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Et sa voix d’outre-tombe a frappé mon oreille :
— Moi non plus, 6 vivant, je ne t'ai pas compris, Mais je t’ai vu pleurer sur ma race, et je t'aime ! Ne tremble pas ! Qui donc es-tu, visage blême Qui hantes la tempête où veillent les esprits ?
— Je suis un trépassé relégué dans la vie !
O fantôme bercé sur l’aile des grands vents,
Tu me comptes à tort au nombre des vivants.
Vicux chef dont les regrets prolongent l’agonie,
Roi des monts éternels et du grand fleuve noir,
O vieillard du passé, je suis le Désespoir ! | Et ma pensée au fond du souvenir voltige... 1 Et le destin d’un peuple agonisant m'affige. ..
Je suis un trépassé. .. Dans le bourdonnement
De la vie attardé, je trouve mon tourment ;
Mais parfois, sur ma lèvre où le sanglot expire,
Un effrayant sarcasme ose figer le rire.
Mon cœur m’a précédé dans l’éternelle nuit.
Partout sur cette terre où le remords me suit, J’emporte en moi l’horreur des infernaux abîmes.
On dirait que Satan a honte de mes crimes Ou que sa main fatale a retardé mon glas, Car s’il a bien scruté la douleur que j’endure, Et s’il connaît mon sort affreux, il ne peut pas Dans l'enfer éternel accroître ma torture.
— Sois grand par la douleur et chante ton Pays !
— La lune, en ce moment, émergeait d'un nuage.
Je m'étais relevé, le front haut, et je dis :
— ÂAdieu!... mon vieux canot m'attend là sur Ja plage ; La veilleuse du ciel éclaire mon départ...
Adieu, Tacouérima !. Chanter? Ilest trop tard ! J’ai désappris d’aimer, et tu veux que je chante ! Laisse mon désespoir errer dans l’épouvante : Vainement ton courage a flagellé le mien.
Je n’aime plus personne et a’admire plus rien. Comment donc célébrer, maintenant, Ô Patrie,
Tes fleuves, tes mart yrs et ta chevalerie !
Un tison rouge brûle où mon cœur palpitait ;
La source de mes vers épiques est tarie,
Et, sous mes doigts crispés, la lyre d’or se tait.
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