II. ( Surtravail \« Plus-value Produit net
\Journée de travail/ Valeur du produit “Produit total’
Une seule et même proportion est ici exprimée tour à tour sous la formule des quantités de travail, des valeurs dans lesquelles ces quantités se réalisent, et des produits dans lesquels ces valeurs existent. Il est sous-entendu que par valeur du produit il faut comprendre le produit en valeur rendu par une journée de travail, et qu’il n’y est pas renfermé une parcelle de la valeur des moyens de production.
Dans toutes ces formules le degré réel de l’exploitation du travail ou le taux de la plus-value est faussement exprimé. Dans l’exemple employé plus aut, le degré réel d’exploitation serait indiqué par les proportions :
6 heures de surtravail
6 heures de travail nécessaire =
Plus-value de 3 f r.
Capital variable de 3 fr.
J'î™? la première formule entre parenthèses parce ^ n dU ? U1 ' U ' avail ne se trouve pas explicitement dans 1 économie politique bourgeoise.
g heures de surtravail Plus-value de 3 fr. 50
Journée de 12 heures Produit en valeur de 6 fr. ÎÔÔ*
Ges formules dérivées n’expriment en fait que la proportion suivant laquelle la journée de travail, ou son produit en valeur, se distribuë^ntre l’ouvrier et le capitaliste. Si on les traite comme des expressions immédiates de la mise en valeur du capital, on arrive à cette loi erronée : Le surtravail ou la plus-value ne peuvent jamais atteindre cent pour cent 1 . Le surtravail n’étant qu’une partie aliquote de la journée, et la plus-value qu’une partie aliquote de la somme de valeur produite, le surtravail est nécessairement toujours plus petit que la journée de travail, ou la plus-value toujours moindre que la valeur produite. Si le surtravail était à la journée de travail comme 100 est à 100, il absorbe rait la journée entière (il s’agit ici de la journée moyenne de 1 année), et le travail nécessaire s’évanouirait. Mais si le travail nécessaire disparaît, le surtravail disparaît également, puisque celui-ci n’est
qu’une fonction de celui-là.La raison Surtravail
Journée de travail
Plus -value
Valeur produite ne peut donc J amais atteindre
la limite — et encore moins s’élever à --
Riais il en est autrement du taux de la plus-value ou du degre reel d'exploitation du travaü. Qu'on prenne par exemple l’estimation de M. Léonce de Lavergne, d apres laquelle l'ouvrier agricole anglais u obtient que 1/4, taudis que le capitaliste (fermier)
J, J' Ei!™ Ie JBrie f »■ Kirchmann mn Roi- (trente «y n a ^ • W j ^ R LCar d°'schen Théorie von der Grun - 1851. d B grundun y einer neuen Rentenlheorie. Berlin,
au contraire obtient 3/4 du produit ou de sa valeur 1 , de quelque manière que le butin se partage ensuite entre le capitaliste et le propriétaire foncier, etc. Le surtravail de l’ouvrier anglais est dans ce cas à son travail nécessaire comme 3 est à 1, c’est-à-dire que le degré d’exploitation est de 300 0/o-
La méthode de l’école classique, qui est de traiter la journée de travail comme une grandeur constante, a trouvé un appui dans l’application des formules II, parce que là on compare toujours le surtravail avec une journée de travail donnée. Il en est de même quand on considère exclusivement la distribution de la valeur produite. Du moment que la journée de travail s’est déjà réalisée dans une valeur, ses limites ont nécessairement été données.
L’habitude d’exposer la plus-value et. la valeur de la force de travail comme des fractions de la somme de valeur produite dissimule le fait principal, l’échange du capital variable contre la force de travail, fait qui implique que le produit échoit au nonproducteur. Le rapport entre le capital et le travail revêt alors la fausse apparence d’un rapport d’association dans lequel l’ouvrier et l’entrepreneur se partagent le produit suivant la proportion des divers éléments qu’ils apportent 2 .
Les formules II peuvent d’ailleurs être toujours ramenées aux formules I. Si nous avons par exemi i .. Surtravail de 6 heures
p e apropor ion j ournée trava ;| ^e l2 heures’
alors le temps de travail nécessaire est égal à la journée de douze heures moins six heures de sur-
1. La partie du produit qui compense simplement le capital constant avancé est mise de côté dans ce calcul. M. Léonce de Lavergne, admirateur aveugle de l’Angleterre, donne ici un rapport plutôt trop bas que trop élevé.
