CHAPITRE XXIV
dépend dons de sa propre composition et non de la circulation;
La production annuelle doit eü prëmier liëu fournir 1 tous les articles propres à remplacer en nature les éléments matériels du capital usés pendant le cours de l’année. Cette déduction faite, reste le produit net dans lequel réside la plus-value.
En quoi consiste donc ce produit net?
Assurément en objets destinés à satisfaire les besoins et les désirs de la classe capitaliste, oü à passer à son fonds de consommation. Si c’est tout, la plus-value sera dissipée en entier et il n’y aura que simple reproduction.
Pour accumuler, il faut convertir une partie du produit net éü capital; Mais, à môins dë miracles, OU nè saurait convertir en capital que des choses propres à fonctionner dans le procès de travail, c’est-à-dire des moyens de production, et d’autres choses propres à soutenir le travailleur, c’est-à-dire des subsistances. Il faut donc qu’une partie du surtravail annuel ait été employée à produire des moyens de production et de subsistance additionnels, en sus de ceux nécessaires au remplacement du capital avancé. En définitive, la plus-value n’est donc convertible en capital que parce que le produit net, dont elle est la valeur, contient déjà les éléments matériels d’un nouveau capital
Pour faire actuellement fonctionner ces éléments comme capital, la classe capitaliste a besoin d’un surplus de travail qu’elle ne saura obtenir, à part l’exploitation plus extensive ou intensive des ouvriers déjà occupés, qu’en enrôlant des forces de travail supplémentaires. Le mécanisme de la production capitaliste y a déjà pourvu en reproduisant la classe ouvrière comme classe salariée dont le salaire ordinaire assure non-seulement le maintient, mais encore la multiplication.
H ne reste donc plus qu’à incorporer les forces de travail additionnelles, fournies chaque année à divers degrés d’âge par la classe ouvrière, aux moyens de production additionnels que la production annuelle renferme déjà.
Considérée d’une manière concrète, l’aceumulation se résout, par conséquent, en reproduction du capital sur une échelle progressive. Le cercle de la reproduction simple s’étend et se change, d’après l’expression de Sismondi 2 , en spirale. 1
Revenons maintenant à notre exemple. C’est la vieille histoire : Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, etc., etc. Le capital primitif de 250000 francs rend une plus-value de 50000 francs qui va être capitalisée. Le nouveau capital de 50000 francs rend une plus-value de 10000 francs laquelle,
' 1. Oü fait ici abstraction du commerce étranger au moyen
duquel une nation peut convertir des articles de luxe en moyens de production ou en subsistances de première nécessité, et vice versa. Pour débarrasser l’analyse générale d’incidents inutiles, il faut considérer le monde commerçant comme une seule nation, et supposer que la production capitaliste s’est établie partout et s’est emparée de toutes les bréEhches d’industrie.
2. L’analyse que Sismondi donne de l’accumulation a ce grand défaut qu’il se contente trop de la phrase x conversion du revenu en capital » sans assez approfondir les conditions matérielles de celte opération.
après avoir été à son tour capitalisée oü coüvërtië en un deuxième capital additionnel, rend une plus 2 value de 2000 francs, et ainsi de suite.
Nous faisoiis ici abstraction de l’aliquote de plusvalue mangée par le capitaliste. Péü ticlus importe aussi pour le moment que les capitaux additionnel^ s’ajoutent comme incréments au capital primitif ou s’en séparent et fonctionnent indépendamment, qu’ils soient exploités par le même individu qui les a accumulés, du tfansféfés pat lui à d’autres mains. Seulement il ne faut pas oublier que côte à côte des capitaux de nouvelle formation, le capital primitif continue à se reproduire et à produire de la plusvalue et que cela s’applique de même à chaque capital accumulé par rapport au capital additionnel qu’il a engendré à son tour.
Le capital primitif s’est formé par l’avance, de 250 000 francs. D’où l’homme aux écus a-t-il tiré cette richesse? De son propre travail ou de celui de ses aïeux, nous répondent tout d’une voix les porteparole de l’économie politique', et leur hypothèse semble en effet la seule conforme aux lois de la production marchande.
