ANNÉES DE LA CONSTRUCTION DU CANAL
(rÉGIB INTÉBESsée ET REGIE DIRECTE. — DE 1859 A 1864)
Nota. — Voir aux annexes, à la fin du volume :
D'une part, pour les textes mêmes des marchés de commandes et pour la description des appareils ;
D^autre part, pour des renseignements détaillés sur le fonctionnement des petites dragues et des toiles sans fin de transport adaptées & ces dragues.
PETITES DRAGUES ET TOILES SANS FIN DE TRANSPORT COMMANDE DE 24 PETITES DRAGUES l
2 Dragues Combe {Type n° 1. — Dragues n^* 1 et 2)
Marché de commande du2i mars 1859, passé directement par la Compagnie avec M. Combe, de Lyon, pour la fourniture de deux dragues complètes, munies de toiles sans fin de transport.
Ces deux dragues devaient être construites conformément à des plans généraux remis par la Compagnie, mais sous la responsabilité entière du constructeur qui avait à arrêter lui-même le projet définitif des appareils.
Elles devaient être livrées à Lyon et, sous peine de tous dommages, être entièrement terminées et prêles à subir les épreuves, savoir : la première drague dans un délai de trois mois, c'est-à-dire le 21 juin 1859 ; la seconde, quinze jours après. Aussitôt après les épreuves et la réception de chacune des deux dragues, le constructeur devait les démonter et les diviser en un certain nombre de morceaux permettant leur embarquement facile sur un navire ordinaire pouvant se rendre en Egypte, la dépense de cette opération étant supportée par moitié entre lui et la Compagnie.
1. Deux des 24 dragues qui avaient été commandées sont restées à Tétat de simples coques.
Ces coques furent cédées en i863 par la Compagnie, au prix de 40.000 francs, à Tentrepreneur chargé des travaux de creusement du canal à la traversée du seuil d'El Guisr, M. Couvreux, qui y commença lui-même la construction de dragues pour ses travaux. En mars 1865, M. Couvreux céda les 2 dragues, dans l'état où elles se trouvaient et au prix de revient, à MM. Borel, Lavalley et G'\
Le prix de chaque drague complète était fixé à 54.900 francs, non compris une fourniture complémentaire de pièces de rechange.
Par suite de retards provenant du fait de la Compagnie (remise tardive des pians des toiles de transport) les dragues ne furent prêtes à subir les épreuves à Lyon qu'au commencement d'octobre.
Les épreuves ayant fait reconnaître la nécessité de changer complètement les chaînes dragueuses, intervint le nouveau marché suivant :
Marché de commande du 7 octobre 1859, passé par Tentrepreneur général ^ avec M. Combe pour la fourniture de deux nouvelles chaînes dragueuses.
Le prix des deux chaînes s*est élevé à 14.448 francs.
D'après le marché du 21 mars, la Compagnie, indépendamment du paiement au constructeur de la moitié des frais de démontage des dragues, était restée chargée du transport des éléments des deux dragues, de Lyon à Port-Saïd, et du remontage des dragues à Port-Saïd.
L'entrepreneur général s'exonéra de ce travail par le nouveau marché suivant :
Marché de commande du ii octobre 1859, passé avec M. Salmon, de Lyon, pour le remontage des deux dragues Combe à Port-Saïd.
(M. Salmon avait construit les coques des deux dragues Combe, et un autre marché était en préparation avec lui pour la fourniture de 10 coques de dragues.)
M. Salmon prenait à sa charge tous les frais laissés à la charge de la Compagnie par le marché du 21 mars, à l'exception du transport de Marseille à Port-Saïd et des divers travaux et fournitures concernant les bois et charpentes.
Le délai d'exécution était de trois mois et demi pour la première drague, de quatre mois pour la seconde. En cas de retard sur le délai flxé, le constructeur subirait une retenue de 40 francs par jour de retard et par drague; en cas d'avance, il jouirait d'un boni de somme <^gale par jour d*avance et par drague.
Le prix fixé était de 11.500 francs par drague.
En cours d'exécution, le marché fut modifié par l'entrepreneur général qui prit directement en main le montage des dragues.
Les éléments des deux dragues furent déchargés à Port-Saïd au commencement de février 1860. Un certain nombre de pièces manquaient pourtant, n'ayant pas été comprises dans le chargement du navire. Le montage complet des deux dragues ne pouvait avoir lieu qu'après l'arrivée, alors attendue, d'un autre navire, le Jason, porteur, «Dire autres, des pièces manquantes du précédent envoi et des toiles
1- Tous les marchés de commandes furent passés désormais par Tentrepreneur général, M. Hardon.
sans fin qui devaient être adaptées aux dragues. Or ce navire, en cours de route (courant d^avril) se perdit corps et biens dans les Bouches de Bonifacio. Sur ce même navire se trouvaient, avec le frère du constructeur, habile constructeur lui-raéme, vingt ouvriers de choix, envoyés parla maison Combe pour monter sur place, à Port-Saïd, de nouvelles dragues qui lui avaient été commandées par un nouveau marché du 7 octobre 1859 et dont les éléments constituaient la majeure partie du chargement du navire.
