‹ Le Canadien-français [microforme]Chapitre 7 sur 48 · GR SA 2 AVE · texte numérisé non relu

GR SA 2 AVE

attachement aux pays d’où sont venus nos ancêtres, en transplantant ici les boutures d’associations de bienfaisance comme elles existent dans nos pays d’origine, et en les mettant sous le vocable des saints qui en furent les premiers Patrons ; mais, après tout, ces noms mêmes de sociétés fraternelles ne dénotent-ils pas chez nous, de race anglaise, une certaine hésitation à accepter le nom collectif de Canadiens ?

Quelle différence avec le Canadien-Français ! Il se montre sous ce rapport moins étroit, plus cosmopolite, on pourrait même dire plus patriote que nous ne le sommes ; Car non seulement i] ne craint pas, mais il est fier de ne porter d’autre nom que celui du Pays qu’il habite et qui a été découvert par des hommes de sa race. Sans oublier que la France fut la patrie de ses ancétres, tout fier qu’il est du glorieux passé de Ja France et du rang élevé qu’elle occupe parmi les nations de la terre, les Canadiens-F rançais ne vous cornent pas tout le temps aux oreilles qu'ils sont de souche française ; ils s'intitulent Canadiens tout court. Ils n’ont que faire d’une société St-Denis Pour proclamer leur origine gauloise et leur attachement au pays de leurs aïeux. Ils estiment sans doute que ce

Lessee moi © à FRS IE RIT:

platonique secours ne leur est pas absolument nécessaire pour les empêcher d'oublier la race dont ils sortent, et que la meilleure manière de faire honneur à cette race est de régler leurs actes sur ses glorieuses traditions, sur ses instincts chevaleresques et sur sa hau! 2 et délicate conception de l'honneur. Voilà pourquoi, tout en riant un peu sous cape des petites manies insulaires de leurs amis les Anglais qu'ils traitent de ‘‘ gens des vieux pays,’ eux-mêmes tiennent à être connus avant tout comme Canadiens.

Ils ont bien leur société St-Jean-Baptiste et célèbrent tout les ans avecenthousiasme la fête de leur saint favori ; mais il faut admettre que le Baptiste est un saint qui appartient en commun à toute la chrétienté orthodoxe, et que sa fête est plutôt religieuse que nationale, Les autres nationalités ne se porteraient peut-être pas p'us mal si elles célébraient la fête du Pré- Curseur—et certaines autres solennités religieu- Ses—avec la même dévotion que les Canadiens- Français: ne fût-ce que pour infuser un peu de métaphysique dans le matérialisme du siècle.

Mais la question est de savoir si nous devons

REPESERES

SON NOM ETHNIQUE b?

laisser à nos concitoyens d'extraction française le monopole exclusif du nom canadien. Il est vrai qu’ils semblent y avoir des droits inaliénables, étant en date les premiers Canadiens d'origine européenne, ce qui leur donne un titre antérieur, sinon supérieur, au nôtre. Mais il se trouve que dans ces dernières années le nom canadien a pris une importance qu'il n’avait pas jusque-là ; il s’est tellement signalé dans diverses sphères, commerce, grandes entreprises, industrie, esprit public, patriotisme, gloire militaire, etc., que nous autres, Anglo- Saxons que nous sommes, entrons de plein pied avec notre sans-gêne habituel, et apostrophons à peu près en ces termes les détenteurs actuels du nom convoité : ‘‘ Dites donc, vous autres, ce jeu-là a assez duré, nous vous avons laissé faire assez longtemps. Ce nom de Canadiens n’est pas votre propriété exclusive ; vous n’y avez pas, que nous sachions, detitre absolu, et notre droit est au moins égal au vôtre ; il est aussi bon que vous le sachiez tout de suite, nous entendons exercer nos droits, nous aussi!

‘‘ Tant que le nom n'a eu qu'une valeur indifférente, nous avons bien voulu vous laisser faire ; que nous importait de vous le laisser à

Lu :

la

18 LE CANADIEN-FRANÇAIS Vous seuls tant qu’il ne signifiait rien de plus que d’être natif de ce que les gens de chez nous, de l’autre côté de l'Atlantique, prenaient POUT Un pays abrupt et stérile, enfoui sous la neige pendant sept ou huit mois de l’année et dans la boue le reste du temps; commode refuge pour un certain nombre de déclassés qu’on voulait bien nous envoyer pour en faire des gentilhommes Campagnards ou des ronds de cuir dans le service civil ; vaste solitude habitée par des bisons, des sauvages et quelques malheureux Européens ? Mais aujourd’hui tout cela est changé : le Canada est maintenant réputé, non plus comme une terre ingrate, inculte et glacée, mais commeun pays enchanté où les grands fleuves comme les doux ruisseaux chantent l'hymne de la liberté ; une société fameuse par des enjambées sans égales dans la voie du progrès et de la prospérité dans Presque toutes les branches de la vie nationale ; une contrée qui tous les ans attire vers ses rivages des milliers et des milliers des Plus industrieux et entreprenants citoyens des vieux pays, et qui promet de devenir dans un avenir très rapproché le pays de cocagne de l'hémisphère occidentale. Donc, nous sommes

SIR ALFHONSE PELLETIER, P.C., K.C.M.G., C.R.,

Page 1