C. BONS RÉSULTATS
Survie de 8 ans (obs. 30) 1
— de 9 ans (obs. 19) 1
— de 10 aus (obs. 3) 1
— de 13 ans 10 mois et 11 jours (obs. 14). 1
Total 16
Ces divisions sont forcément un peu arbitraires. Elles répondent à mes impressions eu égard à telle ou telle durée de survie. Dans l'état actuel des choses, j'estime que 8 années d'existence assurées à une opérée représentent déjà un bon résultat. En deçà, et jusqu'à 3 ans, on n'a le droit d'être que passablement ou assez satisfait.
11 me reste à indiquer, pour cette première série de cas, les causes de la ?nort, le nombre d'opérations subies et, autant que possible, la date des récidives par rapport aux interventions qui les ont précédées,
1° Causes de la mort et nombre des opérations subies.
Sur les 36 cas que j'analyse, je relève 5 morts par des maladies intercurrentes n'ayant aucune parenté ou n'ayant qu'une parenté douteuse avec le cancer, à savoir :
Obs. 1 , pleurésie aiguë (?) . Survie à partir de
l'intervention . 1 an
Obs. 5, pneumonie aigrie. Survie ... 1 an
Obs. 34, asystolie. Survie 3 ans
Obs. 30, mal de Pott (?). Survie .... 8 ans Obs. 14, diabète et pneumonie. Survie . . 13 ans
10 mois 11 jours.
Malgré deux chiffres faibles, deux survies d'un an seulement, la moyenne des 5 cas précédents est de 64 mois et 15 jours, chiffre supérieur à celui de 3 ans 6 mois et 15 jours auquel je suis arrivé pour les 36 cas envisagés sans distinction des causes de mort. Ces 5 cas de mort par maladies intercurrentes relèvent donc sensiblement la moyenne générale. Si je cherche la moyenne de survie des 31 cas où le cancer a été certainement la cause de la mort, je trouve : 39 mois, soit exactement 3 ans et 3 mois. Différence : 2 ans 1 mois et 14 jours.
Si ces 5 malades n'avaient pas été enlevés par des
maladies intercurrentes, ils auraient peut-être vécu de nombreuses années encore sans être atteints par la récidive. Je serais encore plus affirmatif s'il n'y avait des réserves à faire à propos de l'interprétation de deux de ces cas. Sans doute la malade de l'observation 1 a pu réellement succomber à une pleurésie aiguë sans rapport avec un cancer pleural, ainsi que me l'a dit son médecin ; mais j'avoue que le mal de Pott de l'observation 30 me semble bien suspect. Le médecin distingué qui a porté ce diagnostic ignorait que la malade eût subi l'amputation du sein pour un carcinome. Si cet antécédent personnel lui eût été révélé, peut-être eût-il modifié son diagnostic dans le sens de mes doutes actuels (voir le corps de l'observation plus haut, p. 29).
La survie de 8 ans, que je puis affirmer pour cette malade, est d'autant plus intéressante qu'elle n'était âgée que de 26 ans ; or on sait combien le cancer évolue rapidement, en général, sur les jeunes organismes. C'est là, je puis le dire par anticipation, un heureux résultat d'une intervention très précoce, et de ce fait, on peut tirer un argument tang-ible en faveur de l'extirpation des néoplasmes dès le moment où l'on en soupçonne l'existence.
Sur les 31 autres malades, le cancer a poursuivi son œuvre jusqu'à la fin, mais par des moyens différents. Les unes ont eu des récidives locales, les au-
très en même temps des récidives locales et des métastases, d'autres enfin des métastases précoces ou tardives sans récidive locale.
Les récidives locales se sont produites la plupart du temps dans la cicatrice, quelquefois dans les gang-lions, isolément ou simultanément par rapport à la récidive cicatricielle, parfois par extension dans la plèvre, les côtes, le sternum. L'extension au cou et au médiastin a été constatée sur plusieurs sujets.
Quoique la séparation des cas de récidive, avec ou sans extension du cancer par continuité, d'avec les métastases proprement dites, soit assez souvent malaisée, j'ai pu établir trois groupements qui doivent être assez exacts :
J'ai relevé 13 récidives locales (36,11 0/0 sur mes 31 cas) ; 12 métastases ou généralisations coïncidant avec la récidive locale (33,33 0/0) ; 6 métastases ou g-énéralisations sans récidive locale (16,66 0/0).
Les résumés suivants mettent ces dernières catégories en évidence et renvoient aux observations. Ils indiquent en même temps le nombre des opérations subies.
A. RÉCIDIVES LOCALES, 13 Cas.
1° Apres une seule opération, 6 cas :
Obs. 48 (1 an de survie); obs. 4 (1 an 21 jours);
obs. 40 (2 ans) ; obs. 17 (4 ans passés); obs. 39 (7 ans 2 mois); obs. 3 (10 ans).
2° Après deux opérations, 6 cas :
Obs. 15 (2 ans 8 mois); obs. 24 (3 ans); obs. 38 (3 ans 6 mois) ; obs. 33 (4 ans 6 mois); obs. 37 (4 ans 7 mois); obs. 25 (5 ans).
3° Après trois opérations, 1 cas :
Obs. 19(9 ans).
B. RÉCIDIVES LOCALES ET GENERALISATIONS, 12 CclS.
1° Après une seule opération, 5 cas :
Obs. 12, plèvre (5 mois 10 jours); obs. 31, tronc, médiastin (6 mois); obs. 43, foie, rachis (8 mois 7 jours); obs. 11, foie (1 an 2 mois); obs. 51, foie, rachis (15 mois).
