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LES INDIENS

Quand les français, sous la conduite de Champlain, résolurent, en 1608, de s'établir sur les bords du St-Laurent, à cet endroit où le rétrécissement du fleuve leur suggéra le nom approprié de Québec, "la pointe," comme disaient les indiens, aucun peuple d'Europe n'avait tenté, avant eux, la colonisation de cette partie du continent. Sur cette vaste étendue de pays, les indiens erraient en maîtres, comme s'ils en eussent été les possesseurs. Ils étaient pratiquement divisés en deux classes ; les cinq tribues iroquoises et les autres.

Des haines héréditaires les séparaient et l'immensité des forêts était le théâtre de leurs incursions et de leurs batailles sanglantes. Champlain comprit tout d'abord que s'il voulait fonder une colonie permanente en Canada, il devait épouser la querelle des Algonquins contre leurs cruels ennen)is, les Iroquois.

C'est parmi ces indiens ainsi divisé-, en deux grandes classes, qu'il faut rechercher l'origine de ces peuplades aborigènes du Continent Nord Américain. Les deux groupes originaires, sont les Malais Polynésiens et les Turaniens. Ces groupes ont tous deux des représentants au Canada, les Algonquins descendent des premiers, et les Iroquois, les Tirraehs et Esquimaux des second. Par les Algonquins, les Aborigènes du Canada sont alliés aux peuplades habitant l'immense superficie qui couvre le Malacca, jusqu'à la Nouvelle Zélande, et Madagascar aux Iles Sandwich et autres îles, plus à l'est. Par les Iroquois, les aborigènes du Canada sont alliés aux races Finnoises, Turques et Mongoliennes de l'Asie et de l'Europe. Toutes deux sont parfaitement distinctes. La langue des Algonquins diffère radicalement de celle des Iroquois. tant sous le rapport grammatical qu'euphonique. Par leur visage plus plat, leur taille moins élevée, les extrémités des pieds et

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des mains plus grêles, les Algonquins offrent un contraste marquant avec les Iroquois dont les traits sont plus accentués, les proportions plus fortes, le développement musculaire plus prononcé. L'Iroquois est éminemment un homme terrestre, un guerrier et un amateur de grands sports, tandis que l'Algonquin aime l'eau, est peu agressif et passe son temps de loisir dans la paresse. La taciturnité, avec tout ce qu'elle comporte, tel que l'absence de bonne humeur, est un des caractéristiques des Algonquins, mais il n'en est pas ainsi des Iroquois. A l'origine, les Iroquois adoraient le soleil, ce que n'ont jamais fait les Algonquins, En résumé, les deux races n'ont rien de commun entr'elles, si ce n'est leur commune destinée et certaines petites habitudes de vie, fruit d'un contact réciproque. Les Algonquins et les Iroquois, qui ont contribué tous deux à former le type idéal du Peau Houge. sont les représentants de deux familles aussi distinctes, que les races Aryennes et Sémitiques du vieux monde.

Les indiens du Canada, issus de deux races différentes, peuvent se subdiviser en quatre familles : (a) Les Innuites ou Esquimaux, (h) Les Tirmehs. (c) Les Algonquins et (d) les Hurons-Iroquois.

Les Innuites " les hommes," nom qu'ils se donnaient euxmêmes, Eskimo (mangeurs de viande crue), terme de dérision à eux donné parles Algonquins, sont les plus vieilles races aborigènes du Canada. A raison de plusieurs points de rapproche • ment entre les races Française et Anglaise primitives, tels que : les aiguilles à coudre, les colliers et bracelets de dents taillés, les poignards d'andouillers, le talent artistique pour dessiner les hommes et les animaux, et les scènes où prennent part les hommes et les animaux, plusieurs paléontologistes sont portés à croire comme le professeur Boyd Dawkins, que les Esquimaux d'aujourd'hui, sont les survivants de ces races habitant, aux âges préhistoriques, des cavernes pléistocenes dans l'ouest de l'Europe. Leur antiquité est si reculée que, comme point de comparaison, l'intervalle qui s'est écoulé, entre la construction des Pyramides d'Egypte et celle de la tour Eifïel, parait infiniment petit.

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Les lunuites habitent le littoral de la lisière nord du Canada, depuis le Labrador et la baie d'Ungava, jusqu'à la lio-ne frontière entre le territoire du Yukon et l'Alaska. Depuis cette dernière région, le long de toute la ligne du littoral jusqu'à la baie d'L^ngava, ils parlent tous la même langue, ils sont doués de la même intelligence et de la même énergie, dans la lutte pour l'existance, dans une région oii les blancs, avec toutes les ressources de la civilisation à leur disposition, ont eu maintes difficultés à surmonter, pour garder santé et vio-ueur. " Ils sont doués d'un talent artistique remarquable, et des navigateurs du pôle Nord ont décrit avec étonnement leur talent à se servir du crayon et à tracer les lignes du littoral." Ils sont hardis et audacieux sur l'onde, attaquant seul, en pleine mer, dans leur frêle embarcation, les animaux marins les plus colossals.

