Comp. « Reports of lmp. of Fact. 31 oct. 1865, » p
vingtaine d’années, un automate exécutant d’un seul coup six de ces opérations.
En 1820, les premières douzaines de plumes d’acier furent fournies par le métier au prix de 7 liv. st. 4 sh. ; en 1830, la manufacture les livra pour 8 sh., et la fabrique les livre aujourd’hui au commerce en gros au prix de 2 à 6 d. A
b) Réaction de la fabrique sur la manufacture et le travail à domicile.
A mesure que la grande industrie se développe et amène dans l’agriculture une révolution correspondante, on voit non seulement l’échelle de la production s’étendre dans toutes les autres branches d’industrie, mais encore leur caractère se transformer. Le principe du système mécanique qui consiste à analyser le procès de production dans ses phases constituantes et à résoudre les problèmes ainsi éclos au moyen de la mécanique, de la chimie, etc., en un mot, des sciences naturelles, finit par s’imposer partout. Le machinisme s’empare donc tantôt de tel procédé, tantôt de tel autre dans les anciennes manufactures où son intrusion entraîne des changements continuels et agit comme un dissolvant de leur organisation due à une division de travail presque ristallisée. La composition du travailleur collectif ou du personnel de travail combiné est aussi bouleversée de fond en comble. En contraste avec la période manulacturière, le plan de la division de travail se base dès-lors sur -l’emploi du travail des femmes, des enfants de tout âge, des ouvriers inhabiles, bref, du cheap labour ou du travail à bon marché, comme disent les Anglais. Et ceci ne s’applique pas seulement à la production combinée sur une grande échelle, qu’elle emploie ou non des machines,- mais encore à la soi-disant industrie à domicile, qu’elle se pratique dans la demeure privée des ouvriers ou dans de petits ateliers. Cette prétendue industrie domestique n’a rien de commun que le nom avec l’ancienne industrie domestique qui suppose le métier indépendant dans les villes, la petite agriculture indépendante dans les campagnes , et, par-dessus tout, un foyer appartenant à la famille ouvrière. Elle s’.est convertie maintenant en département externe de la fabrique, de la manufacture ou du magasin de marchandises. Outre les ouvriers de fabrique, les ouvriers manufacturiers et les artisans qu’il concentre par grandes masses dans de vastes ateliers, où il les commande directement, le capital possède une autre armée industrielle, disséminée dans les grandes villes et dans les campagnes, qu’il dirige au moyen de fils invisibles ; exemple : la fabrique de chemises de MM. Tillie, àLondonderry, en Irlande, laquelle occupe mille ouvriers de fabrique proprement dits et neuf mille ouvriers à domicile disséminés dans la campagne 2 3 .
1. La première manufacture de plumes d’acier sur une grande échelle a été fondée à Birmingham, par M. Gillot. Elle fournissait déjà, en 1851, plus de 180 millions de plumes et consommait, par an, 120 tonnes d’acier en lames. Birmingham monopolisa cette industrie dans le Royaume-Uni et produit maintenant, chaque ‘année, des milliards de plumes d acier. D apres lë recensement de 1861, le nombre des personnes occupées était de 1428; sur ce nombre il y avait 1268 ouvrières enrôlées à partir de l’àge de cinq ans.
2 « Child. Empl. Comm. n. Rep. 1864, » p. lxviji, n 415
L’exploitation de travailleurs non parvenus à maturité, ou simplement à bon marché, se pratique avec plus de cynisme dans la manufacture moderne que dans la fabrique proprement dite, parce que la base technique de celle-ci, le remplacement de laforce musculaire par des machines, fait en grande partie défaut dans celle-là. Ajoutons que les organes de la femme ou de l’enfant y sont exposés sans le moindre scrupule à l’action pernicieuse de substances délétères, etc. Dans l'industrie à domicile, cette exploitation devient plus scandaleuse encore que dans la manufacture, parce que la faculté de résistance des travailleurs diminue en raison de leur dispersion, et que toute une bande de voraces parasites se faufile entre l’entrepreneur et l’ouvrier. Ce n’est pas tout : le travail à domicile lutte partout dans sa propre branche d’industrie avec les machines ou du moins avec la manufacture ; l’ouvrier trop pauvre ne peut s’y procurer les conditions les plus nécessaires de son travail, telles que l’espace, l’air, la lumière, etc., et, enfin, c’est là, dans ce dernier refuge des victimes de la grande industrie et de la grande agriculture que la concurrence entre travailleurs atteint nécessairement son maximum.
