‹ Le capitalChapitre 206 sur 356 · Child. Empl. Comm. V Rep , p. 171, n · texte numérisé non relu

Child. Empl. Comm. V Rep , p. 171, n

5. On lit par exemple dans les dépositions de quelques agents d’exportation de Bradford cités comme témoins « Il est clair que dans ces circonstances il est inutile de faire travailler dans les magasins les jeunes garçons plus longtemps que depuis huit heures du matin jusqu’à sept heures du soir. Ce n’est qu’une question de dépense extra et de nombre de bras extra. Les garçons n’auraient pas besoin de travailler si tard dans la nuit si quelques patrons n’étaient pas aussi affamés de profit.

Une machine extra ne coûte que 16 ou 18 liv. st.Toutes

les difficultés proviennent de l’insuffisance d’appareils et du manque d’espace. » (L. c. p. 171, n. 35 et 38.)

6. L. c. Un fabricant de Londres, qui considère d’ailleurs la réglementation de la journée de travail comme un moyen de protéger non-seulement les ouvriers contre les fabricants, mais encore les fabricants contre le grand commerce, s’exprime ainsi : « La gêne dans nos transactions est occasionnée par les marchands exportateurs qui veulent, par exemple, envoyer des marchandises par un navire à voiles, pour se trouver en lieu et place dans une saison déterminée, et, de plus, pour empêcher la différence du prix de transport entre le navire à

Néanmoins, comme il l’avoue lui-même par la bouche de ses représentants, le capital ne se prêtera jamais à ces mesures si ce n’est « sous la pression d’une loi générale du parlement » imposant une journée de travail normale à toutes les branches de la production à la fois.

Législation de fabrique.

La législation de fabrique, cette première réaction consciente et méthodique de la société contre son propre organisme tel que l’a fait le mouvement spontané de la production capitaliste, est, comme nous l’avons vu, un fruit aussi naturel de la grande industrie que les chemins de fer, les machines automates et la télégraphie électrique. Avant d’examiner comment elle va se généraliser en Angleterre, il convient de jeter un coup d’œil sur celles de ses clauses qui n’ont pas trait à la durée du travail.

La réglementation sanitaire, rédigée d’ailleurs de telle sorte que le capitaliste peut aisément l’éluder, se borne en fait à des prescriptions pour le blanchiment des murs, et à quelques autres mesures de propreté, de ventilation et de précaution contre les machines dangereuses.

Nous reviendrons dans le troisième livre sur la résistance fanatique des fabricants contre les articles qui leur imposent quelques déboursés pour la protection des membres de leurs ouvriers. Nouvelle preuve incontestable du dogme libre-échangiste d’après lequel dans une société fondée sur l’antago-» nisme des intérêts de classes, chacun travaille fatalement pour l’intérêt général en ne cherchant que son intérêt personnel 1

Pour le moment, un exemple nous suffira. Dans la première période des trente dernières années l’industrie linière et avec elle les scutching rnills (fabriques où le lin est. battu et, brisé) ont pris un grand essor en Irlande. Il y en avait déjà en 1864 plus de dix-huit cents. Chaque printemps et chaque hiver on attire de la campagne des femmes et des adolescents, fils, filles et femmes des petits fermiers du voisinage, gens d’une ignorance grossière en tout ce qui regarde le machinisme, pour les employer à fournir le lin aux laminoirs des scutching rnills. Dans l’histoire des fabriques il n’y a pas d’exemple d’accidents si nombreux et si affreux. Un seul scutching mill à Kildinan (près de Cork) enregistra pour son compte de 1852 à 1856 six cas de mort et soixante mutilations graves qu’on aurait pu facilement, éviter au moyen de quelques appareils très-peu coûteux. Le docteur M. White, chirurgien des fabriques de Downpatrick, déclare dans un rapport officiel du 15 décembre 1865: «Les accidents dans les scutchings mills sont du genre le plus terrible. Dans beaucoup de cas c’est un quart du corps

voiles et le navire à vapeur, ou bien qui de deux navires à vapeur choisissent celui qui part le premier pour arriver avant leurs concurrents sur le marché étranger. » (L. c. p. 8, n. 32.)

1. « On pourrait obvier à cela, dit un fabricant, au prix d’un agrandissement des locaux de travail sous la pression d'une loi générale du Parlement » (L. c. p. x, n. 38 )

entier qui est séparé du tronc. Les blessures ont pour conséquence ordinaire soit la mort, soit un avenir d’infirmité et de misère. L’accroissement du nombre des fabriques dans ce pays ne fera naturellement qu’étendre davantage d’aussi affreux résultats. Je suis convaincu qu’avec une surveillance convenable de la part de l’État, ces sacrifices humains seraient en grande partie évités 1 ».

Qu’est-ce qui pourrait mieux caractériser le mode de production capitaliste que cette nécessité de lui imposer par des lois coercitives et au nom de l’État les mesures sanitaires les plus simples ? « La loi de fabrique de 1864 a déjà fait blanchir et assainir plus de deux cents poteries où pendant vingt ans on s’était consciencieusement abstenu de toute opération de ce genre! (Voilà l'abstinence du capital,) Ces établissements entassaient 27,800 ouvriers, exténués de travail la nuit et le jour, et condamnés à respirer une atmosphère méphitique imprégnant de germes de maladie et de mort une besogne d’ailleurs relativement inoffensive. Cette loi a multiplié également les moyens de ventilation 2 . »

Cependant, elle a aussi prouvé qu’au delà d’un certain point le système capitaliste est incompatible avec toute amélioration rationelle. Par exemple, les médecins anglais déclarent d’un commun accord que, dans le cas d’un travail continu, il faut aumoins cinq cents pieds cubes d’air pour chaque personne, etque même cela suffit à peine. Eh bien, si par toutes ses mesures coercitives, la législation pousse d’une manière indirecte au remplacement des petits ateliers par des fabriques, empiétant par là sur le droit de propriété des petits capitalistes et constituant aux grands un monopole assuré, il suffirait d’imposer à tout atelier l’obligation légale de laisser à chaque travailleur une quantité d’air suffisante, pour exproprier d’une manière directe et d’un seul coup des milliers de petits capitalistes ! Gela serait attaquer la racine même de la production capitaliste, c’est-àdire la mise en valeur du capital, grand ou petit, au moyen du libre achat et de la libre consommation de la force de travail. Aussi ces cinq cents pieds d’air suffoquent la législation de fabrique. La police de l’hygiène publique, les commissions d’enquêtes industrielles et les inspecteurs de fabrique en reviennent toujours à la nécessité de ces cinq cents pieds cubes et à l’impossibilité de les imposer au capital. Ils déclarent ainsi en fait que la phthisie et les autres affections pulmonaires du travailleur sont des conditions de vie pour le capitaliste 3 .

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