CHAPITRE VI
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Le cancer, présentant des indications qui varient avec son siège, sa forme, ses complications, ne saurait avoir une thérapeutique générale. Tant que sa cause sera inconnue, tous les agents qu'on emploiera à l'effet d'arrêter l'évolution ou de marquer des temps d'arrêt dans la marche progressivement fatale du cancer risqueront toujours d'échouer.
Les interventions sanglantes sont encore, parmi toutes les autres, celles qui ont donné les meilleurs résultats ; mais la guérison absolue ne saurait être visée, le cancer récidivant avec une régularité désespérante. Dans le cancer du sein, par exemple, opéré précocement et largement,
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la récidive se fait quelquefois longtemps attendre ; mais elle arrive généralement soit dans la cicatrice soit à distance, dans les poumons, foie, reins.
La cause de ces récidives réside presque toujours, lorsque la tumeur a été enlevé en sa totalité, dans l'infection lymphatique et ganglionnaire. En somme, lesinterventions opératoires échouent le plus souvent, parce qu'au moment de l'extirpation il existe déjà des foyers mélastatiques plus ou moins développés, plus ou moins nombreux.
Les agents médicaux employés dans le but de combattre les néoplasies cancéreuses sont innombrables. Cette richesse apparente masque mal L'extrême pauvreté des moyens efficaces; même pour les cancers de la peau, en général si bénins, si torpides dans leur marche, le spécifique est encore à trouver.
De ce coté, les essais ont été nombreux et intéressants. On a eu recours à la méthode substitutive, qui a pour but la substitution d'une inflammation aiguë à une affection de longue durée. Busch et Fehleisen ont traité des cancers mammaires par inoculation, autour de la tumeur, de cultures pures du streptocoque de l'érysipèle.
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Le résultat ne fut pas louable. La production épithéliomateuse sembla, sous l'influence el [tendant l'évolution de l'érysipèle, marquer un temps d'arrêt, mais L'inflammation expérimentale disparue, le néoplasme reprit sa marche, plus rapide, plus précipitée peut-être.
Ce traitement est loin d'être inoffensif. Les cliniciens ont observé qu'une invasion érysi pélateuse enlève souvent les individus atteints de cancer superficiel des téguments; l'inoculation expérimentale pourrait avoir un effet analogue sans présenter, en échange, la moindre chance de guérison pour la néoplasie même. 11 faut donc rejeter toutes ces sortes d'interventions, qui atteignent l'individu avant d'atteindre la tumeur.
Il n'en est pas de même des méthodes qui s'adressent à l'évolution de la cellule épithéliale. Le cancer n'étant qu'un produit cellulaires tout ce qui peut arrêter la prolifération de l'élément épithélial, doit légitimement être tenté. Les fixateurs cellulaires viennent en première ligne. Aussi voit-on des dermatologistes appliquer au traitement du cancer tégumentaire, le seul directement accessible, des injections de sublimé, de térébenthine, d'acide tannique.
Unna essaie son emplâtre à la résorcine, et Stilling, frappé du grand pouvoir colorant élec-
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tîf des couleurs d'aniline, traite les épithéliomes de la peau par la pyoktanine ou le violet de méthyle.
Do tous ces agents cellulaires, la pj-okianine semble devoir jouer un rôle important dans le traitement des cancers superficiels. Il est vrai que jusqu'à présent les essais ont presque toujours porté sur une variété d'épithéliome, presque bénin, l'ulcus rodens, dont révolution est excessivement lente.
Il n'en est pas moins avéré que des résultais positifs ont été obtenus, et que le devoir est de tenter une généralisation de cette méthode thérapeutique.
Von Sehlen a guéri, à l'aide du violet de méthyle, un cancroïde indiscutable, chez un vieillard âgé de 70 ans; etnous-mème, nous voyons actuellement un ulcus rodens du nez se rétrécir en surface et se combler en profondeur, sous l'influence de simples badigeonnages avec une solution au centième de pyoktanine. Darier a également obtenu des résultats remarquables de l'emploi de cette dernière substance.
11 est certain que la méthode fixatrice ouvre une nouvelle voie à la thérapeutique du cancer. Elle nous sort de l'empirisme primitif, et pourra, pour ses débuts, servir de complément à Tinter-
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vention sanglante. A un certain moment, nous avons voulu mettre à profit le grand pouvoir fixateur de l'acide osmique, et du mélange osmiochromo-acétique employé en histologie. Cesétudes ont été interrompues, nous les reprendrons, car les quelques résultats expérimentaux que nous avons obtenus au point de vue du dosage et de la manière d'opérer, sans nuire au malade, ont été des meilleurs.
Existe-t-il, par opposition à tous ces traitements in situ, un traitement général du cancer? L'état actuel de la science nous permet de donner une réponse négative.
