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cun, les esprits forts se fatigueraient le nerf risible.
Je saluai les bons PP. et FF. wallons et flamands et m’en allai avec le courant des pèlerins tandis que les voûtes du temple résonnaient encore du chant des hymnes triomphales.
A trois heures nous étions tous remontés sur nos deux vapeurs, et cette fois, tandis que les machines gémissaient contre les flots puissants... sous un soleil tiède comme les rayons du midi, sous un ciel doré et moelleux, que le Saint-Laurent me parut beau!
DevantSainte-Anne de Beauprélefleuve se dédouble en deux bras qui enlacent la grande île d'Orléans. Nous étions sur le chenal gauche, large comme les bouches de la Tamise ou de la Meuse, et qui, à cent soixante lieues de la mer, subit encore des marées de deux à trois mètres.
Sur les deux rives en amphithéâtre, on admire tous les sites les plus riants de la Vesdre, de la Lesse et de la Meuse. Le chêne, l’ormeau et l’érable marient leur fraicheur à la sombre verdure des cyprès et des sapins. Les hameaux et les clochers se détachent sur les fonds les plus mystérieux. Les blanches fermes y sont semées sur les forêts et les bocages comme les mouettes sur l’émeraude des mers.
Sur le pont des bateaux, la foule pieuse avait maintenant la conscience à l’aise et le cœur à la joie. De la proue du « Sainte-Anne » un harmonium accompagnait les hymnes et les cantiques de la grande pa-
tronne, tandis que de l’autre steamer, des chœurs suaves et charmants répondaient comme un écho aux mélodies de notre bord. ne
Je me rappelais dans l'ivresse du moment toute la sainte poésie des plus: beaux jours passés : le pèlerinage nocturne de l’Université de Louvain à Notre- Dame-de-Montaigu entre autres, quand nous chantions six cents à la fois, les litanies de la Vierge, au milieu des ténèbres et dans la moiteur de la nuit; les chants allègres et la piété méridionale des montagnes de Lourdes ; le. pieux recueillement des verts ombrages d’Oostacker, des saints lieux de Kevelaar, de Notre- Dame de Saragosse ou de Notre-Dame de Hal! Mais “ici, la grandiose nature d’une part, et de l’autre le caractère sympathique des enfants de la nouvelle France et cette piété d’un autre âge, donnaient à la fête un cachet que n’ont pas les pèlerinages du vieux monde. À chacun son tour! N’envions rien aux heureux. Leurs combats sont dans l’avenir, et Dieu les y prépare en leur ouvrant des sources providentielles de ferveur et de grâces. É
La tâche des PP. Rédemptoristes est noble et belle au Canada. Ils sont les fidèles gardiens de la foi sincère de cet heureux pays. .
Vers les cinq heures nous débouchions à la tête de l’île d'Orléans que domine, haut dans les airs, la flèche aérienne de Sainte-Pétronille.
Orléans fut l'abri des premiers colons de Jacques
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De la pointe de l’île on embrasse le panorama du havre de Québec. Spectacle féerique, s’il en est! A notre droite, la rivière Montmorency, large comme la Sambre, se précipite entre deux murs de rochers d’une hauteur de plus de trois cents pieds. Un tourbillon de fumée roule et remonte du gouffre. Le soleil brille dans la blenche écume de la chute. Nous revoyons « le Sault de Montmorency ! »
Le brave de ce nom glorieux, séparé de ses compagnons d’armes et harcelé par cent Hurons, se trouvant acculé sur le rocher qui borde la cataracte, aima mieux se jeter dans l’abîme que de se livrer à l'ennemi. S'appuyant de sa lance et de son pied, il s’élança par-dessus les flots, tomba sur son puissant bouclier, .et se redressa d’un bond sur le sable de la berge opposée ! Pour cela cette cataracte porte ce nom historique (1).
