CHAPITRE PREMIER
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA DÉGÉNÉRESCENCE TUBERCULEUSE ISSUE DU CANCER. — BILAN DE LA SCIENCE A CE SUJET.
Cette remarque de la dégénérescence tuberculeuse du cancer , qui m’a préoccupé pendant toute ma carrière médicale, a certainement dû être faite par d’autres praticiens ; car si je suis le premier à publier une monographie sur ce sujet, combien d’autres, avant moi, ont dû être frappés par cette coïncidence, et par ces faits trop nombreux et trop fréquents pour peu qu’on y fasse attention.
Mais que de choses passent inaperçues pour ne pas les avoir enregistrées sur l’heure, et que d’observations importantes faites par des praticiens de talent qui ont été à jamais perdues; faute de temps pour les transcrire et les publier.
Cependant je trouve, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales , un article très-substantiel sur
BURDEL.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
le carcinome, écrit par le docteur Hénocque, dans lequel je rencontre les passages suivants que je reproduis ici comme note bibliographique de ce qui a été écrit sur ce sujet :
« Quelques auteurs, dit-il, à côté de l’influence héréditaire, ont pensé que le carcinome pourrait être une manifestation résultant de prédispositions diathésiques d’origines variées, plutôt que d’une diathèse spéciale; c’est ainsi que Hardy et Bazin sont portés à considérer le cancer comme manifestation de l’herpétisme.
» Par sa fréquence même , ajoute le docteur Hénocque, la diathèse tuberculeuse devait être étudiée dans ses rapports avec le carcinome , et tandis que certains auteurs ont pu croire que les antécédents de la tuberculose avaient quelque importance par rapport au développement du carcinome, d’autres ont cru à l’antagonisme du carcinome et de la tuberculose, c’est-à-dire que les arguments sont peu concluants de part et d’autre. »
Dans le cours de ce travail, je me suis étendu sur les manifestations diathésiques et les origines variées de ces diathèses, aussi n’en parlerai -je point pour le moment ; mais qu’il me soit permis de dire immédiatement un mot sur le sujet dont parle le docteur Hénocque, touchant l’antagonisme du carcinome et de la tuberculose. Ceux qui ont cru voir cet antagonisme sont tombés, nous le croyons, dans une erreur profonde ou plutôt dans une méprise causée justement par cette tendance qu’a la diathèse cancéreuse à dégénérer en tubercules.
SlIU LA DÉGÉNÉRESCENCE TUBERCULEUSE. 51
Lu voyant en effet dans les familles chez lesquelles la diathèse cancéreuse domine, surgir fréquemment la diathèse tuberculeuse, puis quelquefois, cette diathèse tuberculeuse s’arrêter pour laisser réapparaître le cancer; on a été porté à supposer qu’il existait réellement entre ces deux affections un antagonisme, et qu’il s’établissait entre elles une sorte de lutte, dans laquelle il arrivait que l’une de ces diathèses devait nécessairement primer l’autre.
Mais une observation plus attentive eût démontré, au contraire, que ce que l’on prenait pour antagonisme n était autre que cette tendance qu a la diathèse cancéreuse à se transformer en tubercules ; et la preuve de ce non-antagonisme, c’est que l’on rencontre à la fois dans les mêmes familles, soit réunies chez le même sujet, soit chez deux sujets différents, les deux diathèses marchant ensemble ou séparément.
Un grand nombre d’auteurs , ajoute encore M. Hénocque, ont montré la coïncidence de la tuberculose et du cancer. J’avoue que ce grand nombre d’auteurs dont il cite le témoignage dans son travail, est loin d’être d’accord sur cette coïncidence ; ou du moins les chiffres statistiques apportés par chacun de ces auteurs sont tellement différents, qu il m a semblé difficile de se faire une opinion précise sur ce point. Quoi qu’il en soit, cette statistique établie par ces divers auteurs qui tous ont parlé de cette simple coïncidence à plusieurs points de vue peut-être, est un témoignage trop sérieux, eu égard
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à l’importance du sujet qui m’occupe, pour que je le
laisse passer inaperçu.
