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nécessaire de connaître le caractère et les connaissances acquises de ce peuple. Le contraste entre le Canada et quelques-unes des dépendances de l’Angleterre,-—des Iles Toniennes, par exemple — est à la fois frappant et instructif. Car en accordant, autant qu’il était possible, au Canada le privilége de se gouverner lui-même, Angleterre s’est épargné, en grande partie, le soin de le gouverner. Les Iles Tloniennes, au contraire, ont reconnu la libéralité et un octroi généreux de priviléges d’une tout autre manière. La différence doi: sans doute être attribuée au peuple, et cette circonstance peut rendre intéressantes quelques observations sur les raisons pour lesquelles les Canadiens ont fait un bon usage du privilége de se gouverner eux-mêmes.
Les habitans de toute l'Amérique du Nord, puis-je dire, je veux parler de ceux de descendance britannique et des émigrés bretons sont peut-être les plus aptes de tous à comprendre les avantages des institutions représentatives, et les plus exercés à en jouir. Leurs habitudes de confiance en eux-mêmes, et la nécessité où ils se sont trouvés d’agir de concert pour parvenir aux moyens de se maintenir, —de bâtir une hutte en troncs d'arbres loin dans les bois, de clôturer les premiers acres de terre défrichés, de jetter un pont sur un cours d’eau, ou de faire un chemin dans la forêt, les a conduits naturellement à respecter l’habileté et à se mettre sous la direction du talent. Quoi de plus naturel que l'esprit qui dirige la corvée, que le génie qui préside à la construction d’une grange, soient élus, à l’assemblée annuelle du canton, pour surveiller la construction des ponts, et juger de la hauteur que doivent avoir les clôtures. Et telle est la première législation dont ces gens ont à s'occuper. Quoi de plus naturel aussi, que l'individu utile, qui, dans un établissement, dresse des contrats et des testamens, qui termine des différens sans recourir à la loi, et donne de bons avis gratis, soit choisi par des hommes à qui il rend service par son éducation et par sa bienveillance, pour faire leurs lois et soutenir leurs intérêts. Il faut dire aussi que les habitans du Canada n’ont ni droits de tenanciers, ni “unions d'artisans,” pour s'assurer de plus forts gages, ou pour empêcher qu’on exige d’eux trop d’heures de travail. Leurs besoins sont leurs orateurs. Leurs manières et leurs moyens de vivre, et les soins de ce que leur travail leur H*
apporte, sont les principes d’après lesquels ils se conduisent. Leur démocratie commence par le bon bout ; car, au lieu de fabriquer des théories pour contrôler les propriétés des autres, ils ne s'occupent que des meilleurs moyens de prendre soin des leurs. Est-il donc étonnant que des gens qui ont une telle éducation, et telle a été l'éducation universelle de l'Amérique du Nord, sachent se gouverner eux-mêmes, s'élèvent graduellement de la considération des affaires d’un canton à celles d’un comté et d’un pays; qu’ils soient assez “ conservateurs ” pour conserver le fruit de leur industrie, et assez démocrates pour insister sur le droit de le faire. Et telle est la vraie peinture des habitans du Canada. Leur système municipal ne s'éloigne que peu de la pratique d’élire le directeur de la corvée comme constructeur du pont, et leur parlement n’est qu’une classe plus élevée dans la mème école du gouvernement pratique de soi. En leur donnant, dans le fait, l’entier contrôle de leurs propres affaires, on n’a fait autre chose que faire passer des matelots experts dans un vaisseau plus grand ; et dans ses transactions avec ses autres colonies, tout ce que la Grande-Bretagne a à faire, c’est de voir à ce que le vaisseau soit toujours adapté aux matelots ; car en donnant une constitution à un peuple, il est d’une beaucoup plus grande importance de le bien comprendre, que de comprendre, même parfaitement, des principes abstraits de gouvernement.
Le Canada, dans sa présente position vis-à-vis de Ja Grande- Bretagne, peut être regardé comme:un fils marié : il a à lui appartenant une maison dont il doit prendre soin ; il a sa fortune à faire ; il a des enfans, dont il doit avoir soin et au maintien desquels il doit pourvoir; maïs ces enfans se pressent autour des genoux de leur ayeule, la Grande-Bretagne; ils entendent les récits de sa gloire, et ils deviennent magnanimes ; ils écoutent ses leçons de sagesse, et ils deviennent bons. Ils sont réchauffés par son patriotisme et par celui de leurs ancètres, et ils sont prêts, comme en une occasion récente, à prodiguer leurs trésors, pour la soutenir, et à verser jusqu’à la dernière goutte de leur sang, s’il en est besoin, pour maintenir sa liberté et soutenir son honneur.
Un tel peuple, dans un pays riche et magnifique, ne peut avoir qu'une grande et glorieuse destinée. .
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