Les ïirmehs ou Déné Dindjiés, habitent la vallée de la rivière Athabaska, les environs de la rivière de la Paix, les régions au nord du lac du Grand Ours, jusqu'au sud de l'étendue de terre des Innuites baignée par la mer, les montagnes de la rivière Mackenzie, les collines et presque toute la région à l'ouest des ]\Iontagnes Rocheuses, comprenant Vancouver et les iles de la Reine Charlotte, d'où ils sont sortis en bandes avantureuses et ont pris possession du pays au sud du territoire des Innuites.

Ces derniers ont pour voisins, au sud, les Algonquins, qui partis de l'est, où ils étaient les voisins des Innuites, ont poussé leur marche en avant, de l'intérieur du Labrador et à travers l'étendue de pays qui s'étend depuis le littoral de l'océan Atlantique et le lac Supérieur, aux contrées situées au sud du Nord-Ouest Canadien, où, comme Saulteux, Cris des Prairies, Cris des Bois, Pieds Noirs, ils ont pris racine, et se sont montrés aussi vigoureux sous tous les rapports, que l'ancienne race dont ils descendaient. Le cris est le langage typique de cette race, la plus répandue de toutes les races indiennes ; comprenant, en outre des tribus de l'Ouest ci-dessus énumérées, les Micmacks, Mélicites et Abénakis des régions maritimes de l'Est, les Naskapies et Montagnais du Labrador et de l'est de

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Québec, les Mississaugas, les Odjibwys et les nombreuses tribus de l'ouest de Québec et Ontario, que les Fi-ançais avaient eus comme alliés, "dans un demi siècle de contiit." Ces tribus étaient grands chasseurs, avaient parcouru une vaste étendue de territoires, et comme guerriers avaient montré leur habileté dans plusieurs guerres de frontière, durant la longue période où Français et Anglais avaient lutté l'un contre l.'autre, pour la suprématie sur les eaux de l'Acadie, au milieu des forêts de pin du Maine et du Massachusetts, le long des rives sud des grands lacs Laurentiens et sur les bords du Mississippi depuis sa source à son embouchure.

Les Iroquois, cette seconde grande famille, ressemblent aux Français et aux Anglais, par leur talent d'organisation, et la sagesse qu'ils apportent dans le choix d'une bonne administration, en temps de paix comme en temps de guerre. Ils étaient à l'origine composés de cinq tribus, généralement connues sous le nom do Mohawks, Onéidas, Onondao-as, Cayugas et les Sénécas. Subséquemment, les Tuscaroras s'unirent à eux, et on ne les désigna plus que sous le nom des Six Nations, ou plus fréquemment des Iroquois. Comme tels ils tenaient la balance du pouvoir entre les Français sur les lacs et les Anglais sur le littoral de l'Atlantique, les soulevant les uns contre les autres avec habileté, s'assurant pour euxmêmes, le métier lucratif d'intermédiaires, dans le commerce de fourrures, avec les autres tribus. On retrouve des bandes d'Hurons-Iroquois isolées cà et là, tels que les Hurons de Lorette, près de la cité de Québec, ceux de Caugnawaga, le lac des Deux-Montagnes, St-Régis et les Iroquois qui se tro'iivent en plusieurs endroits de la péninsule, entre les lacs Ste-Clair et Erié. Ces derniers se trouvent à l'est du lac Supérieur. A l'ouest habitent les Assiniboines et les Sious appartenant au Dakota et alliés ainsi aux Iroquois, comme provenant d'une commune origine Turanienne ou du nord de l'Asie.

En 1871, lors du premier recensement du Dominion, le dénombrement de la population indienne fut l'objet d'une

attention tonte spéciale. Il y a 36 tribus dont : 1 Esquimaux; 19 Déné Diudjié; 11 Algonquins; 5 Hurons-Iroquois.

Suit le chiffre de leur population réciproque :

De la race Esquimaux 4,028

Déné Dindjié 42,000

Algonquin 40,000

Huron-Iroquois 10..830

Total 102,358

Relativement à leur manière de vivre ;

Uniquement de poisson 23,000

Vie de camp à chasser 18,000

Dans les villages, dans les districts établis . 17,358

En familles dans les bois ... 4-1,000

Relativement à leur position générale, au point de vue géographique :

A l'ouest des Montagnes Rocheuses 26,000

A l'est " " 76,000

Relativement à leur position, au point de vue politique :

Province do l'Ile du Prince-Edouard 323

" Nouvelle-Ecosse 1,666

" Nouveau-Brunswiclc ] ,403

Québec 6,988

Ontario 12,978

" IVlauitoba 500

Colombie Anglaise 23,000

Terre de Rupert 33,500

Le Labi'ador et les pays baignés par la mer

Glaciale 22,000

Le rapport du surintendant-général des affaires indiennes en 1898, met le chiffre des Indiens à 100,093, montrant une diminution de 2.265 en 27 ans.