Aussi je transcris ici cette statistique en y ajoutant seulement les quelques réflexions que m’ont suggérées mes observations personnelles, comparées avec les laits
énoncés :
Frerichs a vu dans le foie la coïncidence de tubercules et de noyaux cancéreux.
Oiettrich, sur 150 cas de carcinome, n’a observé qu’une fois la tuberculose.
Ces faits tendraient à démontrer la rareté de la coïneidence ; mais des travaux plus récents prouvent qu’il
en est autrement.
Broca a montré que les tuberculeux avaient autant de chances d’être atteints de cancer que les autres individus, mais pas davantage.
D’autre part, suivante. Moore, on trouverait, sur les cadavres des cancéreux, des traces de phthisie dans la
proportion de 3ù pour 100.
W. Cooke, au contraire, sur 79 cas de cancer du sein, a noté 31 lois des dispositions a la phthisie*
Sibley a compte 48 lois dans loO cas les antécédents • de phthisie, et sur 20 d’entre ces cas* la phthisie s’est t
manifestée chez plus d’un parent.
« Pour apprécier la valeur de ces chiffres, il faut tenir compte de la fréquence de la phthisie. Or, pour 1 Angleterre, la moyenne des morts par phthisie est d’en viron 6 pour 1000 habitants ; pour le cancer elle est de 2.
SUR LA DÉGÉNÉRESCENCE TUBERCULEUSE
Ou
pour 100 au maximum. Donc pour 1000 cancéreux pris au hasard, il peut y avoir 6 phthisiques, ce qui suppose un nombre relativement plus considérable d’antécédents de phthisie.
» Les données précédentes montreraient ainsi une quantité très- grande de phthisiques chez les cancéreux ; mais des recherches plus étendues de Holden présentent, au contraire, une proportion moins grande de cancer dans les familles qui comptent des phthisiques que dans les autres. Sur 7030 individus au-dessous de quarante ans, il note que 103*2 ont eu des antécédents de tuberculose, et 247 ont eu ces antécédents chez 2 ou plusieurs membres de la famille. Parmi, ces 1032, on compte 11 cas de cancer, et sur les 7030 réunis, 99. On voit que la quantité relative de morts par le cancer était, de 1,45 pour 100; dans le nombre total de 7030 individus, ellen’aété au contraire que del ,06 pour 100 pour les indivtdus à antécédents tuberculeux. Holden ajoute à ces chiffres que sur 55 cas de mort dans 821 familles, il y a eu un seul cas de mort par cancer, 53 par tuberculose ; sur 1000 cas de mort par maladies organiques internes, ayant donné 30 cas de cancer, on n’a trouvé qu’une fois la coïncidence du cancer et delà phthisie, et une seule fois la tuberculose dans la famille des cancéreux.
» Or ces chiffres montreraient que le cancer entre dans 3 pour 100 des cas de mort, ce qui rentre dans la moyenne générale indiquée par Breslau et que nous
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avons admise. Nous ne croyons pas ces déductions trèsrigoureuses, mais elles montrent combien de documents nous manquent, et, dans tous les cas, elles nous mènent à admettre la conclusion de M. Broca. »
On peut voir par ce document de statistisque, combien sont différents, non -seulement les chiffres émis par ces divers observateurs, mais aussi combien est différent le point de vue que j’ai choisi pour étudier cette importante question .
J’ai désiré envisager, il est vrai, la coïncidence du tubercule avec le cancer, mais une fois cette coïncidence admise et reconnue, j’ai voulu démontrer que cette coïncidence est la résultante de la dégénérescence du cancer en tubercules; en un mot que d’une diathèse cancéreuse sortait fréquemment une diathèse tuberculeuse; que le cancer est, sinon, la souche principale de la phthisie, du moins la souche la plus productive; que, d’après mes nombreuses observations, le tubercule, par contre, 11e donne jamais directement naissance au cancer, et que lorsqu’on le trouve soit isolé, soit associé au cancer , dans la même famille ou chez le même individu, il est presque toujours facile de se rendre compte de ce fait, en remontant dans l’ascendance, comme quand on suit les filons d’une mine pour en trouver le gisement.