Il en est tout autrement du capital additionnel de 50000 francs. Sa généalogie nous est parfaitement connue. G’est de la plus-value capitalisée. Dès son origine il ne contient pas un seul atome de valeur qui ne provienne du travail d’autrui non payé. Les moyens de production auxquels la force ouvrière additionnelle est incorporée, de même que les subsistances qui la soutiennent, ne sont que des parties intégrantes du produit net, du tribut arraché annuellement à la classe ouvrière par la classe capitaliste. Que celle-ci, avec une quote-part de ce tribut, achète de celle-là un surplus de force, et même à son juste prix, en échangeant équivalent contre équivalent, cela revient à l’opération du conquérant tout prêt à payer de bonne grâce les marchandises des vaincus avec l’argent qu’il leur a extorqué.
Si le capital additionnel occupe son propre producteur, ce dernier, tout en continuant à mettre en valeur le capital primitif, doit racheter les fruits de son travail gratuit antérieur par plus de travail additionnel qu’ils n’en ont coù: \ Considéré comme transaction entre la classe capitaliste et la classe ouvrière, le procédé reste le même quand, moyennant le travail gratuit des ouvriers occupés, on embauche des ouvriers supplémentaires. Le nouveau capital peut aussi servir à acheter une machine, destinée à jeter sur le pavé et à remplacer par une couple d’enfants les mêmes hommes auxquels il a dû sa naissance. Dans tous les cas, par son surtravail de cette année, la classe ouvrière a créé le capital additionnel qui occupera l’année prochaine du travail additionnel 2 , et c’est ce qu’on appelle créer du capital par le capital.
L’accumulation du premier capital de 50 000 fr. présuppose que la somme de 250 000 fr., avancée
1. « Le travail primitif auquel son capital a dû sa naissance. (Sismondi, 1. c., éd. de Paris, t. I, p. 109.)
2. « Le travail crée le capital avant que le capital emploie le travail. » ( Labour créâtes capital, before capital employs labour.) E, G. Wakefield : « England and America, ». London,, 1833, v. II, p. 110,
LE CAPIÏaL
comme capital primitif, provient du propre fonds de son possesseur, de son « travail primitif. » Mais le deuxième capital additionnel de 10 000 fr. ne présupposé que l’accumulation antérieure du capital de 50 000 fr., celui-là n’étant que la plus-value capitalisée de celui-ci. Il s’en suit que plus le capitaliste a accumulé, plus il peut accumuler. En d’autres termes : plus il s’est déjà approprié dans le passé de travail d’autrui non payé, plus il en peut accaparer dans le présent. L’échange d’équivalents, fruits du travail des échangistes, n’y figure pas même comme trompe-l’œil.
Ce mode de s’enrichir qui contraste si étrangement avec les lois primordiales de la production marchande, résulte cependant, il faut bien le saisir, non de leur violation, mais au contraire de leur application. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil rétrospectif sur les phases successives du mouvement qui aboutit à l’accumulation.
En premier lieu nous avons vu que la transformation primitive d’une somme de valeurs en capital se fait conformément aux lois de l’échange. L’un des échangistes vend sa force de travail que l’autre achète. Le premier reçoit la valeur de sa marchandise dont conséquemment l’usage, le travail, est aliéné au second. Celui-ci convertit alors des moyens de production qui lui appartiennent à l’aide d’un travail qui lui appartient en un nouveau produit qui de plein droit va lui appartenir.
La valeur de ce produit renferme d’abord celle des moyens de production consommés, mais le travail utile ne saurait user ces moyens sans que leur valeur passe d’elle-même au produit, et, pour se vendre, la force ouvrière doit être apte à fournir du travail utile dans la branche d’industrie où elle sera employée.
