CHAPITRE XV
rend le travail plus pénible... Dans le cardage le travail a subi également un grand surcroît. Une personne fait aujourd’hui la besogne que deux se partageaient... Dans le tissage où un grand nombre de personnes, pour la plupart du sexe féminin, sont occupées, le travail s’est accru de 10 % pendant les dernières années par suite de la vitesse accélérée des machines. En 1838 le nombre des écheveaux filés par semaine était de 18,000; en 1843 il atteignit le chiffre de 21,000. Le nombre des picks au métier à tisser était en 1819 de 60 par minute; il s’élevait à 140 en 1842, ce qui indique un grand surcroît de travail. 1 »
Cette intensité remarquable que le travail avait déjà atteinte en 1844 sous le régime de la loi de douze heures, parut justifier les fabricants anglais déclarant que toute diminution ultérieure de la jour née entraînerait nécessairement une diminution proportionnelle dans la production. La justesse apparente de leur point de vue est prouvée par le témoignage de leur impitoyable censeur, l’inspecteur Leonharcl Horner qui à la même époque s’exprima ainsi sur ce sujet :
k La quantité des produits étant réglée par la vitesse de la machine, l’intérêt des fabricants doit être d’activer cette vitesse jusqu’au degré extrême qui peut s’allier avec les conditions suivantes : préservation des machines d’une détérioration trop rapide, maintien de la qualité des articles fabriqués et possibilité pour l’ouvrier de suivre le mouvement sans plus de fatigue qu’il n’en peut supporter d’une manière continue. Il arrive souvent que le fabricant exagère le mouvement. La vitesse est alors plus que balancée par les pertes que causent la casse et la mauvaise besogne et il esL bien vite forcé de modérer la marche des machines. Or, comme un fabricant actif et intelligent sait trouver le maximum normal, j’en ai conclu qu’il est impossible de produire autant en onze heures qu’en douze. De plus, j’ai reconnu que l’ouvrier payé à la pièce s’astreint aux plus pénibles efforts pour endurer d’une manière continue le même degré de travail 2 . » Horner conclut donc malgré les expériences de Gardner, etc., qu’une réduction de la journée de travail au-dessous de 12 heures diminuerait nécessairement la quantité du produit 3 . Dix ans après il cite lui-même ses scrupules de 1845 pour démontrer combien il soupçonnait peu encore à cette époque l’élasticité du système mécanique et de la force humaine susceptibles d’être tous deux tendus à l’extrême par la réduction forcée de la journée de travail.
Arrivons maintenant à la période qui suit 1847 depuis l’établissement de la loi des 10 heures dans les fabriques anglaises de laine, de lin, de soie et de coton.
« Les broches des métiers continus ( Throstles) font 500, celles des mules 1000 révolutions de plus par minute, c’est-à-dire que la vélocité des premières étant de 4500 révolutions par minute en 1839 est maintenant (1862) de 5000, et celle des