Dans quelques journaux de médecine ( Union médicale , Tribune médicale , Gazette médicale ) qui, après la lecture de mon mémoire à l’Académie, ont fait un
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compte rendu de la séance, je trouve les révélations suivantes, qui ne sont pas sans importance pour le sujet qui m’occupe, et que, pour cette raison, je ne saurais passer sous silence.
« Cette idée de l’influence des maladies chroniques et du cancer en particulier, dit M. A. Latour ( Union médicale, 41, 1869), il y a bien longtemps que nous l’avons entendu émettre pour la première fois. Tous les anciens élèves de l’École de médecine de Toulouse doivent se souvenir du professeur de clinique médicale Dubernard, professeur très- original, facétieux (si ce n’est dans les moments très-fréquents où il se prenait de colère noire contre Broussais). Eh bien, ce professeur avait aussi son aphorisme sur la phthisie, et que de fois ne lui avons-nous pas entendu dire : « La phthisie est la fille pourrie du cancer et de la vérole l »
» A une époque plus rapprochée, mais bien avant toute publication sur ce sujet, nous nous souvenons encore, ajoute M. A. Latour, qu’accompagnant, un matin, dans sa visite d’hôpital, un de nos plus distingués et savants confrères des départements, M. le docteur Bourgeois (d’Etampes), il émit devant nous cette pensée : Le cancer semble devenir plus fréquent dans nos campagnes ; tes cancéreux engendrent les phthisiques et la phthisie s’accroît aussi, »
Ainsi nul doute, cette sorte de métamorphose du cancer, qui s’opère en projetant des germes de phthisie dans les lignées, avait préoccupé plus d’un praticien ;
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mais aucun n’avait, croyons-nous, laissé trace de l’impression qu’il en avait reçue, ni formulé le mode de manifestation de ce fait. Cependant Baumes, dans son Pi * écis des diathèses , page 379, sans spécitier encore tous les rapports intimes qui existent entre le cancer et le tubercule, signale le cancer comme étant positivement la souche d’une multitude d’affections diathésiques d’une origine commune.
« J’ai remarqué plusieurs fois, dit-il, que dans des familles où il y avait eu des cancéreux, ceux des membres de ces familles qui n’ont pas été affectés de cancer, ou qui sont morts avant l'âge où le cancer se manifestait chez les parents , présentaient les traits de la diathèse névrosique au plus haut degré, des douleurs vagues, mobiles, aiguës, des névralgies réitérées, des névroses dans divers viscères, dans les voies gastriques, dans la poitrine , des toux opiniâtres et douloureuses simulant la phthisie , beaucoup de vivacité dans les mouvements, une très-grande impressionnabilité, et parfois quelque chose d’étrange dans l’exercice des facultés intellectuelles . »
Ce que Baumès avait surtout vu et pressenti, c’était la diathèse cancéreuse produisant dans les lignées, non pas seulement la diathèse tuberculeuse, mais un certain nombre de diathèses holopathiques, qui jetées comme des semences dans l’organisme des générations, devaient fatalement et héréditairement se développer tôt ou tard, demeurant plus ou moins longtemps dans cette sorte de sommeil, auquel M. Marchai (de Calvi) a donné le nom
SUR LA DÉGÉNÉRESCENCE TUBERCULEUSE
de période amorphe. Et bien que Baumès ne parle que de symptômes névrosiques simulant la phthisie, il s’étend plus généralement sur toutes ces diathèses névrosiques qui ne sont le plus souvent, suivant moi, que le prélude de ces terribles affections chroniques qui se terminent elles-mêmes presque infailliblement, soit dans le cancer, soit dans la tuberculose.
