre, où arrivent les pommes exportées des Etats-L'nis et du Canada, est surtout alimenté de pommes françaises, dont la première qualité est dite reinette du Canada. Viennent ensuite, par ordre de qualité : la reinette de Caux, la reinette grise, d'Angers, de Nantes et de la Basse-Bretagne, puis le Grand Alexandre, variété comparable à la pomme dite Canada et à la Rovère des environs de Paris.
Tous les ouvrages de pomologie que nous avons consultés se plaignent que la classification des pommes n'a jamais été bien faite en français Quand il s'agit de rapprocher les noms anglais et les noms américains des pommes des noms français, on tombe dans la confusion la plus complète. Nous avons renoncé à toute traduction.
Les pommes exportées du Canada commencent à arriver au Havre de quatre grandes régions, dont voici les espèces les plus renommées :
Prozince de Québec : la Fameuse, Macintosh Red. Saint-Laurent, Duchess, W'ealthy et Millwaukee.
Ontario : Baldwin, Spy, King, Ben Davis, W'ealthy et Duchess
Nouvelle-Ecosse : Gravenstein, Baldwin, Duchess, King, Nonpareille et Golden Russet.
La Colombie Britannique devient un centre fort actif pour la culture de la pomme, mais tous les arbres qui y sont plantés proviennent des Etats- Lnis ou des trois provinces canadiennes déjà citées.
L'exportation canadienne se maintient à environ loo millions de kilos par an, surtout en pommes d'hiver et d'automne. Les variétés d'hiver sont les Spy, Russet, Nonpareille, Macintosh rouge et Fameuse; celles d'automne sont les Saint-Laurent, W'ealthy et Gravenstein; les Duchess sont les seules pommes d'été.
Les visiteurs de l'Exposition de l'Empire Britannique, à Londres, au momen*: du couronnement, ont pu admirer, dans le pavillon réservé au Canada, les magnifiques échantillons de fruits qui y étaient exposés.
A côté de splendides variétés de pommes et de poires, on y voyait de superbes spécimens de tous les fruits européens : pêches, abricots, cerises, prunes de toutes espèces, des variétés nombreuses de fraises, de framboises, de groseilles.
Si nous avons parlé tout d'abord des pommes, c'est qu'au point de vue du rendement la culture
T-K Canada Illistri
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Le propriétaire cau.ulicn (jui \cut i.urc des fruits crée toujours un vcrjj;er de ponumcrs. Une fois ses arbres mis en place, il cultive la fraise, la pomme de terre, les Icjj^umes de tout j^^enre pour faire \aloir son terrain jusqu'à ce que ses arbres aient grandi; plus tard même, il ^jardera sous ses ponniiiers et à ro\c d'eux des planches régulières •de fraises et des champs de pommes de terre, mais le fond de sa cullure et de son revenu restera la pomme.
d'un ( liinal pn\ilé^ié dont nous avons expliqué ]c> causes. 1 )u ()uarante~neuvième au cinquantedeuxième parallèle, le sud de la Colombie Britan nique offre, autour de ses grands lacs, les plus belles terres à fruits qu'on jouisse voir, et la s])éculation se jette déjà sur ces terres, aj^rès s'être déjà emparée de ))rescjue tous les terrains du Sud-Kst.
En somme, le ("anada com])rend cjualre grandes régions de cultures à fruits :
Dajîs la province de Québec, l'île de Montréal, située par quarante-cinq degrés et demi de latitude
Fruits et légumes de Sarnia expédiés par les ports des Grands-Lacs.
Bien que le pommier monte, en Europe, vers le nord jusqu'au soixante-sixième degré de latitude, il ne donne ses plus beaux fruits et ses meilleures récoltes que sous les températures plus douces et tout le monde sait qu'à Dunkerque on n'a pas les mêmes vergers que sur la Loire. Il en va de même au Canada; les plus beaux vergers, disons même les seules bonnes terres à fruits, sont dans le Sud.
A partir du lac Supérieur et jusqu'à l'océan Pacifique, la frontière sud du Dominion est tracée par le quarante-neuvième parallèle. Sous le rigoureux climat continental du Centre, cette latitude exclue la culture des fruits autrement qu'à l'état d'exception, mais la Colombie Britannique jouit
nord, et les régions avoisinantes, sur une longueur de 40 milles, constituent le grand verger de cette province. Les espèces de pommes canadiennes, les» prunes, les melons, les fraises et les framboises y sont cultivées avec le plus grand succès et l'on rencontre aux environs de Montréal des champs de fraises qui ont jusqu'à 8 hectares d'étendue.
Presque toute la province de la Nonvelle-Ecosse située à cheval sous le quarante-cinquième parallèle est célèbre par ses pommes dont la culture remonte à 1633. Elles font prime sur les marchés de Londres où l'on goûte leur saveur exquise. Ce n'est que vers 1880 qu'on commença à les exporter.
cl deiniis lors les planlalions de xcrgers se s<iiit nuiltipliées el augmentent tous les jours. Il ne faut p.is oublier que c'est en Californie, vers 1S55 {l), que les plant. itions fruitières faites dans des terrains et sous un climat spécialement avantageux ont démontré de quels énormes bénéfices elles étaient susceiUibles. On se mit alors à rechercher des conditions de sol et de climat analogues, et les jilantations fruitières attirèrent peu à peu l'atten tion des hommes d'affaires et des capitalistes intelligents.