Jadis, selon la pieuse tradition, au temps d'hiver, l'écurne gelée aux bords du gouffre s’entassait, S’entassait en neige durcie, montait, montait en arceau et finissait par former un contrefort de glace, de la base au sommet de la chute.
La jeunesse d'Orléans allait alors folâtrer au « Sault de Montmorency » et creuser des grottes dans le ro-
(1) Au « Sault du Récollet », un brave religieux essaya d'en faire autant, mais il lui en coûta la vie, |
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cher de neige... « et là, dit l’histoire, où s'arrétait le flot, la vertu faisait naufrage! »
« Le Père (de Brébœuf, si je ne me trompe) voyant la chose, et souffrant de la peine de Notre-Seigneur Jésus-Christ, s’alluma de sainte indignation, et se rendant au lieu du mal, en chassa les jeunes libertins, disant : «Ici jamais contrefort de neige ne sera plus », et jamais contrefort de neige il n’y fut plus ! »
Au loin quel spectacle ! A gauche, la ville nouvelle de Lévis, avec ses couvents majestueux et ses coupoles dorées, brille au soleil sur son promontoire abrupt.
Droit devant nous, Québec avec sa fière citadelle, avec son université monumentale, son séminaire, ses tours et ses campaniles; avec ses mâts de navire, ses cheminées et ses bouquets de verdure, se détache resplendissante sur un ciel doré et transparent de limpidité. Entre deux, au-dessus de la nappe immense du fleuve un instant rétréci au: pied de la ville, on voit dominer à l’extrême horizon les forêts vierges du Nouveau Monde.
A notre droite s’étend une plaine fertile, couverte de vergers, de métairies, de chalets et de champs verdoyantsau milieu desquels se dressent jusqu’aux nues lestours jumelles de l’église de Beauport. C’est devantce panorama que les chœurs des pèlerins répétèrent les dernières hymnes à la patronne de Beaupré. Le Magnificat monta pur, pur comme un soupir au milieu
du calme incomparable de cette belle nature, et enfin, les notes solennelles du Te Deum mirent fin à la touchante fête. La ville était descendue au quai pour recevoir les pèlerins. Tout était paix et sérénité. Pas une note discordante, pas un voyou de Bruxelles pour crier scherreweg où kwaak, kwaak ! La haine du bien et l’outrage sont inconnus ici. Honneur et religion sont synonymes, et l'impiété ne distille pas encore l'envie et l’odieuse insulte. Heureux pays! puissent la paix de Dieu et son esprit reposer sur vous!
7 août. — Je nage dans la transpiration en cet automne canadien. Je préfère la chaleur sèche de mon Zambèze. J'ai peine à visiter les environs et les villes d’alentour, tant il fait étouffant.
Etonnantes ces colonies américaines! Voilà des villes jeunesencore, comme Québec, Montréal, Ottawa, et voilà des villes couronnées de monuments cyclopéens! Le palais de la nation d'Ottawa efface en grandeur et surtout en imposante beauté, la rodomontade architecturale du palais de justice de Bruxelles.
Il ya des monastères du dix-huitième siècle et du dix-neuvième siècle valant nos abbayes du moyen âge. Les maisons religieuses qu’on bâtit maintenant, telles que Ville-Marie et les Sœurs Grises à Montréal, le séminaire de Québec et son Université déconcertent notre imagination.
C’est que, lors de la fondation des colonies fran-
çaises du Canada sous François I®* et plus tard sous Louis XIV et Louis XV, les communautés comme les particuliers reçurent des lots de-terre, alors sans valeur, mais qui, par leur situation dans des centres devenus populeux, à cause même de ces maisons religieuses, ont acquis, depuis, une très grande valeur.
Toules les communautés ont conservé leurs propriétés sous les différents gouvernements qui se sont succédé.
Depuis deux ans un arrangement est intervenu
aussi quant aux biens de la Société de Jésus tombés en déshérence à la mort du dernier des Jésuites de l’ancienne Compagnie, et qui conservés d’après les lois existantes, revenaient à leurs successeurs, dès le retour de ceux-ci au Canada.