Car, si téméraire que cela puisse paraître, on pourrait, je pense, achever la pensée de Baumès et continuer l'observation qu’il eût complétée, j’en suis sûr, s’il eût toujours pu suivre la terminaison de toutes ces névroses, et il nous eût appris alors que ceux qui offraient les traits de la diathèse névrosique au plus haut degré dans les viscères , les voies gastriques , etc. , avaient trouvé la fin de leur existence, soit par un cancer développé clans l’abdomen , soit par des tubercules mésentériques ; que pour ceux qui présentaient des névroses dans la poitrine , avec toux opiniâtre simulant la phthisie , une granulation tuberculeuse avait peu à peu envahi les poumons; et enfin que les derniers chez lesquels on trouvait cette grande impressionnabilité et ce quelque chose d’étrange
dans les facultés intellectuelles, ceux-là avaient été frappés d’aliénation mentale; et que cette aliénation s’était terminée elle-même en dégénérescence tuberculeuse ou en dégénérescence cancéreuse du système céré¬
bro-spinal.
Voilà ce que Baumès n’eût pas manqué de dire, car voilà ce que trente années de médecine pratique m’ont
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
appris; et lorsqu’aujourd’hui, je me vois en présence de ces diathèses névrosiques à symptômes multiples, portées au plus haut degré, rebelles à toutes médications, contre lesquelles toute la puissance thérapeutique vient échouer, je ne manque pas de m’écrier, plein de désespérance et de tristes pressentiments : Met angnis in herbâ ; et en effet comme dernière scène de dénoûment, apportant la lumière à un diagnostic resté longtemps obscur et confus, je ne manque pas de voir apparaître ou le cancer , ou le tubercule .
Dans le n° 32 de la Tribune médicale , 1869, M. Marchai (de Calvi), si apte dans cette question et dont l’observation pénétrante a été mise en éveil, s’exprime ainsi : « Le fait considérable que signale M. Burdel, et tout l’honneur doit lui en être réservé, m’avait frappé depuis longtemps (comme je suis frappé de l’imminence tuberculeuse dans les lignées diabétiques à la seconde génération). Lugol, le médecin de son temps qui connaissait le mieux le tubercule et la scrofule, et l’un des hommes les plus bienveillants que j’aie jamais rencontrés, était pénétré de l’idée que le tubercule et le cancer sont de la même famille. En 1842 ou 1843, je le priai en même temps que je demandai à Marjolin de m’éclairer au sujet d’une jeune personne qui avait un cancer encéphaloïde de l’extrémité supérieure du tibia. La malade était très-amaigrie et toussait un peu ; on dut rechercher si l’état des poumons n’était pas une contre-indication à l’amputation. A cette occasion, Lugol dit familièrement
SUR LA 1)ÉG É N É H ESC EN C E TUBERCULEUSE
que le tubercule et le cancer, « s ils ne sont pas frères, sont pour le moins cousins germains » . Marjolin le regarda fixement, réfléchit un bon moment, et ne dit pas non.
« La dégénération ou transformation tuberculeuse ne serait point la seule, en effet, que puisse subir le cancer, ajoute M. Marchai. Il peut de l’ascendant au descendant se ressembler à lui-même , aussi exactement que possible, par les caractères extérieurs de son produit, et n’être plus lui -même. »
Pour terminer cette note bibliographique, sorte de résumé de tout ce qui a pu être dit et écrit sur cette question, il me reste à indiquer que Bayle qui a traité tout spécialement de la phthisie, et qui en avait admis six espèces, en avait dénommé une phthisie cancéreuse ; eu égard (disent les auteurs du Dictionnaire de JSysten) aux diverses tumeurs dites cancer du poumon, qui donnent lieu quelquefois à des symptômes de phthisie. Entendait-il indiquer par là, ainsi que les auteurs veulent l’interpréter, le développement de noyaux cancéreux dans le parenchyme des poumons et déterminant, par les troubles fonctionnels qu’ils apportent dans ces organes, une phthisie pour ainsi dire spéciale et propre aux produits morbides qui avaient pris naissance dans les poumons? Ou bien, avait-il entrevu cette dégénérescence qui lait le sujet de ce travail ? Je ne le suppose pas, car Valleix lui-même, qui reproduit dans son ouvrage la division de Bayle et de Franck, ajoute : « Les
CONSIDÉRAI IONS GÉNÉRALES
médecins sont aujourd’hui trop familiers avec la pathologie et l’anatomie pathologique des voies respiratoires, pour qu’il soit nécessaire de faire ressortir tous les défauts de celles-ci : La phthisie cancéreuse n est qu’une complication.