On a vu que l’industrie mécanique développe et organise pour la première fois d’une manière systématique l’économie des moyens de production, mais dans le régime capitaliste cette économie revêt un caractère double et antagonique. Pour atteindre un effet utile avec le minimum de dépense, on a recours au machinisme et aux combinaisons sociales de travail qu’il fait éclore. De l’autre côté, dès l’origine des fabriques, l’économie des frais se fait simultanément par la dilapidation la plus effrénée de la force de travail, et la lésinerie la plus éhontée sur les conditions normales de son fonctionnement. Aujourd’hui, moins est développée la base technique de la grande industrie dans une sphère d’exploitation capitaliste, plus y est. développé ce côté négatif et homicide de l’économie des frais.
c) La manufacture moderne.
Nous allons maintenant éclaircir par quelques exemples les propositions qui précèdent, dont le lecteur a, du reste, déjà trouvé de nombreuses preuves dans le chapitre sur la journée de travail.
Les manufactures de métal à Birmingham et aux environs emploient, pour un travail presque toujours très-rude, 30,000 enfants et adolescents, avec environ 10,000 femmes. Ce personnel se trouve dans des fonderies en cuivre, des manufactures de boutons, des ateliers de vernissage, d’émaillure et autres tout aussi insalubres h L’excès de travail des adultes et des adolescents dans quelques imprimeries de Londres pour livres et journaux a valu à ces établissements le nom glorieux d 'abattoirs 11 . Dans les ateliers de reliure, on rencontre les mêmes excès et les mêmes victimes, surtout parmi les jeunes hiles et les enfants. Le travail est également dur pour les adolescents dans les
1. On trouve même, à Sheffield, des enfants pour le polissage des limes!
2. ■ Child. Empl. Comm. v, Rp 1866, « p. 3, n. 24, p. 6, n. 55, 66, p. 7, n. 59, 60.
corderies ; les salines, les manufactures de bougies et d’autres produits chimiques font travailler la nuit, et le tissage de la soie sans l’aide des machines est une besogne meurtrière pour les jeunes garçons employés à tourner les métiers 1 2 . Un des travaux les plus sales, les plus inlâmes et les moins payés, dont on charge de préférence des femmes et des jeunes filles, c’est le délissage des chiffons. On sait que la Grande-Bretagne, indépendamment de la masse innombrable de ses propres guenilles, est l’entrepôt du commerce des haillons pour le monde entier. Ils y arrivent du Japon, des États les plus éloignés de l’Amérique du Sud et des Canaries. Mais les sources principales d’approvisionnement sont l’Allemagne, la France, la Russie, l’Italie, l’Égypte, la Turquie, la Belgique et la Hollande. Ils servent aux engrais, à la fabrication de bourre pour les matelas, et comme matière première du papier. Les délisseuses de chiffons servent de médiums pour colporter la petite vérole et d’autres pestes contagieuses dont elles sont les premières victimes*.
A côté de l’exploitation des mines et des houilles, l’Angleterre fournit un autre exemple classique d’un travail excessif, pénible et toujours accompagné de traitements brutaux à l’égard des ouvriers qui y soçit enrôlés dès leur plus tendre enfance, la fabrication des tuiles ou des briques, où l’on n’emploie guère les machines nouvellement inventées. De mai à septembre, le travail dure de cinq heures du matin à huit heures du soir, et quand le séchage a lieu en plein air, de quatre heures du matin à neuf heures du soir. La journée de travail de cinq heures du matin à sept heures du soir passe pour une journée « réduite », « modérée. » Des enfants des deux sexes sont embauchés à partir de l’âge de six et même de quatre ans. Ils travaillent le même nombre d’heures que les adultes, et souvent davantage. La besogne est pénible et la chaleur du soleil augmente encore leur épuisement. A Mosley, par exemple, dans une tuilerie, une fille de vingt-quatre ans faisait deux mille tuiles par jour, n’ayant pour l’aider que deux autres filles, à peine sorties de l’enfance, qui portaient la terre glaise et empilaient les carreaux. Ces jeunes filles traînaient par jour dix tonnes sur les parois glissantes de la fosse, d’une profondeur de cinquante pieds à une distance de deux cent dix. « Il est impossible, pour des enfants, de passer par ce purgatoire sans tomber dans une grande dégradation morale.... Le langage ignoble qu’ils entendent dès l’âge le plus tendre, les habitudes dégoûtantes, obscènes et dévergondées au milieu desquelles ils grandissent et s’abrutissent sans le savoir, les rendent pour le reste de leur vie dissolus, abjects, libertins ...Une sourcé terrible de démoralisation, c’est surtout le mode d’b;.bitatioi. Chaque moulder (c’est-à-dire l’ouvrier expérimenté et chef d’un groupe de brique-
1. L. c , p. 114, 115. n. 6-7. Le commissaire fait cette remarque fort juste, que si ailleurs la machine remplace l’homme, ici l’adolescent remplace la machine
2. V. le rapport sur le commerce des chiffons et de nombreux-documents à ce sujet : « Public Health vm, Report, London 1866. » Appendix, p. 196-208.