‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 33 · NE · texte numérisé non relu

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1842] BAGOT. 111 élait reconnu pour être très-modéré, laborieux et plein de conciliation. Il avait rempli avec beaucoup d'habileté plusieurs ambassades en Amérique et dans les cours européennes ; il s'était surtout distingué dans les négociations de la question hollando-belge. Les Canadiens attendaiert de lui une administration juste. Ses preniers actes firent augurer favorablement de sa conduite future ; ils prouvèrent que de bons gouverneurs seralent encore donnés au pays.

Aux nombreuses adresses qui lui furent présentées, lors de son arrivée, par toutes les classes et les différentes origines de la province, il répondit qu'il ne reconnaîitrait aucune distinction de races ni aucun parti politique, et que son vœu le plus ardent était de se concilier à la fois l'approbation et l'appui de tous les sujets du pays.

I travailla d’abord en silence à se mettre au courant des affaires générales du pays. Il put bientôt constater qu'il existait des mécontentements parmi une partie considérable de la population, et que cette population avait à se plaindre de nombreux et justes griefs, dont un des principaux était son éloignement du conseil exécut#, où ses intérêts n'étaient nullement représentés. Il montra tout de suite des dispositions bienveillantes envers les Canadiens-français ; il leur distribua plusieurs places importantes, entres autres, celle de surintendant de l’éducation pour le Bas-Canada à M. le Dr Meilleur, et celle de juge en chef de Montréal à M. Vallières de Saint- Réal, homme qui faisait la gloire et l’orgueil de ses compatriotes. M. Vallières fut le premier Canadien appelé à remplir une charge aussi

élevée. La nomination des juges de paix et des membres des bureaux d’examinateurs pour les écoles, qui eut lieu dans le même temps, rencontra l'approbation générale des Canadiens.

Aussi, lorsque, au mois de juin, Sir Charles visita le Bas-Canada, le peuple lui montra-t-il sa reconnaissance en Jui faisant une réception trèscordiale.

Malgré ces quelques actes de réparation envers la po: sulation libérale, il restait encore beaucoup à faire pour lui rendre pleine justice, À sa mort. Lord Sydenham avait laissé à son successeur des embarras affreux à surmonter, des lois iniques à détruire, des injustices révoltantes à redresser. Plusieurs des lois imposées par ce gouverneur étaisnt alors en opération, ou allaient le devenir sous peu de temps. Au nombre de ces ordonnances était celle des municipalités, qui divisait la province en vingt-deux districts, dont les prine ipaux officiers, syndics, trésoricTs, cte., HoMinés par le gouvernement, avaient le droit de laxer le peuple, et dont les chefs-lieux étaient placés, en divers endroits, loin des centres habités. Celle des bureaux d'enregistrement teneait à Ghanger les institutions oaranties par la métropole, et devait faire enc ourir aux habitants des dépenses exorbitantes : le peuple ne croyait pas en avoir besoin ; car les anciennes lois, étant un peu modifiées, offraient la sécurité nécessaire aux acquéreurs doués d’une prudence ordinaire. Il y av ait aussi l'ordonnance des chemins d'hiver, qui changeait les anciennes habitudes de la population, et qui n'était pas praticable dans le district de Québec, par la quantité considérable de neige qui s’amonselle dans les chemins ; et

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celle de la police embarrassante, dispendicuse, était dans les villes et les campagnes une source de démoralisatir1 et de mesures vexatoires.

Les Canadiens ne pouvaient tolérer l'impôt prélever par des employés sur lesquels ils n'avaient aucun contrôle. Ils avaient même une aversion prononcée pour la taxe imposée par leurs représentants ; à plus forte raison devaientils s’y opposer lorsqu'elle était imposée par des officiers du gouvernement. Pour ce motif, presque tous les conseils municipaux refusèrent de procéder aux affaires tel que le voulait l’ordonnance; ils bornèrent leurs procedés à dresser des requêtes pour condamner cette mesure. La presse libérale prècha une croissade contre ces ordonnances iniques et contre les clauses injustes de Pacte d'union. Elle conseilla au peuple de se réunir et de dresser des pétitions pour les rappeler où les amender de manière à les rendre acceptables. C’est ce qui se fit dans presque tous les comtés du Bas-Canada: partout l’on demanda par des requêtes à la législature le redressement de ces griefs. Nous devons en justice mentionner ici les services éminents que rendit à la cause libérale M. Etienne Parent, rédacteur du Canadien. Ce publiciste distingué, par son patriotisme, par ses écrits énergiques et ses vastes connaissances, sut guider les Canadiens dans cette époque si critique ; il contribua beaucoup à leur faire concéder les réformes deiwandées, et à amener les changements qui devaient bientôt s’opérer dans leur situation.

Nous donnons ici un extrait d’un de ses articles, qui montrera l’état des esprits dans le Bas-Canada à cette époque.

