‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 115 sur 122 · XXX VIII · texte numérisé non relu

XXX VIII

EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. BERNIER, COMMISSAIRE DES GUERRES, A M. DE CRÉMILLE, LIEUTENANT GÉNÉRAL, ADJOINT AU MINISTRE DE LA GUERRE,

Sur la capitulation de Montréal.

Montréal, le 12 septembre 1760.

..... Le 7, Montréal fut investie par ces trois armées qui n’en faisoient que deux, et dans lesquelles on jugea 20,000 hommes, sans compter les sauvages et d’autres troupes irrégulières.

Cette ville étoit sans autre défense que celle des débris de nos bataillons et de ceux de la colonie, épuisés depuis plusieurs jours par la désertion des soldats et sans aucun secours des habitants qui avoient montré depuis longtemps cet exemple, par la crainte de voir leurs habitations brûlées. On craignit qu'elle ne fût réduite en cendres dès le premier moment que l'ennemi feroit usage de son artillerie, ou que si on lui laissait faire les apparences d’un siège, il ne s'obstinât

à la vouloir prendre à discrétion et toute la colonie. M. de Vaudreuil, pour éviter l’un et l'autre, députa M. de Bougainville pour entrer en conférence ; d’où s’ensuivit la capitulation à laquelle M. de Bougainville n'eut ensuite aucune part. Cette capitulation, seule défavorable à nos bataillons, a irrité tous les esprits; on l'a jugée une pièce dictée par l'intérêt, passion dominante dans ces climats. M. le chevalier de Lévis crut devoir protester contre, par un ccrit public !.

La capitulation et la protestation de M. le chevalier de Lévis sont à la suite du mémoire des événements de l’année, que j’ai l'honneur d'adresser à M. le maréchal de Belle- Isle. Cet acte a mis beaucoup de froid entre les François et les Anglois. Nos généraux de terre et ceux des Anglois évitent de se voir. Avant de signer la capitulation, M. de Vaudreuil enveya, par plusieurs reprises, à M. Amherst, pour le ramener à des sentiments plus favorables envers les troupes, mois sans succès; ses officiers, peinés euxmêmes de ce traitement, ont dit tous que c'étoit en représailles de la cruauté de nos sauvages ; d’autres, en mémoire de la capitulation de Closter-Severn, où ce général étoit.

Je n’oserois, Monsieur, entrer dans des détails plus particularisés d'un événement cruellement sensible à tout sujet animé de quelque zèle pour la gloire du Roi et pour le bien de la patrie. Si ce pays ne doit plus rentrer sous la domination de la France, c’est une perte infinie ; s’il doit y revenir, ce sera sans doute un bien, si on le regarde comme un bâtiment à reprendre par les fondements, et que l’on y détruise jusqu’à l'ombre même de l'intérêt, qui est l’unique et antique cause de sa perte; tout y doit être renouvelé, crainte qu’il n’y reste du levain corrupteur.

Le lendemain de la capitulation, j'ai fait, ainsi que M. le chevalier de Lévis, la revue par appel de nos 8 bataillons ;

* Les officiers de l'armée de M. de Lévis protestèrent comme leur général.

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