LE SALAIRE AUX PIÈCES
Le salaire aux pièces n’est qu’une transformation du salaire au temps, de même que celui-ci n’est qu’une transformation de la valeur ou du prix de la force de travail.
Le salaire aux pièces semble prouver à première vue que ce que l’on paye à l’ouvrier soit non pas la valeurde sa force, mais celle du travail déjà réalisé dans le produit, et que le prix de ce travail soit déterminé non pas comme dans le salaire au temps par la frac- Valeur journalière de la force de travail
Journée de travail d’un nombre d’heures donné mais par la capacité d’exécution du producteur * 1 .
Ceux qui se laissent tromper par cette apparence devraient déjà se sentir ébranlés fortement dans leur foi par ce simple fait que les deux formes du salaire existent l’une à côté de l’autre, dans les mêmes branches d’industrie. « Les compositeurs de Londres, par exemple, travaillent ordinairement aux pièces, et ce n’est qu’exceptionnellement qu’ils sont payés à la journée. C’est le contraire pour les compositeurs de la province, où le salaire au temps est la règle et le salaire aux pièces l’exception. Les charpentiers de marine, dans le port de Londres, sont payés aux pièces ; dans tous les autres ports
1. « Le système du travail aux pièces constitué une époque dans l’histoire des travailleurs; il est à mi-chemin entre la position des simples journaliers, qui dépendent de la volonté du capitaliste, et celle des ouvriers coopératifs, qui promettent de combiner dans un avenir assez proche l’artisan et le capitaliste en leur propre personne. Les travailleurs aux pièces sont en réalité leurs propres maîtres, même lorsqu’ils travaillent avec le capital de leur patron et à ses ordres. » (John Watts : Trade socielies and strikes, machinery and cooperative societies. Manchester 1865, p. 52, 53.) Je cite cet opuscule parce que c’est un vrai pot-pourri de tous les lieux communs apologétiques usés depuis longtemps. Ce même Watts travailla autrefois dans l’Owenisme, et publia en 1842, un petit écrit : Facts and Fictions of Political Economy, où il déclare, entre autres, que la propriété est un vol. Les temps sont depuis bien changés.
anglais, à la journée, à la semaine, etc *. » Dans les mêmes ateliers de sellerie, à Londres, il arrive souvent que les Français sont payés aux pièces et les Anglais au temps. Dans les fabriques proprement dites, où le salaire aux pièces prédomine généralement, certaines fonctions se dérobent à ce genre de mesure et sont par conséquent payées suivant le temps employé *. Quoi qu’il en soit, il est évident que les différentes formes du payement ne modifient en rien la nature du salaire, bien que telle forme puisse être plus favorable que telle autre au développement de la production capitaliste.
Mettons que la journée de travail ordinaire soit de douze heures, dont six payées et six non payées, et que la valeur produite soit de 6 fr. Le produit d’une heure de travail sera par conséquent 0 fr. 50 c. Il est censé établi expérimentalement qu’un ouvrier qui travaille avec le degré moyen d’intensité et d’habileté, qui n’emploie par conséquent que le temps de travail socialement nécessaire à la production d’un article, livre en douze heures vingt-quatrepiè-