2. Toutes les formes développées du procès de production capitaliste étant des formes de la coopération, rien n’est naturellement plus facile que de faire abstraction de leur caractère antagoniste et de les transformer ainsi d’un coup de baguette en formes d’association libre, comme le fait le comte A. de Laborde dans son ouvrage intitulé : Ve l’esprit d’association dans tous les intérêts de la communauté. Paris, 1818. Le Yankee H. Carey exécute ce tour de force avec le même succès à propos même du système esclavagiste.
travail, et l’on obtient :
Surtravail de 6 heures Travail nécessaire de 6 heures
Voici une troisième formule que nous avons déjà quelquefois anticipée :
Plus-value Surtrayail
Valeur de la force de travail Travail nécessaire
Travail n on payé^
Travail payé
„ , Travail non payé , ,
La formule —=-n estqu’uneexpres-
Travail paye
. . . „ . Surtravail
sion populaire de cello-ei : Trarai i ^
Après nos développements antérieurs, elle ne peut plus donner lieu à cette erreur populaire que ce que le capitaliste paye est' le travail et non la force de travail. Ayant acheté cette force pour un jour, une semaine, etc., le capitaliste obtient en échange le droit de l’exploiter pendant un jour, une semaine, etc. Le temps d’exploitation se divise en deux périodes. Pendant l’une, le fonctionnement de la force ne produit qu’un équivalent de son prix ; pendant l’autre, il est gratuit et rapporte, par conséquent, au capitaliste une valeur pour laquelle il n’a donné aucun équivalent, qui ne lui coûte rien 1 . En ce sens, le surtravail, dont il tire la plus-value, peut être nommé du travail non payé.
Le capital n'est donc pas seulement, comme dit Adam Smith, le pouvoir de disposer du travail d’autrui; mais il est essentiellement le pouvoir de disposer d’un travail non payé. Toute plus-value, quelle qu’en soit la forme particulière, — profit, intérêt, rente, etc., — est en substance la matérialisation d’un travail non payé. Tout le secret de la faculté prolifique du capital, est dans ce simple fait qu’il dispose d’une certaine somme de travail d’autrui qu’il ne paye pas.
1. Quoique les pbysiocrates n’aient pas pénétré le secret de la plus-value, ils ont au moins reconnu qu’elle est « une richesse indépendante et disponible qu’il (son possesseur) n’a point achetée et qu’il vend. » (Turgot, 1. c. p. 11.)
TRANSFORMATION DE LA VALEUR OU DU PRIX DE LA FORCE DE TRAVAIL EN SALAIRE
A la surface de la société bourgeoise la rétribution du travailleur se représente comme le salaire du travail: tant d’argent payé pour tant de travail. Le travail lui-même est donc traité comme une marchandise dont les prix courants oscillent audessus ou au-dessous de sa valeur.
Mais qu’est-ce que la valeur? La forme objective du travail social dépensé dans la production d’une marchandise. Et comment mesurer la grandeur de valeur d’une marchandise? Par la quantité de travail qu’elle contient. Gomment dès lors déterminer, par exemple, la valeur d’une journée de travail de douze heures? Par les douze heures de travail contenues dans la journée de douze heures, ce qui est une tautologie absurde *. *
Pour être vendu sur le marché à titre de mar-
1. * M. Ricardo évite assez ingénieusement une difficulté, qui à première vue menace d’infirmer sa doctrine que la valeur dépend de la quantité de travail employée dans la production. Si l’on prend ce principe à la lettre, il en résulte que la valeur du travail dépend de la quantité de travail employée à le produire, — ce qui est évidemment absurde. Par un détour adroit, M. Ricardo fait dépendre la valeur du travail de la quantité de travail requise pour produire les salaires, par quoi il entend la quantité de travail requise pour produire l’argent ou les marchandises données au travailleur. C’est comme si l’on disait que la valeur d’un habillement est estimée, non d’après la - quantité de travail dépensée dans sa production, mais d’après la quantité de travail dépensée dans la 1 production de l’argent contre lequel l’habillement est échangé. • j [Critical Dissertation on the nature, etc., of value, p. 50, 51.) '
chandise, le travail devrait en tout cas exister auparavant. Mais si le travailleur pouvait |lui donner une existence matérielle, séparée et indépendante de sa personne, il vendrait de la marchan- ! dise et non du travail *.