. Les Jésuites canadiens ont touché sur ces biens 160,000 piastres, l’université Laval de Québec 100,000 piastres, l’université de Montréal 40,000 piastres, la préfecture apostolique du golfe Saint-Laurent 15,000 piastres et chaque évêché du Bas-Canada 10,000 piastres. Depuis l’année 1800 les revenus des immeubles de l’ancienne Compagnie avaient servi à défrayer l'instruction publique.
Les communautés religieuses employèrent leurs revenus à propager l'instruction, à fonder des missions qui devinrent des villes, à faire vivre l’ouvrier par la construction de leurs somptueux édifices, lesquels feront un jour l'étonnement de l'Amérique,
comme nos abbayes sont les merveilles de l’Europe. Il va sans dire que le Gouvernement a suivi l’impulsion imprimée à l'architecture par les ordres religieux. Les monument: publics rivalisent de grandeur avec les monastères. ù
Les églises toutefois, étant très multipliées, atteignent rarement les proportions de nos cathédrales, et se ressentent presque toutes de la précipitation qu'on mit à les construire. 3
Deux causes contribuent à déprimer les proportions de l'architecture monumentale religieuse, la crainte du feu d’une part, et de l’autre le besoin de se défendre contre les rigueurs d’un froid excessif.
Les églises devant être toutes chauflées durant le rude hiver de quatre ou cinq mois de neige, les voûtes sont basses, les fenêtres étroites, tandis que contre le feu, il faut des murs :nassifs comme pour autant de forteresses. ;
Le Canada produit tous les matériaux de construction, marbres, grès, porphyres, granits, etc., mais généralement moins beaux que ceux d'Europe.
Ce qui frappe notre attention, c’est la profusion des beaux bois de construction. Les boiseries des églises rivalisent par la richesse des essences avec la beauté de nos sculptures.
Quant à l’art sculptural lui-même, le modelage, la figure est encore dans son enfance. La moulure, la marqueterie, les blancs parquets, voilà ce qu’on nese
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lasse pas d'admirer ici. On voit des tabernacles en racine de bruyère, des colonnes entières en noyer noir, des parquets d'érable blanc et rose, de hêtre, de noyer rouge, de tilleul ondulé. C’est riche et curieux. Mais, hâtons-nous d'avancer.
9 août. — Disant adieu à Québec, je remonte le fleuve, et me dirige vers Montréal. Ils sont beaux les bords du Saint-Laurent. Je ne me lasse pas de les admirer ; mais je souffre de la chaleur commele grand saint sur son gril, bien qu’évidemment avec moins d’incommodité. Les grandes pluies des jours derniers, sous l’action d’un soleil d’août, rendent l’air étouffant. Situé sous la même latitude que l’Europe centrale, le Canada devrait avoir une température semblable à celle de nos contrées, si le climat dépendait uniquement de la distance d’un lieu à l’équateur. En réalité, au point de vue climatérique, la contrée se rapproche plus de la Norvège que de la France. Le thermomètre centigrade y alteint 38° au-dessus de zéro, et descend jusqu'à 34° au-dessous de zéro (1). Chaleur pour chaleur, ma sèche Afrique australe, avec sa température variant de — 3° à + 43°, m'allait mieux.
Le temps est très changeant au Canada. Le printemps arrive vers le 20 mars. Il est très court, mais il fond les neiges en peu de jours. La végétation se dé-
(1) D'après de Lambel (Le Canada, Tours 1875, p. 2), la température varierait de — 38° centigrade à + 40°.
