DESCRIPTION DBS DRAGUES EVRARD
En exécution les dragues ont présenté les dispositions suivantes :
Coque. — La coque (fournie par les constructeurs) était de môme formeet de mêmes dimensions que les coques des dragues Burnichon et Combe.
Charpente de support de Vappareil dragueur, — La charpente de support de l'appareil dragueur, en bois de sapin, construite par l'entrepreneur général, avait la forme d'une pyramide tronquée dont les montants inclinés étaient moisés à différentes hauteurs. Les moises de la partie supérieure supportaient la transmission du moteur et le tourteau à cames de l'appareil dragueur. L'axe du tourteau se trouvait à une hauteur de C^jSO au-dessus de la foncure de la coque et de 5",80 au-dessus du niveau de l'eau.
Générateur. — La chaudière était tubulaire, à foyer intérieur, sans retour de Qamme, timbrée à 5 atmosphères. Le corps principal, ainsi que le foyer, la botte à fumée, les réservoirs à vapeur étaient cylindriques. La naissance de la cheminée passait à travers l'un des deux réservoirs à vapeur.
Les tubes de la chaudière étaient en fer. Ils étaient disposés par rangées horizontales et verticales.
Les dimensions de la chaudière étaient les mêmes que dans les deux autres types de dragues précédemment décrits.
Appareil moteur. — Le moteur étaitune machine horizontale à deux cylindres, à haute pression, à détente par la coulisse Stephenson, sans condensation, de la force de 16 chevaux de 75 kilogramm êtres pour une pression de 4 atmosphères dans la chaudière et une vitesse par minute de 65 tours de l'arbre du volant (le marché avait prévu une vitesse de 100 tours).
La machine était montée sur les deux montants inclinés de la charpente,, du côté arrière de la drague.
Ses principales dimensions étaient les suivantes :
Diamètre des cylindres 0"^25
Course des pistons ,25
Longueur des bielles 1 ,25
Diamètre des volants-poulies 1 ,55
Elle commandait, par deux courroies et deux poulies à la machine, sansvolant, l'appareil dragueur et la toile sans fin.
Appareil dragueur. — La chaîne dragueuse était à petits maillons.
L'élinde était en bois de sapin avec armatures en fer.
Le tourteau inférieur était rond avec rainures pour le passage de la chaîne à godets. Le tourteau supérieur était octogonal et se composait de deux flasques, à un seul rebord, clavetées sur l'axe pour guider la chaîne à godets; chacune des deux flasques était armée de quatre cames rapportées, en acier, qui engrenaient avec la chaîne dragueuse en s'engageant dans les maillons femelles.
Les godets, d'une capacité de 100 litres, avaient leurs parois en tôle de 11 millimètres et le fond en tôle de 8 millimètres ; ils étaient munis de bavettes destinées à empêcher la chute des déblais* étaient armés, sur les bords de l'ouverture, d'une tôle en acier de 12 millimètres d'épaisseur formant bec et portaient, rivées sur leur dos, des oreilles en cornières s'ajustant sur la chaîne dragueuse et s*y fixant par les boulons d'articulations.
Les maillons mâles et les maillons femelles de la chaîne dragueuse, d'une longueur de 0"',166 d'axe en axe des boulons d'articulations étaient constitués
les uns et les autres par deux maillons simples de largeur uniforme en fer plat découpé. Ces maillons simples étaient tous de mêmes dimensions : largeur de 7 centimètres et épaisseur de 18 millimètres. Deux de ces maillons simples juxtaposés constituaient les maillons m&les. Le diamètre des boulons^ d'articulations était de 3 centimètres.
[Les godets étaient espacés sur la chaîne dragueuse de manière à obtenir le passage de 12 à 14 godets par minute. La vitesse calculée de la chaîne à godets étant de 0"',26 par seconde, le nombre de maillons placés entre deux
godets se trouvait être, pour un passage de 12 godets : r^ — nlïKk == ^»^- ^^
plaçait donc les godets tous les 7 ou 8 maillons suivant le terrain à draguer. Les godets étaient montés de préférence sur les maillons femelles.]
Treuils de manœuvres. — Les treuils de manœuvres étaient semblables à ceux des dragues Combe et disposés sur le pont de la même manière.
Appareils de transport. — L'appareil de transport, comme dans les drague» précédemment décrites, était suspendu à une bigue en bois équilibrée par un contrepoids en fonte. La toile sans fin était du type Troll et Mercier.
OBSERVATIONS CRITIQUES SUR LES DISPOSITIONS PRIMITIVES DES PETITES DRAGUES
Nous rappellerons que les petites dragues formaient quatre types diff(5reiats désignés, d'après les noms des constructeurs, par les numéros suivants :
Type n® 1. — Dragues Combe (Étude de la Compagnie) ;
Type n® 2. — Dragues Burnichon ; . Type n° 3. — Dragues Combe;
Type n® 4. — Dragues Evrard et C'«.
