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Winter a eu la preuve que de tels efforts ne restent pas stériles : quatre fois il a opéré de cancer utérin tout à fait au début des malades reconnaissant n’avoir eu idée de prendre avis médical qu’après lecture de son appel.
Il a pu d’autre part constater que, dans la Prusse orientale, grâce à l’action exercée tant sur les médecins que sur les malades, le nombre des femmes atteintes de cancer reconnu opérable de l’utérus s’est élevé, au cours d’une année, de 62 à 74 p. ioo1.
Pour le cancer en général — en dehors de quelques articles parus, en Angleterre et en Amérique, dans les journaux médicaux et s’adressant par suite à un public restreint2 — je ne connais, en vue de l’éducation du public par voie d’imprimés, que le projet d'avertissement au public dont Pierre Delbet3 a donné lecture dans une des premières séances de l’Association française pour l’Etude du cancer — projet qui n’a encore été suivi d’aucune mesure pratique — et l’initiative prise par Dollinger (de Buda-Pesth) qui doit avoir eu des imitateurs4. Dollinger fait remettre à tout malade se présentant à son hôpital ou à sa clinique une circulaire où sont exposés les dangers de la temporisation, les avantages de l’opération précoce, les signes du cancer dans les divers organes, la sottise de ceux qui perdent un temps précieux à courir après les charlatans.
En France nous possédons, mais pour la tuberculose seulement, une brochure vraiment populaire du Dr Weil-Mantou, dont il importe ici de signaler le succès — plus de cent mille exemplaires
1. Pour le cancer en général, les statistiques communiquées au Congrès de la Soc. int. de Chiruigie tenues à Bruxelles en 1908, auraient, d’après Ch. Willems (trav. cité, p. 5), établi sans conteste les progrès réalisés dans ces dernières années au point de vue de la survie postopératoire. Pour le cancer de la face et des lèvres la proportion des guérisons durables (guérisons constatées au bout de trois ans), se serait élevée de 38 à 65 et même à 80 p. ioo ; pour le rectum de i5 à 3o et même à 5o p. ioo ; pour le sein de 4 à 4o et même à 48 p. ioo ; pour la langue, où la récidive était la règle, cette proportion atteindrait io, n, i4 et même 3o p. ioo.
2. C. Childe. The educational aspect of the cancer question. Brit. med. J., 1907, 11, 1 35-i 38. — C. M. Echols. Popular enlightenment of the cancer problem. Milwaukee M. J., 1908, XVI, 357-36o. — Leigh. Education of the public on the cancer problem., Virginia M. Semi-monthly , 1909-10, XIV, 469-471.
3. Pierre Delbet, Projet d’avertissement au public ; reproduit in Dauthuile : Contribution à l'étude du cancer, Th. de Lille, 1908, in-8°, ia5 p., 1 plan dépl., cf. p. 99-10.5, et Journ. de vulgarisation des Sc. médicales, Marseille, avril 1908» n° 1, p. 3 à 5. — Delbet a fait aussi une conférence sur la lutte contre le cancer, à la polyclinique H. de Rothschild.
4. J. Dollinger, Aufforderung ... Je ne connais cette circulaire que par une analyse parue dans le ./. of the amer, med . Assoc.. 1907, XLVIIÏ, it48.
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ÉDUCATION DU PUBLIC
distribués à ce jour. C’est une série de conversations dialoguées entre M. Quicé et M. Sépas , où l’histoire sommaire de la tuberculose et les moyens de s’en préserver sont exposés sous une forme à la fois claire et plaisante1. Pourquoi ne ferait-on pas pour le cancer un opuscule du même genre, bien propre à répandre dans les masses les idées que nous voudrions y faire pénétrer ?
L’initiative pourrait être prise par les conseils supérieurs d’hygiène des divers pays. Le conseil impérial de santé, en Allemagne, a fait établir pour diverses maladies évitables ou qu’il importe de reconnaître en temps utile — alcoolisme, diphtérie, typhus, dysenterie, ver solitaire, trichine, etc.., des feuilles d’avis, que leur bon marché permet de répandre à profusion2. Je ne sache pas qu’il en existe pour le cancer ; mais cette lacune sera sans doute bientôt comblée. On pourrait, me semble-t-il, faire quelque chose de semblable chez nous et ailleurs2.
C’est dans cette voie du moins — tracts, brochures populaires, conférences faites dans le grand public ou dans les milieux ouvriers — qu’il serait possible et utile de s’engager3.
