‹ Le cancer considéré comme souche tuberculeuse (volume 2)Chapitre 59 sur 81 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Le fait que j’ai voulu énoncer et établir par ce travail est, il me semble, trop important, pour qu’après la lecture de ces dernières pages, je ne cherche pas encore, dans un résumé aussi succinct que possible, à lui donner plus de clarté et de précision.

Qu’ai-je donc voulu démontrer?

Que le tubercule était fréquemment issu du cancer.

Pour le prouver, j’ai apporté à l’appui un assez grand nombre d’observations, desquelles j’ai été le témoin et dont je puis garantir la sincérité et l’authenticité.

J’aurais pu en publier un plus grand nombre, puisque celles que je possède dépassent de beaucoup le chiffre de cent cinquante; mais toutes ces observations tendant au même but, c’est-à-dire à la démonstration de la tuberculose sortant des souches cancéreuses ; je n’aurais pu que fatiguer le lecteur par la monotonie et la répétition des mêmes faits.

J’ai donc dû m’en tenir à celles que j’ai annexées à ce mémoire. Mais, pourra-t-on m’objecter, si nous n’avons rien à dire, touchant la véracité des faits que vous

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avancez, l’induction que vous en tirez est-elle bien réelle ?

Ne vous êtes-vous pas laissé entraîner sur cette pente toujours facile et glissante, qui porte à ne voir les faits que sous l’aspect et la forme que l’imagination se plaît à leur donner? En un mot, avec toute la meilleure foi du monde, la révélation de ces faits ne s’est-elle pas montrée à vos yeux à travers les facettes de ce prisme trompeur que chacun de ceux qui découvrent un fait porte quelquefois malgré lui ?

A cette objection, j’ai déjà répondu et je réponds encore que j’ai eu une telle crainte de me laisser entraîner sur cette pente, que j’ai attendu jusqu’à aujourd’hui, c’est-à-dire jusqu’après trente années d’expérimentation, avant de donner la publicité à ce nombre si grand d’observations ; et j’eusse attendu plus longtemps encore, si au milieu de mes recherches, je me fusse trouvé isolé. Mais du jour où j’ai pu rencontrer dans cette même voie des praticiens éminents ayant eu, eux aussi, des aperçus s’approchant des miens et ayant jeté quelques jalons déjà sur ce sol inexploré, je me suis alors décidé à apporter tous les matériaux que j’avais patiemment amassés afin de commencer la base de ce travail.

Mieux encore, non content de l’autorité que j’ai rencontrée, j’ai voulu faire un appel aux praticiens de tous les pays, afin qu’avec leur concours et leurs observations, je pusse voir sanctionner et proclamer définiti-

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vement le fait que j'ai avancé et qui m’a paru avoir une importance majeure.

Le fait démontré, restait encore à l’expliquer, ou du moins à l’interpréter ; et, je l’avoue, cette partie n’a pas été la moins difficile de ma tâche.

Que de questions à résoudre, qui se multipliaient à l’infini, se hérissant de difficultés incessantes et dont je n’ai pu avoir la solution qu’après une observation attentive et surtout par l’accumulation des années.

Ainsi : — Cette transmission de la tuberculose par le cancer se fait-elle en vertu d’un pouvoir particulier, qu’auraient les diathèses à se transformer héréditairement les unes dans les autres?

S'il y a un degré de parenté entre le cancer et le tubercule, quel est-il?

Ce degré de parenté ne serait-il, ainsi que l’a indiqué M. Pidoux, que l’affaiblissement de l’organisme, se trans¬

mettant dans les générations et produisant le tubercule et la phthisie ; lesquels, en définitive, ne sont que des maladies qui finissent et terminent l’organisme usé?

Ou enfin, le tubercule, qui se développe généralement de bonne heure chez les enfants provenant directement de parents porteurs de la diathèse cancéreuse encore à l’état amorphe et ayant, au moins à cette époque, l’apparence de force et de santé , n’est-il qu’une manifestation hâtive de la diathèse cancéreuse, qui aurait pris

plus tard son évolution chez l’adulte ou dans l’âge mur? Et alors ces deux affections, bien que pouvant se trans-

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former Fane dans l’autre, restent-elles distinctes, ou ne constituent-elles qu’une seule et même maladie allotropique dont le tubercule ne serait qu’une forme spéciale du cancer?

Toutes ces questions, je pense les avoir approfondies et examinées à tous les points de vue et sous toutes leurs faces; et elles fussent devenues pour moi l’objet d’une étude sans fin, toujours remplie de doute, si par des révélations provenant d’observations vieilles d’un grand nombre d’années, je n’eusse pu voir ainsi que je les ai vues, les générations se dérouler sous mes yeux, apportant avec le dénoûment que j’avais prévu une lumière dissipant tous mes doutes et devant laquelle toute objection s’arrête.