DE QUÉBEC A MONTRÉAL 173 veloppe rapidement, surtout dans certaines vallées, comme dans le Manitoba autour de Winnipeg, où l'émigration attirée par l’illustre abbé Labelle se concentre rapidement. Semés en mai, les blés sont rentrés fin de juillet. L'été ramène d’excessives chaleurs, avec des pluies abondantes. L'automne est d’une don-eur, d'un charme incomparables ; il se prolonge bien avant dans le mois de novembre, quoique dès les premiers jours de septembre, les nuits soient âpres. L'hiver rigoureux dure quatre mois d’un trait. Dans certains parages, la neige, d’une profondeur moyenne de 75 centimètres, reste gelée durant cinq mois. Mais l'hiver est une fortune pour le pays. Il conserve les viandes et les riches produits de la chasse, il facilite les longs transports des pelleteries, des bois et des céréales.
Parmi les essences les plus répandues vient le pen du nord, atteignant 60 mètres de haut, sur six de circonférence dans les vallées des grandes forêts. On rencontre partout le méléze résineux et cette espèce de sapin qui produit le baume du Canada; on voit le chêne, le frêne, le charme, l’orme, le hêtre, le peuplier (évidemment de Canada), le tremble, le tilleul, le noyer noir, et le charmant érable, dont les teintes légères réjouissent le printemps, et dont les tons dorés font la parure la plus riche de l’automne canadien. De l’érable saigné à la hacheil suinte un sucre délicieux quise vend très cher. Un arbre intéressant encore est le Myrica
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dont les fruits enduits de cire produisent les bougies.
Le laurier cerise, le cornouiller fleuri, les lobélies, le sycomore, la gentiane pourprée, le lupin bleu, le chèvrefeuille écarlate, le lichen argenté, le lierre et des multitudes de lianes peuplent et ornent les majestueuses forêts de ces parages pittoresques du Nouveau Monde.
On y trouve encore, mais devenant de moins en moins communs, l’ingénieux castor, le caribou, le renne, le bison, le renard et la martre aux fourrures estimées, le chevreuil, le lynx proverbial, l'ours, le lapin, et ce lièvre blanc qui sert de nourriture et même de « bas » aux sauvages.
Le règne des habitants ailés est représenté en abondance par les volées de pigeons ramiers, nar les bandes nombreuses d’oies et de canards et par des multitudes de sarcelles. Les pics, les geais et les merles y vivent comme en Belgique, le chardonneret n’y manque point, et le ravissant colibri y folâtre sur les fleurs de l'été. Dans les airs planent les rois de tout ce règne emplumé, le 1 an et l'aigle.
Deux insectes se font remarquer spécialement, l’incommode moustique aux venimeuses piqûres et l’industrieuse abeille. Le miel et la cire sont abondants.
Que dire des rivières et des grands lacs dont le nombre est considérable! La truite et le saumon y abondent, non pas comme dans notre guide-réclama : « Voyage dans les Ardennes », mais dans toute la
es
simple -* irrécusable vérité qu’accuse un incroyable bon marché. Les écrevisses, la perche, l’anguiir2 et ce fameux brochet appelé « pickerel », de proportions vraiment effrayantes, sont au Canada la nourriture de tout le monde.
Au milieu de cette riche et vigoureuse nature, de cette vraie Mater Alma du Canada, il n’est pas étonnant que la population soi saine et robuste; il n’est pas surprenant que la longévité y dépasse de loin celle des Européens. La nature même y invite au travail, et le travail champêtre y maintient la moralité et la vigueur des familles. Cela suffit pour qu’au Canada tout homme auquel Dieu accorde la santé et la bonne volonté puisse se procurer une subsistance facile, et avec un peu d’économie, une honnête aisance. Le Canada est une terre patriarcale.
J'ai donné précédemment déjà quelques Spa sur la politique du Dominion.
Je dois préciser certains points.
Les lois canadiennes, si larges dans leur élasticité, ressemblent assez à notre constitution de 1830 ; elles sont comme l’outre des vents, dont on peut exprimer la brise ou la tempête. Ceia dépend de la main qui la presse. Touchez doucement, il en sortira le zéphyr de toutes les bonnes libertés; pressez brutalement, c’est le vent qui dessèche, qui brûle et qui tue.
