‹ Le capitalChapitre 175 sur 356 · L. c. t. II, p · texte numérisé non relu

L. c. t. II, p

tiné à les employer de nouveau à une autre occupation quelconque *.

Mettons 8 que dans une fabrique de tapis on emploie un capital de 6000 1. st. dont une moitié est avancée en matières premières (il est fait abstraction des bâtiments, etc.) et l’autre moitié consacrée au payement de cent ouvriers, chacun recevant un salaire annuel de 30 1. st. A un moment donné le capitaliste congédie cinquante ouvriers et les remplace par une machine de la valeur de 1500 1. st.

Dégage-t-on un capital par cette opération? Originairement la somme totale de 6000 1. st. se divisait en un capital constant de 3000 1. st. et un capital variable de 3000 1. st. Maintenant elle consiste en un capital constant de 4500 1. st. — 3000 1. st. pour matières premières et 1500 1 . st. pour la machine — et ün capital variable de 1500 1. st. pour la paye de cinquante ouvriers. L’élément variable est tombé de la moitié à un quart du capital total. Au lieu d’être dégagé, un capital de 1500 1. st. se trouve engagé sous une forme où il cesse d’être échangeable contre la force de travail, c’est-à-dire que de variable il est devenu constant. A l’avenir le capital total de 6000 1 . sf. n’occupera jamais plus de cinquante ouvriers et il en occupera moins à chaque perfectionnement de la machine.

Pour faire plaisir aux théoriciens de la compensation, nous admettrons que le prix de la machine est moindre que la somme des salaires supprimés, qu’elle ne coûte que 1000 1. st. au lieu de 1500 1. st.

Dans nos nouvelles données le capital de 1500 1. st., autrefois avancé en salaires, se divise maintenant comme suit : 1000 1. st. engagées sous forme de machines et 500 1. st. dégagées de leur emploi dans la fabrique de tapis et pouvant fonctionner comme nouveau capital. Si le salaire reste le même, voilà un fonds qui suffirait pour occuper environ seize ouvriers, tandis qu’il y en a cinquante de congédiés, mais il en occupera beaucoup moins de seize, car, pour se transformer en capital, les 500 1 . st. doivent en partie être dépensées en instruments, matières, etc,, en un mot renfermer un élément constant, inconvertible en salaires.

Si la construction de la machine donne du travail à un nombre additionnel d’ouvriers mécaniciens, serait-ce là la compensation des tapissiers jetés sur le pavé? Dans tous les cas sa conslruction occupe moins d’ouvriers que son emploi n’en déplace. La somme de 1500 1. st. qui, par rapport aux tapissiers renvoyés, ne représentait que leur salaire, représente, par rapport à la machine, et la valeur des moyens de production nécessaires pour sa construction, et le salaire des mécaniciens, et la plus-value dévolue à leur maître. Encore, une fois faite, la machine n’est à refaire qu’après sa mort, et pour occuper d’une manière permanente le nombre additionnel de mécaniciens, il faut que les manu-

1. mcarao partagea d’abord cette manière de voir : mais il la rétracta plus tard expressément avec cette impartialité scientifique et cet amour de la vérité qui le caractérisent. V. ses Prnic. of Pol. Ec., ch. XXXI, on Machinery.

2. Nota bene. — Cet exemple est dans le genre de ceux des économistes que je viens de nommer.

factures de tapis l’une après l’autre déplacent des ouvriers par des machines.

Aussi ce n’est pas ce dada qu’enfourchent les doctrinaires de la compensation. Pour eux, la grande affaire, c est les subsistances des ouvriers congédiés. En dégageant nos cinquante ouvriers de leur salaire de 1500 1. st., la machine dégage de leur consommation 1500 1. st. de subsistances. Voilà le fait dans sa triste réalité ! Couper les vivres à l’ouvrier, messieurs les ventrus appellent cela rendre des vivres disponibles pour l’ouvrier comme nouveau fonds d emploi dans une autre industrie. On le voit, tout dépend de la manière de s’exprimer. Nominibus mollire licet mala

D’après cette doctrine, les 1500 1. st. de subsistances étaient un capital mis en valeur par le travail des cinquante ouvriers tapissiers congédiés, et qui perd par conséquent son emploi dès que ceux-ci chôment, et n’a ni trêve ni repos tant qu’il n’a pas rattrapé « un nouveau placement » où les mêmes travailleurs pourront de nouveau le consommer productivement. Un peu plus tôt, un peu plus tard ils doivent donc se retrouver ; et alors il y aura compensation. Les souffrances des ouvriers mis hors d’emploi par la machine sont donc passagères comme les biens de cette terre.

Les 1500 1. st. qui fonctionnaient comme capital , vis à vis des tapissiers déplacés, ne représentaient pas en réalité le prix des subsistances qu’ils avaient coutume de consommer, mais le salaire qu’ils recevaient avant la conversion de ces 1500 1. st. en machine. Cette somme elle-même ne représentait que la quote-part des tapis fabriqués annuellement par eux qui leur était échue à titre de salaires, non en nature, mais en argent. Avec cet argent — forme-monnaie d’une portion de leur propre produit — ils achetaient des subsistances. Celles-ci existaient pour eux non comme capital, mais comme marchandises, et eux-mêmes existaient pour ces marchandises non comme salariés, mais comme acheteurs. En les dégageant de leurs moyens d’achat, la machine les a convertis d’acheteurs en non-acheteurs. Et par ce fait leur demande comme consommateurs cesse.

Si cette baisse dans la demande des subsistances nécessaires n’est pas compensée par une hausse d’un autre côté, leur prix va diminuer. Est-ce là par hasard une raison pour induire le capital employé dans la production de ces subsistances, à engager comme ouvriers additionnels nos tapissiers désœuvrés? Bien au contraire, on commencera à réduire le salaire des ouvriers de cette partie, si la baisse des prix se maintient quelque temps. Si le déficit dans le débit des subsistances nécessaires se consolide, une partie du capital consacré à leur production s’en retirera et cherchera à se placer ailleurs. Durant ce déplacement et la baisse des prix qui l’a produite les producteurs des vivres passeront à leur tour par des « inconvénients temporaires. » Donc, au lieu de prouver qu’en privant des ouvriers de leurs subsistances, la machine convertit en même temps celles-ci en nouveau fonds

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