ÉDUCATION ET PROGRÈS MORAL
Après avoir montré l'avancement rapide du Canada en population, en richesses, et dans tous les différents arts qui contribuent aux jouissances matérielles de l'homme, il semble à propos de cou-
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sidérer s'il a fait iin égal progrès dans sa condition naorale c-tdaua le ton général de son état social. Il peut se vanter qu'en même temps que ses riclaesses se sont accumulées , et que ses jouissances se sont multipliées, il s'est acquitté fidèlement des devoii-s plus élevés qui lui étaient imposés, ceux d'avancer avec un soin persévérant les intérêts de la religion et de l'éducation.
Le Canada s'est montré pleinement convaincu des avantages sociaux qu'une nation peut tirer de la diflusion générale des connaissances ; et il n'est pas dans la province un seul enfant qui n'ait le moyen de recevoir une bonne éducation combinée avec l'instruction morale. Dans le fait, le système d'enseignement maintenant établi en Canada, surpasse de beaucoup dans ses détails étendus^ tout ce qu'il y a eu ce genre dans la Grande-Bretagne.
La manière dont cette grande question de l'enseignement primaire a été traitée est bien digne d'attention, non-seulement en conséquence des résultats produits dans la colonie, mais encore à cause de Fintérêt général qu'elle comporte. On a trouvé la gradation du système scholaire supérieure aux établissemens d'Angleterre et d'Ecosse, l'expérience ayant prouvé que les écoles normales et modèles étaient des plus avantageuses. Parlant de la manière de penser et de l'unanimité des liabitans du Ilaut-Canada sur le sujet, le Révérend Dr. Ryerson, surintendant des écoles du Haut- Canada, dit, à l'occasion de la pose de la première pierre des écoles normale et modèle : •
" Il y a quatre circonstances qui nous portent à concevoir les "' plus belles espérances à l'égard, de notre futur système d'enseigne- " ment: la première est l'absence entière reconnue de tout esprit " de parti dans les affaires d'école de notre pays, depuis la légis- " lature provinciale jusqu'à la plus petite municipalité ; la seconde, ^ c'est que notre législature a devancé toutes les autres, et a été la " première, du côté de l'ouest de l'océan Atlantique, à établir des " écoles normales, et à aider les instituteurs à se prévaloir de leurs '• avantages ; -la troisième est que les habitans du Haut-Canada se '■ sont taxés volontairement pour payer les instituteurs, et pour une " somme plus considérable, à proportion de leur nombre, et ont "^ tenu, terme moyen, leurs écoles ouvertes pendant plus de mois
" que les citoyens du grand Etat voisin de Xew York ; la quatrième " c'est que tous les livres nécessaires et convenables ont été " introduits dans nos écoles et reçus comme par acclamation, et '* que les facilités pour fournir nos écoles de livres, cartes, et appa- " reils nécessaires, seront l)ientùt en avant de celles de tout autre " pays.''
En 1842, le liombre des écoles élémentaires du Haut-Canada était de 1721, et ces écoles étaient fréquentées par G5,978 enfans; en 1853, le nombre des écoles était de 3127, et celui des écoliers de 194,736. Il y a maintenant dans le Haut-Canada, outre ces écoles, 8 collèges, 79 écoles secondaires de comté, 174 écoles privées, et 3 écoles normales et modèles, formant im total de 3391 établissemens d'éducation en opération dans le Haut-Canada, et de 203,986 écoliers.
Une comparaison soignée du système scliolaire du Haut-Canada avec celui des Etats adjacents de l'Union Américaine, pour ce qui regarde le nombre des écoles et celui des enfans qui les fréquentent, et les sommes payées pour leur maintien, fait voir que l'avantage est incontestablement du côté de la colonie. L'Ohio, avec une population beaucoup plus considérable que celle du Canada Occidental, et deux fois le nombre de ses écoles, avait moins des deux tiers des écoliers qui les fréquentaient, en 1850, et payait £11,706 de moins pour leur soutien. L'IUinois, avec une population plus nombreuse d'un quart, avait, en 1848, 271 écoles de moins, et eu 1850, il, 'n'avait qu'un tiers des écoliers, et 742 écoles de moins. Dans l'Etat de New York, aussi, il est de fait que la somme dépensée pour l'éducation est trois fois et un quart moindre que celle qui est dépensée pour le même objet dans le Haut-Canada, eu égard à la population.
Ces faits servent à montrer le progrès rapide qui a été fut dans le Haut-Canada dans rétablissement d'institutions pour l'instruction du peuple. Le système d'écoles communes ou élémentaires de cette province, qui a si grandement contribué à ces résultats, coupe chaque townsbip habité en petites divisions ressemblant aux cases d'un échiquier. Ces divisions sont désignées par les mots " sections scholaires," et ont, l'une portant l'autre, une superficie de cinq milles
carrés, chacune ayant sa corporation élective de syndics pour «a direction, avec une bibliothèque de livres choisis, pour l'usage général de l'écoîo et des habitans.