J’ai parlé aussi d’articles dans les revues et dans les journaux non médicaux, Je ne connais en ce genre que le remarquable travail de M. Burnet, paru dans la Revue de Paris en 19064. Il y aurait lieu d’en provoquer de semblables. Nos grands journaux politiques possèdent tous des rédacteurs scientifiques, médecins pour la plupart, qui consentiraient, sans doute, dans les articles de vulgarisation dont ils sont chargés, à parler parfois du cancer, envisagé au point de vue de la défense sociale. Ces articles écrits d’une plume alerte et compétente, très goûtés du public, contribueraient pour une grande part au succès de la campagne engagée contre le cancer.
La Société de préservation contre la tuberculose a encore recours à de petits moyens que je dois signaler en terminant — brefs appels qu’elle fait afficher dans les lieux publics, gares de chemins
1. J. Weill-Manlou. Les dix conversations de Quicè et Sépas (dialogues populaires sur la tuberculose ), ae tirage revu et corrigé, Paris, 1908, Soc. de préserv. contre la
tuberculose, 33, rue Lafayette.
3. Ces feuilles d’avis (Merkblâtter) sont vendues à raison de 5 Pf. l’exemplaire, |de 3 M. le cent et de 35 M. le mille, ce qui les met à environ 5 et 3 centimes l’un.
3. On a vu plus haut qu’en Belgique, le service de Santé et d’Hygiène, par l’organe [de la Commission nationale du Cancer a, pour le cancer, fait paraître une Notice [sur le cancer y due à la plume autorisée de Willems, qui répond en partie au vœu que nous exprimons ici. Mais cette brochure s’adresse aux médecins seulement. h- Et. Burnet, Le Cancer, Rev. de Paris, 1906, n° 3, i5 janvier, p. 335-300.
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de fer, écoles, mairies, salles de consultations des hôpitaux, etc., qui font partie des « dix commandements » de l’hygiène antituberculeuse : Ne crache jamais par terre ; Ne balaye jamais à sec ; Fais bouillir ton lait; Fais désinfecter V appartement dans lequel tu entres ; N'achète rien d'occasion qui ne soit désinfecté , etc. Y aurait-il lieu pour nous de faire quelque chose d’analogue ? La question serait à étudier.
Aussi bien les diverses propositions que je viens de formuler auraient-elles toutes besoin d'être revues et mûries. Il conviendrait même, me semble-t-il, qu’une commission composée d’hommes compétents choisis par votre bureau, fût chargée, après avoir pris connaissance de tout ce qui a pu être fait en ce sens dans les divers pays civilisés, de nous apporter un plan précis de conduite.
Ce qui est certain c’est qu’il y a quelque chose à faire. L’augmentation constante des cas de mort par cancer1 nous impose le devoir, toute fausse sentimentalité mise de côté, d’informer le public, en le conviant du même coup à lutter avec nous contre le fléau. Médecins et malades doivent unir leurs efforts pour le combattre. Sans doute il ne sera jamais vaincu. Cherchons du moins à diminuer le nombre de ses victimes. Nous aurons ainsi bien mérité à la fois de la science et de l’humanité.
1 . Dans une récente communication faite à la session annuelle de la Soc. de médecine de New-York (The duty of the medical profession towards the woman with cancer, Med. Record , 1910, LXXVII, n° 6, p. 25i) le Dr W. B. Chase (de Brooklyn), montre que les statistiques établissent que 1 femme sur 11 succombe au cancer — ce chiffre atteignant 1 sur 9 pour celles qui ont dépassé l’âge de trentecinq ans.
Lance dans un article que nous avons déjà eu occasion de citer (Gaz. des Hôpitaux, 1910 n° 68, p. 980) rappelle, pour le cancer de l’utérus en particulier, que sa fréquence serait 4 fois plus grande en Angleterre aujourd’hui qu’il y a 4o ans (Roger Williams) ; que sur 6.236 femmes examinées par Weyenberg, en Belgique, 66 (10, 6 p. 100) étaient atteintes du cancer utérin ; qu’en Allemagne il meurt chaque année plus de 2.600 femmes du cancer de l’utérus (Dürrhsen).
D’après Coley (The increase of cancer, Surg., gynecol. a. obst., 1910, X, 591-597) le nombre des cas de mort par cancer va en augmentant dans tous les pays. En Angleterre, pour les femmes, il s’est élevé de 470 en i85g à 1010 en 1908.
Jacques Bertillon a fait à l’Académie de médecine, le 21 mars 1911, une lecture sur la Statistique du cancer, où il montre que le cancer devient « une des plaies les plus cruelles de l’humanité ». Sa fréquence augmente dans tous les pays, sans exception. En Angleterre, elle a presque triplé depuis cinquante ans ; le cancer y cause presque autant de décès (34-o53 en 1909) que la tuberculose pulmonaire (38.63g). En France, en 1908, il en a causé 3o.i24.
— Cette communication est reproduite, avec cartes graphiques, dans la Presse médicale, i3 mai 1911, n° 38, p. 385-388.
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