Les dispositions primitives des petites dragues donnèrent lieu enleur temps, aux observations critiques suivantes :
Charpentes de support des appareils dragueurs. — A Torigine, la charpente en tôle et cornières des dragues du type n*» l ne présentait pas assez de rigidité et occasionnait par ses vibrations une grande usure des paliers. La charpente en bois de sapin de Caramanie des dragues des trois autres types éprouvait de son côté des déformations continuelles qui provoquaient également Tusure des paliers.
Générateurs. — Le choix qui avait été fait, pour toutes les dragues, de machines à haute pression avec chaudièries tubulaires, était regrettable. Ces moteurs devant fonctionner à Teau de mer et dans des lacs et des rigoles étroites dans lesquels Tévaporation était considérable, l'eau arrivait presque à son point de saturation. Des chaudières timbrées à 5 atmosphères ne pouvaient dès lors résister puisqu'il était reconnu qu'à 148 ou 150°, c'est-à-dire entre 3''™, 5 et 4"™,5 les extractions étaient tout à fait insuffisantes pour enlever les dépôts de sel qui avaient lieu surtout sur les points où l'action de la flamme était la plus directe. Ces dépôts prenaient en peu de temps la consistance de la porcelaine. Dans ces conditions une chaudière, bien qu'ayant une surface
DU DÉBUT DES TRAVAUX
de chauffe exagérée, ne produisait qu'une quantité de vapeur insuffisante pour les besoins du moteur.
Des générateurs fonctionnant dans les conditions qui viennent d'être indiquées consommaient beaucoup de charbon et étaient très exposés. Les parties qui constituaient la surface de chauffe directe se dilataient beaucoup plus que les autres, d'où résultaient des disjonctions avec fuites considérables, et, souvent, une déformation complète du foyer et des plaques tubulaires. [Par suite des dépôts sur les tubes, ceux-ci s'échauffaient, se dilataient outre mesure, sortaient par leurs extrémités des plaques tubulaires.] Aussi, avait-on pu constater fréquemment que des chaudières, parfaitement réparées à neuf, présentaient de nouvelles fuites au bout de peu de jours, en sorte qu'il fallait arrêter, piquer, réparer à nouveau.
Aucun générateur n'était à enveloppe, ce qui augmentait la dépense de combustible et rendait très pénible le service de chauffe.
Les générateurs des dragues du type n^ 4 présentaient cette heureuse disposition que l'embase de la cheminée, à laquelle correspondait la boîte à fumée, passait par un des réservoirs à vapeur : la boîte à fumée se trouvait ainsi utilisée comme surface de chauffe ; elle se trouvait, de plus, surmontée d'un second dôme où la vapeur se trouvait en partie surchauffée.
Moteurs, — Les machines des -dragues des types n" 1, 3 et 4 étant à échappement sans condensation, il en résultait une augmentation de la dépense de vapeur en même temps que l'obligation de marcher à une pression qui, avec l'eau très salée du lac — ainsi qu'il est expliqué ci dessus, — altérait beaucoup les chaudières.
Le mode de transmission du mouvement par courroies, dans les dragues des types n°» 1 , 2 et 4 était la cause de fréquents arrêts de la drague, soit par suite de l'allongement des courroies qui obligeait à les raccourcir, soit par suite de sauts de courroies de leurs poulies, lesquels se produisaient surtout dans les dragues du type n° 4 où la poulie était de largeur insuffisante.
Le mode de transmission directe, ou tout au moins par pignon et engrenage, dans les machines des dragues du type n^ 3, était à tous égards préférable au précédent. Mais la machine était à un seul cylindre, avec un volant dont la puissance vive amenait parfois des ruptures de la chaîne dragueuse par suite de résistances trop brusques rencontrées dans le piochage de terrains non homogènes ou résultant, soit d'éboulements du terrain, soit de la rencontre de corps étrangers. La transmission aurait dû être complétée par un manchon à friction destiné à éviter les accidents en question. Des dispositions furent prises plus tard pour garantir les appareils de ces accidents.
Les machines des dragues des types n^* 1, 2 et 3 étaient à poulies-
volant ou à volant. Cette condition, nécessaire pour remédier à Tirréguiarité des efTorts subis par la chaîne dragueuse, avait été négligée dans les dragues du type n® 4.
Chaîne dragueuse, — Le défaut capital des chaînes dragueuses, dans les dragues des types n<»* i , 3 et 4, était d'être à petits maillons.
