‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 33 · BAS-CANADA. HAUT-CANADA · texte numérisé non relu

BAS-CANADA. HAUT-CANADA

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Les Canadiens s'occupaient alors essentiellement d'agriculture. Comparativement à l’époque actuelle, ils se livraient peu aux diverses industries. Les manufactures étaient en très petit nombre ; elles consistaient principalement dans l'exploitation des mihes de fer, la construction des navires et la préparation des bois pour l'exportation à l'étranger. On ne retirait aussi que peu de revenus des immenses pêcheries du olfe.

Dans le Bas-Canada, l’agriculture était pratiquée par l'ancienne population d’après le vieux système français. Il faut excepter cette partie des Cantons de l'Est où les immigrés venaient d’y introduire des améliorations nouvelles. Dans le Haut-Canada, au contraire, les colons européens avaient apporté les systèmes améliorés d’agriculture en usage dans leur pays respectifs. En outre, le sol était plus nouveau, le climat plus doux: ces circonstances firent que cette province put

jouir d’une prospérité un peu plus grande.

Les deux provinces étaient en général prospères. Le sol, qui y est d’une grande richesse, est propre à produire les grains de toutes sortes et une grande variété de fruits, malgré un climat un peu sévère pendant les froids de son long hiver, climat qui est cependant des plus salubres et des plus agréables dans la saison tempérée.

Deux villes se distinguaient déjà par leur population et leur état florissant : Québec, ancienne capitale du Bas-Canada, qui comptait environ 85,000 âmes, et qui, par sa position, était le centre principal du commerce d’outre-mer ; Montréal, entrepôt du commerce intérieur, ville qui allait surpasser de beaucoup son aînée par

son accroissement en richesse, l'extension de son commerce et sa population, qui était alors de 40,000 âmes. |

Les villes de Toronto, de Kingston, d'Out:ouais et d'Hamilton, anjourd'hui prospères, n'étaient alors que des villages d'à peine quelques mille âmes.

Jusqu'à cette époque, la colonisation, chose si essentielle au progrès matériel du pays, avait été presque entièrement négligée par les législateurs. Les chemins manquaient, le prix des terres était trop élevé, et l'accès en était, pour ainsi dire, inaccessible. De plus, ces terres appartenaient à un certain nombre de grands propriétaires, qui semblaient ne les avoir acquises que dans un but dr spéculation.

La liberté de commerc. n'avait pas encore été concédée, de sorte que les vaisseaux des nations autres que l'Angleterre ne pouvaient naviguer dans les eaux du Canada, et qu’il n’y avait réellement aucune relation commerciale directe entre la colonie ot les vieux pays de l’Europe. Le libre échange des produits canadiens avec ceux des Etats-Unis n'existait pas non plus. Comme aujourd'hui, le commerce d'exportation consistait principalement en bois de construction et en céréales. ;

Les finances du Bas-Canada étaient dans un état très-prospère, et le gouvernement n'avait été obligé d'imposer que de très légères taxes, puisque le revenu total ne s'élevait, en 1840, qu'à £166,000. Il eût cependant mieux valu que l'administration prélevât des impots plus élevés, afin de faire des améliorations locales et d’encourarer surtout la colonisation. Le revenu du Haut-

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Canada ne s'élevait qu'à £75,009 environ. Le M avait cependant commencé de orands travaux, et par là grevé son crédit d'une dette de B5, 458,52 3.09, fardeau que le Bas-Canada étuit appelé à partager d'après une clause de l'acte d'union.

Les canaux de la proviMce, bien que commencés depuis plusieurs années, n'étaient pour ainsi dire qu'ébauchés ; il fallait des sommes considérables pour les améliorer et les achever. Ces travaux terminés allaient faire du Saint-Laurent le plus beau fleuve du monde par la facilité qu'il offrirait au commerce.

I! n'existait encore aucune ligne télégraphique, Aucune voie ferrée ne sillonnait la vaste province. Les postes étaient sous le contrôle de la métropole ; le taux des lettres était très élevé, et le service ne se faisait qu'à des intervalles éloignés.

Dans le Bas-Canada, la tenure seigneuriale existait dans toute sa force, comme au temps de sa création, tandis que, dans la province sœur. le système de franc et commun soccage était en pleine vigueur.

