ESSAIS FAITS A PARIS EN
La Gompagoie, voulant expérimenter le type de grande toile de transport à poutre inclinée dont les ingénieurs avaient fait Tétude dans le courant de Tannée 1859, fit la commande de ces appareils à M. Perrot, ingénieur constructeur, à Paris, vers le milieu de 1860. L'appareil fut installé aux buttes Ghaumont sur un terrain qui permettait le montage et le fonctionnement de la toile dans des conditions à peu près sem~ blables à celles que l'on devait rencontrer en Egypte. La poutre inclinée était portée par trois charpentes montées sur roues, savoir : la première charpente, sur laquelle reposait également la tête de la poutre horizontale, placée au fond de la tranchée ; la seconde, comprenant les manèges, sur la banquette; la troisième, au sommet du remblai. A l'endroit des manèges, la poutre était articulée de manière à permettre de parer aux cas de tassement des remblais, et de changer, suivant la nature des terres, l'inclination du talus. Le cube de terre que pouvait monter l'appareil dépendait de deux éléments : de la vitesse de la toile et de la charge par mètre courant. Pour éviter la trop prompte usure des organes, on admettait que la vitesse de la toile ne devrait pas dépasser 0°*,50 par seconde; mais on avait toujours la possibilité d'augmenter plus ou moins la charge par mètre courant en cousant la toile assez lâche sur la chaîne pour donner une capacité suffisante aux poches que formait cette toile avec les arbres des galets : en cousant, par exemple, 1™,40 de toile par mètre de chaîne, la poche formée à chaque mètre devait tenir facilement 25 litres, même pour une inclinaison à 45°, et cette charge de 25 litres par mètre courant, avec la vitesse de 0™,50 par seconde, donnerait un cube total monté au sommet de la tranchée de 450 mètres cubes par journée de dix heures de travail.
L'appareil monté aux buttes Ghaumont fut essayé pendant plusieurs jours, du 2 au 7 novembre, fonctionnant chaque jour pendant plusieurs heures, d'abord à blanc, puis à 3 chargeurs, puis à 7. Ges essais, faits en présence de M. de Lesseps, de M. Mougel Bey et de plusieurs
DO DÉBDT DES TRAVAUX
membres de la Commission des travaux, furent considérés comme satisfaisants.
A côté de l'appareil dont il vient d'être parlé, l'entrepreneur général, M. Hardon, avait fait installer simultanément deux autres types de plan incliné à monter les déblais.
A la suite des essais ci-dessus mentionnés et après un examen comparatif des différents types proposés, il fut décidé d'un commun accord que l'appareil définitif se composerait d'une chaîne à galets roulants, ■en tout conforme à celle de l'appareil construit par M. Perrot, et d'une poutre en bois, à treillis, se rapprochant de celle de l'un des types proposés par M. Hardon. Pour- diminuer le prix de revient de l'appareil, tout en rendant meilleur son fonctionnement, on apporterait d'ailleurs dans ses dispositions générales les modifications suivantes : 1^ la poutre horizontale et la poutre inclinée seraient reliées, de manière à former une poutre unique, par des cornières-rails en arcde-cercle à grand rayon, avec contre-rails pour empêcher le relèvement des galets; 2^ les deux flasques de la poutre en bois à treillis seraient formées de longueurs partielles de 6 mètres, de construction identique, qui seraient expédiées, isolées, mais aussi complètement montées que possible, en Egypte, où l'on n'aurait plus qu'à en faire l'assemblage; à chaque point d'assemblage des longueurs partielles de la poutre, l'appareil porterait sur le sol, disposition qui permettait de donner de faibles dimensions aux parties de la poutre et d'en rendre ainsi plus facile le transport à pied d'œuvre et le montage ; 3^ enfm, le moteur serait indépendant de l'appareil. Celui-ci devait marcher d'abord avec des manèges à animaux, et l'on espérait que, pendant cette première période, le travail produit, même dans les tranchées profondes, serait d'environ 600 mètres cubes par journée de dix heures. Les choses seraient d'ailleurs combinées de telle sorte que l'on pût remplacer plus tard les manèges par des' locomobiles, auquel •cas la toile pourrait monter à volonté de 1.000 à 1.200 mètres cubes.