Abstraction faite de ces contradictions, un échange direct d’argent, c’est-à-dire de travail réalisé, contre du travail vivant, ou bien supprimerait la loi de la valeur qui se développe précisément sur la base de la production capitaliste, ou bien supprimerait la production capitaliste elle-même qui est fondée précisément sur le travail salarié. La journée de travail de douze heures se réalise par exemple dans une valeur monétaire de six francs. Si l’échange se fait entre équivalents, l’ouvrier obtiendra donc six francs pour un travail de douze heures, ou le prix de son travail sera égal au prix de son produit. Dans ce cas il ne produirait pas un brin de plus-value pour l’acheteur de son travail, les six francs ne se métamorphoseraient pas en capital et la base de la production capitaliste disparaîtrait. Or c’est précisément. sur cette hase qu'il vend son travail et que
1. « Si vous appelez le travail une marchandise, ce n’est pas comme une marchandise qui est d’abord produite en vue de l’échange et portée ensuite au marché, où elle doit être échangée contre d’autres marchandises suivant les quantités de chacune qui peuvent se trouver en même temps sur le marché; le travail est créé au moment où on le porte au marché; on peut dire même qu’il est porté au marché avant d’être créé. » ( Observations on some verbal disputes, etc., p. 75, 76.)
son travail est travail salarié. Ou Lien il obtient pour douze heures de travail moins de six francs, c’est-à-dire moins de douze heures de travail. Douze heures de travail s’échangent dans ce cas contre dix, six, etc., heures de travail. Poser ainsi comme égales des quantités inégales, ce n’est pas seulement anéantir toute détermination de la valeur. Il est même impossible de formuler comme loi une contradiction de ce genre qui se détruit ellemême J .
Il ne sert de rien de vouloir expliquer un tel échange de plus contre moins par la différence de forme entre les travaux échangés, l’acheteur payant en travail passé ou réalisé, et le vendeur en travail actuel ou vivant 1 2 . Mettons qu’un article représente six heures de travail. S’il survient une invention qui permette de le produire désormais en trois heures, l’article déjà produit, déjà circulant sur le marché, n’aura plus que la moitié de sa valeur primitive. Il ne représentera plus que trois heures de travail, quoiqu’il y en ait six de réalisées en lui. Cette forme de travail réalisé n’ajoute donc rien à la valeur, dont la grandeur reste au contraire toujours déterminée par le quantum de travail actuel et socialement nécessaire qu’exige la production d’une marchandise.
Ce qui sur le marché fait directement: vis-à-vis au capitaliste, ce n’est pas le travail, mais le travailleur. Ce que celui-ci vend, c’est lui-même, sa force de travail. Dès qu’il commence à mettre cette force en mouvement, à travailler, or, dès que son travail existe, ce travail a déjà cessé de lui appartenir et ne peut plus désormais être vendu par lui. Le travail est la substance et la mesure inhérente des valeurs, mais il n’a luf-même aucune valeur 3 .
Dans l’expression: valeur du travail, l’idée de valeur est complètement éteinte. C’est une expression irrationnelle telle que par exemple valeur dtv la lerre. Ces expressions irrationnelles ont cependant leur source dans les rapports de production euxmêmes dont elles réfléchissent les formes phénoménales. On sait d’ailleurs dans toutes les sciences, à l’économie politique près, qu’il faut distinguer entre les apparences des choses et leur réalité 4 .
1. « Si l’on traite le travail comme une marchandise, et le capital, le produit du travail, comme une autre, alors, si les valeurs de ces deux marchandises sont déterminées par d’égales quantités de travail, une somme de travail donnée s’é- Changera.... poiir la quantité de capital qui aura été produite par la même somme de travail. Du travail passé s’échangera pour la même somme de travail présent. Mais la valeur du travail par rapport aux autres marchandises.... n’est pas déterminée par des quantités de travail égales. • (E. G. Wakefield dans son édit, de Adam Smith. Wealth of Nations , v. I. Lond., 1836, p. 231, note.)