Dans d'autres parties du monde, ne vo)ons-nous pas le même phénomène se produire pour la banane, sous l'impulsion des Américains et de leur United Fruit C" ?
Dans la province cV Ontario, tou'^e la partie sud située au-dessous du quarante-cinquième parallèle, et notamment cette presqu'île de Toronto, si avantageusement placée entre de grands lacs, est devenue le jardin du Canada.
Les vergers de la province d'Ontario occupent près de I37,C)CXD hectares et produisent les trois quarts de la production fruitière du Canada. La côte septentrionale du lac Erie tout entière, de lest à l'ouest, de Buffalo à Détroit, n'est qu'un immense jardin fruitier. On estime qu'il y a dans cette presqu'île plus de 1 1 millions 1/2 de pommiers qui produisent en mo}enne 34 millions de boisseaux de pommes.
Les propriétaires ont fondé des associations dont les membres se déclarent très satisfaits, car, par ces organisations, ils arrivent à réaliser un rendement net de leur récolte plus élevé, bien que le consommateur ne paie pas plus cher; question de frais généraux .
La pomme est le revenu principal, elle n est pas le seul. Ces fameux vergers produisent en abondance les poires, les pêches, les cerises, les fraises, les framboises, les groseilles noires et rouges, les groseilles à maquereau et le raisin.
Songez que cette presqu'île de Toronto descend au sud jusqu'au quarante-deuxième parallèle, la latitude de Rome. Les pèches et les poires du district de Niagara sont partout réputées et, en 1910, on expédia 3,500 caisses de pêches en Angleterre.
(i) La découverte de l'or en Californie, en 1848. attira dans ce pays une foule de chercheurs qui ne s'occupa que du métal précieux. Quand la production de l'or commença à baisser, les travailleurs demandèrent à un sol merveilleusement fertile les fruits et les céréales dont la production ne cesse d'augmenter.
/:;/ Colouibie lUjtauuiquc, enlin, tout le sud de la province, depuis le quarante-neuvième jusqu'au cinquante et unième ou cinquante-deuxième degré, est sillonné de grandes vallées où s'étalent les lacs de Kootenay, d'Arrow, d'Okanagan. Ces longues nappes d'eau, plus grandes que le Léman, sont iîordées de terres d'une fertilité merveilleuse, riches d'un humus profond jusqu'à jirésent vierge. Les premières plantations de vergers ont prospéré d'une façon inattendue; en 1891, on y comptait 2,Goo hectares en vergers, il y en a aujourd'hui plus de 40,fxxj hectares.
Dans certaines parties de la jDnjvince, le climat est si doux que l'oranger croît en pleine terre et donne des fruits parfaitement comestibles. Certains des terrains de la Colombie Britannique sont secs et demandent une irrigation artificielle, l'Okanagan par exemple. D'autres, au contraire, grâce à des pluies nombreuses, jouissent d'une irrigation naturelle, la tâche du colon y est moins coûteuse et plus facile. Parmi ces terres privilégiées, on doit citer l'ouest de Kootena\- et les bords des lacs Arrow.
Ces conditions climatériques jointes à un sol exceptionnellement riche et approprié à la culture des arbies fruitiers ont donné à la Colombie Britannique des fruits dont l'excellence est universellement reconnue et lui permettent de cultiver les variétés de pommes les plus fines.
A l'exposition nationale de pommes, à Spokane, (Washington), les produits de la Colombie Britannique obtinrent les treize premiers prix et un deuxième prix. La Colombie Britannique était représentée à cette exposition par quatorze exposants. Six années de suite, les fruits de cette province ont mérité la médaille d'or de la Société d'Horticulture d'Angleterre et, à l'exposition de décembre 1910, la grande médaille d'or leur fut décernée.
Cette culture, qui décuple rapidement le capital qu'on lui consacre, exige une mise de fonds un peu plus importante que la culture du blé. Il est intéressant de se rendre compte de ce que coûte un ranch de fruits modeste et avec quelle rapidité les récoltes payent le colon. Un homme actif et énergique est sûr de faire fortune en cultivant des fruits en Colombie Britannique, s'il dispose d'un certain capital, disons environ 20,000 francs.
Voici un tableau très précis des frais qu'il est nécessaire de faire pendant les premières années et jusqu'à ce que les arbres fruitiers soient en rapport
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dont la vjilcur est de 35,(xx) francs, grâce au travail
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d'excursion en chcinm dr frr avec i -tonne I^BSlntKjG^V' ♦*^''< ^^JE^kV**?*^
Petite maison de trois ou (|uatn' RIBimt^n^r ^^ ïf ^*'
Pommiers, semence-, de lég-umes ^SbjJ^'^l*^^^^^^- '''^' '^^%^^
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Total des dépenses pour les deux premières A partir de ce moment, son revenu auj^nnentera
^"^^^'^ 18.875 " chaque année. A la production des fraises il peut
Tro/siciiie année ajouter, dès la cinquième année, sa première récolle
de pommes. En six ou sept ans, son verger sera en
Semences de pommes de terre et 1 • , , ' 1 i •- 1
g,j(,^ ' ^^ pleni rapport et son revenu égalera le ca]:)ital que
Location de chevaux et main- lui -^ coûté sa propriété.
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Coût d'une année d'entretien , .000 ., ^^^ f^^j^^ ^^^j^^ 1^ ^^j^^ ^^ pourquoi la production
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