D’après ce qu’il m’a été donné de voir et d’observer, y compris les observations dont mon père a été témoin , j’ai pu m’assurer que les deux hypothèses suivantes sont admissibles :

D’une part, j’ai vu le cancer, type des affections chroniques à tissu hétéromorphe, ne pas échapper à la loi de dégénérescence rétrograde à laquelle sont soumises toutes les affections chroniques, et préparer comme elles le terrain.

Mais d’une autre part aussi, et c’est sur ce fait spécial que repose ce travail, il m’a été donné d’observer cette loi nosologique, à savoir : que le tubercule n’est le plus souvent que le produit d une manifestation del a diathèse cancéreuse. Et la preuve de ce que j’avance,

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c'est que, dans maintes observations, j’ai pu assistera l’une et à l’autre de ces manifestations, chez les enfants, chez les adultes et chez les individus arrivés à l’âge de maturité.

J’ai pu observer enfin ces deux affections se transformer parfois l’une dans l’autre, et parfois aussi rester distinctes; ne constituant, par conséquent, dans quelquesuns de ces cas qu’une seule et même maladie allotropique, dont le tubercule ne semblait être qu’une forme spéciale du cancer.

Dans quelques-uns de ces cas, il m’a été impossible, ainsi que je l’ai dit, de distinguer histologiquement le cancer du tubercule, tant ils paraissaient unis et fusionnés. Et c’est à ce propos que, faisant appel aux savants histologistes, je demande avec instance que de nouvelles études soient entreprises sur ce point , afin d’éclairer la question sous ce nouveau jour.

Car un nouvel horizon s’ouvre pour l’histoire et pour l’étude du tubercule : il ne suffit plus, ainsi que l’a dit ML Pidoux(l), de le diagnostiquer, desavoir le découvrir dans telle ou telle partie de l’organisme, d’en distinguer la nature anatomo-pathologique, la variété et la forme; ce que peut faire aujourd’hui tout élève sortant des hôpitaux ; il faut plus, il faut connaître ses origines , chercher les circonstances qui le font naître, afin de le poursuivre dans l’espèce et de concentrer nos efforts pour le

(1) Discours à l’Académie sur l'inoculation tuberculeuse.

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soustraire de l’organisme, au même titre que l’horticulteur fait disparaître de sou sol les plantes parasites dont quelquefois il est comme infecté.

Déjà plusieurs praticiens, et M. Pidoux entre tous, ont fait connaître diverses origines de la tuberculose, indiquant les maladies chroniques et parasitaires desquelles elle pouvait sortir ; et c’est parce qu’au milieu de ce dénombrement il a nommé le cancer, que je me suis déterminé à rompre le silence auquel je m’étais condamné, et que, m’appuyant d’une autorité si compétente, je me suis décidé à donner le jour à mes observations.

Je puis donc dire que je considère le cancer comme la source la plus prolifère de la tuberculose ; non pas seulement parce que le cancer se trouve rangé parmi toutes les affections chroniques qui en préparent le terrain et le développement , mais surtout en vertu de cette étroite et intime parenté qui fait que le cancer, soit en conservant sa nature distincte, soit en la modifiant, établit, par [ hérédité, une évolution holopathique plus ou moins hâtive.

Si je ne craignais d’abuser des images prises dans l’ordre naturel des végétaux, je dirais que plus d’une fois, il en est de certains parents robustes, atteints de cancers à l’état amorphe, qui voient leurs générations s’éteindre autour d’eux par la tu berculose comme frappés par une puissance fatale; qu’il en est, dis-je, comme de quelques-uns de ces chênes séculaires qui portent en eux malgré l’apparence de la vigueur, une altération profonde

RESUME ET CONCLUSIONS

qui lait qu’un grand nombre de leurs fruits ne peuvent atteindre ni le développement ni la maturité, parce qu ils portent en eux un élément de désorganisation qu’ils ont reçu de la sève altérée.

Mais la science, avec raison, ne se contente pas d’images, fussent-elles plus justes et plus brillantes encore; il lui faut rester dans le domaine des faits positifs, n usant même de l’hypothèse qu’à la condition qu’elle lui servira d’éclaireur pour concourir à la recherche de la vérité.

Aussi m’a-t-il été facile d’apporter comme preuves de ce que j’avance, non pas une statistique établie d’après les faits qui se sont passés sous mes yeux, mais les faits eux-mêmes, faits irréfutables, que chaque praticien peut voir et a vu, afin de démontrer d’une façon péremptoire que le tubercule sort bien plus souvent du cancer et d’autres affections qui lui semblent étrangères, qu’il ne sort héréditairement de lui-même.

