DOMAINE DE LA COMPAGNIE MAGASINS DB DAMIBTTE
Au début des travaux, le service central de la Direction générale des travaux et le service central de TEntreprise avaient été installés à Alexandrie. Un pareil éloignement du théâtre même des travaux ne tarda pas, dès que ceux-ci eurent pris un peu d'extension, à être très préjudiciable à la bonne marche des services, et Ton dut songer à rapprocher les bureaux de la ligne des travaux. Or, le désert, par suite de Tabsence d'habitations et de Timpossibilité d*en improviser, par suite aussi des difficultés des communications, n'était pas encore possible. Damiette fut choisi.
Dans le courant d'avril IStiO, le Vice-Roi, mis au courant de la situation par l'entrepreneur général des travaux, lui avait promis de donner à la Compagnie d'anciens magasins à demi ruinés existant à Damiette et qui depuis longtemps étaient abandonnés par le Gouvernement égyptien.
Le Président de la Compagnie, lorsque le Vice-Roi lui annonça cette promesse, avait demandé à Son Altesse, au lieu de recevoir les magasins en don, de les acheter sur estimation contradictoire. Son Altesse avait accepté la combinaison. Le prix de vente, débattu dans les derniers mois de Tannée, fut finalement arrêté, y compris les frais de hodget (contrat de vente), au chiffre de 31.269 francs. (Le hodget fut remis à la Compagnie dans le courant de juin 1861.)
L'entrepreneur avait pris possession des magasins et, après y avoir exécuté les travaux de restauration les plus urgents, avait opéré la translation & Damiette de ses bureaux d'Alexandrie et de son centre d'action du Caire. Il était, dès lors, indispensable que la Direction générale des travaux, chargée du contrôle de toutes les opérations de l'entreprise, se transportât également à Damiette dès que Ton aurait fait dans Tun des b&timents les travaux d'appropriation nécessaires à rinstallation de ses bureaux.
L'ensemble de la propriété avait une superficie d'environ 10 hectares. Elle comprenait notamment six grands magasins a un étage.
La Compagnie et TEntreprise occupèrent les deux bâtiments ayant vue sur le .\il. Dans chacun de ces bâtiments le premier étage avait été partagé, par des cloisons, en bureaux et en chambres d'habitation.
Les autres bâtiments servaient de magasins généraux d'approvisionnements. Les magasins étaient voûtés et très bien aérés. On eut & y exécuter des aménagements intérieurs pour permettre une distribution méthodique des approvisionnements.
Un petit chemin de fer reliait les magasins au Nil. En outre, une estacade en charpente fut construite sur le bord du fleuve, formant quai pour l'embarquement et le débarquement des marchandises et denrées.
Deux bateaux à vapeur appartenant â la Compagnie et les barques du lac Menzaleh servaient aux communications entre Damiette et Port-Saïd.
ISO HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
Enfin, la Compagnie construisit entre Damiette et le lac une voie carrossable, indispensable à son service pour permettre d'employer pour les transports des charrettes au lieu de chameaux : cette route avait nécessité la construction de plusieurs ponceaux et des mouvements de terre assez considérables; elle profitait à tous les habitants.
Les travaux d'appropriation des bâtiments à leurs diverses destinations étaient à peu près complètement terminés à la fin de 1860. Le degré d'importance des travaux restant alors à exécuter était subordonné à la question du transfèrement plus ou moins prochain à Timsah du service central de la Compagnie en même temps que du service central de l'Entreprise.
La translation d'Alexandrie à Damiette des bureaux de la Direction générale des travaux eut lieu progressivement pendant les derniers mois de l'année. Damiette était devenu le centre principal, à la fois, de la Direction générale des travaux et de l'Entreprise. Un certain nombre de maisons avaient été louées en ville pour les logements du personnel.
Nous rendrons compte de suite de tout ce qui concerne les magasins de Damiette à partir de la fin de 1860.
Pendant le cours de Tannée 1861, des travaux de peu d'importance durent encore être exécutés dans les bâtiments occupés par les bureaux respectifs de la Compagnie et de l'Entreprise, et surtout de nombreux travaux successifs d'aménagement dans les magasins. On construisit en outre des logements pour le chef des services administratifs de Tentreprise, pour le chef de la comptabilité générale de la Direction générale des travaux, pour le médecin et la pharmacie.