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Le tableau suivant indique les augmentations et les diminutions en 1898, comparées avec le chiffre de 1871 :

Augmentation. Diminution.

L'Ile du Prince-Edouard 9

Nouvelle-Ecosse 861

Nouveau-Brunswick 224

Province de Québec 3,589

Ontorio 7,640

Colombie Anglaise 1,973

Manitoba 6,216

Reste du territoire .... 22.359

Diminution total : 2,265.

Ces comparaisons établissent que les Indiens sur les réserves et dans les vieilles provinces, augmentent tellement en population, qu'ils contrebalancent presque ce qu'ils perdent en population dans les territoires.

Durant les vingt-neuf ans où les Indiens ont eu à subir l'influence de la civilisation, et ont souffert par la construction des chemins de fer et par la destruction du gros gibier, comme le buffle, et par l'expropriation de leurs terres, pour les fins de la colonisation, et pour l'établissement des ranches, toutes ces causes ont plus fait pour diminuer le nombre des Indiens que n'avait fait la force procréative de la race pour l'augmenter.

Du total de 103,000 de population, 74,118, d'après le rapport du département des Indiens, résident sur les réserves ; le reste est nomade.

Les Indiens du Canada ne progressent pas tous également. Quelques-uns sont polygammes, d'autres ont adopté la civilisation des IJancs, à tel point, qu'on ne les distingue plus entr'eux. Les uns n'entendent pas le traître mot de la politique et ne connaissent pas l'importance d'un droit de vote. D'autres ont le droit de franchise électorale, et l'apprécient grandement. Quelques-uns augmentent en population, tandis que d'autres perdent du terrain sous ce rapport.

Le tableau suivant établit la condition des Indiens sur les reserves :

Nombre sur les réserves ^ 74,118

Quantités d'acres cultivés 111,880

Nouvelle terre cultivée durant l'année,

acres 1,932

Nombre d'instruments d'agriculture.... 72,344 " de chevaux, bestiaux, moutons

et cochons 77,148

Récolte de foin pour l'année, tonnes .... 68,447

Grains minots 717,375

Patates et autres légumes, minots 414,525

Poisson, fourrures et autres industries,

valeur $1,236,043

Le gouvernement du Canada a pris soin des Indien.s. Ils ont été et sont encore comme une armée, nourris et vêtus aux dépens du gouvernement. Ils sont sous la tutelle de la nation, mais contrairement à bien des pupils, dans certains cas, ils n'ont jamais eu de différents sérieux avec leurs gardiens. Dans bien des cas, avec leur consentement, leurs terres ont été vendues, et le fond de réserve des Indiens s'élève maintenant à plus de S3,72o,000. Des écoles primaires et industrielles ainsi que des pensionnats ont été fondés pour les Indiens, et 273 professeurs, dont bon nombre d'Indiens, se con.sacrent à l'enseignement. Ces écoles comptent 9,880 élèves, et les examens annuels donnent les meilleurs résultats, le nombre des écoliers ayant augmenté de 4,000 de 1885 à 1895.

Dans les écoles industrielles, le nombre total des élèves, d'après le rapport de 1898, était de 262, dont 142 apprenaient le métier de charpentier, 54 celui de cordonnier, et le reste, ceux de tailleurs, forgerons, boulangers et imprimeurs, etc.

Dans l'accomplissement de cette tâche, le gouvernement a obtenu l'aide de plusieurs dénominations religieuses qui ont établi des missions en plusieurs endroits et ont gagné la confiance des Indiens. Le recensement, sur les différentes

relîo-îuns, donne le résultat suivant: 42,530 catholiques romains, 16,448 membres de l'église d'Angleterre, 8,855 méthodistes, 1,054 presbytériens, et 1,581 appartenant h différentes dénominations religieuses. Parmi les autres, 15,615 sont considérés comme païens et 14,010, comme "inconnus." Ces derniers comprennent 5,000 Indiens, dans le district d'CJngava et 1,000 Innuites près des côtes de la mer Polaire. Le montant total des dépenses de l'administration sur les affaires Indiennes, a été, en 1897, de 81,194,648, dont S242,0G4 du fonds des Indiens et 8952,584, montant des appropriations annuelles votées pai- le Parlement fédéral en faveur des Indiens.

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