L'éducation élémentaire était, à la vérité, peu D a dans la province, surtout dans le Bas-

Canada, où il n’y avait que 57,009 enfants environ qui, sur les 170,000 en âge de s'instruire fréquentaient les diverses écoles élémentaires ou supérieures. Le Haut-Canada, quoique üu peu plus favorisé sous ce rapport, n’en avait environ que 55,000 sur 130,000. D'un autre côté, l’'éducation supérieure était plus répandue dans le Bas- Canada. Un nombre asseZ considérable de colléges et d'écoles supérieures donnaient une édu-

cation des plus soisnées à la population canadienne.

Au nombre des institutions scientifiques, on ne remarquait que la Société Littéraire et Histoque de Québec, fondée en 1824, et la Société d'Histoire Naturelle de Montréal. L’'Hôtel-Dieu et l'Hôpital-Général des villes de Québec et de Montréal étaient presque les seules institutions d> bienfaisance et de charité. (1) On peut dire sans exagération que l'éducation élémentaire lait trop peu répandue, et que les institutions existantes ne suffisaient pas aux besoins du pays.

Quant à la littérature, aux sciences et aux arts, ils étaient peu cultivés et peu encouragés. Le goût littéraire ne s'était presque pas encore fait sentir. Une pièce de poésie, une brochure littéraire ou historique était presque un événement remarquable. M. Michel Bibaud avait déjà publié le premier livre de poésies canadiennes, une histoire du Canada sous la domination française et quelques autres ouvrages d’un mérite réel, eu égard au temps où ils ont été publiés ; M. Jos. Bouchette publia sa “ Description topographique du Bas- Canada,” ouvrage très utile et estimé; M. J.F. Perrault rédigea aussi divers ouvrages classiques et agricoles ; le Dr Meilleur publia ses ‘“ Lettres sur l'Education ‘“ et son “ Cours de Chimie; ” l'honorable D. B. Vider, divers mémoires intéres-

(1) L’'Hôtel-Dieu de Québec fut fondé, en 1639, par la duchesse d’Aiguillon ;

L’Hôtel-Dieu de Mentréal, en 1642, par Mile Mance et Madame de Bouillon ;

L'Hôpital-Général de Québec, en 1693, par Monseigneur de Saint-Valier ; .

L’Hôpital-Général de Montréal, en 1694, par MM. Charon, Le Ber et Frédin.

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Durant les dernières années, la poésie avait fait quelques progrès. Plusieurs jeunes poëtes avaient donné au public quelques pièces intéressantes et de goût ; nous nommerons, entre autres, MM. F:-X. Garneau, P.-J.-0. Chauveau, F.-M. Derome, P. Taviolette, J.-G. Barthe et P. Petitclair.

La littérature anglaise ne semblait guëre plus avancé. Plusieurs ouvrages de mérite avaient été cependant publiés de temps à autre.

D'autre part, la presse périodique avait une assez grande circulation dans les deux provinces. I v avait alors environ cinquante journaux.

Parmi ceux qui défendaient la cause libérale, on remarquait Le Canadien, rédigé depuis 1831.

avec talent et patriotisme, par M. Etienne Parent, un des publicistes les plus renommés du pays ; La Gazelte de Québec dans les deux langues, depuis de longues années sous la direction de l'honorable John Neilson, doyen des membres de la presse ; L’Aurore des Canadas, publiée à Montréal, et l’Exvaminer ae Toronto, rédigé par M. Francis Hincks, jeune publiciste de mérite. Dans la presse conservatrice, on distinguait le Mercury, publié à Québec, et rédigé par M. W. Kemble ; le Herald, le Courrier et la Gazette,

Journaux anglais publiés à Montréal ; le Aingston

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(1) Ze Canadien, Québec, fondé en 1806 par M. Bédard et autres.

The Mercury, Quebec, fondé en 1805 par M. Cary.

La Gazette de Québec, dans les deux langues, fondée en 1764 par VM. Frown et Gilmore.

ajouter Ze Funtasque, journal humoristique, publié à Québec par le spirituel M. N. Aubin, et Les Mélanges Religieux, recueil périodique, publié à Montréal dans les intérêts de la religion catholique, et sous la direction du Rév. M.

Prince, sulpicien.