Les terrains faisant partie de la propriété de la Compagnie présentaient de nombreuses dépressions qui se transformaient fréquemment en cloaques. On désirait y faire quelques essais de culture. Une circonstance favorable se présenta pour entreprendre le remblai et le nivellement de ces terrains :
L'entrepreneur général, dans le courant de juin 1861, avait, par l'intermédiaire de la Compagnie, passé un marché avec le gouverneur de Damiette pour la cession par celui-ci, au nom du gouvernement, de plusieurs millions de briques au prix de 5 francs le mille. Un second marché fut passé ensuite pour le transport de ces briques à Port-Saïd, par mer, au moyen de navires du port de Damiette ; mais pour que ce second marché pût porter tous ses fruits et fût maintenu par les capitaines, il fallait que l'entreprise eût constamment i sa disposition un assez grand nombre d'ouvriers pour faire rapidement les chargements au moment où les navires se présentaient. Cela devenait possible par suite de la ressource que l'on aurait d'employer lesdits ouvriers au remblai des terrains.
Les travaux d'amélioration et d'aménagement et les divers travaux accessoires exécutés à rétablissement de Damiette ont entraîné, ensemble, à une dépense d'environ 250.000 francs.
Le transfèrement, de Damiette à Ismaïlia,des bureaux de la Direction générale des travaux eut lieu pendant les premiers mois de Tannée 1863. En même temps, les magasins généraux de Damiette furent supprimés.
La propriété de la Compagnie à Damiette resta alors abandonnée.
Elle fit retour au Gouvernement égyptien en vertu de l'article 7 de la première convention du 23 avril 1869, stipulant diverses cessions faites par la Compagnie au Gouvernement, parmi lesquelles la cession des magasins de Damiette, pour une somme ensemble de 10 millions de francs.
EXTRAIT DU RAPPORT DU PRÉSIDENT DE LA COMPAGNIE A L*A8SRMBLil GÉNÉRALE DES ACTIONNAIRES DU l*' MAI 1862
Le Président, dans son rapport, exposa comme suit les considérations qui avaient décidé la Compagnie à faire Tacquisition des magasins de Damiette :
La Tille de Damiette était un point qui, par sa position, ne pouvait manquer d'entrer dans les combinaisons préparatoires nécessaires pour l'occupation et Torganisation des chantiers du canal maritime, de la Méditerranée au lac Timsah. Le territoire de Damiette était le plus rapproché de Port-Saïd, premier jalon des opérations de la Compagnie. Placé au bord du Nil, à peu de distance d'une des embouchures du fleuve, son port était ouvert à la navigation maritime et recevait par le Nil les grains et les produits alimentaires du Delta. Par le lac Menzaleh, Damiette était aussi en communication directe avec les autres établissements de la ligne jusqu'à El Ferdane et El Guisr. Cette ville importante était donc un centre naturel pour la facilité des approvisionnements et leur emmagasinement à proximité des lieux où ils devraient être distribués.
Ces mômes avantages l'indiquaient comme le siège le plus convenable de Tadministration centrale de la Direction générale des travaux jusqu'au jour où elle pourrait se transporter utilement au centre de l'Isthme, c'est-à-dire à Timsah.
Une bonne installation à Damiette était par conséquent, au début des travaux, un des besoins de la situation.
Les immeubles acquis à Damiette occupaient une superficie de dix hectares. Les terrains touchaient à l'enceinte de la ville et bordaient le Nil de façon à mettre les services de la Compagnie directement en communication, d'un côté avec le port et la mer, de lautre avec les arrivages venant de l'intérieur de r Egypte par le fleuve, et avec Port-Saïd par la navigation du lac Menzaleh.
De vastes magasins construits avec un grand luxe de matériaux, et qui servaient autrefois de casernes et de greniers publics, avaient fourni d'inappréciables ressources pour l'installation, dans les conditions les plus saiubres et les plus économiques, du personnel et des approvisionnements.
Ces immeubles avaient été acquis au prix très modéré de 51.000 francs sur lequel on ne pouvait hésiter à prévoir une importante plus-value et dont l'intérêt à 5 0/0 était surabondamment couvert par l'économie des loyers qu'auraient coûtés les locaux nécessaires à une semblable installation.
Compte rendu sommaire des travaux exécutés et des résultats obtenus pendant la période du 15 avril 1861 au 15 mars 1862.
