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tend une main secourable. Il est permis aux habitants de revenir avec leur famille dans leurs habitations; je leur promets ma protection et les assure qu'ils pourront, sans craindre la moindre molestation, jouir de leur bien, suivre le culte de leur religion, en un mot jouir au milieu de la guerre de toutes les douceurs de la paix, pourvu qu'ils s'engagent à ne point prendre, directement ni indirectement, aucune part à uné dispute qui ne regarde que les deux couronnes. Si, au ‘contraire, un entêtement déplacé ou une valeur imprudente et inutile leur fait prendre les armes, qu’ils s’attendent à souffrir tout ce que la guerre offre de plus cruel. Il leur est aisé de se représenter à quels excès se porte la fureur du soldat cffréné; mes ordres seuls peuvent en arrêter le cours ; c'est aux Canadiens, par leur conduite, à se procurer cet avantage. Ils ne peuvent ignorer leur situation présente; une flotte considérable bouche le passage au secours dont ils pourroient se flatter du côté de l'Europe, et une armée nombreuse les presse du côté du continent. Le parti qu’ils ont à prendre ne paroît pas douteux ; que peuvent-ils attendre d’une vaine et aveugle opposilion ? qu'ils en soient eux-mêmes les juges. Les cruautés inouïes que les François ont exercées contre les sujets de la Grande-Bretagne établis dans l'Amérique pourroient servir d'excuses aux représailles les plus sévères; mais l’Anglois dédaigne cette barbare méthode ; sa religion lui prêche l'humanité, et son cœur en suit avec plaisir les préceptes. Si la folle espérance de nous résister avec succès porte les Canadiens à refuser la neutralité que je leur propose et leur donne la présomption de paroîtreles armes à la main, ils n’auront à s’en prendre qu'à eux-mêmes lorsqu'ils gémiront sous le poids de la misère à laquelle ils se verront exposés par leur propre choix. Il sera trop tard de regretter les efforts inutiles de leur valeur indiscrète, lorsque, pendant l'hiver, ils verront périr de faim tout ce qu'ils ont de plus cher. Quant à moi, je n’aurai rien à me reprocher. Les droits de la guerre sont connus, et l’entètement d’un ennemi justifie les moyens dont on se sert pour le mettre à la raison. Il est permis aux habitants du Canada de choisir; ils voient, d’un
côté, l'Angleterre qui leur tend une main puissante et secourable. Son exactitude à remplir ses engagements est connue; elle s'offre à maintenir ses habitants dans leurs droits et possessions. De l'autre côté, la France, incapable de secourir ses peuples, abandonne leur cause dans le moment le plus critique. Depuis le temps de la guerre, elle leur a envoyé des troupes; à quoi leur ont-elles servi? à leur faire sentir avec plus d'amertume le poids d'une main qui les opprime au lieu de les secourir. Que les Canadiens consultent leur prudence ; leur sort dépend de leur choix.
Donné à notre quartier général, dans la paroisse de Saint- Laurent, île d'Orléans, le 29 juin 1759.
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Dépôt de la guerre, vol. 3540, pièce 88.
SECOND MANIFESTE DU GÉNÉRAL WOLF, AFFICHÉ A LA PORTE DE L'ÉGLISE DE SAINT-HENRI.
De par Son Excellence, major général, James Wolf, commandant en chef des troupes de Sa Majesté Britannique sur la rivière Saint-Laurent.
25 juillet 1759.
Son Excellence, piquée du peu d’égards que les habitants du Canada ont eu à son placard du 29 juin dernier, est résolue de ne plus écouter les sentiments d'humanité qui le portent à soulager des gens aveugles sur leur propre intérêt. Les Canadiens, par leur conduite, se montrent indignes des offres avantageuses qu'il leur faisoit. C’est pourquoi il a
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Donné à Saint-Ilenri, le 25 juillet 1759.
JosEPpH DALLING, major des troupes légères.
Dépôt de la guerre, vol. 3540, pièce 88 bis.
MÉMOIRE SUR LA CAMPAGNE DE 1759, DEPUIS LE MOIS DE MAI JUSQU'EN SEPTEMBRE, PAR M. JOANNÈS, MAJOR DE QUÉBEC.
