‹ Le cancerChapitre 4 sur 18 · M. BORREL · texte numérisé non relu

M. BORREL

système pigmentaire chez le cheval comme chez l’homme sont donc souvent le point de départ de cancers. Il y a, chez les chevaux blancs comme chez l’homme, un système pigmentaire atrophié qui est continu chez les chevaux noirs ou chez les nègres; et chez les chevaux noirs comme chez les nègres le cancer est certainement moins fréquent.

Le cheval est un des animaux les plus parasités au point de vue intestinal : spiroptères, strongles, ascaris, sclérostomes, sont par milliers et millions dans le tube digestif où les tumeurs les plus variées, bénignes ou malignes, se donnent aussi rendez-vous.

Un fait surtout nous a encore frappé au cours des innombrables autopsies faites, c’est la fréquence des slérostomes ou de leurs larves dans la circulation générale; le lieu des slérostomes est d’habitude le colon du cheval, et là sont aussi localisés tous les cancers du tube digestif.

A certains moments, on trouve leurs larves, qui ■viennent évidemment du colon, dans les séreuses péritonéales, dans la substance corticale du rein, dans les testicules, et plus de 10 fois déjà dans le testicule ou le rein, nous avons constaté des slérostomes vivants ou morts déterminant soit des petits abcès miliaires, soit seulement des réactions microscopiques fugitives; leur présence est surtout fréquente dans les testicules ectopiques, et, étant donné la fréquence des cancers du rein et du testicule, l'hypothèse s’est en core imposée à nous du rôle possible de ces slérostomes circulant dans les organes, y séjournant soit quelques heures, soit quelques jours et laissant dans ces organes le germe d'une tumeur future, peut être avec leurs excrétions.

Nous n’avons jamais eu la chance encore de constater dans un cancer au début une larve présente, et pourtant nous avons eu des cas de cancers du rein ou du testicule tout à fait au début, à peine gros comme un grain de plomb; en revanche presque toujours il a été possible de noter des lésions vasculaires, au yoisinage de la tumeur et des processus : d’artérite ou de péri-artérite.

Heureusement avec le cheval la question estabor- •dable expérimentalement. Un cheval a ingéré le 12 mars 1912 des sclérostomes prélevés au niveau d’un cancer du colon et mélangés au contenu intestinal cancéreux ; ce cheval sacrifié le 10 octobre a présenté une tumeur de l’estomac d’un type très spécial et qui par certains côtés rappellait l’adénocarcinome du colon qui avait servi à l’expérience.

Ce n’est certainement pas un adénome pur et simple, il y a pénétration du tissu glandulaire dans les plans musculaires sous-jacents, et on peut noter une inflammation intersticielle très suspecte au point de vue cancer et quelques figures de karyoki- Jièse. S’agit-il d’une simple coincidence, s’agit-il

d’une tumeur cancéreuse au premier stade de son évolution ? impossible d’affirmer, mais l’expérience est déjà reprise sur plusieurs chevaux qui absorbent régulièrement des sclérostomes cancéreux.

D’autres expériences sont possibles avec le cheval ; nous comptons par exemple introduire dans la circulation générale, parla crosse de l’aorte, des larves de sclérostomes prélevées sur un cancer de l’intestin et voir l’action de ces parasites sur les organes.

Voici une autre expérience qui, quoique unique, a bien sa valeur. Au mois d’octobre 1911, nous avons implanté dans les deux testicules d’un cheval neuf des aiguilles rouillées, souillées avec du suc cancéreux desséché. Sept mois après l’implantation de ces aiguilles, l’animal sacrifié montra deux tumeurs cancéreuses développées en même temps au contact immédiat des deux aiguilles, et les coupes histologiques montrent, aussi bien que l’examen macroscopique, le contact intime des aiguilles avec le tissu en voie de transformation.

\ oilà donc qu avec le cancer du cheval comme avec le cancer du rein, comme avec le cancer de la souris, comme avec le cancer de la face chez l'homme, nous nous trouvons en présence de la même hypothèse, de parasites fréquents chez les espèces étudiées, même sur les animaux normaux, parasites supposés capables de réaliser dans certains cas l’infection cancéreuse. Puisque ces cas sont rares c’est donc à notre avis qu’il intervient un autre facteur indispensable, et ce facteur ne peut être qu’un virus qui lui serait vraiment spécifique.

Demodex, cestodes, nématodes, sclérostomes, ne sont pour nous que des agents de localisation ; ils sont dans d’autres cas remplacés par: brûlures, corps étrangers, lésions ulcéreuses, agents physiques ou chimiques, capables de préparer le terrain, et ce terrain lui-même, lorsqu’il s’agit de* cancers épithéliaux, n’est réellement préparé et apte à être ensemencé qu’à partir d’un certain âge. A de rares exceptions près, le cancer épithélial chez l’homme ou chez la souris ou chez le cheval est l’apanage de l’homme adulte ou de la première vieillesse ; chez la souris comme chez l’homme, l’extrême vieillesse est plus épargnée, et nous aurons peut-être l’occasion de développer un jour les faisons qui nous font penser que le moment où les cellules pigmentaires subissent une sorte de crise dans leurs relations avec les épithéiiums de revêtement, le moment du blanchiment des cheveux, est aussi l’âge du cancer. "

D’autres théories ont cherché à expliquer les tumeurs et les tumeurs cancéreuses en particulier : la théorie embryonnaire de Conheim est celle qui a eu le plus de succès. Elle explique toutes les tumeurs: tumeurs bénignes, tumeurs malignes, tumeurs té-

ratologiques; elle représente une vue théorique de l’esprit, mais elle est en désaccord avec tous les faits d’observation clinique ou statistique: localisation ou fréquence du cancer dans certains pays, cancers locaux développés au niveau des blessures, corps étrangers; elle n’explique pas la progression du cancer en surface par transformation cellulaire, ni la multiplicité des centres cancéreux, ni même lesTéactions inflammatoires si caractéristiques de certaines formes de cancers.

