Dans quelque proportion que les dépenses du travailleui
Considérée en elle-même, la valeur absolue des marchandises est indifférente au capitaliste. Ce qui l’intéresse, c’est seulement la plus-value qu’elle renferme et qui est réalisable par la vente. Réalisation de plus-value implique compensation faite de la valeur avancée. Or, comme la plus-value relative croît en raison directe du développement de la force productive du travail, tandis que la valeur des marchandises est en raison inverse du même développement ; puisque ainsi les mêmes procédés qui abaissent le prix des marchandises élèvent la plusvalue qu’elles contiennent, on a la solution de la vieille énigme ; on n’a plus à se demander pourquoi le capitaliste qui n’a à cœur que la valeur d’échange s’efforce sans cesse de la rabaisser.
C’est là une contradiction qu’un des fondateurs de l’économie politique, le docteur Quesnay, jetait à la tête de ses adversaires, qui ne trouvaient rien à répondre :
« Vous convenez, disait-il, que plus on peut, sans préjudice, épargner de frais ou de travaux dispendieux dans la fabrication des ouvrages des artisans, plus cette épargne est profitable par la diminution des prix des ouvrages. Cependant, vous croyez que la production de richesse qui résulte des travaux des artisans consiste dans l’augmentation de la valeur vénale de leurs ouvrages '. »
Dans la production' capitaliste, l’économie de travail au moyen du développement de la force productive 2 ne vise nullement à abréger la journée de travail. Là, il ne s’agit que de la diminution du travail qu’il faut pour produire une masse déterminée de marchandises. Que l’ouvrier, grâce à la productivité multipliée de son travail, produise dans une heure, par exemple, dix fois plus qu’auparavant, en d’autres termes, qu’il dépense pour chaque pièce de marchandise dix fois moins de travail, cela n’empêche point qu’on continue à le faire travailler douze heures et à le faire produire dans ces douze heures
soient diminuées, son salaire sera diminué dans la même proportion, si l’on abolit en même temps toutes- les restrictions posées à l’industrie. » ( Considérations concerning taking off the Bounty on Corn exported, etc. London, 1752,p. 7.) «L’intérêt du commerce requiert que le blé et toutes les subsistances soient à aussi bon marché que possible; car tout ce qui les enchérit doit enchérir également le travail.... Dans tous les pays où l’industrie n’est pas restreinte, le prix des subsistances doit affecter le prix du travail. Ce dernier sera toujours diminué quand les articles de première nécessité deviendront moins chers. » (L. c., p. 3.) « Le salaire diminue dans la même proportion que la puissance de la production augmente. Les machines, il est vrai, font baisser de prix les articles de première nécessité, mais elles font par cela même baisser de prix le travailleur également.» (A Priz-e essay on the comparative merits of compétition and coopération. London, 1834, p. 27.)
1. Quesnay : Dialogue sur le commerce et les travaux des artisans, p. 188, 189 (édit. Daire).
2. a Ces spéculateurs, si économes du travail des ouvriers qu’il faudrait qu’ils payassent ! » (J. N. Bidault : Du monopole qui s établit dans les arts industriels et le commerce'. Paris, 1828, p. 13.) « L’entrepreneur met toujours son esprit à la torture pour trouver le moyen d’économiser le temps et le travail. » (Dugald Stewart : Works ed. by Sir W. ffamilton. Edinburgh, v. 111, 1855. Lectures on polit, econ., p. 318.) « L intérêt des capitalistes est que la force productive des travailleurs soit la plus grande possible. Leur attention est fixée, presque exclusivement fixée, sur les moyens d’accroître cette force. » (R. Jones, 1. c. Lecture III.)