Les maisons d'école sont en général bien fournies de cartes géographif|Ues, de bons livres classiques, d'échantillons géologiques et minéralogiques, d'appareils philosophiques, et autres choses nécessaires ou convenables à l'enseignement. Dans quelques sections, les écoles sont franches ou gratuites, c'est-à-dire qu'elles sont Duvertes à tous les enfans de cinq à seize ans, gratis ; mais dans le plus grand nombre, chaque écolier paie un honoraire d'un quart de piastre, ou d'un schclin sterling, par mois, et c'est la plus forte somme que la loi permet d'exiger.
Dans ces écoles, qui sont rarement à plus d'une demi-îieue des plus éloignés des habitans du canton, les enfans reçoivent une bonne et utile éducation ^inglaise, suffisante pour toutes les affaires ordinaires do la vie. Dans quelques sections, néanmoins, où les honoraires mentionnés ci-dessus sont payés, on enseigne des branches plus élevées, et l'on emploie des maîtres savants et de talent.
Une grande partie des maîtres des écoles élémentaires du Haut-Canada sont instruits et exercés aux écoles normales de Toronto, et les fonds pour le paiement de leurs salaires proviennent de deux sources: — premièrement, la législature approprie une somme prise sur le revenu général, et cette somme est exactement proportionnée à celle que le comté, qui est un agrégat de districts scholaires, peut lever pour la môme fin, — la législature mesurant ainsi sa libéralité sur ce que font les habitans eux-mêmes pour l'éducation de leurs enfans. Il est suppléé à ce qui manque par le quart de piastre d'honoraire dont il a été parlé, et par toute somme additionnelle que les habitans de chaque section peuvent, à leurs assemblées annuelles, s'obliger de fournir ou requérir.
Dans la plupart des écoles du Ilaut-Canada, on fait lire la bible comme livre de classe. Les livres de la Série Nationale cV Irlande sont généralement en usage, et il n'y est donné aucune instruction religieuse d'une dénomination caractéristique ou distinctive, si l'on peut ainsi s'exprimer. La législature a permis aux catholiques d'avoir des écoles séparées, privilège qui n'a été exercé que rare-
ment dans les districts ruraux, quoiqu'il Tait été assez souvent dans les \illes et les grands villages.
D'après les lois existantes, l'enfant du plus pauvre journalier, oui se distingue comme concurrent heureux pour être adiuis gratis à une école élémentaire, a l'avantage de fréquenter ime des écoles secondaires, (ou de grammaire,) de comté. Ici, il lui est encore ouvert une autre entrée franclie dans les plus hauts établissemens d'éducation du pays, si sa diligence et ses talens lui donnent droit à cette distinction. Ainsi la législature a dressé une échelle scholaire par laquelle Teufant de l'habitant le plus humble peut s'élever au plus haut degré de l'éminence scholastique, et avoir, en même temps, pour coucurrens les enfans des habitans les plus riches et les plus respectables de son voisinage.
Comme preuve du grand zèle qui règne généralement dans h Ilaut-Canada pour l'instruction des masses, je puis mentionner que les habitans se sont imposé volontairement, en une seule année, une cotisation de plus de dix mille ^iyrcs, courant, pour des bibliothèques d'écoles, acte qui fait honneur à leur intelligence, et qui prouve en même temps qu'ils savent faire servir leur grande prospérité à de» fins philanthropiques et généreuses.
La somme donnée par le gouvernement pour l'éducation dans le Haut-Canada, eu 1853, a été de £55,512, et dans le Bas-Canada, de £45,823, faisant un total de £101,335. Le montant entier qui a pu être ap.pliqué à Féducation cette année dans le Haut-Canada^ a été de £199,674, et dans le Bas-Canada de £68,890, la somme collective levée dans la province Supérieure n'allant pas à moins de £130,039, et le montant total levé pour l'éducation, donnant £23,598 de plus qu'en toute année précédente.
Dans le Bas-Canada, il y a 1556 maisons d'école, 2352 écoles en opération, et 108,284 écoliers, la province entière possédant 54*79 écoles, fréquentées par 303,020 étudians et élèves.
Les universités et collèges du Haut-Canada sont conduits sur le principe anglais, et les chaires des ditiérents départemens sont remplies par des professeurs tirés des universités de Cambridge et d'Oxford, du Collège de la Trinité de Dublin, et du continent.
Les séminaires de Québec et de Montréal sont richement dotés, et
les octrois faits au premier consi&teut eu plus de mille milles carrés de terre, avec des propriétés d'une valeur immense dans la ville ; celles de Montréal seules excèdent dix mille livres, courant, annuellement, et les biens des jésuites, quoique grandement réduits, produisent encore un revenu très considérable.
11 y a, dans le Bas-Canada, un grand nombre de couvens de religieuses richement dotés, où les jeunes personnes dusexe reçoivent une éducation soignée, et il est digne de remarque qu'on admet dans ces maisons des élèves de toute religion et de toute nation, sansdistinction, ni partialité, et sans les obliger à assister aux cérémonies religieuses qui ne sont pas d'accord avec leur croyance.
Le recensement de la Grande-Bretagne porte le nombre des écoliers qui fréquentent les écoles de jour publiques et privées (y compris ceux qui fréquentent des écoles dont il n'a pu être obtenu de comptes-rendus, mais qui ont été mises en moyenne sur le pied de celles qui ont fait des rapports,) à 2,144,377, ou proportionnément à la population, à environ un sur huit et demi. Le recensement du Canada en donne un sur six et quatre-cinquièmes.