Car c’est un fait digne de remarque, que le tubercule quoique héréditaire, ne fournit qu’un quart ou un cinquième a peine de tuberculeux, tandis que le nombre de ceux qui sortent de parents non tuberculeux est de trois fois supérieur. C’est un fait que même le monde médical a peine à comprendre et cependant ce fait est certain et évident. On ne devrait cependant pas s’en étonner, car les maladies chroniques, qui toutes ont pour caractère essentiel d’être ou de pouvoir être héréditaires, sont bien loin de se transmettre toujours avec leurs

BURDhL.

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formes nosologiques; on peut même affirmer, que dans un grand nombre de cas, rhérédité les transforme. Ceux qui ignorent ce fait considérable, commettent une grande et grave erreur nosologique. Ils nient la transmission, quand cependant elle est réelle et palpable ; et cela, parce qu’il leur semble qu’ils doivent toujours retrouver chez l’enfant la maladie des parents, telle qu’ils l’ont observée chez ces derniers.

Ce qu’il y a de positif, et ce que chaque jour chacun peut vérifier , c’est que le plus généralement, et je le répète encore après M. Pidoux (1), c’est que, dis-je, la transformation, quand elle se fait, marche des maladies capitales ou initiales vers les maladies mixtes, puis de celles-ci, vers les ultimes et organiques. Ainsi par exemple, de l’arthritisme, de la scrofule, de la syphilis, maladies capitales, vers l’herpétisme, les névroses, les névralgies, les catarrhes, etc., maladies mixtes ; et de cellesci, vers les maladies organiques, comme le cancer, les vévroses graves ou les dégénérations incurables des centres nerveux, lesquelles en dernier ressort se terminent dans la tuberculose.

Enfin pour terminer, j’ai dit encore que cette question! ll’a pas seulement pour elle, d'être d’un intérêt anatomo-pathologique des plus sérieux ; mais que plus encore, elle embrasse une question médico-sociale concernant l’hérédité de la plus haute importance, j’allais

(i) Loco citât o.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

. dire de la plus haute gravité, eu ce sens qu’elle touche à h hygiène, à la famille et à la société.

C’est alors, qu’envisagée à ce point de vue, j’ai dit quelle était liée de la manière la plus intime à la question des alliances et des croisements, lesquelles créent à l’hygiène des ressources immenses pour régénérer l’espèce et par conséquent restreindre d’une manière fructueuse, les victimes de ces dégradations morbides.

Tous les praticiens d’un certain âge, qui appelés par la confiance des familles, ont pu vivre longtemps auprès d’elles, leur prodiguant leurs soins, pouvant les suivre de très-près et assister par conséquent à toutes les péripéties des drames pathologiques auxquels notre humanité est condamnée, ont pu observer, ainsi que nous l’avons fait nous-même, les heureuses transformations apportées par les alliances.

Pour ma part, par ces conditions, j’ai pu voir disparaître de quelques lignées, des diathèses héréditaires dont la fatale puissance n’eût certainement pas manqué son effet. Mais ces observations, que je possède en un certain nombre déjà et dont quelques-unes datent de plus de vingt-cinq ans, ont trop besoin de la sanction du temps et du contrôle de l’avenir, pour qu’elles aient acquis une véritable valeur et pour que je me permette de les publier aujourd’hui. Si donc Dieu me prête vie et si je suis encore à même de suivre ces observations, je ne manquerai pas, si les résultats sont heureux, de les livrer à l’appréciation du monde médical ; ce sera le

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complément obligé de ce travail et la réalisation des espérances qui doivent seconder dans l’avenir, les efforts de la science envisagée plus spécialement sous ce nouveau point de vue.

Et maintenant, que le lecteur veuille bien me pardonner d’une part, de n’avoir su être plus court dans l’exposition de ce travail, de l’autre de m’être répété plus souvent que je n’aurais dû; — mais semblable à l’ouvrier qui frappant le fer, le tourne et le retourne dans tous les sens pour lui donner avec la forme convenable, plus de cohésion et plus de résistance; j’ai cru, moi aussi, devoir revenir plusieurs fois vers les mêmes points, afin de leur donner du relief et de cette façon les rendre

plus saisissants. Enfin, si j’ai pu réussir à mettre ces points en saillie, ou pour parler plus simplement, si je suis parvenu à mettre la grande question de la dégénérescence cancéreuse à l’ordre du jour, aussi bien dans le champ d’observation des cliniciens que dans l’assemblée des corps savants, afin qu’elle soit étudiée et discutée sous cet aspect, toute mon ambition sera satisfaite, et ma patiente et persévérante investigation sera récompensée au delà de mes espérances.

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