La franc-maçonnerie voit grandir « le peuplier » de la foi canadienne de façon à porter ombrage, no”
seulement à la protestante Angleterre (qu'importe à la maçonnerie !), mais à l’athéisme même, à l'infidélité! Ah! pour le coup! cela paraît si sérieux aux Frères .…. qu’ils mettront tout en œuvre pour entamer l'arbre, et qu’au besoin ils vendront même le Canada aux Etats- Unis, pour reculer le triomphe catholique, si cela peut les aider.
La franc-maçonnerie a usé d’astuce ici comme partout. Elle a tâché de trouver la fissure au Rocher de Pierre, base du grand arbre; et là, à la faveur d’une querelle domestique, elle a doucement appuyé le coin eflilé du « catholico-libéralisme » sous le nom de réforme de l'instruction, etc., etc. ; puis elle a loué et blâmé de droiteet degauche, jusqu’à former comme deux camps là où il n’y en avait pas.
Maintenant on voit ici des catholiques vraiment tels qu'on appelle wltramontés, et des libéraux ul! 1montés qu'on s’essouffle à nommer Ges catholiques.
La défiance déconcerte le troupeau de l'Eglise ; le protestantisme, les revues, les journaux libéraux, maçonniques et athées sont à l’œuvre, et un maire maçon (1) gouverne le catholique Mcntréal.
Déjà on a mis en vigueur une série de lois qui, découlant de la Constitution, deviendront, si l’on n'y veille, les armes du despotisme légal, du monopole de l'Etat en matière d'instruction et d’association.
(1) Aux élections qui se sont faites depuis, une majorité nouvelle a donné à Montréal un maire catholique, M. Mac Shane.
pu
J'ai cité plus haut quelques-unes de ces conquêtes, 4 comme les appellent les gouvernementaux. 4
Il yen a bien d’autres, par exemple : il y a un pro- 1 gramme officiel de l'instruction, chargé au point, 3 qu’appliqué à la lettre ou même dans son esprit, il ne à laisse aucune place au catéchisme, à la doctrine chrétienne. L’atmosphère catholique des écoles peut se “ù raréfier ainsi tout doucement dans l'éducation officielle, ù et la moralité de la jeunesse s'en aller peu à peu à la À dérive. Quelques générations amèneraient un changement néfaste dans les esprits et dans les mœurs.
Il y a un conseil ou comité supérieur de l’enseignement. Ce conseil est composé de neuf évêques catho- À iques(pour le Canada proprement dit), de deux évêques 4 protestants et de onze membres laïques. Le Gouvernement y a son président avec voix prépondérante. Ce conseil a été impuissant jusqu'ici à garder carrément intacte la liberté de l’instruction catholique, dans cette province éminemment religieuse.
Le Canada catholique a donc en ce moment son 1843. Il est à craindre que le 1857 ne suive avectoute la série des tracasseries sectaires, jusqu à ce qu’enfin, la nation réveillée amène, s’il plaît à Dieu, «un soulagement universel ».
C’est bien le moment où il faudrait organiser la résistance, ou mieux, prendre l’offensive. Les catholiques forment la grande majorité de la population. Il leur faudrait les sociétés de Saint-Vincent de Paul
nombreuses, les cercles catholiques, la fédération des cercles étendue sur tout le Dominion; il faudrait les -patronages, les écoles d’adultes, les écoles des arts catholiques ; il faudrait l’union de la Presse. Il y a par-ci par-là un peu de tout cela : l'organisation complète n’est pas encore faite.
Ah! fasse le Ciel que cette organisation évite bientôt une réalité, sans quoi les Prussiens de la loge . pourraient se promettre des Sedan, des Paris ! Et quel . temps il faudrait pour réorganiser lsr ruines qu’ils entasseraient !
