BACOT
était rocomiTi pour èiro Irt'S-modéré, la])orieux et plein de coiiciliatioii. Il avait rempli arec beaucoup /dhabileté plusieurs ambassades eu Amc'^riquc et dans les cours européennes ; il s'était surtout distingué dans les nég-ociations de la C[uestion hollando-l)elge. Les Canadiens attendaient de hii une administration juste. Hes premiers actes firent augurer favorablement de sa conduite future ; ils prouvèrent que de bons gouverninirs seraient encore donnés au pays. Aux nombreuses adresses qui lui furent présentées, lors de son arrivée, par toutes les classes et les diflérentes origines de la province, il répondit qu'il ne reconnaîtrait aucune distinction de races ni aucun parti politique, et que son vœu le plus ardent était de se concilier à la fois l'approbation et l'appui de tous les sujets du pays.
Il travailla d'abord en silence à se mettre au courant des affaires générales du pays. Il put bientôt constater qu'il existait des mécontentements parmi une partie considérable de la population, et que cette population avait à se plaindre de nombreux et justes griefs, dont un des principaux était son éloignement du conseil exécutif, où ses intérêts n'étaient nullement représentés. Il montra tout de suite des dispositions bienveillantes envers les Canadiens-français ; il leur distribua plusieurs places importantes, entres autres, celle do surintendant de l'éducation pour le Bas-Canada à M. le Dr Meilleur, et celle de juge en chef de Montréal à M. Yallières de Saint- Réal, homme qui faisait la gloire et l'orgueil de ses compatriotes. M. Yallières fut le premier Canadien appelé à remplir une charge aussi
élevée. La nomination dos juges de paix et dos membres dos bureaux d'examinateurs pour les écoles, qui eut lieu dans lo môme temps, rencontra rappro])aiion liénérale dos Canadiens. Aussi, lorsque, au mois de juin, Sir Charles visita
10 Bas-Canada, le peuple lui montra-t-il sa reconnaissance on lui faisant une réception tréscordiale.
Malgré ("OS (juclquos actes do réparai ion envers la population libérale, il restait encore beaucouj) à faire pour lui rendre pleine justice. A sa mort. Lord iSydonham avait laissé à son successeur d(^s (nnbarras attreux à surmonter, des lois iniques à détruire, dos injustices révoltantes à redrosser. Plusieurs des lois imposées par ce; gouverneur étaient alors en opération, ou allaient le devenir sous peu de temps. Au nombre de ces ordonnances était celle des municipalités, qui divisail la i)roviiice en vingt-deux districts, dont les principaux ofRciers, syndics, tré.sori,n-s, etc., nommés par lo gouvernement, avaient le droil d(^ taxer le peuple, et dont les chefs-lieux étiiient placés, en divers endroits, loin des (^entres habités. C<'llo des bureaux d'enrogistremenl tondail à changer les institutions garanties ])ar la métropole, et devait faire encourir aux habitants dos dépenses exorbitantes : le pouph^ ne crovail pas en aAT;ir besoin ; (\ar les anciennes lois, étant un l^ou modifiées, olli-aient la sécurité nécessaire aux acquéreurs doués d'une prudence ordinaire.
11 y avait aussi l'ordonnance des chemins d'hiA'er, qui changeait les anciennes habitudes de la population, et qui n'était pas praticable dans le district de Québec, par la quantité considérable de neige qui samoncelle dans les chemins ; et
celle de la police embarrassante, dispendieuse, était dans les villes et les campagnes une source de démoralisation et de mesures vexatoires.
Les Canadiens ne pouvaient tolérer l'impôt prélever par des employés sur lesquels ils n'avaient aucun contrôle. Ils avaient même une aversion prononcée pour la taxe imposée par leurs représentants ; à plus forte raison devaient ils s'y opposer lorsqu'elle était imposée par des officiers du gouvernement. Pour va motii", presque tous les conseils municipaux refusèrent de procéder aux affaires tel que le voulait l'ordonnance ; ils bornèrent leurs procédés à dresser des requêtes pour condamner cette mesure. La presse libérale prêcha une croissade contre ces ordonnances iniques et contre les clauses injustes de l'acte d'union. Elle conseilla au peuple de se réunir et de dresser des i:)étitions pour les rappeler ou les amender de manière à les rendre acceptables. C'est ce qui se lit dans presque tous les comtés du Bas-Canada : partout l'on demanda par des requêtes à la législature le redressement de ces griefs. Nous devons en justice mentionner ici les services éminents que rendit à la cause libérale M. Etienne Parent, rédacteur du Canadien. Ce publiciste distingué, par son patriotisme, x^ar ses écrits énergiques et ses vastes connaissances, sut guider les Canadiens dans cette époque si critique ; il contribua beaucoup à leur faire concéder les réformes demandées, et à amener les changements qui devaient bientôt s'opérer dans leur situation.
Nous donnons ici un extrait d'un de' ses articles, qui montrera l'état des esprits dans le Bas-Canada à cette époque.