En 1841, le Bas-Canada était divisé en deux diocèses catholiques : celui de Québec, dont le siége était occupé, depuis 1833, par Mgr Joseph Signay, ayant pour coadjuteur Mgr P. -F. Turgeon, évêque de Sidyme ; et celui de Montréal, qui, depuis un an avait pour chef Mgr Ignace Bourget. L'église d'Angleterre était dirigée par lord G.-J. Mountain, D. D. évê que de Montréal. qui administrait en même temps le diocèse de Québec, dont le siége était alors vacant.

Le Fantasque, Québec, fondé en 1837 par M. Aubin.

L'Aurore des Canadas, Montréal, fondée en 1838 par M. F. Cinq-Mars.

The Morning Courrier, Montréal.

The Gazette of Montreal, établie en 1778.

The Montreal Herald.

Les Mélanges Religieux, Montréal, fondés en 1841 par le Rév. M. Prince.

The Canada Times, Montréal, fondé en 1840.

The Commercial Messenger, Montré al. fondé en 1840.

The Times &* Commerc jal Adrertiser, Montréal, fondé en 1841.

The Transcript, Montréal.

The Sherbrooke Caselte.

The Bytown Gasette.

The Aingston Chronicle.

The Aingston Herald.

The Examiner, Toronto, rédigé par M. F. Hincks.

The Globe, Toronto.

The Patriot, Toronto.

The Toronto Christian Guardian.

The St. Catherine Journal.

The Brockville Recorder.

The London Examincr.

La Minerve, fondé en 1827 par M. Morin avait cessé d’être publiée pendant les troubles insurrectionnels. Ce fut en 1842 qu’elle parut de nouveau.

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noristique, N. Aubin, >ériodique, la religion

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Dans le Haut-Canada, il n’y avait qu’un diocèse catholique, celui de Kingston, qui avait à sa tête Mer Rémi Gaulin, et un seul diocèse anglican, celui de Toronto, dont le siége était occupé par le lord évêque John Strachan.

Il y avait pour le Bas-Canada une cour d'appel, une cour du banc de la reine à Québec, une autre à Montréal, une trois’ème aux Trois-Riviè:es. TI] existait aussi une cour provinciale dans Îles districts inférieurs de Gaspé et de Naint-François, et une cour de vice-amirauté à Québec. (1)

Dans le Haut-Canada, on comptait une cour d'appel à peu près semblable à celle du Bas- Canada, une cour de chancellerie, quelques cours du banc de la reine et de vérification des testaments.

On pouvait considérer comme trop restreint le nombre des covrs de justice dans les deux pro-

(1) La cour d'appel, établie par l'acte passé dans la 34e annce du règne de George IT, se composait du gouverneur, du lieutenant-gouverneur, des membres du conseil exécut:f, du juge en chef de la province et du juge en chef de la cour du banc de la reine de Montréal.

La cour du banc de la reine ayant juridiction dans les causes criminelles, se camposait, pour le district de Québec, des juges suivants :

Juge en chef. — on. Sir James Stuart ; \ Hon. Ed, Bowen, Jugés puînés ? Hor. Ph. Panet, Hon. Elz. Bédard.

Pour le district de Montréal, Juge en chef......

| Hon. George Pyke, Juges puînés : Hon. [.-R. Rolland, { Hon. Samuel Gale.

Le district des Trois-Rivières avait pour juge l'Hon. Jcs.-R. Vallières de St-Réal ; celui de St.-François, l'Hen. M. Fletcher, et celui de Gaspé, John-G. Thompson, Ecr. L'Hon. Herniyÿ Black était juge de la cour d’amirauté.

vinces. Les habitants étaient obligés de parcourir à grands frais des distances considérables, pour obtenir des tribunaux le redressement de leurs oriefs ; la justice en souffrait beaucoup. En outre, la législation criminelle était très-sévère : la peine du piori se trouvait encore en force, et la punition des délits de deuxième ordre était trop grande. Cette législation, au lieu de corriger les criminels, pouvait avoir l'effet de les décourager et de les plonger de plus en plus duns ia voie du vice. lle avait donc besoin d’une réforme sérieuse.

Après avoir parcouru rapidement l'histoire du pays jusqu'à l'Union, après avoir examiné les diverses circonstances qui ont imposé aux Canadiens la constitution de 1841, et jeté un coup d'œil sur l’état du pays à cette époque, le lecteur pourra suivre, avec plus de satisfaction et d’'intérêt, le grand progrès religieux, politique, industriel, commercial, etc, qui va se dérouler sous ses yeux pendant les vingt-sept années qui vont s'écouler.

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