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“Nos réclamations sont générales et particulières. Les unes, telles que l'appropriation faite pour la liste civile et l'initiative des bills d’arsent pour l'exécutif, regardent les deux sections de la province ; d'autres sont ‘iculières à la section-est, comme la répartie. entre les deux sections et le paiement de la dette du Haut- Canada par la province-unie ; d'autres, enfin, sont particulières à la population canadienne-française, qui, jusque dans ses propres limites, s'est vue traitée de la manière la plus indigne par le satrape éhonté qui s'est trouve c hargé d'exécuter l'acte d'union qu il avait lui-même dressé. Personne n'ignore qu'il n’y à aucune proportion entre la représentalion des comtés anglais et celle des comtés français. On n'ignore pas 10n plus que les chefs-lieux ont été, partout où cela pouvait servir les vues malveillantes de l’administration, placés à l'extrémité des habitations, loin des centres de population; on n’a pas oublié le défranchissement en bloc @e plus de la moitié des électeurs qualifiés de Québec et de Montréal, et la proscription de la langue de la majorité ou pour le moins de la grande moitié de la population du Canada-Uni, comme langue parlementaire et légale. Tous ces points particuliers sont des sujets sur lesquels nous pouvons nous adresser à l'administration pour en recevoir son appui soit dans la législature locale, soit auprès des autorités impériales. Et, si cette administration nous refuse cet appui, elle n'a pas droit à notre confiance: et nous nous ravalerions audessous de l’esclave africain, nous nous rendrions justement méconnaissables aux yeux mêmes du pouvoir, si nous lui accordions notre concours

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constitutionnel pour le maintien d'un état de choses qui est une insulte constante pour nous.

“ On peut nous maintenir dans un état d'infériorité politique, on peut nous piller, on peut nous opprimer ; on a l'appui d’une armée et des toutes les forces de l'empire à sa disposition pour cela ; mais, certes, non, jamais nous ne préterons la main à notre asservissement, à notre dégradation. On nous avertit de bien tout considérer avant de décider. Nous pouvons assurer que nos réflexions sont toutes faites. Nous avons bu la coupe jusqu'à la lie ; depuis un demi-siècle, nous sommes abreuvés d'amertume ; on peut nous faire endurer plus que nous avons souffert : nous sommes familiers avec les souffrances, et nous les redoutons moins que le déshonneur. Ces réflexions ne sont pas les divagations d’une imagination échauflée ; c'est l'expression fidèle et réfléchie du sentiment qui anime un demimillion d'hommes dans le Bas-Canada. L’'appât des faveurs a pu amollir quelques courages, mais la masse de la population ne fléchira jamais ; le soleil du pouvoir pourra dessécher quelques branches, mais l'arbre conservera toujours sa sève et sa verdeur.

“ Nous n'attendons nullement par ces remarques jeter aucun doute sur les bonnes dispositions d’une administration qui s'annonce avec des vues conciliatrices, dont les premiers pas sont des actes de réparation ; mais elles sont destinées à ceux qui voudraient faire fléchir cette administration dans la voie de justice où elle semble disposée à marcher, en lui faisant entrevoir des obstacles à’ sa marcho vers une justice pleine et entière... ”

Il se commettait encore envers le Bas-Canada des abus extrêmes. Cette province fut plusieurs mois sans aucun ministre pour prendre soin de ses intérêts : toute l'administration était laissée aux mains d'un jeune clerc du secrétaire-provinclal. Les arrangements ministériels qui précédèrent l'ouverture des chambres, se firent sans la présence des ministres du Bas-Canada. M. ay venait d’être nommé juge du banc de la reine, MM. Ogden et Daly étaient alors en Angleterre. Mais, en revanche, le Haut-Canada avait acquis deux ministres de plus, ministres qui avaient cependant une politique tout opposée : l’'Hon. M. G. Sherwood, membre conservateur, qui devint solliciteur-général le 23 juillet, et l'Hon. M. EF. Hincks, qui s’adjoignit au ministère, le 9 juin, comme inspecteur général des comptes publics. L'on se rappelle que M. Hincks, avec quelques autres réformistes, avait souvent soutenu le parti libé:al lors de la première session. Il crut devoir abandonner ses amis et accepter un portefeuille, tout en déclarant qu'il n'avait rien cédé de ses principes en entrant dans le ministère.

Sir Charles Bagot convoqua les chambres le 8 septembre 1842. Dans le discours du trône, il mentionnait la naissance du Prince de Galles, la garantie par l'Angleterre d’un emprunt d’un million et demi de louis. 11 recommandait une nouvelle organisation de la milice, et des changements à faire dans les lois concernant les écoles et les municipalités. Il était heureux de voir la confiance dont jouissait le pays et le rétablissement de la tranquilité intérieure.

Le ministère se trouvait presque incapable de

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commander une majorité de la chambre représentative, En eflet, Lord Sydenham l'avait laissé dans une pénible situation. Pendant son adiministration, il avait trouvé les moyens de lui procurer une majorité ; raais cette majorité diminua bien vite après l’arrivée de son successeur, Le ministère fut alors laissé à ses propres forces. Composé de membres aux opinions opposées, il ne possédait aucun chef influent, capable de commander la confiance publique. L'adhésion de MM. Hincks et Sherwood ne l'avait pas rendu plus populaire. Les ministres avaient avoué leur propre faiblesse, en engageant quelques libéraux influents à faire partie du ministère. Dans l'été de 1842, M. Sullivan avait vu M. La Fontaine et M. Morin dans ce but. On s'était aussi adressé à M. Girouard et à M. Cartwright. Aucune de ces démarches n'eut de succès.

Le but des ministres était d'empêcher l'alliance qu'ils redoutaient, entre les libéraux du Bas- Canada et les conservateurs, Sir Allan MeNab et autres, qui avaient fait une opposition au gouvernement à la dernière session.

D'un autre côté, une grande réaction s'était faite e:i faveur de la politique libérale. Les électeurs avaient élu presque partout des députés libéraux. (1) Au nombre des nouveaux représen-

(1) Liste des nouveaux députés élus depuis la fin de la première session :

W. Walker, élu pour Rouville, à la place de A.-M. De Saiaberry ;

James Leslie, Verchère, à la plac: de H. Desrivières ;

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