EXTRAIT DU RAPPORT DU PRÉSIDENT DE lA COMPAGNIE A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES ACTIONNAIRES DU !•' MARS 186?
Observations générales. — Le Président reprenait comme suit l'exposé de la situation des travaux au point où l'avait laissé le rapport de l'année précédente :
Dès le mois d'avril 1861, on se le rappelle, 3.000 hommes avaient entamé le creusement du canal d'eau douce; on espérait que le canal serait achevé pour la fin de l'année ;
Au nord, par le prolongement de la rigole maritime, de Kantara à El Ferdane, on devait faire arriver la Méditerranée jusqu'au pied du seuil d*El Guisr et ouvrir cette nouvelle voie de communication;
Au Seuil, on avait commencé un établissement capable d'abriter les ateliers, les ustensiles, les employés européens et les travailleurs arabes. La ligne du Seuil avait été divisée en chantiers distincts, et l'on procédait aux premières opérations de creusement:
Sur la ligne des travaux, de Ras-el-Ouady à Timsah, et de Timsah à Port-Saïd, se trouvait réparti un contingent de 8.000 travailleurs indigènes, et l'on espérait que le recrutement ne s'arrêterait pas à ce chiiTre, alors considéré comme un succès.
Toutes les prévisions s'étaient réalisées. Dès les premiers jours de janvier (1862), la tranchée du canal d'eau douce avait atteint remplacement de la future ville de Timsah,
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d'où une rigole de 4 kilomètres portait les eaux du Nil jusqu'au premier chantier du Seuil. Le canal d eau douce, ouvert à la navigation depuis trois mois, avait déjà transporté à Timsah, au moyen de 70 barques du Nil affectées à cette navigation, plus de 3.000 tonneaux de denrées alimentaires et d'approvisionnements de toute sorte.
L'établissement d'El Guisr s'était étendu, agrandi, amélioré. Il formait maintenant une petite ville au milieu du désert, avec ses chantiers, ses ateliers, son église, son hôpital, un bazar pour les indigènes, un hôtel pour les voyageurs.
Le Seuil était vigoureusement attaqué sur toute sa longueur entre El Ferdane et Timsah. Aux chantiers 5 et 6, c'est-à-dire aux points les plus élevés, la tranchée était arrivée jusqu'à 2 mètres en contrebas du niveau de la mer, profondeur à laquelle Teau avait été rencontrée. Des masses d'ouvriers y travaillaient avec une ardeur que le jeûne du Ramadan, pendant le mois de mars, n'avait pas arrôlée.
En même temps qu'une marche rapide était imprimée aux travaux, la Compagnie s'était appliquée à donner à ses services une organisation de plus en plus efficace, et à obtenir dans les rouages de l'administration Tordre et U régularité indispensables.
Elle n'avait pas pense qu'il fût prudent à elle de prendre directement la responsabilité et la charge de l'exécution des travaux; et, en conséquence, comme on le sait, elle avait signé avec l'approbation de TAssemblée, le traité par lequel M. Hardon s'engageait à exécuter les travaux par voie de régie intéressée. Ce mode de contrat lui avait paru le plus praticable dans un pays éloigné et au milieu des circonstances dans lesquelles on avait à agir.
A l'Entreprise, donc l'exécution.
A la Direction des travaux, la méditation et l'étude des plans, le contrôle et la surveillance de l'exécution. Ces fonctions étaient dévolues à un directeur général, ayant sous
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ses ordres quatre ingénieurs divisionnaires préposés aux circonscriptions de Port-Saïd, Timsah, Suez et du Canal d*eau douce.
Au début, le directeur général des travaux résidait une partie de Tannée à Paris. A mesure que le cercle des opérations grandissait, Finitiative, la direction, Faction, devaient se concentrer dans rislhme au milieu des travailleurs. Cette nécessité avait imposé une modification dans le haut personnel des travaux.
L'ancien Conseil supérieur des travaux, résidant et délibérant h Paris, s'était reconstitué sous le nom de Commission consultative. |
D'un autre côté, M. Mougel Bey, dont on connaissait les éminents services, étant dans l'impossibilité de résider continuellement en Egypte, avait résigné ses fonctions, et il avait été remplacé par M. Voisin, ingénieur des Ponts et Chaussées, lequel, depuis un an, avait exercé les fonctions de Sous-Directeur, puis celles de Directeur général par intéi^im.