Au moment où je termine ce chapitre, un de mes honorables confrères du département du Cher (le docteur Vigoureux) me communique le passage suivant, tiré de l’article Cancer du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , tome XIV, page 24*2, signé Luton, que je n’avais pas encore lu :
« On a dit enfin qu’elle était (la tuberculose) le résultat de la transformation, sous rinfluence de l’âge, de l’une des diathèses que nous venons de nommer (herpétisme, goutte, rhumatisme, scrofule), cette discussion appartient à l’histoire générale du cancer ; tout ce que nous pouvons dire ici, c’est quelle n’a pas meme pour elle un commencement de démonstration. »
Voilà certes, et on le pensera comme nous, un jugement bien sommaire, rendu, sans autre forme de procès, sur une question capitale, étudiée et traitée par des praticiens de la valeur de M. Pidoux, dont l’existence entière peut se résumer dans l’observation quotidienne de ces faits auxquels on refuse même un commencement de démonstration.
Quelle signification donnerons-nous donc à tous ces faits qui se sont passés tant de fois sous les yeux de ces observateurs, dont la vie scientifique, toute de probité,
SUR LA DÉGÉNÉRESCENCE TUBERCULEUSE
n’a pu être même un instant soupçonnée? dont la tâche quotidienne a été de noter, depuis plus d’un tiers de siècle, chacun des événements pathologiques auxquels ils ont pu assister, enregistrant le pour et le contre avec l’impartialité d’un juge qui ne veut que découvrir la
vérité ?
Et plus loin on lit encore : a Le rapport entre le tubercule et le cancer ont été envisagés de plus près .
» . Une filiation étroite a même été établie entre
elles par Burdel (de Yierzon). Mais dans ces termes, que le tubercule émane du cancer et se manifeste dans la descendance des cancéreux au même titre que s’il procédait
d’ascendants phthisiques . . . . . .
» . Mais ces questions échappent encore à tout con¬
trôle vraiment scientifique, elles ne sauraient être tranchées par l’arbitraire des statistiques ; et rien ne prouve d’ailleurs que le même individu 11e puisse pas être affecté de plusieurs dispositions morbides à la fois (1), »
Oui, cela nous semble juste, cette question a besoin
(1) « Pour ma part, ajoute mon lionorablc confrère, quand je connus votre travail, il y a plusieurs années, je ne lui fis qu’un seul reproche, c’était d’arriver trop tard et de nous démontrer une vérité incontestable ; voyez combien je me trompais : votre travail, qui avait l’énorme mérite de bien préciser et poser la question, ne reçut que des éloges, seul peut-être je trouvais qu’il ne généralisait pas assez.
» Est-il donc vrai que ces questions, qui me semblaient résolues depuis longtemps, sont encore discutables? Ce serait un malheur; votre travail était un degré d’étude de la grande question de 1 hérédité morbide, question qui me semble très en retard, et que je voudrais voir à l’ordre du jour. Mais, pour y voir clair, il ne faut pas laisser passer de pareilles erreurs. » (Docteur Vigouroux, de Duu-lc-Roi, Cher.)