'• Nos réclamations sont générales et particulières. Les unes, telles que l'appropriation faite pour la liste civile et l'initiative des bills d'argent pour rexécutii", regardent les deux sections de la province ; d'autres sont particulières à la section-est, comme la répartition entre les deux sections et le paiement de la dette du Haut- Canada par la province-unie ; d'autres, enfin, sont particulières à la i)opulation canadienne-fran- (;aise, qui, jusque dans ses propres limites, s'est vue traitée de la manière la plus indigne par le satrape éhonté qui s'est tiouvé chargé d'exécuter l'acte d'union (ju'il avait lui-même dressé. Personne n'ignore qu'il n"y a aucune proportion entre la représt-ntation des comtés anglais et celle des comtés lianyais. On n'ignore pas non plus cjue les chefs-lieux ont été, partout où cela pouvait servir les vues malveillantes de l'administration, placés à l'extrémité des habitations, loin des centres dépopulation; on n'apasoirblié le défranchissement en bloc de plus de la moitié des électeurs qualifiés de Québec et de Montréal, et la proscription de la langue de la majorité ou pour le moins de la grande moitié de la population du Canada-Uni, comme langue parlementaire et légale. Tous ces points particuliers sont des sujets sur lesquels nous pouvons nous adresser à l'administration pour en recevoir son appui soit dans la législature locale, soit auprès des autorités impériales. Et, si cette administration nous refuse c(^t appui, elle n'a pas droit à notre confiance ; et nous nous ravalerions audessous de l'esclave africain, nous nous rendrions justemcjit méconnaissables aux ycùx mémos du pouvoir, si nous lui accordions notre concours
constitutionnel pour le maintien d'un état de choses c[ui est une insulte constante pour nous.
" On peut nous maintenir dans un état d'infériorité politique, on peut nous piller, on peut nous opprimer ; on a l'appui d'une armée et des toutes les forces de l'empire à sa disposition pour cela ; mais, certes, non. jamais nous ne prêterons la main à notre asservissement, à notre dégradation. On nous avertit de bien tout considérer avant de décider. Nous pouvons assurer que nos réflexions sont toutes faites. Nous avons bu la coupe jusqu'cà la lie ; depuis un demi-siècle, nous sommes abreuvés d"amertume ; on peut nous faire endurer plus que nous avons souffert : nous sommes familiers avec les souflrances, et nous les redoutons moins que le déshonneur. Ces réflexions ne sont pas les divagations d'une imagination échauffée ; c'est l'expression fidèle et réfléchie du sentiment qui anime un demimillion d'hommes dans le Bas-Canada. L'appât des faveurs a pu amollir cjuelcjues courages, mais la masse de la population ne fléchira jamais ; le soleil du pouvoir pourra dessécher quelques branches, mais l'arbre conservera toujours sa sève et sa verdeur.
" Nous n'attendons nullement par ces remarques jeter aucun doute sur les bonnes dispositions d'une administration qui s'annonce avec des vues conciliatrices, dont les premiers pas sont des actes de réparation ; mais elles sont destinées à ceux q-ii voudraient faire fléchir cette administration dans la voie de justice où elle semble disposée à marcher, en lui faisant entrevoir des obstacles à sa marche vers uuf^ justice pleine et entière "
Il se commettait encore envers le Bas-Canada des abus extrêmes. Cette province fut plusieurs mois sans aucun ministre pour prendre soin de ses intérêts: toute l'administration était laissée aux mains d'un jeune clerc du secrétaire-provincial. Les arrangements ministériels qui précédèrent l'ouverture des chambres, se firent sans la présence des ministres du Bas-Canada. M. Day venait d'être nommé juoe du banc de la reine, MM. Ogden et Daly étaient alors en Angleterre. Mais, en revanche, le Haut-Canada avait acquis deux ministres de plus, ministres qui avaient cependant une politique tout opposée : l'Hon. M. Gr. Sherwood, membre conservateur, qui devint solliciteur-général le 23 juillet, et l'Hon. M. F. Hincks, qui s'adjoignit au ministère, le 9 juin, comme inspecteur général des comptes publics. L'on se rappelle que M. Hincks, avec quelques autres rélbrmistes, avait souvent soutenu le parti libéral lors de la première session. H crut devoir abandonner ses amis et accepter un portefeuille, tout en déclarant qu'il n'avait rien cédé de ses principes en entrant dans le ministère.
Sir Charles Bagot convoqua les cham])res le 8 septembre 1842. Dans le discours du troue, il mentionnait la naissance du Prince de Galles, la garantie par l'Angleterre d'un emprunt d'un million et demi de louis. 11 recommandait une nouvelle organisation de la milice, et des changements à faire dans les lois concernant les écoles et les municipalités. Il était heureux de voir la coniiani e dont jouissait le pays et le rétablissement de la iranquilité intérieure.
Le ministère se trouvait presque incapable de
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commander une majorité de la chambre rejnésentative. En eliet, Lord Sydcnham l'avait laissa dans nne péni])îê situation. IVndant son administration, il avait trouv*'* l(^s moyens de lui procurer ii ne majorité ; mais cette majorité diminua bien vite après l'arriA'ée de son successeur. Le ministère fut alors laissé à ses propres forces. Composé de membres aux opinions opposées, il ne possédait aucun chef influent, capable de commander la confiance publique. L'adhésion de MM. Hincks et Sherwood ne l'avait pas rendu plus populaire. Les ministres avaient avoué leur ])ropre faiblesse, en engaQ:eant quelques libéraux influents à fiiire partie du ministère. Dans l'été de 1842, M. ^îullivan avait vu M. La Fontaine et M. Morin dans ce but. On s'était aussi adressé à M. Grirouard et à M. Cartwright. Aucune de ces démarches n'eut de succès.
Le but des ministres était d'ompécher ralliance qu'ils redoutaient, (^ntrc les libéraux du Ras- Canada et les conservateurs, îSir Allan \[c>fab et autres, qui avaient fait une opposition au gouvernement à la dernière session.
D'un autre coté, une grande réaction s'était faite en faveur de la politique libérale. Les électeurs avaient élu prescpie partout des députés libéraux. (1) Au nombre des nouveaux represen-
(i) Listcde^ nouveaux députés élus d.'puis la fin de la première .-■cssion :
\V. Waiker, élu pour Rouville, à la 'place de A. -M. De Salaberry ;
James Leslie, Verchère, à la place de H. Desrivières ;