TRAVAUX ACCESSOIRES
Fixation des dunes.
Mise en culture des
terres
Total des dépenses prévues
Frais d'administration pendant la période de six années
de la durée des travaux : 2 1 /2 0/0 de la dépense totale .
Somme à valoir pour travaux imprévus
Estimation totale des dépenses pour travaux et frais d'administration
Les auteurs de Pavant-projet faisaient remarquer que le chiffre de 162 millions était un maximum; qu'en effet, dans l'étude du projet définitif, ils seraient probablement amenés, vu l'objection faite par des ingénieurs très compétents, notamment par M. Renaud, Ingénieur en chef des Ports Maritimes, en France, contre l'emploi des chasses artificielles pour l'entretien des entrées des ports, à supprimer les ouvrages proposés, en vue exclusive des chasses, à l'avant-projet ; et
que Ton pourrait réaliser encore une autre économie en renonçant k exécuter le môle d'abri projeté à Péluse, attendu qu'il existait beaucoup de ports d'un accès plus ou moins difficile auprès desquels ne se trouvaient pas de mouillages abrités.
Mais ils faisaient remarquer, en même temps, qu'au montant des dépenses d'exécution des travaux, il y avait lieu d'ajouter le montant des intérêts à payer aux actionnaires, pour leurs versements successifs de fonds pendant la durée des travaux. Or, on prévoyait que ces travaux, devaient être répartis en six années de la manière suivante :
Première année. — Exécution du Canal de communication avec ses écluses, de la Rigole d'irrigation et de la Conduite d'eau; installation des chantiers d'exploitation des carrières et commande de tout le matériel de dragages; 20.000 ouvriers; dépense totale approximative, 12.000.000 fr.
Deuxième année. — Creusement du chenal de Suez et construction des jetées et du barrage écluse; introduction de l'eau douce et dragages dans le bassin du lac Timsah ; toutes les forces employées à ouvrir la communication entre Suez et le lac Timsah ; commencement des travaux de fixation des dunes et de mise en culture des terres; 30.000 ouvriers ; dépense approximative, 25.000.C00 francs.
Troisième année. — Construction des jetées et du bassin de chasse de Péluse ; ouverture de la communication entre 1e lac Timsah et la Méditerranée; continuation des travaux de semis et de cultures; 20.000 ouvriers; dépense. 30.000.000 francs.
Quatrième année. — Continuation des travaux de déblais à sec et de dragages, des jetées et des barrages écluses; construction des quais du lac Timsah et du môle d'abri de Péluse; semis et cultures; 20.000 ouvriers; dépense, 33.000.000 francs.
Cinquième et sixième année. — Continuation et achèvement de tous les travaux; nombre moindre d'ouvriers,
AVANT-PROJET LINANT BEV ET MOUGEL BEY (l855) 3t
puisqu'il ne resterait principalement à faire que des dragages; dépense pour ces deux années, ci 62.000.000 francs. D'après la répartition ci-dessus des versements à faira par les actionnaires, le montant total des intérêts à 5 0/0 à servir se calculait de la manière suivante :
Francs Francs
1" année, i?.000.000 pendant 6 ans 3.600.000
Total des intérêts à fournir aux actionnaires 25.450.000
En ajoutant le montant des dépenses des travaux 162.550.000
On arrivait à un total de 188.000.000
On était donc fondé à évaluer le capital- maximum nécessaire pour l'exécution de l'entreprise, au chiffre rond de 200.000.000
Et cette estimation devrait paraître d'autant plus large que Ton n'avait pas fait entrer en ligne de compte les divers revenus qu'on pourrait réaliser pendant l'exécution des travaux et qui ne laisseraient pas que d'être assez importants. Ainsi, le Canal de communication intérieure étant terminé pendant la première campagne, on aurait pendant cinq ans le transport de toutes les denrées produites par l'agriculture le long du canal. La seconde année, le canal allant jusqu'à Suez, on aurait pendant quatre ans les droits d'écluses et les bénéfices du transport, qui pouvaient être évalués à 1 million de francs en moyenne, chaque année. On aurait encore des bénéfices de culture qui augmenteraient tous les ans, et qui, de môme, ne seraient pas moindres, année moyenne, de 1 million. Ce qui formerait déjà un revenu total de 8 millions. Enfin, pendant les deux dernières années, on pourrait donner passage, comme cela s'était fait au Canal Calédonien, à tous les navires de petit
32 TRAVAUX DE PREMIER ÉTABLISSEMENT l PROJETS
tonnage, à tous les bateaux à vapeur qui voudraient profiter de la coupure, et Ton obtiendrait encore de cette manière un produit de plusieurs millions. On aurait pu porter toutes ces sommes en déduction de l'estimation totale des dépenses, mais on avait préféré les laisser disponibles.
Évaluation des revenus -
D'après les documents statistiques les plus récents et en tenant compte du développement du commerce maritime constaté depuis la publication de ces documents, on pouvait, dès 1851, et, à plus forte raison, en 1855, évaluer la totalité des échanges de l'Europe et de l'Amérique du Nord avec les contrées de l'Extrême-Orient, à 100 millions de livres sterling ou 2 milliards et demi de francs par année, ce qui, h raison d'une valeur moyenne des marchandises de 600 francs par tonne, représentait un mouvement total annuel de 6 millions de tonneaux.
Pour éviter tous mécomptes, on admettait que, sur ce transport total, la moitié seulement, ou 3 millions de tonneaux, prendraient la voie du Canal; on supposait, d'ailleurs, que la moitié de ces 3 millions s'arrêteraient au port intérieur.
On proposait de fixer le droit de passage par le Canal à 10 francs par tonne, chiffre représentant à peu près 2 0/0 de la valeur moyenne de la marchandise. Ce chiffre était loin d'être exagéré, car, en dehors des avantages généraux de l'économie de temps, qui serait, en moyenne, de deux mois sur cinq, il laissait encore bénéficier le commerce du surplus de l'économie de dépenses qui résulterait de l'abréviation de parcours, et que l'on pouvait évaluer à 16 francs environ par tonneau et par mille lieues de diminution dans les distances 1 .
1. Voir, à l'Historique administratif, à la fin de l'analyse du mémoire de M. de Lesseps du 15 novembre 1854, les notes sur la comparaison des deux routes par Suez et par le Cap.
AVANT-PROJET LINANT BEV ET MOLGEL BEY (i855) 33
CANAL DE COMMUNICATION
On admettait que le Canal de communication transporterait au moins le quart du tonnage total des marchandises qui parcouraient le canal Mahmoudieh, ce qui présenterait un mouvement de 156.000 tonneaux. On proposait de faire payer un droit de 10 francs par tonneau, attendu que le transport par voie de terre du Caire à Suez, tel qu'il s'effectuait alors par chameaux, coûtait 27 fr. 50 et durait trois jours, tandis que le transport par barques se ferait en vingt-quatre heures, à raison de 12 fr. 50, de telle sorte qu'il resterait encore 5 francs de bénéfice par la voie du Canal, indépendamment de la réduction de deux jours dans la •durée du transport.