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
de contrôle; mais si ces questions, ainsi que le dit M. Luton, échappent jusqu’à présent à tout contrôle scientifique , elles n’échappent pas au contrôle clinique que nous avons appelé depuis si longtemps et que nous appelons chaque jour de toutes nos forces. Car nous faisons une très-grande distinction entre ce que Ton nomme le contrôle scientifique qui s’établit le plus souvent dans le cabinet avec le concours de ce que peut fournir une bibliothèque, et le contrôle clinique qui ne s’établit sérieusement, non pas même à l’hôpital, qui n’est peuplé que de malades nomades qui passent rapidement devant nos yeux et dont on ne connaît jamais les antécédents exacts, mais dans les familles. Et à la condition encore, que par notre probité et notre valeur pratique, nous aurons pu, pendant notre vie médicale, être admis à l’intimité du foyer. Voilà où le contrôle clinique peut s’établir, et c’est de lui seul que peut émaner un jugement sérieux et irrévocable.
Nous comprenons que lorsque l’on parle du contrôle scientifique établi simplement dans le cabinet et dans les hôpitaux, on émette des doutes comme ceux-ci, et, que l’on dise : « rien ne prouve d ailleurs que le meme individu ne puisse être affecté de plusieurs dispositions morbides à la fois. »
Mais alors nous répondrons : Si vous doutez de la véracité des hommes honorables qui ont pu voir, pourquoi ne vous mettez-vous dans les conditions qui vous fassent voir ce que les autres ont vu ? Et alors si vous 11e voyez
SUR LA DÉGÉNÉRESCENCE TURERCULEUSE. OS
pas. c’est qu’il faut désespérer de la bonne foi des hommes de science, ou s’écrier avec le roi psalmiste : Oculos habentet non videbunt.
Moins que tout autre, nous nierons cette possibilité que peut avoir un individu d’être affecté de plusieurs dispositions morbides à la fois ; puisque nous-mêmes avons recueilli parmi nos observations plusieurs faits dans lesquels nous avons pu constater, marchant à la fois, ou isolément, ou l’un après l’autre, le cancer et le tubercule.
Hier encore, je fus consulté par une jeune femme
des environs de Vierzon, atteinte d’une tumeur cancéreuse au sein droit, laquelle offrait le volume d’un œuf de poule avec* ganglions au fond de l’aisselle, et j’allais lui proposer l’ablation de cette tumeur, lorsque, l’entendant tousser, j’eus la précaution d’écouter la poitrine et que je découvris des râles bulleux abondants avec gargouillements au sommet du poumon gauche. Je suspendis le conseil que j’allais lui donner, et m’informant des antécédents de sa famille (car elle m’était inconnue), j’appris ([ne son père était mort d’une affection de l’estomac, qu’elle nommait une gastrite, et que j’ai tout lieu de supposer être un carcinome de cet organe, car gastrite est le nom que le monde donne aux carcinomes de l’estomac.
Bref, voilà deux affections hétéroplastiques regardées comme de natures différentes, qui cependant marchent et se développent ensemble.
64 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES, ETC
Mais encore une fois, bien que ce contrôle soit pour un certain nombre de praticiens un acte pour ainsi dire de surérogation, puisque pour quelques-uns nous semblons avoir démontré une vérité incontestable, nous nous efforcerons néanmoins de renouveler notre pressant appel, disant aux jeunes praticiens : observez et notez avec une scrupuleuse attention tous les faits de ce genre qui se révéleront à vous, car vous n’en aurez la solution définitive qu’après bien des années.
À ceux au contraire qui ont vieilli dans la carrière, nous disons : fouillez dans vos souvenirs, revenez un peu sur vos pas, et vous qui sans doute avez assisté dans leurs dernières maladies quelques-uns des aïeux de ces enfants ou petits-enfants qui succombent aujourd’hui à la tuberculose, en vous rappelant à quelle affection ces aïeux ont succombé, voyez si vous n’avez pas devant vos yeux la conséquence de cette loi nosologique que j’invoque aujourd’hui. Et malgré tout, notez avec soin ce qui se passe actuellement sous vos yeux, afin que pour vous aussi, l’avenir, en apportant sa lumière, dissipe vos doutes et vous aide autant par vos soins que par vos conseils à anéantir cette diathèse funeste,