Dans la crainte où l'on étoit d'être prévenu par l'ennemi sur les frontières du haut de la colonie, M. le marquis de Vaudreuil avoit fait partir M. de Bourlamaque, brigadier, avec le bataillon de la Reine, les deux de Berry et un corps de 1000 à 1200 Canadiens, pour aller à Carillon dans les premiers jours de mai. Cet officier avoit ordre de le mettre dans le meilleur état possible, et de travailler à la réparation des retranchements qu'on avoit élevés l’année d'auparavant, quoiqu'il eût un ordre secret pour évacuer et faire sauter ce
fort, ainsi que Saint-Frédéric, à l'approche de l'ennemi, et se retirer à l'Ile-aux-Noix, à l'entrée du lac Champlain, position reconnue dès le printemps par M. le chevalier de Lévis, laquelle assuroit la communication des vivres pour cette frontière et mettoit cette partie en état d'être secourue plus efficacement, si l'ennemi s’y présentoit en forces, puisqu'elle étoit plus rapprochée de l’intérieur de la colonie.
M. le marquis de Vaudreuil avoit aussi fait partir dans le même temps M. Pouchot, capitaine au régiment de Béarn, avec trois piquets des troupes de terre et un corps de 8 à 900 sauvages ou Canadiens, pour aller prendre le commandement de Niagara, poste qui couvroit notre frontière du côté du lac Ontario. Cet officier avoit ordre de M. le marquis de Vaudreuil de faire passer à M. de Lignery, capitaine des troupes de la colonie, le corps de sauvages et Canadiens qu’il emmenoit avec lui, dans le cas où l'ennemi ne paroitroit pas en vouloir, à son arrivée, à Niagara; et M. de Lignery avoit ordre, de son côté, de marcher avec ses forces et ce qu'il avoit ramené de l'évacuation du fort Duquesne pour reprendre ce poste sur l'ennemi. M. le marquis de Montcalm s’étoit opposé fortement à ce projet qui avoit pour but de reprendre la Belle-Rivière ; son intention étoit de diminuer, autant que faire se pourroit, la quantité de corps pour notre défensive, et de rapprocher du centre de la colonie les frontières ; mais le commerce des pelleteries qui se seroit trouvé interrompu empêcha vraisemblablement que son avis ne füt suivi.
La partie de Québec étoit la seule négligée. Les ennemis, qui, depuis le commencement de cette guerre, l’avoient menacé, et dont les opérations avoient toujours été retardées, les difficultés prétendues de remonter un fleuve qu’on avoit toujours regardé comme impraticable sans le secours des pilotes côtiers qui ne passoient qu’en tremblant certains endroits de ce fleuve, et plus encore le naufrage que les Anglois avoient fait sur l’ile-aux-Œufs, dans la dernière entreprise qu'ils avoient faite sur Québec, augmentoient la confiance et la sécurité pour cette frontiere.
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M. le marquis de Montcalm cependant, ainsi que M. Pontleroy, ingénieur en chef en Canada, avoient donné plusieurs mémoires à M. le marquis de Vaudreuil pour fortifier cette partie, tant par une chaîne de redoutes proposée le long de la côte de Beauport, lieu le plus facile pour un äebarquement, que pour mettre Québec en état de défense ; mais ce n'est pas là la seule occasion où ses avis ont été contrariés. Enfin, tout étoit dans cet état, lorsque M. de Bougainville arriva le 14 mai avec deux frégates du Roi et une petite flotte d'environ 18 vaisseaux chargés de munitions de guerre et de bouche’. Cet officier, étant instruit de l'armement considérable des Anglois et de leur projet sur la capitale, y donna des alarmes en arrivant ; M. le marquis de Montcalm partit aussitôt de Montréal pour y aller mettre le plus d'ordre possible ; M. le marquis de Vaudreuil le suivit à quelques jours près ; et M. le chevalier de Lévis resta à Montréal ainsi que les troupes cantonnées, qu'on retardoit le plus qu'on pouvoit de mettre en campagne, pour épargner les subsistances, les soldats ayant été mis en pension chez les habitants pendant l'hiver. Ce général étoit en mesure de se porter dans les différentes frontières où l'ennemi paroîtroit le plus tôt,
Le 24 mai, on eut nouvelle que les ennemis, au nombre de 13 gros vaisseaux, paraissaient à Saint-Barnabé, 60 lieues au-dessous de Québec. M. le chevalier de Lévis recut ordre aussitôt de se porter dans cette place avec les 5 bataillons qui étoient encore en cantonnement. Les milices des trois gouvernements reçurent l'ordre aussi de s’y assembler, et l’on tint un conseil de guerre pour déterminer les mesures à prendre pour la défense de la colonie. Il y fut arrêté qu’on armeroit en brûülots plusieurs vaisseaux de la petite flotte arrivée le printemps ; la construction de nombre de cajeux fut ordonnée, enfin l’on construisit de petits bateaux portant un canon sur l’avant, et une batterie flottante de 12 pièces de canon. On y arrêta aussi qu'on boucheroit
! Bougainville arrivait de France avec cette flottille partie de Bordeaux.
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