Les petits maillons étaient en effet à rejeter pour les élindes inclinées, sur lesquelles une chaîne à petits maillons subit, entre les rouleaux conducteurs, des ondulations qui occasionnent une usure rapide des boulons d'articulations. Les maillons eux-mêmes s'usent considérablement par leur engrenage sur le tourteau supérieur à cames. II résultait de ces deux causes d'usure qu'une chaîne était hors de service après trente à quarante jours de travail effectif.
Les articulations de la chaîne dragueuse étant très nombreuses, les chances de rupture des boulons augmentaient dans le même rapport, et les ruptures occasionnaient souvent de véritables accidents pour tout l'appareil. En outre, les prix d'achat et d'entretien étaient inutilement augmentés ; en effet, une bonne chaîne dragueuse devait avoir ses axes en acier, et, pour éviter l'usure des maillons, on ajoutait à ceux-ci des bagues également en acier ; augmenter les articulations, c'était donc augmenter les frais de première construction et d'entretien.
Dans les dragues du type n^ 4, la chaîne dragueuse, indépendamment de son défaut capital d'être à petits maillons, était doublement défectueuse par suite de la mauvaise qualité des maillons qui avaient été confectionnés contrairement à toutes les règles de l'art : ces maillons, en effet, au lieu d'être forgés, avaient été simplement coupés dans des barres dé fer laminé, puis arrondis et percés à froid au détriment des qualités du métal. Il y avait lieu de remarquer, en outre, que la section des maillons était moindre que dans les autres types de dragues, que cette section se trouvait encore réduite par les trous des boulons d'articulations, enfin, que, par suite de l'impossibilité, dans la pratique, d'obtenir rigoureusement égales, dans tous les maillons, les distances entre les trous de boulons, la traction s'opérait souvent sur un seul des deux maillons simples composant chacun des maillons de la chaîne dragueuse. Toutes ces conditions défectueuses étaient la cause de fréquentes ruptures des maillons. Une autre imperfection de la chaîne dragueuse résultait de son peu d'adhérence sur le tourteau à cames : dès que les cames étaient un peu usées, les maillons, avec leur face droite, s'appliquaient mal sur la surface plane du tourteau qui tendait à s'arrondir dans le sens de la marche de la chaîne; par suite du défaut d'adhérence des maillons sur le tourteau, tout l'effort de trac" tion se faisait sur les cames, et en provoquait la rupture ; les ruptures fréquentes des cames n'étaient d'ailleurs pas le seul inconvénient, attendu que les cames, arrivées à un certain degré d'usure, s'affolaient
230 màtékiel de terrassements et dragages
du début des travaux
et n'étaient plus en état de conduire la chaîne dragueuse. L'usure de tous les organes de la chaîne dragueuse était si rapide que tourteaux et maillons étaient hors de service après une marche de vingt à vingtcinq jours et un rendement de quelques milliers de mètres cuhes.
Les godets dans les quatre types de dragues étaient de forme défectueuse eu égard à Tinclinaison à laquelle devaient travailler les chaînes dragueuses. Les bavettes qui leur ont été ajoutées pour empêcher la chute des déblais n'ont été qu'un remède insuffisant à ce vice de construction.
Transformations des petites dragues
(planches XXXVIII ET XXXIX)
On a vu, par les renseignements donnés précédemment sur le fonctionnement des petites dragues ^ que ces dragues, après les longs retards de leur montage et de leur mise en service, n'avaient eu, pendant la première année de leur fonctionnement, que de très médiocres rendements ; que les mécomptes éprouvés à ce sujet avaient tenu à deux causes principales : d'une part, à l'insuccès persistant des nombreux essais de toiles sans fin de types divers pour le transport des terres, malgré les améliorations successives apportées à ces appareils ; d'autre part, aux imperfections de certaines parties des dragues mêmes, surtout des appareils dragueurs.
On a vu également que, dès le mois de novembre i86i, il avait été décidé, en ce qui était des toiles sans fin, — sans rien préjuger, d'ailleurs, au sujet de l'avenir de ces appareils, — que les essais n'en seraient plus poursuivis que sur deux ou trois dragues, les autres dragues, devant désormais marcher avec de simples couloirs.
En ce qui était des dragues mêmes, le seul parti à prendre était évidemment de continuer les études poursuivies depuis longtemps déjà à la recherche des moyens d'améliorer le plus possible le matériel existant.
Une transformation radicale des dragues fut entreprise, daus les premiers mois de 1862, par l'ingénieur du matériel de la Compagnie, M. Schmidt.
Malgré leurs imperfections, les petites dragues, telles qu'elles avaient été commandées, semblaient à M. Schmidt, répondre parfaitement aux conditions de première attaque des travaux dont le but était l'ouverture rapide d'une première rigole navigable à travers les lacs Menzaleh