TREIZIÈME OBSERVATION
FAMILLE CH
Cette famille très-nombreuse, mais qui tend à disparaître, habite le périmètre de la Sologne, c'est-à-dire
OBSERVATIONS
qu'elle subit toutes les influences fâcheuses de la contrée ; c'est dans cette famille qu'on peut suivre aisément, individu par individu, toute la filiation qui existe entre le tubercule et le cancer.
J'ai pu facilement remonter l'ascendance cancéreuse jusqu'au bisaïeul Ch... qui fut soigné par mon père et qui mourut en 1824 d'un cancer à l'estomac, à l'âge de cinquante-neuf ans.
Il eut huit enfants. Les deux plus jeunes moururent l'un à quatorze ans, l'autre à dix-huit ans, de tubercules pulmonaires.
Chez les six enfants qui survécurent, quatre fils et deux filles, on peut suivre la descendance en les indiquant par numéros. Là, le tubercule semble transmis par la branche paternelle, car je n'en ai pas observé dans les lignes maternelles jusqu'à la troisième génération. Mais arrivée à cette génération, cette famille s'allie entre elle, et de cette consanguinité le tubercule apparaît seul.
N" 1. — L'aîné meurt à quarante-neuf ans d'un cancer à l'estomac, comme son père, après avoir eu cinq enfants, dont trois sont morts : l'un de méningite tuberculeuse, les deux autres de tubercules pulmonaires. Les deux autres, encore vivants aujourd'hui, s'allient à leurs cousins germains et, de ce mariage, le tubercule sort d'une manière continue, semblant avoir mission d'éteindre cette famille.
N° 2. — Est une fille qui, mariée, a eu quatre enfants de son mariage. Elle-même meurt de tubercules pulmonaires à trente-sept ans. Des quatre enfants, un seul est survivant, trois sont morts phthisiques.
N" 3. — Est un fils qui meurt à vingt-neuf ans phthisique. De deux enfants qu'il a eus de son mariage, tous deux
OBSERVATIONS
sont morts de méningite tuberculeuse, l'un à deux ans, l'autre à quinze mois.
N° b. — Est aujourd'hui âgé de quarante-ne>if ans, mais atteint déjà d'un cancer à l'estomac. De cinq enfants qui sont nés de son mariage, deux sont morts tuberculeux, trois survivent aujourd'hui, mariés et ayant déjà perdu des enfants de méningites tuberculeuses.
N° 5. — Mort à cinquante-six ans d'un cancer à l'estomac, a eu trois enfants ; deux sont morts phthisiques, un seul survit, marié aussi à une de ses cousines germaines.
N" 6, — Est une fille âgée de quarante-deux ans, qui a eu deux enfants de son mariage. Chez elle tout fait pressentir une diathèse cancéreuse commençante ; c'est vers l'intestin que semble se porter l'induration cancéreuse ; de ses deux enfants, l'un est mort phthisique à quatorze ans ; l'autre, le plus jeune, est atteint de tubercules pulmonaires.
Tous les enfants qui sont nés de cette consanguinité, dans laquelle le tubercule s'allie au tubercule, tous meurent ou sont morts. Bientôt père, mère et enfants, tous auront disparu.