Pourtant, ce Canada est si admirablement moral et si profondément catholique ! J’ai été iémoin de la piété des fidèles, * et jai vu le respect du dimanche.
Je me suis vainement fatigué les yeux à chercher un cabaret ou chose de ce nom à Québec, à Montréal, villes pourtant de soixante, de deux cent mille habitants! Je n’y ai rien vu de pareil. On me dit cependant qu’il existe des « cafés » ; mais ils sont encore imperceptibles, même sur les grandes routes. : Léthé, le café, le lait sont la boisson des meilleures familles et des curés.
- J'ai parlé de l’émigration vers le Canada, vers le Manitoba. Ce mouvement, des hommes bien intentionnés tâchent de l’encourager en France et même en Belgique. Ah! Dieu veuille que le branle ne se mette pas dans la partie gâtée de ces deux pays, et que ce mouvement puisse être limité aux parties rurales wal-
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lones, flamandes et bretonnes ; car le Canada est trop beau pour mériter l’inoculation du virus de nos villes d'Europe. |
Au reste, nul ouvrier des grandes villes continentales ne peut réussir ici. Il faut de rudes, de sains et vigoureux campagnards, ceux de Flandre, de la Campine, de la Hesbaye et de la Bretagne; et encore avec un capital de quatre à cinq mille francs s’il s’agit de familles isolées, ou de quelque cent mille francs s’il s'agit d’un groupe d’émigrants.
Les commencements sont trop invinciblement difficiles pour les pauvres dénués de tout capital. |
Dans les conditions indiquées, l'expérience de la colonisation belge et française est faite au Canada. L'avenir de l’agriculture en général, et de la culture maraîchère en particulier, est pleinement assuré. Les débouchés ne manqueront point ni vers les grandes villes des Etats-Unis, ni vers l’Europe. Le « Raphaels- Verein » d'Anvers est en mesure de fournir aux émigrants toutes les informations officielles désirables.
M. J. W. Würden, délégué du comité général dans cette ville, se dévoue à l’œuvre de l'émigration catholigne avec une abnégation au-dessus de tout éloge.
Dimanche dernier, j’ai prêché deux sermons dans l'église romane de la Compagnie de Jésus à Montréal. Je dois donner des conférences dans cette grande ville vers la fin de septembre, ainsi que 1 retraite à la jeunesse du collège Sainte-Marie de la rue Bleury.
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MONTRÉAL Du 14 au 28 août. 4
Une conférence. — Un sermon de charité. — Le P. Augustus Towry- Law. — Le Frère Joseph Hedley. — Le P. Wehl, — Montréal. — Ville-Marie. — Le Campo-Santo. — Les Sulpiciens, — Dime et mainmorte. — Les éteignoirs.
Vers l’année 1851, quand l’orateur de Notre-Dame était à l'apogée de sa gloire, on courait de tous les coins de la Belgique à Liège, pour y entendre Lacordaire. Une vénérable parente, aujourd’hui plus qu’octogénaire, m’a souvent raconté comment, de la petite ville limbourgeoise de Hasselt, les dames, entassées dans les coches d’alors, se pressaient vers la cité épiscopale, et là, se payaient au prix de « deux louis » le luxe bien pardonnable de se rapprocher de la chaire et d’entendre, de voir de plus près le prince Co de la parole. |
J'aurais mauvaise grâce, à coup sûr, de me mettre F en ligne avec l’illustre conférencier, sous quelque rap-
port que ce fût; et toutefois, je parie que si Montréal n’était guère qu’à sept lieues de la ville natale, ma vénérable octogénaire risquerait le voyage et quelques « louis » en outre, pour « aller en Croonenberghs »,' entendre celui que, vu son âge, elle appelait jadis « le cadet de ses soucis ». Eh bien ! je veux lui épargner la peine et les frais du voyage ; ne fût-ce que pour satisfaire sa curiosité, je vais donner l’abrégé d’une conférence telle qu’on les aime en Amérique. Le lecteur verra par ce spécimen ce qu’on entend par les « lectures » dans le monde anglais. Pour mieux l’'éclairer, je mettrai même ma modestie de côté, et je livrerai les petits secrets américains.