Une théorie développée par mon excellent collègue et ami M. Ménétrier, et qui a rallié de nombreux anatomo-pathologistes, est celle des états précancéreux. M. Ménétrier veut que le cancer se développe à la suite de lésions chroniques tenaces, à la suite de modifications des tissus survenus au cours d’infections banales, tuberculose, syphilis, varices, ou même à la suite d’irritation par corps étrangers, ou même par parasites, car M. Ménétrier accepte aussi le rôlé des parasites ; le^s cellules pourraient prendre une orientatiou cancéreuse à la suite d’actions physiques, à la suite de brûlures, et ainsi s’établirait un certain dynamisme cellulaire; les cellules chroniquement irritées se transformeraient en cellules nouvelles, cancéreuses, sansintervention spécifique d’un virus.

Nous différons de M. Ménétrier par l’introduction de ce nouveau facteur, la spécificité par un virus ou par des virus, variables avec les diverses tumeurs cancéreuses, et nous pensons que tous ces états pré-cancéreux de M. Ménétrier préparent le terrain à des agents virulents capables de se développer soit dans la cellule cancéreuse, soit au voisinage de cette cellule, et capables de donner à cette cellule parasitée ou intoxiquée une vie nouvelle : la 'pérennité qui caractérise la cellule cancéreuse. Pour nous, le cancer est une maladie4infectieuse, et le caractère particulier de cette infection est précisément de créer dans l’organisme par une véritable symbiose une cellule nouvelle, une cellule lichen, un organisme nouveau; le cancer, qui est bien, au sens des anciens, le crabe rongeur attaché à sa proie, l’être monstrueux nouveau, capable de sejnultiplier indéfiniment sur de nouvelles victimes : la cellule cancéreuse doit être considérée comme le produit incestueux d’un parasite et de son hôte.

Le cas n’est pas isolé. Nous pouvons à propos des Epithélioses, et bien qu’on n’ait pas encore isolé et cultivé ces virus, affirmer la symbiose des cellules épithéliales et du virus vaccinal ou variolique, ou bien la symbiose dans les cellules de l’épithélium contagieux des oiseaux et du molluscum humain. Cette symbiose est éphémère avec le vaccin, elle dure 8 à 10 jours; avec le molluscum, elle dure des

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mois. Cette symbiose, nous la retrouvons surtout dans e règne végétal, (la pathologie n’est pas forcée de s’arrêter au règne animal) elle caractérise les lichens, elle caractérise les nodosités des légumineuses, où nous voyons le protoplasma cellulaire comme remplacé par des milliards d’êtres microscopiques qui sont les bactéroïdes; nous la retrouvons dans les tubercules des orchidées et des bégonias, où la présence d’un parasite rend vivace descellules qui sans cela seraient éphémères. On les a retrouvés, ces parasites symbiotiques, sous forme de mycorrliizes dans les racines de presque tous le&végétaux vivaces. C’est encore à la présence des parasites ou plutôt à l’action toxique d’un parasite qu’est due la formation de la pomme de terre, et enfin cettesymbiose, nousla retrouvons, le fait vient? à peine d’être établi, dans les tumeurs cancéreuses végétales si bien étudiées par Smith et qui ont des métastases comme de vrais cancers humains. Le fait est capital, ces tumeurs sont greffables comme les cancers animaux et greffables en tant que cancers, comme Jensen l’avait établi avant que Smith ne découvre le microbe, et voilà le premier cas d’un cancer véritable répondantà la définition du cancer et causé par l’inoculation directe d’un microbe qui peut être obtenu en culture pure sur de la gélose; une tumeur delà betterave inoculable à la betterave par greffe, inoculable à la betterave et à beaucoup d’autres végétaux par des cultures.

Nous n’avons pas encore, en cancer animal, de démonstration pareille, bien que certains observateurs considèrent le cancer de Sticker comme greffable et inoculable. Nous ne savons pas inoculer le cancer chez les animaux, et pour cela le virus reste à l’état d’hypothèse, mais je dirai à l’état d’hypothèse probable. Les expériences de Rous, si elles sont confirmées, et si la tumeur étudiée chez la poule est bien un sarcome greffable, donneraient la première démonstration d’une tumeur cancéreuse inoculable chez un animal et inoculable par un virus filtrant.

Lorsqu’on analyse, avecdes méthodes appropriées, le contenu de certaines cellules cancéreuses, du sarcome du chien, du testicule du cheval, on ne peut qu’être frappé de la structure du protoplasma ressemblant au protoplasma des cellules des nodosités des légumineuses ou au protoplasma des cellules du molluscum, et l’idée delà cellule cancéreuse cellule lichen, bourrée de microbes vivant en symbiose avec elle, provoquant des divisions nouvelles, l’idée non pas d’une cellule anarchique, mais d’une cellule symbiotique s’impose à l’esprit. Cette cellule, de parle parasitisme, a pris des aptitudes nouvelles, elle est capable d’être transplantée, d’être

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