ROLAND, GABRIELLE
bolasd. II s’en va... Je n’en suis pas fâché ; nous serons seuls, nous serons plus libres. Sa présence t’aurait peut-être gêné pour me répondre; et d’abord, parle-moi franchement : es-tu content de me revoir?
mon retour te fait-il plaisir?
gabrielle. Oh I oui, monsieur.
bolaxd. Monsieur?.. Si c’est comme ça que tu commences ..
gabbjelle. Eb bien I oui... capitaine, bolasd. Capitaine! c’est déjà mieux; mais ce n’est pas assez : je suis tou ami , entends-tu? ton meilleur ami!..
gabrielle , hésitant. Qui... mon ami...
bolasd. A la bonue heure! Touche là, mon garçon. Maintenant , viens t’asseoir à côté de moi , ou plutôt là , sur mes genoux , nous causerons d’affaires.
gabrielle. Perincitez, ça vous faligueait.
bolasd. Du tout, approche, dépêche-toi.
gabrielle, d part. Il faut bien lui obéir.
Elle va s’asseoir timidement sur les genuux de Roland.
bolasd. Ah ! fa voyons . qu’est-ce que tu as? tu ne semblés pas à ton aise avec moi ; est-ce que je t’intimide ? est-ce que tu ne m’aimes pas?
gabrielle. Moi! pouvez-vous douter de ma reconnaissance, de mon amitié...
je crains seulement de ne pas mériter la vôtre, ou du moins de ne pas la conserver long-temps!. .
Air dA’risiippe.
Votre amitié , qui me semble si chère ,
Moi, je n’ai pas le droit de l’easeer .,
Sans le vouloir... ne puis-je vous déplaire;
Un jour enfin, votre cœur peut cbaoger.
RQLA1D.
Non , non I mon cœur ne peut jamais changer ;
Va, ne crains rien... tua tendresse est ettréme ! Quoi qu’entre bons, amène le haaard...
Je t'aimerai toujours île même.
GABRIELLE
Ça n’est pas sbr... et nous verrons plus tard...
bolasd. Je te répèle^querien ne saurait me faire changer à ton égard.
GAaatELLS. Peut-être, on ne sait pas.. .
et si par hasard, vous venez à vous marier...
bolasd. Me marier, moi!., sans toi, c’est possible... je me sereis marié !.. mais, pourquoi?., pour avoir un garçon!., j’ai toujours eu envie d’avoir un garçoa.
gabrielle. Vous n’auriez pas autant aimé une fille?
bolasd- Le ciel m’en préserve.. . une demoiselle ça ne m’irait pa«; c’est tranquille, sédentaire; difficile à établir... sans compter d’autres inconvéniens... tandis qu’un gnrçon, c’est un ami, un compagnon... Eb! bien, te voilà, tu seras mon premier et mon dernier... c’est fini, plus de femme, plus d’amour, plus de mariage... je t’en donne ma parole.
cauielle, rivement. Oh I ne jurez pas!
bolasd. Pourquoi donc?., je pais bien le faire ce sacrifice-là, tu es (i gentil, trop gentil même... et maintenant que je t’examine , c’est singulier , comme tu ressembles à une personne...
cabrielle, se levant. Qui donc Cela ?. .
Roland , se levant aussi. Une femme. . .
une jeune fille , que j’ai vue tout-à-l'heure encore dans le jardin...
c arrielle. C’est possible. . . un air de famille.
Roland. Que veui-lu dire?
cabrielle. C’est mi cousine.
Roland. Ta cousine?, .et ce père Naudin qui ne m’en a rien dit...
cabrielle. Je m’étais chargé de vous l’apprendre.
Roland. Ainsi . tu n'es plus seul, tu as retrouvé ta famille...
cabrielle. Pas autrement.. . d’après les informations que M Noudin a prises, nia cousine est la seule parente qui me reste...
Orpheline, comme moi, sa mère avant de mourir, l’avait placée à Strasbourg, dans unpensioonat où elle est encore, et d'ou elle vient quelquefois nous voir.
boland. C’est en effet sur la route de Strasbourg que je l'ai rencontrée. . .
cabbielle. Ce matin ?.. elle mel’a dit...
ROLAND. A toi?..
cabrielle. Elle vous a bien reconnu tout ù-l heure à cette croisée; et même elle désire savoir si votre accident n’a pas eu de suites...
Roland. Comment ! elle a eu la bonté de s’informer... c’est qu'elle est charmante, ta cousine...
cabbielle. Je le sais bien.
Roland. Ah! tu t’en es aperçu?..
CABRIELLE. J’ui de bons yeux...