2. « Il a fallu convenir (encore une édition du « contrat social») que toutes les fols qu’il échangerait du travail fait contre du travail à faire, lé dernier (le capitaliste) aurait ühe valeur supérieure au premier (le travailleur). » (Sismondi, De la richesse commerciale. Genève, 1803, t. I, p. 37.)
3. « Le travail, la mesure exclusive de la valeur.... le créateur exclusif de toute richesse, n’est pas marchandise. » (Th. Hodgskin, 1. c. p. 186.)
4. Déclarer que ces expressions irrationnelles sont pure licence poétique, c’est tout simplement une preuve de ^impuissance de l’analyse, kussi ai-je relevé cette phrase dp Prûudhon : « Le travail est dit valoir, non pas en tant que
Ayant emprunté naïvement, sans aucune vérification préalable, à la vie ordinaire la catégorie « prix du travail », l’économie politique classique se demanda après coup comment ce prix était déterminé. Elle reconnut bientôt que pour le travail comme pour toute autre marchandise, le rapport entre l’offre et la demande n’explique rien que les oscillations du prix de marché au-dessus ou audessous d’une certaine grandeur. Dès que l’offre et la demande se font équilibre, les variations de prix qu’elles avaient provoquées cessent, mais là cesse aussi tout l’effet de l’offre et la demande. Dans leur état d’équilibre, le prix du travail ne dépend plus de leur action et doit donc être déterminé comme si elles n’existaient pas. Ce prix-là, ce centre de gravitation des prix de marché, se présenta ainsi comme le véritable objet de l’analyse scientifique.
On arriva encore au même résultât en considérant une période de plusieurs années et en comparant les moyennes auxquelles se réduisent, par des compensations continuelles, les mouvements alternants de hausse et de baisse. On trouva ainsi des prix moyens, des grandeurs plus ou moins constantes qui s’affirment dans les oscillations mêmes des prix de marché et en forment les régulateurs intimes. Ce prix moyen donc, « le prix nécessaire » des physiocrates, « le prix naturel » d’Adam Smith — ne peut être pour le travail, de même que pour toute autre marchandise, que sa valeur , exprimée en afgent. « La marchandise, dit Adam Smith, est alors vendue précisément ce qu'elle vaut. »
L’économie classique croyait avoir de cette façon remonté des prix accidentels du travail à sa valeur réelle. Puis elle détermina cette valeur par la valeur des subsistances nécessaires pour l’entretien ej; la reproduction du travailleur. A- son insu elle changeait ainsi de terrain, en substituant à la valeur du travail, jusque-là l’objet apparent de ses recherches, la valeur de la force de travail, force qui n’existe que dans la personnalité du travailleur et $e distingue de sa fonction, le travail, tout comme une machine se distingue de ses opérations. La marche de l’analyse avait donc forcément conduit non-seulement des prix de marché du travail à son
marchandise lui-même, mais en yue des valeurs qu’on suppose renfermées puissanciellement en lui. La valeur dix travail est une expression figurée, etc. » Il ne vôit, ai-je dit, dans le travail marchandise, qui est d’une réalité effrayante, qu’une ellipse grammaticale. Donc toute la fociété actuelle, fondée sur le travail marchandise, est désormais fondée sur une licence poétique, sur une expression figurée. La sociéte'veutelle éliminer « tous les inconvénients » qui la travaillent, eh hienl qu’elle élimjpe les termes malsonnants, cju’elle change de langage; et pour cela elle n’a qu’à s’adresser à l’Académie, pour lui demander une nouvelle édition de son dictionnaire. « (K. Marx, Misère de la philosophie, p. Û, 3b.)
11 est naturellement encore bien plus commodte de n’enteri'dre par valeur absolument rien. On peut alors faire entrer sans façon, n’importe quoi dans cette catégorie. Ainsi en est-il chez J. B. Say. Qu’est-ce que la « valeur? » Réponse : • C’ëst ce qu’une chose vaut. » Et qu’est-ce que lé « prix? » Réponse':
« La valeur d’une chose exprimée en monnaie. » Et pourquoi « le travail de la terre » a-t-il » une valeur? » Parce'qu’onyttiét un prix. Ainsi la valeur est ? e qu’une chose vaut, et la'terré a une « valeur « parce qu’on exprime sa valeur en monhaië. Voilà en tout cas une méthode bien simple de s'expliquât'le comment et le pourquoi des choses.