CHAPITRE XVII
de la plus-value, soit de l’équivalent de la force ouvrière, 'présupposé donc une variation de leurs grandeurs relatives‘bu proportionnelles. Il est'impossible qu’elles augmentent ou diminuent toutes les deux simultanément.
Toute variation dans la productivité du travail amène une variation en sens inverse dans la valeur de la force de travail. Si le surcroît de productivité permet de fournir en quatre heures la même masse de subsistances qui coûtait auparavant six heures, alors la valeur dé la force ouvrière va tomber de trois francs à deux; mais elle va s’élever de trois francs à quatre, si une diminution de productivité exige huit heures de travail où il n’en fallait auparavant que six.
Enfin, comme valeur de la force de travail et plus-value changent de grandeur en sens inverse l’une de l’autre, il s’ensuit que l’augmentation de productivité, en diminuant la valeur de la force de travail, doit augmenter la plus-value, et que la diminution de productivité, en augmentant la valeur de la force de travail, doit diminuer la plus-value.
En formulant cette loi,Ricardo a négligé un point important. Quoique la plus-value — ou le surtravail.— et la valeur de la force de travail — ou le travail nécessaire — ne puissent changer de grandeur qu’en sens inverse, il ne s’ensuit pas qu’ils changent dans la même proportion. Sila valeur de la force de travail était de quatre francs ou le temps de travail nécessaire de huit heures, la plus-value de deux francs ou le surtravail de quatre heures, et que, par suite d’une augmentation de productivité, la valeur de la force de travail tombe à trois francs ou le travail nécessaire à six heures, alors la plus-value montera à trois francs ou le surtravail à six heures. Cette même quantité de deux heures ou d’un franc, qui est ajoutée à une partie et retranchée de l’autre, n’affecte pas la grandeur de chacune dans la même proportion. En même temps que la valeur de la force de travail ne tombe que de quatre francs à trois, c’est-à-dire d’un quart ou de vingt-cinq pour cent, la plus-value s’élève de deux francs à trois, c’est-à-dire de moitié ou de cinquante pour cent.
En général : donné la longueur de la journée ainsi que sa division en deux parts, celle du travail nécessaire et celle du surtravail, l’accroissement proportionnel de la plus-value, dû à une augmentation de productivité, sera d’agtanf plqs grand, que la part du surtravail était primitivement pjgs petite, et le décroissement proportionnel de }a plusvalue, dû à une diminution de productivité, sera d’autant plus petit, que Ig. part du surtravail était primitivement plus grande.
3° L'augmentation pu la cUrfiinution de la plusvalue est toujours l'effet et jamais la cause d,e la diminution ou de l'augmentation ‘parallèles die la valeur de la force de travail i .
1. Mac Culloch a commis l’absurdité de compléter cette loi à sa façon, en ajoutant qiie là plus-value peut S’élever sans que la force de travail baisse,' si'oh supprime les impôts que le capitaliste avait à pàÿéf auparavant. La ; suppression de semblables impôts ne change absolument rien à la quantité de surtravail que le capitaliste industriel èxlorque eh première main à l’ouvrier. Elle ne chafage que là proportion suivant
La journée de travail est de grandeur constante et rend cônstammenLla même valeur^ qui se divise en équivalent de la force de travail et en plus-value;'chaque changement dans la grandeur de la plus-value est accompagné d’un changement inverse dans la valeur de la force dé travail, et cette valeur enfin, ne peut changer de grandeur qu’en conséquence d’une variation survenue dans la productivité du travail. Dans ces données, il est clair que c’est la variation de la productivité du travail qui, en premier lieu, fait augmenter ou diminuer la valeur de la force de travail, tandis que le mouvement ascendant ou descendant de celle-ci entraîne de son côté le mouvement de la plus-value en sens inverse. Tout changement dans le rapport de grandeur entre la plus-value et la valeur de la force de travail, provient donc toujours d’un changement dans la grandeur absolue de celle-ci.