Roland. Dites-moi donc, M. le soldat, est-ce que par hasard il y aurait de l'amour sous jeu? serait-ce là le mystère dont me parlait M. Naudin?..
cabriblle. Oh ! non, ma cousine est si sage, si bien élevée... il s’est présenté pour elle de très beaux partis. . . elle les a tous refusés.. .
Roland. Des provinciaux... sans tenue, sans esprit...
cabrielle. Il est très difficile de lui plaire.
ROLAND. Eu vérité?..
cabrielle. Moi . qui vous parle, j’ai essayé. . . et je n’ni rien obtenu...
Roland. Belle preuve, ma foi! un conscrit.. .
cabbielle. Eh bieu! vous qui êtes plus habile, plus exercé, vous ne réussiicz pas davantage...
Roland. Tu crois ça. . . morbleu, si je voulais. . .
cabrielle. Je ne vous le conseille pas.
Roland. Et tu as raison, parce que je me connais. ., avec le» femmes, jo m’abandonne, je me laisse aller, c’est plus
fort que moi! surtout celle-là. . . depuis ce matin, j’y pense, elle m’occupe... c’est dangereux. .. et je saurai tenir mes résolutions; mais pour ça, il n’y a qu’un moyen. . . nous allons partir tout Je suite.
cabrielle. Partir à présent? y pensezvous?
Roland. Pourquoi pas? nous n’avons rien à faire ici !.. il faut nous rendre à Paris. . .c’est là que tu peux achever tes études. . . et le plutôt sera le mieux. . . je vais commauder une voiture, et dans une heure nous serons en route.
cabbielle, à part. Ah ! mon dieu !. . ce n'est pas là mou compte .. . {Ilaut.) Capitaine I
Roland, s’en allant. Laisse-moi... c’est décidé.
cabrielle. Moo ami!..
Roland , revenant . Eh bien ! voyons. . .
qu’cst-ce que tu veux?
cabrielle. Il in’est impossible de partir...
Roland. Et pour quelle raison ?..
cabrielle, à part. Je ne sais que lui dire!. .
Roland. Tu as sans doute des motifs. ,, explique-toi.
cabbielle. C’est que... c’e»t que je suis amoureux.
boland. Amoureux?., de ta cousine?
cabrielle. Non, non, d’une autre...
Roland. Encore d’une autre... il n’y a pas de mal... ça se dissipera en chemin...
cabrielle. Non; vous vous trompex. . .
je l’aiine comme un fou, comme un desespéi é.
Roland. Du feu, de l’enthousiasme!., c’est bieu ça, mon garçon , et je vois qu’il n'y a pas de temps à perdre. . . nous partirons dans dix minutes.
cabrielle, à part. Mon dieu ! comment le retenir?. . {Haut.) Capitaine, puisqu’il faut lout vous dire, puisqu'il faut vous faire l’aveu d’une faute que j’espérais vous cacher... apprenez qu’il ne m'est plus permis d’abandonner celle que j'aime.
Roland. Allons donc , lu plaisantes...
cabrielle. Élevés ici, ensemble. .. jeunes et s.irts expérience. . . que vous diraije?.. mon départ la livrerait à la honte et au déshouneur.
Roland. Il serait possible?., ah! ça, mais c’est un luron que ce petit soumoislà ! et dis-inoi. . . quelle femme cst-ce ?, . une paysanne, une grosso Alsacienne. . , peut-être la fille du jardinier...
cabbielle. Non, non, mieux que ça.
boland. Mais qui donc enfin ?
cabbielle. Qui?, . la nièçç de M. Naqr din.
SOUND. De ton instituteur ? petit malheureux! .. c’est là le mystère, le secret qu’il n'osait pas m’avouer. .. mais aussi , pourquoi diable ce père Naudin a-t-il une nièce ?.. il est stupide , cet homme-là !
cabrielle. J'espère qu’à présent vous n'exigerez plus...
*ocakd. C’est bien! nous verrons... et s’il n’y a pas moyen de faire autrement...
enfin, j’en parlerai à M. Naudin.
cabrielle Oh ! que je suis content !
Sound. Oui, il y a de quoi, tu peux t'eu fiailer.
Air du Carnaval.
Maudis plutôt, maudis le sort contraire,
Qui vient ainsi renverser mes projet*.
Oui , j’en conviens , ce coup me désespère ,
, Moi qui , pour lui, rirai* tant de succès I J’en aurais fait un militaire aimable ;
C’est nn mari, qu’ici i’ou m’en fera :
Je voulais bien t’enrôler, mais du diable Si je pensais à ce règiment-làl. .