La méthode d'Adam kiewiez calquée à peu près sur celle de Ko ch. contre la tuberculose, n'a donné des résultats qu'à son auteur. Celui-ci a observé que les cellules cancéreuses exercent une toxicité spéciale sur le tissu nerveux et notamment sur le cerveau du lapin ; en inoculant par trépanation, dans le cerveau du lapin, un fragment de cancer frais et nullement troublé clans sa viabilité par un antiseptique quelconque, Adamkiewiez a observé des infiltrations carcinomateuses et des destructions parcellaires dans un tissu cérébral.
Les lacunes produites dans la substance cérébrale seraient dues, d'après I»1 même auteur, au
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pouvoir destructif des cellules épithéliales, qui émigrent du fragment inoculé, pour aller dévaster le tissu cérébral qu'elles envahissent. Ces cellules sont donc des organismes vivants, indépendants, du groupe do protozoïdes, de la classe des grégarines, et il les baptiste du nom de coccidium sarcolytes. Ces êtres fabriquent, par leurs échanges nutritifs, un poison spécial, analogue aux toxines et leucomaïnes, la cancroïne, dont le pouvoir destructeur s'exerce surtout sur les infiltrations cancéreuses.
Or, la cancroïne n'est pas la seule matière toxique pour la substance cérébrale. Il existe encore un autre poison, le poison cadavérique, qu'il ne faut pas confondre avec les divers produits de la putréfaction. Ce poison apparaît dans le cadavre immédiatement après la mort et il est du aux décompositions chimiques que le processus de la mort détermine dans l'organisme. Des fragments de tissus cadavériques, dépourvus de tout caractère putride, implantés sous la dure mère du lapin, tuent celui-ci aussi sûrement et aussi rapidement que le tissu carcinomateux vivant, expérimenté de la même manière.
Le poison cadavérique, chimiquement décomposé, contient une base toxique unique, la choline, qui, par déshydratation, donne naissance à la
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neurine. C'est cette dernière substance qui est identique à la cancroïne.
Le spécifique du cancer est donc trouvé, ce spécifique serait la neurine.
Nous avons reproduit tout ce raisonnement, pour montrer combien il est dangereux de partir à la téle d'une expérience insuffisamment contrôlée, pour édifier une théorie qui est peut* être vraie.
L'hypolbèse d'Adamkiewicz pèche en effet par sa base. Le tissu cancéreux n'exerce pas d'action spécifique sur le cerveau du lapin, et partant la cancroïne, dans le sens d'Adamkiewicz, n'exisle pas.
La méthode de Bencke vise également un traitement général du cancer; elle proscrit toute alimentation azotée et les sels phosphatiques acides ; l'efficacité de ce trailemen t diététique n'es! pas encore absolument démontrée, en tous cas, on pourra soumettre au régime de Bencke tout malade porteur d'un cancer opérable; on évitera ainsi peut-être de ces récidives post-opératoires plus ou moins lapides.
S'il n'y a pas à proprement parler de traitement curatif du cancer, le médecin a à sa disposition des moyens palliatifs de la plus haute valeur. Nous Nouions parler de l'antisepsie el de la
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morphinisation. Les infections secondaires dans le cancer ulcéré, les suppurations avec ou sans sphacèle, seront combattues au moyen des antiseptiques usités; ceux-ci sont également utiles, en atténuant la fétidité repoussante, caractéristique de certains cancers, et notamment du cancer de l'utérus. Il faul empêcher autant que possible, et cela par simple humanité, que lecancé« reux devienne un objet de dégoût et de répulsion.
Si l'antisepsie est nécessaire dans le traitement palliatif du cancer, la morphinisation est indispensable toutes les fois que la néoplasie est douloureuse. Il serait cruel de laisser souffrir un cancéreux. Ne pouvant le guérir, le médecin doit le soulager. Les injections de morphine seront accordées ad libtlum, avec l'unique restriction de ne point dépasser une certaine dose.
Pour ce qui est des médicaments administres intus, dans le but de guérir ou améliorer des cancers viscéraux, l'arsenal thérapeutique est extrêmement pauvre.
On n a pas oublié les succès que certains auteurs ont obtenu de l'emploi de l'écorce de condurango dans le traitement du cancer de l'estoiii ae ; tout récemment aussi Brissaud vantait les propriétés du chlorale de soude, administré à hautes doses, contre la môme affection,
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Dans une maladie connue le cancer, chaque nouveau médicament, toute nouvelle méthode doit ùlre consciencieusement appliquée ; on n'a pus le droit de contester a priori L'efficacité d'un agent thérapeutique chimiquement ou physiquement connu. Les idées doctrinales, qui gui déni actuellement chaque observateur dans le Lraiiement du cancer finiront peut-être par mettre sur la voie de la meilleure intervention ; le devoir de chacun de nous est de travailler à trouver la guérison du cancer.
L'impression générale, qui se dégage lorsqu'on parcourt les différentes thérapeutiques opposées à l'égard du cancer, est que les résultats chirurgicaux dépassent, jusqu'à présent, ceux de toutes les autres interventions, mais dépendent de la précocité du traitement opératoire.
En résumé, nous croyons qu'on doit extirper de bonne heure tout cancer accessible au couteau chirurgical. Le diagnostic précoce du néoplasme est quelquefois le salut du malade.