Nous avons supposé que la journée de douze heures produit une valeur totale de six francs, qui se divise en quatre francs, valeur de la force de travail, et en une plus-value de deux francs. En d’autres termes, il y a huit heures de travail nécessaire et quatre de surtravail. Que la productivité du travail vienne à doubler, alors l’ouvrier n’aura plus besoin que de la moitié du temps qu’il lui fallait jusque-là pour produire l’équivalent de sa subsistance quotidienne. Son travail nécessaire tombera de huit heures à quatre, et par là son surtravail s’élèvera de quatre heures à huit ; de même la valeur de sa force tombera de quatre francs à deux, et cette baisse fera monter la plus-value de deux francs à quatre.
Néanmoins, cette loi, d’après laquelle le prix de la force de travail est toujours réduit à sa valeur, peut rencontrer des obstacles qui ne lui permettent de se réaliser que jusqu’à certaines limites. Le prix de laforce de travail ne peut descendre qu’à 3 fr. 80 c.,
3 fr. 40 c., 3 fr. 20 c., etc., de sorte que la plus-value ne monte qu’à 2 fr. 20 c., 2 fr. 60 c., 2 fr. 80 c., etc. Le degré de la baisse, dont la limite minima est deux francs, nouvelle valeur de la force de travail, dépend du poids relatif que la pression du capital d’une part, la résistance de l’ouvrier de l’autre, jettent dans la balance.
La valeur de la force de travail est déterminée par la valeur des subsistances nécessaires à l’entretien de l’ouvrier, lesquelles changent de valeur suivant le degré de productivité du travail. Dans notre exemple, si, malgré le doublement de la productivité du travail, la division de la journée en travail nécessaire et surtravail restait la même, l’ouvrier recevrait toujours quatre francs et le capitaliste deux; mais chacune de ' ces sommés achèterait deux fois plus de subsistances qu’aùparàvant. Bien que le prix de la force de travail fût resté invariable, il se serait élevé au-dessus de sa valeur. S’il tombait, non
laquelle il empoche la plus-value ou la partage avec des tiers. Elle ne change par conséquent rien au rapport q li existe entre la plus-value et la valeur de la force de: travail. L ’« exception » de Mac j Culloch prouve tout simplement qu’il n’a pas compris la règle, malheur qui lui arrive assez souvent lorsqu il s’avise de vulgariser Ricardo, ainsi qu’à J, B. Say, quand ce dernier vulgarise Adam Smith.
à la, limite minima de sa nouvelle valeur de deux francs, mais à 3 fr. 80, 3 fr. 40, 3 fr. 20, etc., ce prix décroissant représenterait cependant une masse supérieure de subsistances. Avec un accroissement continuel dans la productivité du travail, le prix de la force de travail pourrait ainsi tomber de plus en plus, en même temps que les subsistances à la disposition de l’ouvrier continueraient à augmenter. Mais, même dans ce cas, la baisse continuelle dans le prix de la force de travail, en amenant une hausse continuelle de la plus-value, élargirait l’abîme entre les conditions de vie du travailleur et du capitaliste 1 .
Les trois lois que nous venons de développer ont été rigoureusement formulées, pour la première, fois, par Ricardo ; mais il commet l’erreur de faire des conditions particulières dans lesquelles elles sont vraies, les conditions générales et exclusives de la production capitaliste. Pour lui, la journée de travail ne change jamais de grandeur ni le travail d’intensité, de sorte que la productivité du travail reste le seul facteur variable
Ce n’est pas tout. A l’instar de tous les autres économistes, il n’est jamais parvenu à analyser la plus-value en général, indépendamment de ses formes particulières, profil, rente foncière, etc. Il confond le taux de la plus-value avec le taux du profit, et traite, par conséquent, celui-ci comme s’il exprimait directement le degré d’exploitation du travail. Nous avons déjà indiqué 2 que le taux du profit est la proportion de la plus-value avec le total du capital avancé, tandis que le taux de la plus-value est la proportion de la plus-value avec la partie variable du capital avancé. Supposez qu’un capital de 500 1. st. (G) se décompose en matières premières, instruments, etc., d’une valeur de 400 1. st. (c), et en 1001. st.. payés aux ouvriers (w), qu’en outre la plus-value ( p) est de iOO 1. st.; alors
le taux de la plus-value, - = S ^~ = cent
^ 1 v 100 1. st.