Par suite du manque de certains outils indispensables et de Tabsence d*un certain nombre de pièces, le montage à Port-Saïd, des deux dragues n°" 1 et 2 fut extrêmement difficile.
A défaut des toiles de transports perdues dans le naufrage du Jasony on profita de la hauteur de l'appareil dragueur de chacune des deux dragues pour y installer un couloir en tôle de 13 mètres de longueur permettant, avec Taide de peu de main d'œuvre, de déposer, directement sur berge, en un cavalier de 12 mètres cubes, les déblais faits par la drague pour le creusement, sur le pourtour du bassin du port, d'une première rigole de 11 mètres de largeur à la ligne d'eau et de 6 mètres au plafond.
3 dragues Burnichon {Type n^ 2, — Dragues n^* 5, 6 et 7)
Marché de commande du 1*' octobre 1859, passé avec MM. Burnichon et Vernange frères, de Lyon, pour la fourniture de 5 dragues à vapeur complètes sauf les coques et les charpentes diverses.
Le délai fixé pour la construction des 5 dragues à Lyon, leur transport au lieu d'embarquement (Cette ou Marseille) et le remontage en Egypte, était de trois mois et demi pour les deux premières dragues et de quinze jours au plus pour les trois autres. La durée de la traversée ne comptait pas dans ces délais. En cas de retard sur le délai fixé, le constructeur subirait une retenue de 40 francs par jour de retard et par drague ; en cas d'avance, il jouirait d'un boni de somme égale par jour d'avance et par drague.
Le prix de chaque appareil était fixé à 24.000 francs.
En fait, les constructeurs n'ont livré toutes montées, à Port-Saïd, que 3 dragues.
3 dragues Burnichon {Type n° 3. — Dragues n<»* 3, 4 et 8)
Marché de commande du 7 octobre 1859, passé avec M. Combe, de Lyon, pour la fourniture de 5 dragues à vapeur complètes, sauf les coques et les charpentes diverses.
Le délai fixé pour la construction des dragues à Lyon, leur transport au lieu d'embarquement (Cette ou Marseille) et le remontage en Égypler était de quatre mois. La durée de la traversée n'était pas comprise dans
ce délai. En cas de retard sur le délai fixé, le constructeur subirait une retenue de 40 francs par jour de retard et par drague; en cas d'avance, il jouirait d'un boni de somme égale par jour d'avance et par drague.
Le prix de chaque appareil était fixé à 23.000 francs.
En fait, le constructeur n'a livré et monté à Port-Saïd que 3 dragues,, les deux premières qui s'étaient perdues dans le naufrage du Jason n'ayant pas été remplacées.
[Les dragues Combe et les dragues Burnichon devaient, d'après les dispositions prises par les constructeurs, être montées à Port-Saïd et fonctionner sous la surveillance du frère de M. Combe qui périt dans le naufrage du Jason.]
Les deux marchés ci-dessus furent complétés par les deux marchés suivants :
JO Coquets pour les dragues des types n^* 2 c/ 3 *
Marché de commande du 28 octobre 1859, passé avec M. Salmon, de LyoD, pour la fourniture de 10 coques de dragues.
Les coques devaient être terminées à Lyon, sauf le rivage, pour le 1*' janvier 1860.
En cas de retard sur le délai fixé, le constructeur subirait une retenue de 40 francs par jour de retard et par coque.
Le transport à Marseille des éléments des coques ainsi que le rivage en Egypte étaient à la charge du constructeur. L'entrepreneur général était chargé du transport, de Marseille à Port-Saïd, des coques démontées. Le prix de chaque coque était fixé à 10.000 francs.
Marché de commande du 9 juin 1860 passé avec M. Durenne, de Lyon,, pour la construction de 4 coques de dragues.
(Ces coques étaient destinées à remplacer les 4 coques Salmon perdues dans le naufrage du Jason,)
Les coques devaient, sous peine de dommages et intérêts, être terminées à Lyon au plus tard le 25 juillet.
Le prix des coques, rendues à Marseille, était fixé à raison de 56 francs les 100 kilogrammes ; les coques étaient supposées devoir peser environ 20.000 kilogrammes. Le remontage des coques à Port-Saïd était à la charge de l'entrepreneur général ainsi que les fournitures et le travail des bois.