L'entrepreneur, M. Hardon,lorsquil n'était pas en Egypte, y était représenté par un fondé de pouvoirs, M. Feinieux» qui depuis trois ans, n'avait pas quitté un seul jour les chantiers de Tlsthme.
Les services de l'exécution étaient dirigés par M. Sciama» ingénieur des Ponts et Chaussées, qui résidait à côté de M. Voisin.
L'exécution comprenait trois divisions :
La première concernait l'œuvre matérielle des travaux proprement dits : terrassements, constructions, jetées, elc^ et se divisait elle-même en plusieurs circonscriptions;
La seconde réunissait, sous le nom d'Intendance, les approvisionnements des chantiers, les transports à l'intérieur,, la prise en charge et le fonctionnement des magasins ; elle avait été confiée à un ancien Intendant de l'armée française ;
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Enfin la troisième division comprenait le matériel et les ateliers.
Le Président exprimait Tespoir que l'Assemblée trouverait cette organisation établie sur des bases satisfaisantes.
Situation générale des travaux, — A la date de la réunion précédente de l'Assemblée des actionnaires, on poursuivait dans risthme, un double but que Ton désirait atteindre dans le cours de la campagne de 1861-1862.
L*un de ces buts consistait à conduire la rigole maritime jusqu'au pied du seuil d'El Guisr, et à lui ouvrir un passage à travers le seuil jusqu'au lac Timsah ; Tautre but consistait à mettre le seuil en communication avec le centre du Delta, par l'ouverture du canal d'eau douce dérivé du Nil.
La plus grande partie des efforts avait été consacrée à ce double but, et les résultats avaient répondu à l'attente.
La principale difficulté à la jonction des deux mers était le percement de la rigole maritime à travers le seuil d'El Guisr, car ce travail ne pouvait être entrepris, soit par des machines, soit à Taide de grandes agglomérations de travailleurs, avant qu'on ne se fût assuré des moyens d'amener facilement sur les chantiers le matériel et les approvisionnements.
En conséquence, on avait entrepris immédiatement, dans la traversée du lac Menzaleh, la construction de la partie de la rigole maritime comprise entre Port-Saïd et El Ferdane (origine du Seuil), rigole qui devait permettre de transporter par eau jusqu'au pied même du Seuil tous les arrivages d'Europe ou d'Alexandrie débarqués à Port-Saïd, et, au fur et à mesure des besoins, les approvisionnements en dépôt dans les magasins de Damiette.
Simultanément, on avait commencé l'exécution du canal d'eau douce destiné à mettre le Seuil en communication avec les grands centres d'approvisionnements du Delta.
La rigole maritime devant être utilisée immédiatement
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par les embarcations et les chalands, avait été établie avec une profondeur d'eau de l'°,20 et une largeur de 8 mètres à la ligne d'eau ; quelques parties, entre Kantara et El Perdane avaient une largeur de 12 mètres. Livrée successivement par parties, à mesure de leur achèvement, au service des transports, la rigole était maintenant arrivée jusqu'au pied même du Seuil où existait un bas-fond dont on avait profité pour la création d'un petit port ; elle formait une voie navigable de 60 kilomètres de longueur.
En ce qui était de la construction du canal d*eau douce, on avait à remplir deux conditions essentielles : créer une bonne voie de transport et exécuter très rapidement un travail qui était de toute nécessité pour assurer Talimentation des ouvriers sur le seuil d'El Guisr.
D'après leprojct primitivement arrêté, le canal d'eau douce commençait près du Caire, ce qui donnait au tracé un grand développement excluant la possibilité d'accomplir le travail avec toute la promptitude désirable. L'acquisition par la Compagnie du domaine de l'Ouady avait permis de concilier les deux conditions et d'abréger notablement le parcours de la nouvelle voie de navigation et d'approvisionnements. L'origine du canal avait pu être placée k Tissue du cours d'eau qui arrosait la propriété et s'alimentait au Nil. Cette modification du premier tracé avait été annoncée à l'Assemblée dès l'année précédente. Les travaux avaient été poursuivis sur les nouvelles données avec la plus grande activité. Ils étaient maintenant arrivés jusqu'au centre de l'Isthme. La longueur du canal était de 34.835 mètres.