pour cent; mais le taux du profit = ^ =
= vingt pour cent. A part cette différence de grandeur, il est évident que Je taux du profit peut être affecté par des circonstances tout à fait étrangères au taux de la plus-value. Je démontrerai plus tard, dans le troisième livre, que donné le taux de la plusvalue, le taux du profit peut varier indéfiniment, et que donné le taux du profit, il peut correspondre aux taux de plus-value les plus divers.
Données : Durée et productivité du travail constantes. Intensité variable.
Si sa productivité augmente, le travail rend dans le même temps plus de produits, mais non plus de valeur. Si son intensité croît, il rend dans le même
1. « Quand une altération a lieu dans la productivité de l’industrie, et qu’une quantité donnée de travail et de capital Courait soit plus, soit moins de produits, la proportion des salaires peut sensiblement, varier, tandis que la quantité que cette proportion représente reste la même, ou la quantité peut varier tandis que la proportion ne change pas. » (Outlines of Political Economy, etc., p. 67.) — 2. Voy. p. 93.
temps non-seulement plus de produits, mais aussi plus de valeur, parce que l’excédant de produits provient alors d’un excédant de travail.
Sa durée et sa productivité étant données, le travail se réalise donc en d’autant plus de valeur que son degré d’intensité dépasse celui de la moyenne sociale. Gomme la valeur produite durant une journée de douze heures, par exemple, cesse ainsi d’être constante et devient variable, il s’ensuit que plusvalue et valeur de la force de travail peuvent varier dans le même sens, l’une à côté de l’autre, en proportion égale ou inégale. La même journée produit-elle huit francs au lieu de six, alors la part de l’ouvrier et celle du capitaliste peuvent évidemment s’élever à la fois de trois francs à quatre.
Une pareille hausse dans le prix de la force de travail n’implique pas qu’elle est payée au-dessus de sa valeur. La hausse de prix peut au contraire être accompagnée d’une baisse de valeur. Gela arrive toujours quand l’élévation du prix ne suffit pas pour compenser le surcroît d’usure de la force de travail. On sait que les seuls changements de productivité qui influent sur la valeur de la force ouvrière sont ceux qui affectent des industries dont les produits entrent dans la consommation ordinaire de l’ouvrier. Toute variation dans la grandeur, extensive ou intensive, du travail affecte au contraire la valeur de la force ouvrière, dès qu’elle en accélère l’usure.
Si le travail atteignait simultanément dans toutes les industries d’un pays le même degré supérieur d’intensité, cela deviendrait désormais le degré d’intensité ordinaire du travail national et cesserait d’entrer en ligne de compte. Cependant, même dans ce cas, les degrés de l'intensité moyenne du travai resteraient différents chez diverses nations et modifieraient ainsi la loi de Ja valeur dans son application internationale , la journée de travail plus intense d’une nation créant plus de valeur et s’exprimant en plus d’argent que la journée moins intense d’une autre 1 .
Données : Productivité et intensité du travail constantes.
Durée du travail variable.
Sous le rapport de la durée, le travail peut varier en deux sens, être raccourci ou prolongé. Nous obtenons dans nos données nouvelles les lois que voici :
1° La journée de travail se réalise , en raison directe de sa durée , en une valeur plus ou moins grande — variable donc et non constante.
2° Toute variation dans le rapport de grandeur entré la plus-value et la valeur de la force de travail provient d'un changement dans la grandeur absolue du surlravail , et, par conséquent, de la plus-value.
l.« A conditions égales, le manufacturier anglais peut dans un temps donné exécuter une bien plus grande somme de travail que le manufacturier étranger, au point de contrebalancer la différence des journées de travail, la semaine comptant ici soixante heures, mais ailleurs soixante-douze ou quatre-vingts. » (Reports oflnsp. of Fact. for 31st. Oct. 1855, p. 65.)