Rappelons-nous d’abord que l’Amérique est le pays de la réclame, par excellence. Le conférencier doit doncse faire annoncer; bon gré, mal gré, il doit monter sur le piédestal de la célébrité, et c’est le journalisme qui lui servira de plan incliné.
Je fus introduit auprès du rédacteur en chef de l’Etendard de Montréal, et cet homme extrêmement courtois, M. le sénateur Trudel, me livra à la publicité canadienne en produisant l’article ci-dessous :
Revenu du Continent Noir.
Conférences d'un missionnaire de l'Afrique australe.
« Nous annoncions, il y a quelques jours, le passage à Montréal du R. Père Croonenberghs, jésuite belge,
sage
de la mission du Zambèze. Le R. Père, après avoir excité au plus haut degré l’intérêt de ses auditeurs au Gesù, veut bien nous permettre de copier de ses notes de voyage quelques récits, que nous commencerons à donner à nos lecteurs sous le titre : « Extraits du » carnet d’un missionnaire. »
» Nous les ferons précéder aujourd’hui d’un excellent article dans lequel le « Catholic Union and » Times », de Buffalo, fait en résumé l’historique de ces missions lointaines.
Le Continent africain. .
» En 1879, onze Jésuites Pères et Frères firent voile pour les côtes de l'Afrique méridionale, et après des souffrances sans nombre réussirent à pénétrer dans le « Continent Noir » (Dark Continent). Quatre lourds chariots traînés par des bœufs se dirigèrent péniblement vers l’intérieur, et pendant plusieurs mois les yeux de l’Allemagne, de l’Autriche, de l'Italie, de la Belgique, de la Hollande et de l’Angleterre restèrent fixés sur l’aventureuse petite caravane. La plupart des nationalités de l’Europe avaient en effet des représentants parmi cette vaillantecompagniede missionnaires.
» Souffrant de nombreuses privations et ne prenant aucun repos, les missionnaires voyagèrentde tribu en tribu, visitant ies Hottentots et les Bushmen, les Betchouanas, les Makalakas, les Batlapins et les Mata-
TRE PO srl Linie SRE Se ns LS és ait vetit Li b 1 d'axpdirit ie: N° régi dits L'ab tt ‘ F : L et } HT"
bélé-Zoulous, jusqu’à ce qu'ils eussent réussi à établir cinq postes au nord et au sud du mystérieux Zambèze.
» Cependant des aventures périlleuses et un climat fatal avaient réduit le nombre de la bande vaillante. Il se {rouva des cœurs généreux pour remplir les vides causés par la mort; mais ceux-là aussi succombèrent bientôt à la fièvre et aux privations, tellement qu’au mois de février dernier, dix-sept des missionnaires du Zambèze avaient déjà payé de leur vie la religion et la civilisation qu'ils étaient allés porter dans ces régions meurtrières.
» Des onze premiers pionniers, six seulement vivent encore, et iln’y en a qu’un seul dont la santé ne soit pas gravement compromise. Nous avons eu dernièrement le plaisir de recevoir à nos bureaux la visite de ce prêtre vraiment apostolique. C’est le R. P. Charles Croonenberghs, S. J., qui visite notre ville dans l'intérêt des missions pénibles dont nous venons de parler. Le R. P. Croonenberghs est Belge de nation. Il parle couramment la plupart des langues européennes ainsi que plusieurs idiomes africains, et sa description graphique et imagée de la géographie de ces régions inexplorées, des lois, des mœurs, des coutumes et de la religion des habitants, est extrêmement intéressante et instructive.
» Quelles charmantes conférences il va nous faire sur son expérience de sept ans dans les déserts de