La valeur du nouveau produit renferme en outre l’équivalent de la force du travail et une plus -value. Ce résultat est dû à ce que la force ouvrière, vendue pour un temps déterminé, un jour, une semaine, etc., possède moins de valeur que son usage n’en produit dans le même temps. Mais en obtenant la valeur d’échange de sa force, le travailleur en a aliéné la valeur d’usage, comme cela a lieu dans tout achat et vente de marchandise.
Que l’usage de cet article particulier, la force de travail, soit de fournir du travail et par là de produire de la valeur, cela ne change en rien cette loi générale de la production marchande. Si donc la somme de valeurs avancée en salaires se retrouve dans le produit avec un surplus, cela ne provient point d’une lésion du vendeur, car il reçoit l’équivalent de sa marchandise, mais de la consommation de celle-ci par l’acheteur.
La loi des échanges ne stipule l’égalité que par rapport à la valeur échangeable des articles aliénés l’un contre l’autre, mais elle présuppose une différence entre leurs valeurs usuelles, leurs utilités, et n’a rien à faire avec leur consommation qui commence seulement quand le marché est déjà conclu.
La conversion primitive de l’argent en capital s’opère donc conformément aux lois économiques de la production marchande et au droit de propriété.qui en dérive.
Néanmoins elle amène ce résultat :
1° Que le produit appartient au capitaliste et non au producteur ;
2° Que la valeur de ce produit renferme et la valeur du capital avancé et une plus-value qui coûte du travail à l’ouvrier, mais rien au capitaliste, dont elle devient la propriété légitime ;
3° Que l’ouvrier a maintenu sa force de travail et peut la vendre de nouveau si elle trouve acheteur.
La reproduction simple ne fait que répéter périodiquement la première opération; à chaque reprise elle devient donc à son tour conversion primitive de l’argent en capital. La continuité d’action d’une loi est certainement le contraire de son infraction.
« Plusieurs échanges successifs n’ont fait du dernier que le représentant du premier 1 .»
Néanmoins nous avons vu que la simple reproduction change radicalement le caractère du premier acte, pris sous son aspect isolé. « Parmi ceux qui se partagent le revenu national, les uns (les ouvriers) y acquièrent chaque année un droit nouveau par un nouveau travail , les autres (les capitalistes) y ont acquis antérieurement un droit permanent par un travail primitif ! . » Du reste, ce n’est pas seulement en matière de travail que la primogéniture fait merveille.
Qu’y a-t-il de changé quand la reproduction simple vient à être remplacée par la reproduction sur une échelle progressive, par l’accumulation?
Dans le premier cas, le capitaliste mange la plus- . value tout entière, tandis que dans le deuxième, il fait preuve de civisme en n’en mangeant qu’une partie pour faire argent de l’autre.
La plus-value est sa propriété et n’a jamais appartenu à autrui. Quand il l’avance il fait donc, comme au premier jour où il apparut sur le marché, des avances tirées de son propre fonds quoique celui-ci provienne cette fois du travail gratuit de ses ouvriers. Si l’ouvrier B est embauché avec la plusvalue produite par l’ouvrier A, il faut bien considérer, d’un côté, que la plus-value a été rendue par A sans qu’il fût lésé d’un centime du juste prix de sa marchandise et que, de l’autre côté, B n’a été pour rien dans cette opération. Tout ce que celui-ci demande et qu’il a le droit de demander, c’est que le capitaliste lui paye la valeur de sa force ouvrière.
« Tous deux 1 gagnaient encore ; l’ouvrier parce qu’on lui avançait les fruits du travail (lisez : du travail gratuit d’autres ouvriers) avant qu’il fût fait (lisez : avant que le sien eût porté de fruit) ; le maître, parce que le travail de cet ouvrier valait plus que le salaire (lisez : produit plus de valeur que celle de son salaire 3 ). »
Il est bien vrai que les choses se présentent sous un tout autre jour, si l’on considère la production capitaliste dans le mouvement continu de sa rénovation et qu’on substitue au capitaliste et aux ouvriers individuels la classe capitaliste et la classe ouvrière. Mais c’est appliquer une mesure tout è fait étrangère à la production marchande.
Elle ne place vis-à-vis que des vendeurs et des