Le seuil d'El Guisr étant ainsi abordé du côté de la mer par la rigole maritime et du côté du Delta par le canal d'eau douce, et les transports de matériel, de vivres et d'eau douce au centre de l'Isthme, se trouvant désormais assurés, le moment était venu de concentrer sur ce point le plus grand nombre possible de travailleurs. Les travaux du canal d'eau douce et de la rigole maritime n'avaient jusqu'alors.
ensemble, occupé que 8 à dO mille ouvriers indigènes. Les préparatifs achevés allaient permettre de tripler la force des chantiers. On était en mesure d'alimenter et d'abriter une véritable armée de travailleurs, et Ton entrait dans une phase où 20 mille hommes et plus allaient être em|)loyés régulièrement sur la ligne des travaux.
Pendant Texécution des travaux ci-dessus décrits, les six chantiers du Seuil avaient été maintenus dans une activité relative, et Ion y avait installé divers appareils de terrassements: brouettes ordinaires, brouettes à potence, machines Balan. Ces appareils, déjà mentionnés au rapport de Tannée précédente, ne pouvaient s'adapter qu'à Temploi d'un petit nombre d'ouvriers. Les grandes agglomérations de travailleurs se pliant difficilement à l'usage de machines qui demandaient un certain apprentissage, tous les appareils précédemment installés avaient été démontés et remisés pour n'être, — s'il y avait lieu, — utilisés que plus tard. Les ouvriers indigènes amenés sur les chautiers, préféraient de beaucoup, à l'emploi des appareils d'invention européenne, l'usage de la pioche égyptienne pour fouiller la terre, et de lacouffe pour la transporter : on avait jugé sage de leur laisser l'usage des instruments qui leur étaient familiers et qui avaient suffi pour l'exécution de grands terrassements.
Des travaux considérables avaient préparé les résultats déjà obtenus et '"ceux que l'on attendait à bref délai. Le siège principal en était à Port-Saïd. Les travaux sur ce point comprenaient principalement la construction des jetées, les dragages du bassin du port, la construction des ateliers et des maisons d'habitation.
Un appontement en charpente, servant d'amorce à la jetée Ouest, avait été établi dès le principe et conduit à plusieurs centaines de mètres de la côte ; mais on avait reconnu promptement la nécessité de le protéger par des enrochements, et, dans ce but, une carrière avait été ouverte au Mex, près d'Alexandrie. Celte carrière était maintenant en
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pleine exploitation et avait déjà fourni les matériaux pour ces enrochements.
L'amorce d'une autre jetée, à TEsl, avait été formée pour protéger le littoral contre les corrosions de la mer. 1.000 mètres cubes de pierres y avaient été employés.
L'appontement n'était pas encore assez avancé pour avoir à son extrémité une profondeur d'eau permettant aux navires d'accoster et d'opérer leur déchargement. Les navires devaient donc rester au mouillage et transborder les pierres qu'ils portaient dans des mahonnes calant peu d'eau et pouvant arriver jusqu'à Tappontement. Mais cette double opération était coûteuse ; elle présentait en outre des dangers pendant les gros temps.
Il fallait améliorer cette situation.
Or, prendre le parti de continuer la jetée jusqu'à ce qu'elle atteignit la profondeur suffisante pour offrir un abri aux navires, c'eût été subir longtemps encore les inconvénients qui viennent d'être signalés. On décida en conséquence la construction, dans la direction même de la jetée Ouest, à la distance de 1.500 mètres du rivage, correspondant aux fonds de 5 mètres, d'un îlot ou débarcadère composé de pieux en fer à vis, reliés à leur partie supérieure par une charpente également en fer supportant un tillac en madriers sur lequel seraient installées des grues de déchargement. Ce débarcadère, d'une longueur de65 mètres et de 20 mètres de largeur, permettrait aux navires chargés de blocs d'enrochements de se mettre à l'abri pour y opérer leur déchargement. Les premiers blocs seraient employés à consolider les pieux mêmes de Tilot, puis on s'approcherait progressivement vers la terre. On profiterait d'ailleurs des temps calmes pour continuer les déchargements de pierres à l'appontement, et avancer vers le large la jetée déjà amorcée. La construction de l'Ilot était en très bonne voie.