1. En fait, on n'eut à affecter que 6 coques aux dragues des types n** 2 et 3. Plustard, une des 4 coques restées disponibles fut affectée à la drague Bourdillon dont il est parlé ci-après, et une autre coque à une drague construite en 1864 par la Compagnie ; enfin, ainsi qu'il a été déjà mentionné dans une note précédente, 2 coques avaient été cédées en 1863, au prix de 40.000 francs, à M. Gouvreux, entrepreneur des travaux de creusement du canal à la traversée du Seuil d'El Guisr.
90 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TKAVAUX
12 Dragues Evrard ( Type n° 4. — Dragues n*» 13 à 24)
Marchés de commandes des 20 novembre 1859 et 3 février 1860 passés avec MM. Evrard et C^", de Bruxelles.
Par un premier marché du 20 novembre 1869, Tentrepreneur général s'était engagé à commander à M. Evrard toutes les dragues mouillées qui pourraient être encore nécessaires (après les commandes précédentes faites à d'autres constructeurs) pour le percement du Canal.
L'entrepreneur générai n'a fait, en définitive, en exécution du susdit marché, qu'une seule commande, datant du 3 février 1860, pour la fourniture de 12 dragues.
(Par lettre du 17 septembre 1862, M. Evrard, moyennant l'allocation d'une certaine somme pour règlement de toutes les fournitures faites par lui jusqu'au dit jour, déclara renoncer à toutes les clauses de son marché du 20 novembre 1859.)
La fourniture ne comprenait que la drague proprement dite, sans l'appareil de transport qui fit l'objet, à la même date du 3 février 1860 que pour les dragues, d'un marché de commande spécial. Le constructeur était chargé du transport des dragues et de leur montage à Port- Saïd; mais la charpente et les boiseries étaient à la charge de Tentrepreneur général.
Le délai d'exécution était de cinq mois, non compris la durée du transport par mer et du transport, à Port-Saïd, Jusqu'au lieu de montage.
En cas de retard dans lalivraison, le constructeur était passible d'une retenue de 40 francs par jour de retard et par drague.
Le prix de chaque appareil était fixé à 32.500 francs. (La charpente et les frais divers à la charge de l'entrepreneur général devant entraîner à une dt^pense d'environ 26.000 francs, le prix de revient de la drague devait être d'environ 58.500 francs.)
Drague Bourdillon (Drague w° 9)
Marché de tâche de Mai 1861 passé avec M. Bourdillon pour l'exécution d'un certain cube de dragages.
Tous les éléments d'une drague complète furent rais à la disposition du tâcheron pour en faire le montage comme il l'entendrait.
Drague construite par la Compagnie [Drague n° 1 2)
Dans le marché passé le 1" octobre 1863 avec M. Gouvreux, pour le creusement du canal maritime à la traversée du seuil d'EI Guisr, 3 coques de dragues restées sans affectation et portant les n*»" 10, 11 et 12 avaient été cédées par la Compagnie à l'entrepreneur, au prix de 60.000 francs. M. Couvreux ne prit finalement possession que des 2 coques n"" 10 et 11. (l avait conservé pourtant pendant un certain
MATÉRIEL DE DHAUAGËS DU DÉBUT bhS IRAVALX Vl
temps la troisième coque. La Compagnie, lorsqae cette coque lui fut rendae, y installa, en 1864, la drague n® i2.
DESCRIPTIOiN SOMMAIRE DES PETITES DRAGUES DE DIFFÉRENTS TYPES
/. — Conditions essentielles des marchés de commandes
Les petites dragues des difîérents types étaient, toutes, soumises à la coDdition d^extraire, jusqu'à une profondeur de â">,50 au-dessous du niveau de Teau, 1.000 mètres cubes de sable, gravier ordinaire ou terrain d'alluvioD dans Tespace de dix heures de travail, avec une consommation de 800 kilogrammes de charbon de. bonne qualité, français ou anglais. (Pour les dragues du type n*" 2, le marché fixait le chiffre de la consommation de charbon à 500 kilogrammes.)
//. — Disjpositioyis communes des dragues
Les dragues étaient à une seule élinde placée dans Taxe de la coque.
La coque était en tôle^
La charpente de support de Tappareil dragueur était en bois, excepté dans les deux dragues du type n^ 1 où cette charpente était en tôle.
Les générateurs étaient constitués par des chaudières tubulaires, à foyer intérieur, sans retour de flamme, timbrées à 5 atmosphères, de formes cylindriques dans toutes leurs parties, c'est-à-dire tant pour le corps principal que pour le foyer, la boite à fumée et les réservoirs à vapeur. Les dragues du type n° 1 comprenaient deux chaudières indépendantes semblables; les dragues des trois autres types n'avaient qu'une seule chaudière^.
L'éiinde de l'appareil dragueur était en bois de sapin avec armatures en fer; elle était à point d'articulation fixe et à inclinaison variable.
Les godets avaient une capacité de 100 litres.
///. — Dispositions particulières des dragues