2° Après deux opérations, 5 cas :
Obs. 29, plèvre (1 an 3 mois); obs. 27, rachis (22 mois); obs. 35, rachis (2 ans 6 mois) ; obs. 44, côte, sternum (4 ans) ; obs. 47, creux sus-claviculaire, médiastin, rachis (4 ans 5 mois).
3° Après trois opérations, 2 cas :
Obs. 26, utérus (4 ans) ; obs. 21, boîte crânienne ou cerveau (6 ans).
C MÉTASTASES OU GÉNÉRALISATIONS
SANS RÉCIDIVE LOCALE, 6 Cas.
1° Après une seule opération, 5 cas :
Obs. 23, l'autre sein, plèvre, rachis (5 mois 14 jours); obs. 8, tumeur du bassin (1 an 1 mois) ; obs. 10, points multiples du squelette (1 an 8 mois) ; obs. 36, cachexie de cause indéterminée (4 ans 6 mois); obs. 9, néoplasme du sternum et pleurésie (4 ans 11 mois).
2° Après deux opérations, 1 cas :
Obs. 13, cachexie de cause indéterminée (3 ans 11 jours).
Il n'y a pas à raisonner beaucoup sur les résultats consignés dans ces divers groupes. Ils correspondent, en effet, à des cas très différents les uns des autres. Cependant il est digne de remarque que bon nombre d'opérées ont succombé à des métastases coïncidant avec des récidives locales, dans un bref délai (groupe b). Le premier paragraphe de ce groupe offre les résultats les plus mauvais. N'est-ce pas la preuve que, déjà au moment de l'intervention, ces malades étaient plus profondément infectées qu'il n'était possible de le soupçonner et déjà atteintes de lésions de généralisation à peu près indiagnosticables?
Une fois apparues avec évidence, ces lésions ont été reconnues siéger, sur 18 cas de métastases et de généralisations, 10 fois dans le squelette (rachis, côtes, sternum, os divers), 4 fois dans la plèvre, 3 fois dans le foie, 2 fois dans le médiastin, 1 fois dans l'autre sein, 1 fois dans l'utérus, peut-être 1 fois
dans le cerveau ; enfin deux fois les malades ont succombé à une cachexie sans lésions apparentes qui a dû être d'origine cancéreuse.
2° Dates des récidives à partir des opérations.
Rien de plus difficile à préciser que l'époque à laquelle le cancer réapparaît après avoir été supprimé aussi complètement que possible par une opération. Sans compter que cette réapparition peut échapper à un certain nombre de malades, il n'est pas douteux que beaucoup hésitent, après s'en être aperçues, à se l'avouer et à en faire part à leur médecin. Chez ces malheureuses devant lesquelles s'ouvre la perspective d'une nouvelle intervention à subir et d'un danger réel et renouvelé pour leur existence, cette hésitation, regrettable toujours, peut se comprendre dans une certaine mesure. Ne sont-elles pas placées sous la menace de cet aphorisme pessimiste qui court de bouche en bouche, et auquel les progrès lents de la thérapeutique chirurgicale des tumeurs malignes du sein n'ont pas encore porté un coup décisif : Les cancers, ça revient toujours ?
Aussi, la plupart du temps, quand les malades se soumettent de nouveau à notre examen, il nous est impossible de déterminer la durée véritable de la période de guérison temporaire dont elles viennent de jouir, et nous sommes réduits à mesurer simplement
les intervalles des opérations subies. Or, à ce point de vue, il y a des différences notables entre les cas. Telle opérée peut être obligée de subir deux opérations assez rapprochées, puis jouir d'une période de guérison temporaire assez longue avant la récidive ou la généralisation terminale; mais habituellement, (c'est ce que j'ai observé pour mon compte), la meillieure période est celle qui sépare les deux premières opérations, et quand il faut en pratiquer une troisième, celle-ci est plus rapprochée de la seconde que cette seconde ne l'était de la première. Quelques exemples confirmeront ce que je viens de dire. Ils mettront aussi en évidence un rapport assez constant entre la longueur de l'intervalle des deux premières opérations et la durée totale de la survie.
Pour les cas dont la survie s'est étendue de 6 mois à 3 ans et où deux opérations ont été indiquées (la troisième ayant été contre-indiquée), je trouve des intervalles de 6 mois (obs. 29), de 9 mois (obs. 27), de 1 an (obs. 13 et 38), de 15 mois (obs. 15), de 18 mois (obs. 35), de 16 mois (obs. 24). Par contre, en regard de survies de 4 ans, 4 ans et 5 mois, 4 ans et 6 mois, 4 ans et 7 mois, 5 ans, je relève des intervalles de 2 ans et 4 mois (obs. 44), de 2 ans et 3 mois (obs. 47), de 18 mois (obs. 33), exception à noter, puisque la survie totale a été de 4 ans et 6 mois) ; de 2 ans 4 mois (obs. 37) ; de 2 ans et 10 mois (obs. 25).
Pour les cas où il y a eu 3 opérations, les intervalles ont été de 11 mois et de 7 mois (obs. 26 avec 4 ans de survie totale) ; de 2 ans et une seconde fois de 2 ans (obs. 21, avec 6 ans et 6 mois de survie totale); de 3 ans et une seconde fois de 3 ans (obs. 19, avec 9 ans de survie).
On peut donc déduire de cette série de faits que, plus la première récidive locale se fait attendre et mieux on peut augurer de l'avenir. Il est même permis d'espérer beaucoup, lorsque l'intervalle a été long- et que la récidive elle-même est bien limitée. Une des opérées de ma seconde série, réopérée trois ans environ après la première intervention, jouit encore d'une excellente santé ; or, cette première intervention date du 10 janvier 1888.