Les dragages du port avaient eu pour objet : d'une part, l'ouverture entre les divers ateliers d'un canal de service^
les réunissant et permettant entre eux rechange facile des matériaux; d'autre part, le creusement du bassin de TArsenal où se faisait le montage des dragues.
Le produit des dragages tUait employé au remblai du terreplein de la ville, à une hauteur de 2°", 50 au-dessus du niveau de la mer.
Tous les ateliers étaient installés dans de vastes bâtiments en charpente avec pans de bois garnis de maçonnerie de briques. Ces ateliers étaient les suivants : ajustage, fonderie, forges, scierie, menuiserie. L'atelier de charpente était en plein air. A l'exception de la chaudronnerie, qui n'était pas encore complètement achevée, tous les autres ateliers étaient maintenant en pleine activité.
Port-Saïd comptait une population d'environ 1.000 européens et une population variable de 2.000 à 3.000 arabes.
Du 1" mars 1861 au 1" mars 1862 étaient entrés à Port- Saïd 260 navires sur lesquels ceux de la Compagnie comptaient pour 155 arrivages. La capacité totale de cette flotte commerciale s était élevée h 40.000 tonneaux, et les navires étaient arrivés avec plein chargement.
Le petit port du Mex était terminé. La jetée de Test avait une longueur définitive de 330 mètres; la jetée de Touest, d'une longueur de 40 mètres, était restée simplement ébauchée. Le port pouvait abriter une dizaine de navires.
A mesure du développement des travaux, il avait fallu multiplier les bâtiments et abris de toute nature. L'état général détaillé de tous les bâtiments érigés sur la ligne des travaux, se récapitulait comme suit :
Surfaces eourertes
209 maisons d'iiabitation 21 .755 mètres carrés
45 bâtiments d'ateliers et magasins. 9.287 —
22 hangars à divers usages. 1 .923 —
i22 baraques ou gourbis. 4.278 --
SuaFACB TOTALE COUVERTE. . . 37.243 mètres carrés
Il y avait, en outre, 7 villages arabes en pisé ou gourbis, d'une surface de 12.335 mètres carrés.
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Grâce aux voies de navigation créées par la conslructioD de la rigole maritime et du canal d'eau douce, le matériel et les approvisionnements de toute nature pouvaient désormais être transportés sur tous les points de Tlsthme avec certitude, rapidité et économie.
D'un autre côté, les transports maritimes étaient assurés, indépendamment des affrètements, au moyen d'une flotte appartenant è. la Compagnie, composée de 2 bateaux à vapeur et de 18 navires à voiles présentant ensemble un tonnage de 2.368 tonneaux.
Les dragues au nombre de 24, avaient été commandées chez divers constructeurs en Europe et étaient arrivées démontées h Port-Saïd. On avait eu à remonter les coques en tôle, à poser les charpentes, à faire enfin l'installation des machines et des appareils dragueurs. Le montage des coques n'avait pu se faire facilement avec de simples ateliers volants et Tinstallation des dragues avait rencontré beaucoup d'obstacles et éprouvé des retards par suite du non achèvement préalable des grands ateliers. Pendant longtemps aussi les bois de fortes dimensions avaient fait défaut, des circonstances fortuites de mer en avant retardé l'arrivée à Port-Saïd.
D un autre côté, on avait perdu beaucoup de temps à rechercher sur plusieurs dragues déjà montées une bonne installation de la toile sans fin de transport. Les études à ce sujet n'étaient pas encore complètement abandonnées, mais on avait résolu de ne plus les poursuivre que sur deux dragues seulement. Les autres dragues fonctionnaient maintenant avec de simples couloirs.
Lescirconstances défavorables qui viennent d'être rappelées n'existant plus aujourd'hui, il était permis d'espérer que les dix dragues qui restaient encore à l'état de montage plus ou moins incomplot pourraient être terminées dans un délai assez rapproché.
Le compte rendu succinct qui précise la marche et la situation des travaux suffisait à donner une idée exacte des
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moyens dont on disposait maintenant pour les pousser désormais avec unredoublement d activiU^. Les plus grandes difficultés, celles d'installation, de la création de bonnes voies de transport, de l'organisation générale de tous les services, avaient été heureusement surmontées. Tous les efforts pouvaient donc être consacrés désormais à l'exécution proprement dite des travaux.
des services deç travaux pendant Tannée 1861 ^